Cameroun : deux ans après les émeutes

Emeutes février 2008: Le Cameroun reste une poudrière en état de latence

lemessager

Vendredi 26 février 2010

Des jeunes camerounais en furie, déployés en masse dans les rues de la quasi-totalité du territoire national, dénonçant et cassant certains édifices à leur passage. Les clichés et le souvenir de la crise sociale du mois de février 2008 restent vifs dans la conscience collective des Camerounais. Comme jamais par le passé, sans aucune concertation préalable, hommes, femmes et enfants de toutes les classes sociales investissent la rue durant plusieurs jours pour crier leur courroux. L’onde de choc qui s’est déjà emparée de l’ensemble de la partie Sud du Cameroun, parvient aux abords du Palais de l’unité à Yaoundé. Même la sortie précipitée, sur un ton quasi martial du chef de l’Etat, pour appeler à la fin des casses, ne suffit pas pour apaiser les milliers de manifestants déterminés à se faire entendre. Seule la gâchette facile de nos forces de l’ordre finit par avoir raison d’eux. Au bout du compte, « Une cinquantaine de morts  » selon les autorités, « un peu plus d’une centaine », à en croire les organisations non gouvernementales. Pour des raisons qui restent sans doute encore à élucider, le discours officiel en a fait des victimes d’une « émeute de la faim ». Mais à bien y regarder, à les écouter, les mobiles pour lesquels les jeunes se sont déchaînés en février 2008, sont à chercher bien au-delà du ventre.La vie chère

Sans conteste, les émeutes de février 2008 ont laissé paraître, à première vue un mal être manifeste. Celui d’une jeunesse qui peine à assurer ses besoins vitaux (manger, boire, travailler…). La hausse du prix du pétrole et la flambée des prix des produits de base qu’elle a engendrée dans la plupart des pays du monde, mais amplifiée au plan local par une communication médiocre sur la question, a suffi pour mettre le feu au poudre. La grève annoncée par les syndicats des transporteurs, réclamant la baisse du prix du carburant a prêté le flan aux jeunes, au bord de l’étouffement. « Les choses se passaient comme si nous étions victimes d’une conspiration des opérateurs économiques qui n’arrêtaient pas d’augmenter les prix des produits sur le marché. Il y avait comme un braquage économique de la part de certains opérateurs qui excellaient dans la spéculation » soutient Issouk Jean 15, jeune, enseignant de philosophie et présent lui aussi dans les rangs des manifestants en février 2008. Même s’il dit s’être désolidarisé des actes de vandalisme, il admet que « les jeunes avaient raison de manifester pour faire connaître leur famine. Je me reconnaissais pleinement dans leurs revendications. Même des fonctionnaires ont rallié les troupes dans la rue ».

Outre la dénonciation de l’injustice sociale dont ils se sentent victimes dans notre pays, les jeunes qui ont manifesté en février 2008, étaient porteurs d’un message à l’adresse du régime et d’une bonne partie de la classe administrative aux affaires. En brandissant des pancartes dans lesquelles ils réclamaient avec force « l’arrestation retardée de Mendo Ze », cité dans des affaires de détournement de deniers publics, le départ de Bruno Bekolo, recteur de « l’Université de Douala où il a laissé émerger des sectes et autres mouvements ésotériques », ou encore « la démission de Paul Biya, source des malheurs du Cameroun » ; mieux en disant « non à la révision de la Constitution », les jeunes ont clairement fait savoir que la « lutte de février 2008 » était avant tout idéologique. Quoique le régime persiste à croire que « les jeunes ont été manipulé ».

Statu quo

Les premières personnes à bénéficier des retombées de la crise sociale du mois de février 2008 au Cameroun sont les fonctionnaires. Ils ont connu une revalorisation salariale de près de 30 % . Dans la foulée, le président de la République a signé une série d’ordonnances visant à détaxer certains produits de premières nécessités. Mais la réalité observée sur le terrain montre à souhait que ces mesures n’ont pas été efficientes. Le témoignage des ménagères à ce propos est formel « le riz, le poisson et le sucre coûtent toujours aussi chère qu’avant ». Témoignent -elles. La spéculation a toujours droit de citer dans nos marchés. Même les ventes itinérantes et promotionnelles menées à travers le territoire national et les missions d’inspection des agents du ministère du Commerce ont peut-être atténué, le phénomène par endroit ; mais il n’a toujours pas été jugulé. Le Conseil national de la jeunesse, un organe supposé « parler au nom des jeunes », a vu le jour. Les remous qui ont suivi sa mise en place, sont de nature à douter de sa fiabilité et de sa force de frappe. La jeunesse camerounaise attend encore de trouver ses « véritables porte-parole ». A l’évidence, les ingrédients d’une nouvelle crise sociale ne sont pas si loin de nous, même si Cyrille Kemmegne, fondateur de la Jecress (jeunesse camerounaise pour la relance sociale), fondée peu après les émeutes de février, dit avoir œuvré depuis lors pour « la sensibilisation des jeunes à la préservation de la paix ».

Luc Perry Wandji

Emeutes de février 2008: La pétition qui accable Paul Biya

Le Messager

Jeudi 25 février 2010

Deux ans, jour après jour, après le déclenchement de ce que certains ont appelé «les émeutes de la faim », derrière lesquelles Paul Biya a vu la main des «apprentis sorciers» des Camerounais n’oublient pas. Célestin Bedzigui, «exilé » aux Etats-Unis depuis quelques années, économiste et homme politique bien connu de ses compatriotes, Howard Njeck et Marcel Sime, tous deux aux Etats-Unis aussi, viennent d’adresser au secrétaire générale des nations unies une longue pétition sur les émeutes de février 2008. Ils sollicitent la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale chargée d’établir les faits et les circonstances des massacres des populations civiles survenues du 25 au 28 février 2008.

Les auteurs de cette pétition retracent les circonstances de cet épisode de l’histoire du Cameroun qui a endeuillé des centaines de familles et justifient leur réclamation d’une commission d’enquête internationale. Ils se fondent sur un arsenal de conventions et traités internationaux auxquels adhère le Cameroun, qui font de la réaction brutale du gouvernement, un «crime contre l’humanité » sur des citoyens désarmés, et rapprochent cette attitude à celle des militaires guinéens le 28 septembre 2009 sur la population civile à Conakry.

Cette pétition est adressée à l’ONU pendant qu’au Cameroun, les autorités administratives se sont opposées avec vigueur aux manifestations du souvenir en faveur des martyrs du 28 février 2008, «les martyrs de la modification de la constitution» par les organisations de défense des droits de l’Homme, des partis politiques et de certaines confessions religieuses.

Voici du reste le texte intégral de cette pétition adressée hier mercredi 24 février 2010 au secrétaire général des Nations unies.

Cameroun : Il y a deux ans les émeutes de la faim

camer.be

24 02 2010

Aujourd’hui encore, les jeunes restent sur leur faim car le chômage, la vie chère et bien d’autres fléaux sont leur lot quotidien.

Il y a deux ans, les rues prirent feu au Cameroun

Le syndicat des transporteurs routiers avaient annoncé une grève pour le 25 février 2008. Pour protester contre les prix du carburant qui ne cessaient de grimper. La veille, une réunion avec les autorités administratives à Yaoundé avait même laissé entendre que le débrayage n’aurait plus lieu. Les faits vont montrer que cette résolution n’avait que très peu convaincu. On ne sait pas pourquoi. Mais ce que les Camerounais dans leur large majorité  avaient retenu  comme intuition féminine, c’est que la grève était maintenue. Une inconnue toutefois : seul un magicien aurait  présagé que ce seraient plutôt de jeunes gens qui prendraient l’affaire en main et récupéreraient la rue à la place des transporteurs finalement surpris par l’ampleur de l’explosion.

C’est bien ce qui s’est passé, ce matin quand des jeunes de tous âges, ont prit d’assaut  les rues de  Douala, Yaoundé  et les autres grandes localités du Sud du Cameroun.  Non  pas pour plaider la cause des transporteurs, mais pour crier toute leur colère contre la vie chère et un chômage ambiant, enraciné et endémique. Du 25 au 29 février, plusieurs villes du Cameroun se sont embrasées. Avec son lot de vandalisme et de pillages. Pour la première fois, Yaoundé, la capitale politique dont le président de la République avait dit une dizaine d’années auparavant, que lorsqu’elle respire le Cameroun vit, est prise dans la tourmente. Le feu brûle à l’entrée du palais d’Etoudi.

Mais le rapport que le président  Paul Biya reçoit de ses collaborateurs laisse  manifestement croire que c’est un complot de ses adversaires politiques pour le renverser. Il va par conséquent réagir très fermement le 26 au cours d’une allocution musclée. Selon lui, « pour certains,  l’objectif est d’obtenir par la violence ce qu’ils n’ont pas eu par la voie des urnes, c’est-à-dire par le fonctionnement normal de la démocratie. (…)Les apprentis sorciers qui, dans l’ombre, ont manipulé ces jeunes, ne se sont pas préoccupés du risque qu’ils leur faisaient couvrir en les exposant à des affrontements avec les forces de l’ordre », en l’occurrence les forces de troisièmes catégorie que sont l’armée de terre et le bataillon d’intervention rapide (Bir) spécialisé dans la lutte contre le grand banditisme. Et il a conclu dans le même ton en indiquant que « tous les moyens  légaux dont dispose le gouvernement seront mis en œuvre pour que force reste à la loi ». Ce qui fut fait.

Solution transitoire

Mais il va se raviser,  probablement après un rapport contradictoire et réaliste, que les jeunes n’étaient guidés que par la faim et la misère  cancéreuse qui les ronge. Il va même décréter pour eux des mesures de clémence. En même temps qu’il va décider dès le 7 mars 2008 une série de mesures pour lutter contre la vie chère. Solution transitoire pour apaiser les tensions sociales restées vives, après un lourd bilan en vies humaines et en dégâts matériels.

Il faut également rappeler que le Cameroun, depuis un certain temps, avait rassemblé des ingrédients pour que la moindre étincelle mette un monumental feu aux poudres. Dans son discours à la nation le 31 février 2007, le président de la République avait déjà laissé entrevoir une éventualité de modification de la Constitution. Un sujet qui véritablement fâche et susceptible de  provoquer des tensions sociales à l’issue imprévisible. C’est aussi dans la même lancée que le gouverneur de la Région du Littoral, Faï Yengo Francis, interdit sur l’ensemble de son territoire de commandement toute manifestation publique. L’opinion publique en général et l’opposition en particulier fait rapidement un lien entre cette mesure de restriction des libertés publiques et l’annonce de la modification de la constitution. Surtout que depuis plusieurs mois, le leader de la Nouvelle Dynamique africaine (Nodyna), Mboua Massock, avait annoncé une série de manifestations pour protester justement contre une éventuelle modification de la loi fondamentale. Deux jours avant le déclenchement des émeutes, un meeting organisé par le député Sdf de Wouri Est, Jean Michel Nintcheu, avait été interdit par les autorité  administratives de Douala. Mais la police avait chargé les civils qui s’apprêtaient à regagner leurs domiciles. Bilan, deux morts et des blessés par balles parmi les civils inoffensifs. Le lundi 25, les habitants de la capitale économique, l’épicentre de ces émeutes de la faim, ne s’étaient pas encore remises des émotions de samedi.

Martyrs de février 2008 :Le Sdf revisite les morts

Jean Michel Nintcheu, député Sdf du Wouri Est, est allé hier auprès des familles des victimes des émeutes de février 2008, pour un réconfort moral et matériel.

L’initiative de Jean Michel Nintcheu cette année était simple, mais significative. Accompagné de quelques militants de son parti, ils ont fait le tour de quelques familles, dans les quartiers Village et Bépanda. Des visites qui constituent l’une des articulations de la « semaine des martyrs » organisée par le Sdf, en hommage aux victimes des émeutes de la faim qui ont embrasé les grandes villes du pays en 2008.

Deux ans après, beaucoup de temps s’est écoulé, mais la douleur et le désarroi des parents des victimes, sont encore presque intacts. Et ce n’est pas la famille Kendou à Mboko plage I, du côté de Village qui le démentirait. A l’arrivée de Jean Michel Nitcheu et ses « lieutenants », la maman est assise au salon, tenant une photo de son défunt fils Paulin Noukoua, mort le 15 juin 2008, des suites des blessures de balles reçus des militaires quatre mois plutôt.

Il était alors âgé de 28 ans. S’exprimant en bangou, sa langue maternelle que traduit sa fille Sylvie Kendou, elle raconte les circonstances dans lesquelles elle avait appris la mort de son fils. « J’étais ici à la maison, mon fils était sorti rejoindre ses amis juste à côté, et les habitants du quartier sont venu me dire qu’on a tiré sur lui ». Un sanglot arrête alors ce propos pathétique que suit assidûment le député Sdf. Calmée par le député, elle peut confier toute l’utilité dont lui était son unique garçon qu’elle croit toujours pouvoir revenir à la maison.

« J’ai tenu à venir la voir encore cette année, pour qu’elle sache qu’elle n’est pas seule. Nous partageons toujours la douleur de sa famille avec elle », explique Jean Michel Nintcheu.

Manidem

Le rituel s’est poursuivi dans la famille Ngantchou à Ndogpassi III au carrefour danger. Ici, sans être informé de la visite de la délégation du Sdf, les parents et les frères du défunt, à savoir Timothée Ngantchou, se sont tout de suite mobilisés, sans chercher lion les effets qu’ils gardent en souvenir de leur fils. Une carte d’identité scolaire de l’année du drame et un exemplaire du programme des obsèques, précisent qu’il était cette année-là, élève en classe de première F4 au lycée technique de Koumassi. « Jusqu’à sa mort, il m’avait toujours donné satisfaction à l’école », reconnaît Gérémi Ngantchou son père dans un ton plein de regret. Lequel sentiment anime également la famille Dogmo à Bépanda, autre étape honorée par la délégation. C’est dans le petit réduit familial faiblement éclairé, que le récit de la mort de pierre Raimond Dogmo, vigile dans une boîte de nuit, sera fait par sa génitrice. « Il se rendait à son travail à Déido, lorsque les homme en tenu avaient tiré sur lui », raconte t-elle.

Dans un élan de recueillement, une prière collective sanctionnait chaque visite. Et avant son départ, Jean Michel Nintcheu remettait une enveloppe qu’il disait « symbolique ».

A l’endroit de toutes ces familles, essentiellement démunies, si l’on s’en tient à l’état de délabrement avancé de leurs habitations, Jean Michel Nintcheu s’est engagé à poursuivre le combat en vue du dédommagement de ces victimes, leurs fils qui, dit-il, « étaient des Camerounais qui ne demandaient qu’à vivre dans de bonnes conditions ».

Il est à déplorer cependant, l’absence d’autres partis politiques à cette initiative, contrairement à ce qui s’était passé l’année dernière où, le Manidem alors présidé par Anicet Ekanè, s’y était associé.

Devoir de mémoire pour la commémoration des émeutes de la faim au Cameroun

ournalducameroun.com

Par Luidor NONO N. – 24/02/2010

C’est aussi de l’extérieur du pays que les associations de la diaspora se mobilisent pour une semaine dite des martyrs de février 2008

Cette année, c’est le Collectif des organisations démocratiques et patriotiques des Camerounais de la diaspora (CODE) qui a décidé d’organiser à Bruxelles une semaine pour se souvenir des victimes des émeutes de la vie chère il y a deux ans. Avec à la clé la remise à la presse et aux officiels de l’union européenne d’un mémorandum spécial sur ces évènements regrettables qui ont endeuillé les familles camerounaises. Du 23 au 27 février, les manifestations du Code prévoient aussi des marches et la tenue d’une conférence publique sur le thème «Paul Biya peut-il être poursuivi pour crime contre l’humanité?»

Pendant une semaine, la mobilisation sera en effet tournée vers les manquements de l’Etat. Le devoir de mémoire voudrait que l’on laisse les morts reposer en paix sans toujours verser dans le sensationnalisme. Que les familles soient soutenues et qu’elles reçoivent amour, soutien, assistance et consolation. Que chants et prières accompagnent l’âme des défunts dans le repos éternel. De cette façon les familles éprouvées pourront faire le deuil des conséquences de ces malheureux évènements.

L’on retiendra juste qu’il y a deux ans, du 25 au 28 février 2008, de jeunes camerounais étaient descendus dans la rue pour protester contre la vie chère et le projet de révision constitutionnelle voulu par le chef de l’Etat, et dire leur ras-le-bol. Il y a eu des affrontements avec les forces de l’ordre. Selon le gouvernement, il y a eu une quarantaine de morts, les organisations de défense de droits de l’Homme ont dénombré plus d’une centaine de morts. A ce jour, aucune enquête n’a permis d’établir les responsabilités et il est un peu difficile pour les familles des victimes de faire le deuil. Il s’agit donc d’un devoir de mémoire pour rappeler le drame qui a secoué une semaine durant, les principales capitales régionales du Cameroun en février 2008.

~ par Alain Bertho sur 26 février 2010.

Une Réponse to “Cameroun : deux ans après les émeutes”

  1. Je vous ai écouté hier à Nîmes. Je pars ds quelques semaines à Yaoundé, dans le cadre d’une O.N.G. « Electriciens sans frontières », le but de la mission est d’étudier des solutions alternatives pour remédier aux coupures récurrentes du réseau électrique (Quartier d’Ekounou)
    J’aimerais, pour soutenir le dossier, écrire quelque chose au sujet des émeutes, en relation avec ces coupures; Vous avez abordé le sujet hier soir, mais je n’ai pas osé prendre la parole…
    Si vous avez des tuyaux, merci de me les communiquer.

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