Anthropologie de l’aide humanitaire

Au bonheur des autres L. Atlani-Duault

Ethnologie française Vol. 38 2008/2

François Laplantine

L’ouvrage de Laëtitia Atlani-Duault commence dans un paysage désolé de Transcaucasie et s’achève le mardi 11 septembre 2001 à Manhattan dans les décombres des tours du World Trade Center. Il est alors,  précise l’auteur, 9 heures à New-York, 15 heures à Paris et 19 heures au cœur de l’Asie centrale, ce qui indique clairement le caractère résolument transnational et transcontinental du propos.

Retour au décor initial qui nous montre des installations d’une station de pompage : « les pompes les plus récentes se balancent avec une excessive lenteur. Plus de végétation. Odeur persistante de gaz et de pétrole, propre à donner la nausée. Atmosphère de désolation, paysage lunaire, ou comme ravagé par une explosion » (p. 13). Il est difficile en lisant ces lignes de ne pas penser aux images de Damnation (1987) du réalisateur hongrois Bela Tárr qui s’ouvre sur un paysage minier sordide dans lequel, sous une pluie incessante, des bennes passent et repassent. Tourné en noir et blanc et tendant vers le gris, le film de Bela Tárr est le film de la décrépitude, de la déliquescence et du naufrage inexorable alors que l’ouvrage de Laëtitia Atlani-Duault interroge les moyens pouvant permettre de résister à la désagrégation. De quoi s’agit-il ? En plein milieu de la station de pompage de Transcaucasie se trouve un centre de détention pour « femmes prostituées infectées par les maladies sexuellement transmissibles » vers lequel se dirige deux membres d’une ONG locale de prévention du VIH/SIDA.

L’auteur, qui est ethnologue, a effectué un long et minutieux travail d’observation et d’analyse pendant près de dix ans à l’O N U. Elle a effectué ce qu’elle appelle une  « ethnographie en réseau » : au siège de New-York ; dans un certain nombre de pays concernés d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan) et de Transcaucasie (Azerbaïdjan, Arménie, Géorgie). Elle est devenue à la fois actrice impliquée et analyste critique. « La longue complicité intellectuelle et affective qui me lie désormais à ces « acteurs locaux » m’amène cependant, écrit-elle, à percevoir leurs points de vue et d’une certaine manière à les partager, à défaut peut-être d’y adhérer complètement » (p. 171).

C’est non pas à partir de chiffres et de schémas, mais de visages rencontrés dans les interactions singulières que l’on observe les comportements des protagonistes de l’action humanitaire engagés dans des pays où n’existaient en matière de lutte contre le VIH que les structures officielles de l’Etat et du Parti. Ils doivent d’abord définir un cadre législatif permettant la création d’ONG locales, censées représenter une société civile renaissante après des années de joug soviétique, puis construire une philosophie de l’agir collectif concerté. C’est cette « idéologie » en constante transformation (Laëtitia Atlani-Duault distingue quatre étapes) visant à régir à ce que Kleinman le premier a appelé la « souffrance sociale » qui constitue l’objet de ce livre. Appuyé sur un certain nombre d’outils théoriques (une anthropologie du développement dont on connaît surtout en France les travaux d’Olivier de Sardan ainsi qu’une anthropologie politique de la santé), il étudie les situations infiniment complexes auxquelles sont confrontés aujourd’hui les acteurs de l’aide humanitaire lorsqu’il s’agit, en particulier dans un contexte de tabou sexuel et de préjugés contre l’homosexualité et la toxicomanie, de mettre en œuvre des mesures d’urgence de lutte contre le SIDA.

La lecture d’Au bonheur des autres présente un triple intérêt. Le premier est de montrer l’acuité et l’utilité d’une approche anthropologique des représentations médico-politiques qui régissent les actions humanitaires. Le livre ouvre un champ nouveau en anthropologie, en cherchant à comprendre comment certains discours et certaines pratiques sont générés et s’imposent comme normes dans le monde de l’aide humanitaire, comment s’organisent parmi les populations autochtones des mouvements de micro-résistances locales, et enfin comment ces résistances sont récupérées par les agences internationales. Loin d’adhérer ou de dénoncer, c’est-à-dire de simplifier, il cherche à comprendre les décisions des acteurs contemporains du développement international dont les organisations sont loin d’être homogènes et qui donne lieu, en chacune d’elles, à des débats contradictoires qui sont ici fidèlement rapportés. Et à travers l’étude méticuleuse et pour ainsi dire microscopique d’une organisation internationale et d’ONG locales, ce sont bien des enjeux géopolitiques du développement Est-Ouest dont il est question ici.

Le second mérite de cet ouvrage pionner est sa contribution très originale à la connaissance de ce qui en train de se passer dans les anciennes Républiques Soviétiques. Laëtitia Atlani-Duault réinterroge d’une manière particulièrement pertinente les rapports du culturel, du social et du politique dans l’espace et le temps du postcommunisme.             La recherche ethnographique menée par l’auteur au sein d’une organisation onusienne et son analyse de la construction de ce qu’elle appelle une « morale partagée » est certainement une des mieux charpentées et des plus originales  qui aient été menées à ce jour en anthropologie de l’idéologie humanitaire dans un contexte post-communiste.

L’étude de la récupération et de l’intégration des micro-résistances locales dans les pratiques onusiennes est particulièrement intéressante. Les réactions suscitées sur le terrain par les acteurs des ONG sont très révélatrices à cet égard. Ces derniers distinguent des mouvements qualifiés par eux de « blanc » consistant à leurs yeux dans un processus de libération de l’oppression totalitaire et des mouvements qualifiés de « rouge » dans lesquels ils perçoivent la résistance locale de l’ancien modèle soviétique. Cette dichotomisation ne peut que justifier leur action et les encourager. Très subtilement l’auteur montre qu’au delà de la division du « blanc » et du « rouge » apparaît de plus en plus ce qu’elle appelle du « gris » qui est « à la fois moteur de changement social et espace de rebondissement fragmenté en autant de libertés que d’individus » (p. 161).

Le troisième intérêt d’Au bonheur des autres est de montrer qu’aujourd’hui une recherche de terrain au sens ethnographique du terme n’est plus nécessairement liée à un territoire conçu classiquement à la manière de Malinowski ou de Flaherty comme un isolat séparé du reste du monde. Rompant délibérément avec les habitudes coincées de ce que Jean-Lou Amselle a appelé le « huis-clos anthropologique », il n’oppose plus l’endogène et l’exogène, le local et le global mais montre au contraire qu’il convient de les considérer ensemble. Il renoue chemin faisant avec le véritable projet de l’anthropologie qui a toujours concerné la dynamique de la mondialisation. Pour toutes ces raisons, il convient de recommander la lecture de ce livre passionnant, dont la version anglaise, revisitée par l’auteur, vient d’être publié chez Routledge.

François Laplantine

L’Homme N°180, octobre-décembre 2006 :

Laurent Vidal

L’ouvrage de Laëtitia Atlani-Duault vient combler un vide et résoudre un paradoxe : le premier découle de l’absence d’étude anthropologique sur le fonctionnement de l’aide humanitaire appréhendée de l’intérieur de son organisation alors que – paradoxe – l’humanitaire est l’objet de discours d’origines diverses (journalistique, sociologique, historique et anthropologique) mais jamais fondés sur l’observation attentive des pratiques de leurs acteurs. Au bonheur des autres met en scène ces acteurs, membres d’une agence onusienne, nommée pour des exigences d’anonymat l’OID (Organisation internationale de développement), ou responsables des ministères et des associations investis dans la « lutte contre le sida » dans les ex-Républiques de l’Union soviétique de Transcaucasie et d’Asie centrale.

Le caractère largement inédit de la démarche mise en œuvre – double ethnographie d’une agence de développement et de ses bénéficiaires, situant le chercheur, à la fois observateur et acteur, sur un « fil délicat » (p. 36) – ressort dès le premier chapitre. Celui-ci se présente comme une réflexion sur la posture anthropologique et la conciliation entre distance et présence, observation et implication, avec une mise en abîme méthodologique qui en fait l’originalité. En effet, Laëtitia Atlani-Duault doit muer en confiance le soupçon des membres de l’OID pour son projet, alors qu’ils se trouvent eux-mêmes confrontés à un défi analogue avec leurs interlocuteurs des ministères de la santé, réticents face au modèle d’approche du sida que l’OID leur suggère d’adopter. La construction de ce modèle nous est exposée dans un deuxième chapitre, où l’on voit comment, progressivement, les agences de développement abandonnent le dogme de la croissance économique comme facteur de réduction des inégalités sociales, pour privilégier – à partir de la fin des années 1980 – la promotion de la « bonne gouvernance » comme condition nécessaire du « développement durable » (pp. 47 sqq.). Parallèlement à cette évolution s’est construite une nouvelle lecture de l’épidémie de sida, analysée non plus uniquement comme un problème de santé publique mais aussi et surtout comme un défi au développement. Dès lors l’argumentaire suivant se met en place : en tant que problème posé au développement des sociétés, le sida doit générer une réponse fondée sur la structuration de la « société civile » – avec en son sein, très concrètement, les ONG « summum du rêve de tout “développeur” » (p. 64) – seule à même d’enclencher des réformes de l’État allant dans le sens de la « bonne gouvernance ». Munis de ce cadre de pensée et d’action, les acteurs de l’OID, lorsqu’ils commencent à s’implanter dans les nouveaux États d’Asie centrale et de Transcaucasie sont, au début des années 1990, confrontés à « L’héritage complexe de l’Union soviétique » (chap. III), associant contrôle de comportements jugés « déviants » (toxicomanies, prostitution) et des personnes souffrant de maladies sexuellement transmissibles (pressions pour divulguer le nom des partenaires sexuels), et délaissement de la contraception orale au profit de l’avortement, cela dans une organisation étatisée des mécanismes de dispensation des soins, où l’intérêt de la société prime – quel qu’en soit le coût – sur celui de l’individu. Les termes d’un choc des cultures politiques et sanitaires sont alors en place, et, poursuivant la mise en abîme méthodologique évoquée précédemment, Laëtitia Atlani-Duault nous relate cette rencontre, cette découverte mutuelle de l’OID et des responsables locaux de la santé. Il faut donc « négocier, du côté de l’OID une forme d’“idéal” d’ONG (de femmes s’adressant à des femmes, de toxicomanes aidant à la prise en charge de toxicomanes) et du côté des autorités la nécessité de contrôler pour, précisément, maintenir de faibles taux de prévalence du VIH dans le pays » (chap. IV). Par un judicieux dosage de récits présentant des scènes de vie quotidienne, de dialogues entendus lors de réunions entre membres de l’OID et responsables de la santé, d’analyses et de mises en perspective théoriques, le lecteur devient familier des joutes argumentaires qui s’échafaudent. Les membres de l’OID tentent de convaincre les responsables gouvernementaux de l’importance d’accepter la création de structures non gouvernementales pour qu’ils puissent, en retour, bénéficier d’une aide financière (pp. 129-130). Ces derniers résistent, non seulement parce que se trouve remise en cause une conception du rapport de l’État à ses citoyens, fondée sur la nécessité du contrôle de chacun pour le bien de tous, mais aussi parce que le modèle qui leur est proposé équivaut, estiment-ils, à les assimiler aux pays « sous-développés », massivement touchés par le sida, où réussissent ces stratégies de structuration de la société civile et d’émergence des ONG. Cette résistance qui, plutôt que de céder, en vient à s’adapter aux exigences de l’OID : l’agence prend contact avec des ONG… dont certaines se révéleront être de pures créations gouvernementales. S’engage néanmoins un travail de discussion, de négociation avec les responsables de ces ONG qui permet de dégager, dans un premier temps, une double réponse aux exigences de structuration de la société civile établies par l’OID : « blanche » ou « rouge » (chap. V). Relèvent du premier qualificatif les discours et les pratiques s’affranchissant du modèle soviétique et correspondant donc au cadre défini par l’OID, à l’inverse donc des personnes et ONG associées au modèle « rouge ». Cette dichotomie générale posée par l’OID mérite d’être nuancée et affinée, comme l’explique l’auteur, car loin d’être « en contradiction avec l’héritage soviétique », le mouvement « blanc » s’« y ancre et y prend sens » (p. 157), témoignant d’un processus d’incorporation et de relecture de l’histoire, qualifié de « gris ». Nous sommes là au cœur d’une compréhension anthropologique des logiques individuelles inscrites dans des cadres collectifs d’action que l’OID échoue initialement à percevoir dès lors qu’en n’imaginant pas ces stratégies « grises », elle oublie « la liberté créatrice et fragmentée, à la fois ancrée dans l’histoire et faisant feu de toute innovation possible » (p. 161). Par la suite, dans un ultime mouvement, les acteurs de développement modifient leur premier argumentaire « culturaliste » (la culture de « gouvernement » de l’OID devrait faire face à des blocages culturels hérités de l’Union soviétique, dont n’arrivent pas à se détacher les ex-Républiques) en jugeant que localement – et donc de ce point de vue « culturellement » – les ressources sociales et politiques existent pour qu’émerge le gouvernement de la société civile – via les ONG – tant espéré. La culture locale longtemps assimilée à un facteur de conservatisme, d’archaïsme, et à laquelle les « valeurs universelles » de l’OID devaient s’opposer est donc intégrée, dans la rhétorique de l’agence, comme un « levier » de changement (p. 175). Mais l’usage de ce levier est foncièrement ambigu, comme le souligne justement l’auteur, dès l’instant où sa manipulation témoigne d’un glissement de la responsabilité d’un éventuel échec du projet, de l’OID vers les acteurs locaux.

Nous retrouvons là des usages rhétoriques et politiques de la référence culturelle, familiers1 aux actions de « lutte contre le sida », qui oscillent entre valorisations ambiguës et dépréciations explicites de pratiques présentées comme « culturelles ». L’ambiguïté résulte d’une double manipulation conceptuelle : d’une part, ce qui est présenté comme « culturel » (je pense à la circoncision) relève plus largement du « trans-culturel », sauf à repenser en termes universalisant la culture, translation que se gardent d’effectuer les discours assimilant la circoncision à une pratique culturelle, dès lors qu’ils la considèrent comme explicative du « sida en Afrique » ; et, d’autre part, ce même « culturel » est pensé indépendamment du politique, ou plus exactement en opposition à ce dernier. Sur ce dernier point, l’analyse de Laëtitia Atlani-Duault se révèle particulièrement novatrice : il n’y a là nul hasard anthropologique, mais bien le résultat d’un objet rigoureusement construit ainsi qu’une méthode d’enquête et un travail de mise en forme de l’analyse fortement originaux. Je veux signifier ici que c’est bien parce qu’elle a décidé d’investir cet espace de recherche (la relation humanitaire, autour de l’exemple du sida), avec ces méthodes (ethnographie des pratiques et décisions) que l’auteur a été en mesure, au terme de son étude, d’inscrire le référent « culturel » comme un argument politique tant du côté des membres de l’OID, que des responsables locaux de la santé. La présentation des dialogues lors des réunions entre les deux parties confère une expression judicieuse à un second moment clé de la démonstration : au-delà du simple constat que les positions des collectifs (l’équipe de l’OID, celle des ministères) sont la résultante négociée de conceptions et de discours individuels, Laëtitia Atlani-Duault montre combien sont variées, et parfois hétérogènes, les positions de ces acteurs. Ce constat est essentiellement valable pour les équipes gouvernementales2, du responsable de la santé publique reprenant inlassablement les arguments du nécessaire contrôle des populations et du primat du collectif et de l’État sur l’individu et la société civile, à son collaborateur, rompu à la rhétorique développementaliste et soucieux de ne pas contredire les principes d’intervention et d’aide de l’OID. Une palette de sensibilités s’exprime dans des négociations dont l’auteur a su rendre la tension et les enjeux qui les caractérisent.

Comme tous les ouvrages formellement et thématiquement novateurs et réussis (saluons la qualité du travail d’édition pour le rendu des dialogues, l’alternance d’illustrations du quotidien des habitants des régions en question et d’analyses, l’insertion d’un cahier photographique qui situe l’espace, le territoire physique où intervient l’OID sans pour autant être une illustration du propos), Au bonheur des autres stimule des axes de réflexion. Parmi d’autres, deux me semblent devoir être soulignés. Le premier renvoie à la posture de l’anthropologue, pour qui le dilemme entre l’implication et l’observation, la participation et la distance prend ici une forme et une ampleur relativement inédites dès lors que s’y agrègent, d’une part, le problème du caractère politiquement sensible des faits et gestes observés, des discours recueillis et, d’autre part, l’exigence de confidentialité, d’« anonymisation » de ses sources qui ne doit néanmoins pas nuire au caractère explicite des analyses produites. Se trouve alors posée la question de la limite de l’anthropologie : est-elle fixée par l’objet tel qu’a priori perçu et défini par le chercheur (qui alors s’interdira de travailler sur telle ou telle question) ou est-elle relative et modulable, au fil du terrain, en fonction des événements qui y surviennent et qui, on le sait, participent aussi de la construction de l’objet ? Le second espace de questionnement que cet ouvrage oblige à repenser pourrait se résumer en ces termes : jusqu’à quel point les interventions des agences d’aide au développement portant sur la santé – et en particulier sur le sida – modifient-elles la culture générale et les principes d’actions fondamentaux de ces agences, tous secteurs d’intervention confondus, bien au-delà donc de la santé ? Autrement dit, peut-on envisager une fonction réformatrice du sida pour l’humanitaire, comme cela a longtemps – et peut-être vainement – été attendu, pour le fonctionnement des systèmes de santé, pour les relations entre malades et soignants… Sous forme interrogative, cette hypothèse de recherche s’appuie sur deux enseignements du livre de Laëtitia Atlani-Duault : d’un côté, l’OID, tout en combattant l’idée d’une surveillance et d’un confinement des personnes les plus exposées au VIH (les malades de MST, les toxicomanes par voie intraveineuse, les prostituées), ne semble pas développer une réflexion sur les enjeux – notamment en termes de stigmatisation – de l’usage même de la notion de groupe, ici « à risque » ; à l’inverse, l’ouvrage est une claire démonstration qu’en confrontant leur vision de l’aide à propos et à partir du sida avec les responsables nationaux de la santé, les membres de l’agence de développement ont transformé et adapté leur philosophie et leurs principes d’action. Le premier de ces constats amènerait à douter d’une impulsion réformatrice du sida, alors que le second pourrait au contraire l’illustrer.

Questions ouvertes par un ouvrage dont j’ajouterai pour conclure que ce n’est pas le moindre mérite d’investir un espace de réflexion délaissé par l’anthropologie pour, progressivement, renouveler avec précision le débat sur les « thématiques frontières » de la discipline que sont, à partir de l’exemple paradigmatique de l’humanitaire et de l’aide au développement, les liens entre le politique et le sanitaire, l’individuel et le collectif, le sujet et l’objet de la recherche.

Notes

1. On pourra se reporter à Laurent Vidal, « Afrique, les risques du culturalisme », Le Journal du sida, 1995, 75-76 : 32-34.

2. Et dans une moindre mesure, au sein de l’équipe de l’OID composée de ressortissants des pays d’Asie centrale et de Transcaucasie et de personnes originaires d’autres régions du monde : chez les premiers se repère une forme de compréhension spontanée de la culture « locale ».

Pour citer cet article

Laurent Vidal, « Laëtitia Atlani-Duault, Au bonheur des autres : anthropologie de l’aide humanitaire », L’Homme, 180 | octobre-décembre 2006, [En ligne], mis en ligne le 25 octobre 2006. URL : http://lhomme.revues.org/index2567.html. Consulté le 28 février 2010.

Anthropologie de l’aide humanitaire et du développement. Des pratiques aux savoirs, des savoirs aux pratiques par Laëtitia Atlani-Duault et Laurent Vidal, Armand Colin, 2009

Lorsque les aventuriers de l’Arche de Zoé veulent agir pour le bonheur des autres, c’est l’aide humanitaire dans son ensemble qui est mise en accusation. Au-delà du déchaînement médiatique, se joue là pour l’anthropologie la figure bien connue de la rencontre avec l’autre qu’il s’agit d’« aider ». Dans ce contexte troublé, ce livre vient à point nommé pour exposer ce que peut être, aujourd’hui, une anthropologie de l’aide humanitaire et du développement, entre engagement et distance critique.

Un premier chapitre en pose le cadre théorique, grâce à une démarche à la fois historique et prospective. Les chapitres suivants rassemblent des anthropologues de nationalités multiples qui se penchent chacun sur un domaine d’intervention et de recherche particulier : les réfugiés, le monde rural, l’environnement, l’assainissement urbain, la santé, l’alimentation, ou le genre. Études de cas sur divers continents, revues de la littérature internationale et analyses approfondies offrent au lecteur des clés pour comprendre les pratiques et les enjeux de la recherche anthropologique, tout en l’invitant à découvrir comment, sur le terrain, se déploient l’aide humanitaire et les interventions de développement.

Plaçant au centre de ses préoccupations les hommes et les femmes en action qui font, au quotidien, leurs sociétés, leurs cultures et leur développement, cette anthropologie de l’aide humanitaire et du développement relève le défi de mettre ces mondes : souvent divergents et conflictuels : en relations, afin de leur donner un sens et une forme sur lesquels il est possible d’agir.

Laëtitia  ATLANI-DUAULT, anthropologue, est maître de conférences à l’Université de Paris X-Nanterre et membre du Laboratoire CNRS d’Ethnologie et de Sociologie Comparative. Pour ses recherches en anthropologie de l’aide humanitaire et du développement, le CNRS lui a décerné la médaille de bronze 2008 en anthropologie.

Laurent VIDAL, anthropologue, est directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement. Il travaille sur les questions de santé en Afrique avec un fort intérêt pour l’épistémologie des sciences sociales dans les contextes de développement.

~ par Alain Bertho sur 28 février 2010.

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