Massacres au Nigeria : éclairages et analyses – mars 2010

Les affrontements

« Parler d’affrontements interethniques n’est pas suffisant »

france24.com

9/03/2010

Pour Laurent Fourchard, spécialiste du Nigeria au Centre d’études d’Afrique noire (Cean), les violences du week-end dernier à Jos sont avant tout « des manœuvres de déstabilisation sur la scène politique locale ».

Par Priscille LAFITTE (texte)

France24.com : Peut-on parler d’affrontements « ethnico-religieux » à propos des tueries de dimanche dans la ville de Jos ?

Laurent Fourchard : Ce qui me semble gênant dans la façon dont la presse locale et internationale relate les faits, c’est d’opposer des ethnies, les Haoussas et les Fulanis, majoritairement musulmans, d’un côté, et les Berom, majoritairement chrétiens de l’autre. Ces violences, auxquelles nous assistons depuis 2001, sont d’abord le fait de milices armées, non de populations ou d’ethnies qui prennent des machettes pour s’entretuer. Il ne s’agit certes pas d’organisations institutionnalisées, mais quand la presse parle « d’affrontements inter-ethniques », c’est une lecture insuffisante des événements, qui ne mentionne pas suffisamment le rôle de ces organisations armées. Sans elles, il n’y aurait pas eu un tel déchaînement de violence, localisé dans tel village, à tel moment précis.

Ces violences ne s’inscrivent-elles pas, cependant, dans le cadre d’une rivalité ethnique ?

Il s’agit d’une longue histoire propre à l’État du Plateau. En 1999, le retour à la démocratie dans le pays a entamé le relatif monopole qu’avaient les musulmans dans certains gouvernements locaux de cet État, notamment à Jos. À l’époque, le président du gouvernement local de Jos, un chrétien du People Democratic Party (PDP, parti du président nigérian), a ainsi retiré aux musulmans leur « certificat d’indigénéité ». Ce certificat donne des droits : accès à des postes dans l’administration des gouvernements locaux, aux écoles publiques et aux universités, à la propriété, par exemple.

Or si, au Nigeria, cette division entre indigènes et non indigènes est acceptée dans l’ensemble, ce n’est pas le cas dans l’État du Plateau. Les Haoussas, qui ont été les premières populations de la ville de Jos, se disent autant autochtones que les populations locales du Plateau. Ainsi, les affrontements qui ont lieu depuis 2001 sont, d’après ce que j’en comprends, une remise en question de cet équilibre politique précaire entre indigènes et non indigènes.

Ils révèlent un conflit d’autochtonie, exacerbé par des rivalités politiques locales intenses et par le poids croissant des milices qui convoquent un répertoire religieux ou xénophobe.

Pourquoi l’armée n’intervient-elle pas ?

Ce qui est étonnant, c’est avant tout son manque de réactivité. Les associations chrétiennes vont jusqu’à accuser l’armée d’être aux mains des musulmans. Mais cette thèse est peu crédible : les massacres se perpétuent dans les deux camps, et chaque fois, les forces de sécurité n’interviennent pas à temps. Je crois surtout que l’armée a du mal à se mobiliser rapidement, parce qu’elle rencontre des problèmes logistiques.

Conflits ethniques et fonciers, principales causes des violences au Nigeria

LEXPRESS.fr

09/03/2010

La tuerie de Jos au Nigeria est la dernière d’une série qui a fait au moins 2000 morts dans la région ces dix dernières années. En jeu, la propriété des terres entre le Nord et le Sud du pays.

Rivalités ethniques séculaires, conflits liés à la terre et frustrations politiques sont les principales causes de la violence qui ravage régulièrement la région de Jos, dans le centre du Nigeria, estiment des spécialistes. Pour eux, le facteur religieux est souvent secondaire.

Au moins 500 chrétiens de l’ethnie berom, des cultivateurs sédentaires, ont été massacrés dans la nuit de samedi à dimanche par des éleveurs musulmans nomades de l’ethnie fulani (peule). Cette tuerie est la dernière d’une série qui ont fait au moins 2000 morts dans la région au cours de la dernière décennie.

Elle survient moins de deux mois après une flambée de violences où plus de 300 musulmans avaient été tués par des chrétiens à Jos et dans ses environs.

Qui sont les Berom et les Fulani?

Les Berom constituent l’un des principaux groupes ethniques de l’Etat du Plateau, mais ces éleveurs chrétiens du Nord à la recherche de pâturages ont migré au cours des années dans cette région, située entre le Nord du pays à majorité musulmane et le Sud à majorité chrétienne.

Ces migrations ont entraîné des conflits liés à la terre, particulièrement fertile dans cette région. « C’est un conflit entre locaux et nomades, qui a une coloration religieuse », résume Tajudeen Akanji, directeur du Centre pour la paix et la résolution des conflits à l’université d’Ibadan (ouest). « Il y a un sentiment d’injustice » chez les Berom, qui craignent d’être dominés par les Hausa et Fulani musulmans, selon Akanji, de l’université d’Ibadan.

Dans une interview lundi à Radio Vatican, Mgr John Onaiyekan, archevêque catholique d’Abuja, a abondé dans ce sens. « On ne se tue pas à cause de la religion, mais pour des revendications sociales, économiques, tribales, culturelles », a-t-il précisé.

Un conflit « classique » entre bergers et agriculteurs

« C’est ethnique et politique, cela n’a rien à voir avec la religion », analyse pour sa part Sulaiman Nyang, spécialiste de l’Afrique et de l’islam à Howard University à Washington. « Certains au Nigeria ne veulent pas la stabilité, et jouent toutes sortes de jeux », a-t-il estimé.

Un député de l’Etat du Plateau a aussi mis en avant des raisons politiques, évoquant notamment les frustrations de la communauté chrétiennne. « A chaque fois qu’il y a une élection, ce sont les Hausa (ethnie musulmane) qui gagnent, c’est beaucoup plus difficile pour les natifs de la région », a indiqué cet élu sous couvert de l’anonymat. Aucun des administrateurs régionaux n’est berom, a-t-il relevé.

Les lignes de partage ethnique épousant les différences confessionnelles, les violences prennent souvent une coloration religieuse. « Il s’agit du conflit classique entre bergers et agriculteurs, mais les Fulani (les agresseurs) sont tous musulmans et les Beroms (les victimes) sont tous chrétiens », a expliqué l’archevêque d’Abuja.

Crainte des représailles

Dans la région de Jos, « les gens ne se battent pas pour le droit ou les lieux de prière », a rappelé l’un des porte-parole de la communauté musulmane au Nigeria.

Responsables communautaires, religieux et politiques craignent maintenant le cycle infernal des représailles. Le principal parti d’opposition Action Congress a mis en garde mardi contre « l’impunité » dans la région, qui alimente les violences.

L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW) estime que plus de 13 500 personnes ont été tuées dans des violences ethniques et/ou religieuses au Nigeria depuis la fin du régime militaire en 1999.

***

Informations

La région de Jos est située dans le centre du Nigéria, entre le Nord musulman et le Sud à majorité chrétienne. Fertile et autrefois touristique, elle a été ensanglantée à plusieurs reprises au cours de la décennie passée par des violences à caractère religieux et ethnique. Plus d’un millier de personnes ont ainsi péri lors d’émeutes en septembre 2001, tandis que 700 personnes sont mortes dans des affrontements entre musulmans et chrétiens en 2004. De semblables violences ont fait quelque 300 morts en 2008.


Les Fulani

uiowa.edu

Fulani are a nomadic peoples who have been influential in regional politics, economics, and histories throughout western Africa for over a thousand years. They played a significant role in the rise and fall of the Mossi states in Burkina and also contributed to the migratory movements of people southward through Niger and Nigeria into Cameroon. They were also responsible for introducing and spreading Islam throughout much of western Africa. The height of the Fulani empire was between the early 1800s and early 1900s. This power was consolidated under Usman dan Fodio and was centered in northern Nigeria. Dan Fodio was a devout Muslim who used religious fervor to ignite his troops to undertake a series of holy wars. Following the early success of Islamic warriors, non-Islamic Fulani joined ranks with their fellows to form an extensive and powerful empire.

Economy: Fulani are mainly nomadic herders and traders. The routes they established in western Africa provided extensive links throughout the region that fostered economic and political ties between otherwise isolated ethnic groups. Dairy products produced from Fulani cattle were traded to sedentary farmers for agricultural products and luxury items. Fulani traders then traded these luxury items between various groups along their nomadic routes. Members of individual Fulani clans often settled down among their sedentary neighbors, intermarrying and establishing trading contacts for future business transactions.

Political Systems: The two most significant factors in Fulani political systems are clientage and competition. In order to gain political office a Fulani man would have to compete among his fellows for the right to rule. He could show his political favor by demonstrating that he had a large following in the form of individuals and families. By agreeing to become the client of a powerful man or family, a subject would offer tribute in the form of gifts and political support in exchange for the security of knowing that a person with political power would be looking out for the interests of the subject.

Religion: Fulani religion is largely, if not wholly, Islamic. Although there are varying degrees of orthodoxy exhibited throughout Fulani society, most adhere to at least some of the basic requirements of the religion. It is usually the case that the wealthy and powerful are among the most religious, while those who have fewer resources are less likely to observe their religion so strictly. Islam has been used to justify the holy jihads that brought the northern territories of modern day Nigeria under Fulani leadership. It was not unusual that such political and economic gains would be made for the Fulani empire in the name of Islam.

Les Berom

http://www.joshuaproject.net

Berom, Birom ou Gbang

442,000

Language : Berom (442,000 Speakers)

Primary Religion: Christian :75. %, Protestant

Bibiographie

Shedrack Gaya Best, Conflict and peace building in Plateau State, Nigeria Ibadan, Nigeria : Spectrum Books Limited, 2007

~ par Alain Bertho sur 10 mars 2010.

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