14 juillet 2010 en France : censure sur les voitures brûlées et propagande sur Twitter

Voitures incendiées : le ministère de l’Intérieur opte pour l’omerta

Rue89

15/07/2010

Pas de chiffres. Comme il l’avait promis l’an dernier, Brice Hortefeux ne donnera aucun chiffre des voitures brûlées à l’occasion du 14 juillet. Pour éviter un « concours entre villes », explique le ministre de l’Intérieur. Mais pourquoi garder secrète l’évaluation au niveau national ?

La tradition malsaine

« C’est très simple : le ministre a dit qu’il souhaitait mettre un terme à cette tradition malsaine de mettre en évidence des actes criminels. Une spécialité bien française qui alimente un concours entre les villes.

Il l’a dit l’an dernier, à l’avance, pour ne pas être accusé de cacher la vérité. En janvier prochain, nous ferons le bilan annuel. »

Place Beauvau, le ton du conseiller com de Brice Hortefeux est ferme et sans appel. L’enjeu est aussi crucial que spectaculaire, surtout depuis que les précédents ministres de l’Intérieur ont fait du 14 juillet et de la Saint-Sylvestre l’un des étalons de la sécurité. La voiture brûlée est devenue, au fil des ans, le baromètre de la réussite des politiques de sécurité.

Problème : l’an dernier, les très mauvais chiffres du Nouvel an ont commencé à ternir l’aura de la politique Sarkozy en la matière. Et lorsqu’on suggère de ne publier que le seul chiffre national (pour éviter la surenchère entre villes ou quartiers), le même communicant répond sans plaisanter :

« Surtout pas ! Le concours se ferait alors avec les autres pays… l’Angleterre, l’Allemagne. »

Un « choix politique » bien verrouillé en province

Pour bien verrouiller ce « choix politique », poursuit-il, « des consignes très strictes ont été données aux préfectures pour qu’elles ne donnent pas les chiffres, car la presse quotidienne régionale [PQR] va vouloir savoir ». L’an dernier, Europe 1 avait réussi à contourner l’embargo en appelant directement les préfectures.

Effectivement, les journaux de PQR ont cherché à « savoir ». Avec les plus grandes difficultés, car les représentants de l’Etat ont respecté la consigne. A quelques exceptions près, où les confrères sont parvenus à établir un bilan fiable en croisant plusieurs sources (police, gendarmerie, pompiers, etc.) :

  • Toulouse, où La Dépêche a comptabilisé 6 voitures brûlées sur la ville et sa banlieue, un chiffre en baisse comparé aux années précédentes. Un journaliste local : « Il y a un black-out imposé par la préfecture. Généralement, on travaille avec la police dans ces cas-là, et il n’y a pas de problème, ils nous donnent les chiffres. »
  • Lyon : une vingtaine de voitures incendiées selon Le Progrès. « Des chiffres en hausse, qui se rapprochent de ceux de la Saint-Silvestre », selon un journaliste local.
  • Marseille : la préfecture n’a donné aucun chiffre selon La Provence.
  • Nice : même chose.
  • Nantes et l’ouest en général : les préfectures n’ont donné aucun chiffre selon Ouest-France.
  • Lille, Roubaix : La Voix du Nord a fait choux blanc.

Ailleurs, les retours sont plutôt calmes, mais sans éléments chiffrés de comparaison. Impossible en tout cas d’avoir une vision d’ensemble, à l’échelle du territoire.

« Ne pas publier les chiffres, cela ne va rien arranger du tout »

Du côté des syndicats de police, le virage de communication du ministère est modérément apprécié. Yannick Danio, délégué national Unité SGP Police, juge cela inutile :

« C’est bien de vouloir éviter la surenchère, mais ne pas publier les chiffres, cela ne va rien arranger du tout. Le problème est récurrent : on met 35 000 policiers dans la rue cette nuit-là et le phénomène perdure. C’est inquiétant.

En plus, les premières victimes de cette délinquance sont les gens des quartiers qui voient leur voiture brûler. »

Et de rappeler que pour les « bleus » (les policiers de sécurité publique en uniforme), le principal problème, c’est la baisse continue des effectifs.

