Enquête sur les émeutes de Firminy

>> Rappel : Emeutes juillet 2009 <<

Certains jeunes parlent des événements comme d’une « révolte politique »

leprogres.fr

07.07.2010

Entretien avec Valérie Sala Pala, maître de Conférence en Science politique sur l’enquête auprès de 30 jeunes.

L’étude d’une professeur et d’étudiants en sciences politiques après les émeutes révèle un profond malaise

Pourquoi une étude spécialement dédiée à Firminy-Vert après les émeutes ?

Nous avons voulu ici travailler sur la gestion municipale d’après émeutes, les rapports jeunes et municipalité, en partant des émeutes de Rennes sur lesquelles j’ai travaillé. Sur 30 jeunes de 18 à 25 ans interrogés, 18 cas ont été analysés : 8 étudiants, 3 lycéens, un diplômé en DUT, 6 travailleurs. Quatre jeunes seulement ont des parents issus de l’immigration.

Peut-on parler d’émeutes et non plutôt de violences urbaines ?

A mon sens oui, mais ce qui est intéressant, c’est de savoir quels mots les intéressés mettent dessus, comment les jeunes rencontrés l’interprètent. Certains mettent le mot « révolte » et même « révolte politique », d’autres « violences » voire « violences gratuites ». Il y a une lecture d’acte citoyen, politique, tout en le contestant. D’autres disent ce n’est pas politique, c’est un jeu, gratuit, c’est de la délinquance.

Les jeunes que vous avez rencontrés perçoivent-ils les événements de manière différente ?

Nous voulions savoir quel est le regard des jeunes, l’enquête ne visait pas à « prouver » un événement factuel. Sur la mort de Mohamed, il y a deux types de lecture parmi eux. Il y a ceux qui ne discutent pas le fait, qui ne reviennent pas sur la cause. Et ceux qui reviennent dessus. Certains contestent radicalement, d’autres doutent de l’en-semble. L’important c’est de recontextualiser leur vécu des émeutes, par rapport à leur expérience sociale. Il y a des jeunes Français qui font le lien : « C’est grave, il faut comprendre ce qui s’est passé », ou ne le font pas : « c’est irrationnel ». Parmi 18 jeunes interrogés, un dit avoir participé aux émeutes.

L’événement déclencheur semble donc compter pour certains ?

L’enquête que nous avons menée confirme que certains jeunes pensent « qu’il y a une raison à ce qui est arrivé » même si certains « n’auraient pas fait ça ». Deux facteurs à chaque fois : il y a un événement déclencheur : incident violent entre police et jeunes, et relations tendues entre certains jeunes et police.

Quels sont les autres éléments observés ?

Ce qui ressort aussi, c’est le sentiment de ne pas être représenté en politique, des jeunes sont hors du jeu politique. Ils ont le sentiment qu’ils n’ont pas de représentant, ne sont pas entendus comme des citoyens. Il y a une attente de citoyenneté de leur part. ça pose la question de l’offre politique. Y a-t-il aujourd’hui des élus qui relayent ce qu’ils ont à revendiquer ?

Y a-t-il un rejet de la municipalité ?

Elle s’inscrirait dans un rejet plus large, pour certains jeunes. Le sentiment de ne pas être écouté à quelque échelle que ce soit. Parmi ceux qui se sentent solidaires des émeutes, il y a le sentiment de ne pas avoir été pris au sérieux par la municipalité, que la gravité de ce qui s’est passé n’est pas reconnue par le personnel politique.

Comment ont-ils perçu le passage de Fadela Amara ?

Nous avons relevé des revendications du type : elle vient et ça y est, c’est fait ! Elle, on l’écoute, on ne regarde le quartier que quand Fadela est là. Les jeunes n’ont pas le sentiment que les élites se penchent sur les problèmes de leur quartier.

Propos recueillis par

Serge Spadiliero

Pour certains, « le droit de vote est une arnaque »

« Nous n’avons pas voulu isoler l’émeute du contexte social. Nous partions toujours de la question « C’est quoi pour toi être citoyen ? », explique Valérie Sala Pala. Et deux grandes réponses se dégageaient : une citoyenneté par l’État, ou contre l’État. Certains mettent vite en avant le respect, des autres, du vote ou de l’environnement, des institutions. Mais ils ne sont pas plus engagés que quiconque.

De l’autre, des jeunes qui se reconnaissent dans une citoyenneté contre l’État. Mais c’est davantage l’expérience sociale, des institutions qui font que les jeunes se reconnaissent dans la politique et la citoyenneté « institutionnalisées ». Pour certains qui ne votent pas, c’est « de l’arnaque », ils ne se sentent pas représentés. Parmi trois garçons dont les parents sont issus de l’immigration, tous sont contre l’État, et parlent beaucoup des rapports jeunes-police. La promptitude que des jeunes ont à aborder les émeutes montre qu’elles ont une dimension politique contre l’État, contre le traitement policier.

45 %

Les chiffres de la délinquance à Firminy annoncés encore lundi soir par la police aux commerçants lors d’une réunion avec le maire, peuvent paraître surprenants aux oreilles de la population locale. La délinquance a baissé à Firminy selon les statistiques du commissariat local. Entre janvier et début juin (donc sans prendre en compte les émeutes de juillet) on compte 45 % d’incendies de véhicules en moins à Firminy, 50 % de vols de voiture en moins. La délinquance dite de proximité, dans sa généralité, a quant à elle baissé de 10 %.

Une population en fuite

Eugène Claudius-Petit, maire entre 1953 et 1971, ministre de la Reconstruction de 48 à 53, pensait que Firminy allait dépasser les 30 000 habitants. D’où le programme «Firminy-Vert» imaginé avec Le Corbusier. Depuis son apogée en 1962 (plus de 26 000 habitants) la population n’a cessé de décroître pour, récemment, atteindre environ 17 500 habitants (perte d’environ 1 300 âmes entre deux recensements), sa population en 1901. Des programmes de lotissements pourraient enrayer bientôt cette hémorragie.

Une augmentation de la demande d’emploi

La population baisse à Firminy, et la demande d’emploi augmente. Exemple entre les premiers semestres 2008 et 2010 : 311 jeunes suivis en 2008 à la mission locale, 333 en 2009 et 369 en 2010. Une forte majorité de ces jeunes de 18 à 25 ans possèdent le bac ou un BEP. A la mission locale, on note une légère reprise depuis début 2010.

Une offre d’emploi local en berne

Mis à part quelques entreprises locales de plus de 100 salariés, Firminy et l’Ondaine se caractérisent par une forte densité de PME-PMI. Même si leur souplesse leur a permis, pour certaines, d’assurer une survie à travers la crise, l’emploi souffre.

Firminy attend la reconnaissance de l’Unesco

Un ou plusieurs bâtiments signés de Le Corbusier pourraient, l’année prochaine être classés Patrimoine mondial de l’Humanité.

Informations

Valérie Sala Pala

valerie.sala.pala@univ-st-etienne.fr

Centre de recherches sur l’action politique en Europe
CRAPE – UMR 6051

Maître de conférences Université Jean Monnet Saint Etienne

Faculté de Droit, 2, rue Tréfilerie, 42023 Saint Etienne cedex 2

Curriculum Vitae

Responsabilités pédagogiques

Responsabilité de la deuxième année de Licence Sociologie, Faculté des Sciences humaines et sociales, Université de Saint-Étienne (depuis janvier 2009).

Enseignements

Science politique, sociologie politique, sociologie de l’action publique, sociologie de la participation politique, méthodes d’enquête en sciences sociales.

Activités éditoriales

Co-direction de l’ouvrage Mobilisations, dominations, identités, Paris, L’Harmattan, à paraître en 2009 (avec Lionel Arnaud, Sylvie Ollitrault et Sophie Rétif).

Articles dans des revues à comité de lecture

« Differentialist and Universalist Anti-Discrimination Policies on the Ground: How Far They Succeed, Why They Fail. A Comparison Between Britain and France », American Behavioral Scientist, Special issue « Discrimination in comparative perspective: policies and practices », à paraître en 2009.

« The construction of Islam as a public issue in Western European countries through the prism of the Muhammad cartoons controversy. A comparison between France and Germany », Ethnicities, Special issue « The Muhammad cartoons controversy », à paraître en 2009 (avec Frauke Miera).

« Peut-on vraiment se passer de l’entretien en sociologie de l’action publique ? », Revue française de science politique, Vol. 57 (5), octobre 2007, p. 555-597 (avec Gilles Pinson).

« La politique du logement social est-elle raciste ? Le cas marseillais », Faire savoirs, n° 6, mai 2007, p. 25-36.

« La politique du logement social au risque du client ? Attributions de logements sociaux, construction sociale des clients et discriminations ethniques en France et en Grande-Bretagne », Politiques et management public, Vol. 24 (3), septembre 2006, p. 77-92.

« Novembre 2005 : sous les émeutes urbaines, la politique » (review essay), French Politics, Culture and Society, Vol. 24 (3), hiver 2006, p. 111-129.

« Le racisme institutionnel dans la politique du logement social », Sciences de la société, n° 65, mai 2005, p. 87-102.

Contributions à des ouvrages collectifs

« We’re Not All Multiculturalists Yet’. France Swings Between Hard Integration and Soft Anti-Discrimination », in Vertovec, S., Wessendorf, S. (dir.), Backlash against multiculturalism? European discourses, policies and practices, à paraître en 2009 (avec Patrick Simon).

« Cultural Diversity, Muslims, and Education in France and England: Two Contrasting Models in Western Europe », in Banks, J. (dir.), The Routledge international companion to multicultural education, New York, Routledge, 2009 (avec Nasar Meer, Tariq Modood et Patrick Simon).

« Les discriminations ethniques dans l’accès au logement social. Le modèle français universaliste au travers du miroir britannique », in Fée, D., Nativel, C. (dir.), Crises et politiques du logement en France et au Royaume-Uni, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2008, p. 101-116.

« The French republican integration model from theory to practice. The case of housing policy », in Honohan, I., Jennings, J. (dir.), Republican theory, republican practice, Londres, Routledge, 2005, p. 186-198.

« Introduction », in Arnaud, L. (dir.), Les minorités ethniques et l’Union européenne. Politiques, mobilisations, identités, Paris, La Découverte, 2005, p. 15-24 (avec Lionel Arnaud).

« Politiques du logement et minorités ethniques dans l’Union européenne : une comparaison entre la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les Pays-Bas », in Arnaud, L. (dir.), Les minorités ethniques et l’Union européenne, Paris, La Découverte, 2005, p. 87-111 (avec Jeanet Kullberg, Richard Tomlins et Giulia Henry).

~ par Alain Bertho sur 7 juillet 2010.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :