Emeutes : analyses algériennes – avril 2010

Du propos guerrier à l’émeute en passant par la virile attitude

latribune-online.com

10-04-2010

Par A. Lemili

Tout semble constituer un prétexte à la violence chez les jeunes Algériens. La violence urbaine et plus particulièrement dans les quartiers est devenue un ingrédient parmi d’autres, à la limite du naturel de la société algérienne. Les prémices de son dérèglement ont commencé à voir le jour à partir des années 1980. La fracture, quant à elle, au plus fort de son expression déclarée à partir de 1990. Il n’est pas besoin de gloser sur les tenants et les aboutissants de l’exacerbation d’un mal de vivre enfoui, d’une violence en gestation des années durant, de sentiments refoulés et d’une frustration fondamentale au sein de la jeunesse. Toutefois, la vitesse à laquelle ont eu lieu des mutations parfois involontaires et subies car imposées par la conjoncture et, en d’autres circonstances, nécessaires et obligatoires pour répondre à cette conjoncture et éviter au pays le chaos ont donc fatalement conduit ou débouché sur des conflits à plusieurs niveaux. La violence chez les jeunes dans son aspect physique quoique plus démonstrative demeure en réalité moins dévastatrice que dans l’expression parlée qui en est d’ailleurs dans tous les cas de figure le détonateur.Par mimétisme et au plus bas de son âge, l’Algérien, encore enfant et pour cause son appartenance précoce à un monde adulte tumultueux dont les membres en l’absence de valeurs humaines, morales, sinon galvaudées pour les raisons précédemment évoquées, acquiert un langage guerrier et ne fera que reproduire conséquemment tout au long de son évolution une inclination à l’affrontement qu’il soit d’ordre générationnel, relationnel, existentiel et/ou par opposition épidermique à la réalité sociale le refus du respect de l’ordre établi.Or, comment attendre d’une jeunesse qui, comme Sisyphe, s’acharne à trouver un répit à une géhenne quotidienne que meublent le chômage (tous les citoyens ont droit au travail -art 55 de la Constitution-), la promiscuité, la frustration sexuelle, les tabous et interdits, la morale érigée en code de conduite par des personnes qui sont tout sauf l’exemple à calquer, l’absence de perspectives à même de permettre un quelconque espoir (les conditions de vie des citoyens qui ne peuvent pas encore, qui ne peuvent plus ou qui ne pourront jamais travailler, sont garanties -art 59-) qu’elle fasse preuve de responsabilité, d’émancipation et de civisme.

Les jeunes s’expriment aujourd’hui du seul langage qu’on leur concède et qui permet d’affirmer leur identité même s’il n’est pas porteur et sans doute condamnable : la violence. Le pendant plus soft de cette forme de revendication reste de la manière la plus spectaculaire pour une république démocratique leur refus d’aller aux urnes lorsqu’ils sont enfin sollicités pour donner leur opinion. Ils savent que l’abstentionnisme reste sans nul doute la meilleure sanction officielle et publique et le seul moyen de matérialiser leur rejet d’une société dont ils ont l’impression d’être exclus. S’ils ne le sont pas effectivement. La violence des jeunes a pourtant tendance à plus s’exprimer à hauteur des stades et/ou autres espaces qui laissent place à des attitudes grégaires. Par ailleurs, elle en part souvent et pour des motifs fallacieux, absurdes mais auxquels les pouvoirs publics, par autisme totalement établi, ne semblent pas prêter attention, ne comprennent pas ou plus grave… entretiennent parce qu’il s’agit d’une violence encadrée et plus ou moins «facilement maîtrisable», «canalisable». Les stades de football ou le reste des espaces populaires réceptacles des jeunes devenant en quelque sorte des «sas de décompression» tacites, tolérés par les pouvoirs dans la limite du politiquement correct. En fait, un «deal» qui ne dit pas son nom. Très souvent, des confrères parlent du phénomène de bandes et d’affrontement entre bandes rivales, il n’est très souvent qu’un superbe raccourci pour parler de la violence des jeunes autrement que par le décryptage sociologique sérieux. Bien au contraire, il n’est pas du tout évident qu’à ce stade de la violence, des jeunes en arrivent à se livrer des batailles entre eux, exception faite dans les stades et pour cause. Leur adversaire déclaré, celui qui fait l’unanimité et l’actualité de tous les jours dont se nourrissent les médias en permet aisément l’affirmation, reste tout ce qui peut symboliser l’Etat et plus particulièrement ses institutions, des institutions, aux yeux de la jeunesse, sclérosées, anachroniques. Une attitude qui a le mérite de poser la question et de fournir dans la foulée la réponse. De façon générale, la violence est devenue usuelle dans l’ensemble des rapports entre les acteurs de la société, qu’ils soient jeunes, vieux, qu’il s’agisse de rapports parentaux, d’administrés à administrateur, d’élus à gouvernants, etc. La raison ? La rupture de tous les ressorts.

Un fléau en perpétuelle transmutation

latribune-online.com

10-04-2010

Par Kamel Amghar

Parler de violence est toujours un exercice difficile. A la sensibilité de la question s’ajoute sa complexité. Cette difficulté est d’autant plus vraie lorsqu’on situe le phénomène dans l’espace urbain. On en a assez parlé de ce fléau. Le constat est manifestement alarmant. Rapports conflictuels et disputes au sein de la famille, brutalités courantes et échange de vulgarités entre voisins de palier, affrontements entre bandes rivales et climat de terreur dans les stades de football, les manifestations de cette violence urbaine sont visibles partout.

A l’école, à l’université, dans les transports en commun, au marché ou simplement dans la rue, on assiste souvent à des bagarres qui éclatent pour trois fois rien. Parfois, cela se transforme vite en bataille rangée entre deux quartiers distincts.

Faute de prise en charge, cette «gangrène» se développe à une vitesse qui laisse pantois les services de sécurité, visiblement dépassés par l’ampleur de ces animosités ordinaires. Ces derniers temps, on assiste à des «soulèvements» où toute une cité se retrouve engagée dans des face-à-face inutiles. Rappelons à ce propos les violentes émeutes qui ont secoué récemment la ville d’Alger et ses environs. Les habitants des bidonvilles algérois, qui se comptent en milliers, se sont en effet insurgés contre les autorités publiques pour exiger des habitats sociaux décents. Venant de les régions d’Algérie, ces populations avaient illégalement érigé leurs hideux baraquements au cœur même de la capitale.

Bénéficiant du laxisme des municipalités locales, ces nouveaux arrivants ont réussi ainsi à se faire servir les premiers. Les ménages, qui ont choisi la légalité en postulant aux diverses formules de logement, doivent encore patienter pour disposer d’un toit. Ce cas n’est pas isolé, d’autres grandes villes du pays ont également eu leur lot de révoltes du logement.

Les difficultés du quotidien et la misère ne sont pas les seuls catalyseurs de cette violence. Il arrive qu’une simple dispute entre deux personnes embrase toute la ville. Les attaques inter-quartiers ont déjà touché de nombreuses cités. Constantine, Oum El Bouaghi, Annaba, Batna, M’sila, Alger, Tizi Ouzou, pour ne citer que ces régions-là, ont déjà enregistré de graves précédents dans ce domaine. Armes blanches, cocktails Molotov, gourdins et barres de fer, ces gladiateurs des temps modernes ne s’interdisent aucun moyen pour compliquer davantage la tâche aux forces de l’ordre. Aussi, les stades de football se transforment régulièrement en arènes de pugilat entre galeries rivales. Un champ de bataille où l’on déplore épisodiquement des morts et des blessés gravement touchés.
En somme, les violences urbaines se radicalisent et engagent, désormais, des foules entières. Les spécialistes attribuent cette triste réalité «aux ratés de l’acculturation urbaine» et suggère en guise de thérapie «une mobilisation informée des acteurs sociaux, du débat démocratique et du travail d’expertise pour à la fois exorciser les mémoires des violences subies et initier une forme d’apaisement pour récuser la violence comme modalité de règlement des conflits entre individus et groupes sociaux».

Pour cela, on est unanime à souligner l’impératif de développer les synergies nécessaires parmi l’ensemble des partenaires impliqués comme les comités de citoyens, les assemblées élues, les forces de police et les institutions de l’Etat.

~ par Alain Bertho sur 10 avril 2010.

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