Clément Boileau et David Servenay

14 juillet : « Aucun chiffre de voitures brûlées » ne sera donné selon Brice Hortefeux

Rue 89

15/07/2010

Brice Hortefeux a ordonné mercredi aux préfectures de ne pas communiquer le nombre de voitures brûlées dans la nuit du 13 au 14 juillet pour « mettre fin à cette tradition malsaine consistant à valoriser, chaque année à la même époque, des actes criminels ». L’an dernier, ce sont près de 500 véhicules qui avaient été incendiés cette nuit-là.

Hortefeux chasse les voyous sur Twitter

bastamag.net

Par Agnès Rousseaux (15 juillet 2010)

Petit florilège de la « pensée » du ministre de l’Intérieur qui s’exprime en 140 caractères et se résume en à peine 30 mots de vocabulaire. Attention, cette lecture peut provoquer des nausées chez les âmes sensibles.

Vous aimez les discours de Brice Hortefeux ? Abonnez-vous au compte Twitter du ministère de l’Intérieur (@Place_Beauvau). Celui-ci distille, au format Twitter (moins de 140 caractères), la pensée du ministre. Exemple en ce 14 juillet : « La mobilisation restera totale la nuit prochaine pour empêcher les voyous sans scrupules de gâcher ce moment de fête & de concorde nationale ». Pas de guillemets, pas de référence. Le discours est violent, même de la part d’un ministère qui nous a habitué à pire. Le twitt a fait du buzz.

Réaction d’un Twittos : « Soit @Place_Beauvau [le compte Twitter du ministère] a été récupéré par @humourdedroite, soit celui qui l’anime a commencé l’apéro un peu trop tôt. » Réponse twittée par le ministère : « Ni l’un, ni l’autre. Les derniers tweets sont tirés d’une communication de Brice Hortefeux disponible sur http://bit.ly/cnt8Z4 ». Ouf, il ne s’agit pas d’un piratage du compte Twitter de Brice, mais de sa Parole du jour. D’ailleurs, début juin, le ministère nous apprend que « @place_beauvau est le premier compte twitter ministériel à obtenir la certification « compte vérifié » ». Félicitations.

Petit florilège des Twitts du ministre : « B Hortefeux n’accepte pas que les fraudeurs narguent ceux qui travaillent, paient leurs cotisations sociales et ceux qui veulent s’intégrer » (9 juin, 10h07). « Les fraudeurs, eux, doivent être punis. Ils doivent bien le savoir : la puissance publique finit toujours par l’emporter » (9 juin, 10h10). « B Hortefeux veut protéger les femmes et les enfants victimes d’individus sans scrupule qui imposent un système de contrôle et d’exploitation » (9 juin, 9h55), « Brice Hortefeux : « Dans notre pays, le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme n’ont pas leur place » » (2 juin, 4h52). Deux jours plus tard, le ministre est condamné pour injure raciale par le tribunal correctionnel de Paris… Extraits de discours ou de communiqués de presse, ces condensés de la politique du ministre laissent songeur. Un Twitt, ça va, c’est quand il y en a plusieurs… comme dirait le ministre.

Twitter sert aussi à motiver les troupes. « Brice Hortefeux : « Grâce à la mobilisation de chacun, nous remportons chaque jour des batailles sur le terrain » http://goo.gl/tbst » (3 juin, 1h55). Car, entre Hortefeux et « les voyous sans scrupule », la guerre est déclarée… Des Twitts au style télégraphique arrivent du front. « B Hortefeux : « Lutte contre délinquance = combat permanent. Sommes en guerre totale contre les voyous qui ne distinguent pas le bien du mal » » (15 avril, 11h59). Et ceux qui ne distinguent pas argent personnel et argent des contribuables ? Même la nuit, Brice veille sur nous : « Conclusion (…) : recul net et global de la délinquance, stabilisation des violences aux personnes, coup d’arrêt à la violence dans stades » (15 avril, 1h05).

« Twitter étant un nouvel outil pour le ministère, nous apprenons chaque jour à mieux l’utiliser. Merci pour vos remarques ! » (@Place_Beauvau, 14 juillet). Au delà des erreurs de forme, la citation sur les « voyous sans scrupule » du même jour semblait pourtant très claire sur le fond. Et à la lecture des Twitts des derniers mois, on se rend compte à quel point l’ampleur de la pensée du ministre s’adapte bien au format des 140 caractères de Twitter. Avec un vocabulaire qui dépasse difficilement les 30 mots.

Agnès Rousseaux

~ par Alain Bertho sur 16 juillet 2010.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :