« Le temps des émeutes » : réactions, débats, comptes-rendus

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Les émeutes de la mondialisation

 

 

 

Mercredi 12 Janvier 2011

Régis Soubrouillard

Algérie, Tunisie, Chine, banlieues françaises, sur tous les continents ces mouvements populaires témoignent d’une mutation de l’Etat contemporain. Violences politiques pour les uns, ou sociales motivées par une certaine exaspération de jeunes en quête d’emplois, alors même que les gouvernants donnent l’impression de vivre à leur aise.

Les récentes émeutes en Algérie et en Tunisie  sont venus le rappeler : la combinaison de la corruption, des difficultés économiques et de la hausse des prix des matières premières est explosive.

En Tunisie, les heurts gagnent la capitale alors que le bilan fait état d’une cinquantaine de morts. Ce lundi 10 janvier, le président Ben Ali a bien promis de créer 300 000 emplois d’ici 2012. Insuffisant pour calmer la colère de la rue tunisienne, malgré la répression.

Dans son rapport annuel sur les risques mondiaux, publié ce mercredi matin, deux semaines avant le sommet annuel de Davos, le World Economic forum s’inquiète du «danger social»: « Le monde n’est pas paré pour affronter de nouveaux chocs significatifs. D’une part, la crise financière a affaibli la capacité de résilience économique mondiale, tout en avivant les tensions géopolitiques. D’autre part, la recrudescence des préoccupations sociales indique que les gouvernements et les sociétés sont plus démunis que jamais face aux défis planétaires ».

Le rapport identifie trois risques majeurs de troubles sociaux et politiques  : le crime organisé, la corruption et la fragilité des États ; les risques liés à l’eau, à l’alimentation et à l’énergie ; les dangers des déséquilibres macroéconomiques mondiaux. Or, rappelle le rapport, le monde est actuellement particulièrement vulnérable.

Davos sera toujours Davos. Face à ces dangers, le WEF propose une solution qui promet d’être controversée : retirer les aides aux produits de première nécessité pour laisser le marché dicter leur « vrai prix » et réduirait la demande. Le rapport admet cependant que cela aurait des « effets sociaux négatifs » et qu’une telle décision doit être mise en place «progressivement».

L’émeute et le suicide, modes d’expression du malaise maghrébin

En attendant la révolte gronde et la contagion menace. Fondateur du groupe de presse Le Pays, journal privé du Burkina Faso, Jérémie Sigue, estime que « ce qui se passe en Algérie et en Tunisie n’est pas exclusif à ces pays. Sous nos tropiques, les pays qui réunissent les conditions d’une explosion sociale sont légion. En fait, les mêmes conditions sont réunies un peu partout en Afrique. Et c’est en cela que l’on peut redouter l’effet contagion de cette grogne sociale qui secoue ces deux pays du Maghreb. Sans doute que les marginaux, quel que soit le pays où ils se trouvent, ne sont pas disposés à accepter sans broncher, indéfiniment, leur condition ».

Des marginaux ? « En Algérie, comme dans le reste du Maghreb, ils sont ceux qu’on appelle les « diplômés chômeurs. En Tunisie, le taux de chômage des jeunes diplômés, officiellement de 23,4 %, frôlerait en réalité les 35 %. En Algérie, le même indicateur toucherait plus de 20 % des jeunes diplômés, très loin des 10 % officiels. Au Maroc, où le mouvement des diplômés chômeurs est institutionnalisé depuis plus d’une décennie » analyse La Libre Belgique. Six jeunes gens ont tenté de s’immoler devant le ministère du Travail, à Rabat, quelques jours après le premier suicide de la région de Sidi Bouzid. L’émeute et le suicide sont devenus les modes d’expression privilégiés du malaise maghrébin.

Le temps des émeutes contre la crise politique

Si aucun régime ne paraît menacé dans son existence même tant la désorganisation prédomine dans ces mouvements de protestation, à  travers ces explosions de révolte, c’est toute la question d’une jeunesse sacrifiée dans la mondialisation qui se pose.

Les émeutes qui bourgeonnent aux quatre coins de la planète ont-elles quelque chose en commun ?

Pour Alain Bertho, auteur du Temps des émeutes, qui tient un blog sur le sujet, ces mouvements ne sont plus de simples revendications brutales, issus de manifestations qui auraient dégénérées. C’est maintenant un phénomène mondial et contemporain, qui prend forme face  à l’épuisement, à l’inefficacité des autres modes d’actions.

Des banlieues françaises aux rues de Lhassa, du Mexique à la Tunisie, du Maroc à Guizhou en Chine, de Téhéran à Athènes,  en anthropologue, Alain Bertho tente de dégager les similitudes de toutes ces explosions, autant d’arrières cours de la mondialisation. Affrontements communautaires, émeutes liées à la mondialisation ou querelles violentes avec la police…Les mêmes révoltes contre les politiques de gestion urbaine ou « contre la vie chère » éclatent un peu partout.
«Il est urgent de comprendre que la crise mondiale est aussi, peut-être surtout, politique et que les temps actuels sont les temps des émeutes » explique Alain Bertho.

Le coût exorbitant de la mondialisation

En Chine, les mouvements de protestations sont quotidiens,  ethniques, sociaux, ciblant la corruption des cadres du Parti, la révolte gronde aussi dans l’atelier du monde ? L’esprit de fronde n’a pas encore atteint les centaines de milliers de diplômés précaires qui vivent dans des dortoirs, parfois des capsules, et gagnent des salaires de misère. On les appelle les « fourmis », travailleurs connectés, mais solitaires, perdus au coeur des immenses mégalopoles chinoises. Qui sait si un jour, ils ne seront pas sensibles au célèbre mot de Camus:  « Je me révolte donc nous sommes »

Selon un rapport du Bureau International du Travail rendu public en 2009, 81 millions des 15-24 ans étaient au chômage, un taux de 13%. « Le chômage des jeunes, qui a augmenté de 7,8 millions de personnes depuis 2007, risque de produire une génération perdue de jeunes gens qui sont sortis du marché de l’emploi et qui ont perdu tout espoir d’obtenir un travail qui leur assure une vie décente », fait remarquer le rapport qui pointe les risques d’explosions sociales.

Des explosions de violences comme autant de symptômes qui prouvent que dans le « monde tel qu’il va », la production de rebut humain est le corollaire de la modernité, ce que le sociologue Zygmunt Bauman qualifiait de « coût humain de la mondialisation ».

 

Émeutes, silences et violences : un cycle cinquantenaire ?

Espacestemps.net

23 08 2010

CR par Elieth Eyebiyi

Elieth P. Eyebiyi est ingénieur des télécommunications et sociologue anthropologue. Doctorant en sociologie du développement à l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin), il collabore à plusieurs travaux sur les dynamiques organisationnelles de la gestion des déchets, le genre, la mobilité humaine, la marchandisation de l’enseignement supérieur, etc. Il a publié Global Crossroads of Social Welfare. Emergent Issues, Debates and Innovations across the Globe (avec P. Herrmann & V. Sheen, Brême, Europäischer Hochschulverlag, 2010). Ses récents travaux explorent le champ théorique et empirique d’une socio-anthropologie des mouvements associatifs de lutte contre la corruption en Afrique de l’Ouest.

Quel est le sens profond des émeutes qui éclatent dans des contextes sociopolitiques variés, mais empruntent des modalités semblables ? Partant des émeutes d’octobre-novembre 2005 dans les banlieues françaises, l’auteur montre que ces mouvements populaires témoignent d’une mutation de l’État contemporain, et ceci sur tous les continents. Le tableau qu’il dresse est fait d’affrontements, de caillassages, d’hérésies collectives envers les symboles de l’État. Convaincu que le vent de révolte qui souffle sur la planète exprime quelque chose de nouveau qu’il faut interroger, l’auteur met en œuvre une approche en rupture avec des schémas traditionnels, devenus subitement obsolètes, notamment les analyses en termes de classes sociales politiques et subjectives, et celles intégrant la transformation contemporaine de l’État, qui toutes exprimaient la continuité historique de l’émeute et non sa rupture contemporaine. On peut se référer dans cet ordre d’idées aux travaux de Hobsbawm ([1959] 1966), qui renvoie la colère des foules urbaines à l’archaïsme d’une révolte qui ne trouverait sa modernité que dans le politique (p. 15). Ou encore à Sommier (2008), qui explique la violence étudiante par des motifs politiques plutôt que par une certaine exaspération de jeunes en quête d’emplois et d’améliorations de leurs conditions de vie et d’études, alors même que les gouvernants donnent l’impression de vivre à leur aise.

L’imprévisibilité des émeutes, la défiance des codes et lexiques dominants auxquelles elles nous soumettent ainsi que leur recrudescence constituent quelques traits forts de ces événements contemporains. L’auteur pense qu’elles ne figurent « ni la résurgence de formes archaïques de révoltes, ni le prolongement de l’histoire sans fin des “émotions populaires” » (p. 14), mais une dimension incontournable du présent. Selon lui, les évènements contemporains se distinguent par leur nouveauté subjective et leur mondialité. Bien sûr, le débat sur cette mondialité demeure entier puisque, en réalité, les émeutes ont toujours existé partout, sous diverses formes, mais elles investissent aujourd’hui plus aisément et de façon spectaculaire la scène publique, par le biais des médias de masse. Retraçant l’évolution des vagues d’émeutes et des grands mouvements de contestation sur la planète au cours au 20e siècle, l’analyse de Bertho montre que leur périodicité est d’un demi-siècle : le Printemps des Peuples de 1848, la séquence révolutionnaire qui commence en 1917, ou encore celle de 1968, puis les émeutes dans les banlieues françaises en 2005 (p. 25). Les émeutes des banlieues françaises de l’automne 2005, point de départ de l’ouvrage, seraient, au sens de l’auteur, le prélude à un nouveau cycle.

La séquence mondiale des affrontements que nous vivons en ce moment se caractérise donc par une multiplicité de causes, d’actions et de justifications, et l’auteur n’a aucun mal à le prouver tant les exemples sont nombreux et ne demandent qu’à être décryptés. Si l’extension des émeutes touche tous les continents avec plus de quatre-vingts mille manifestations pour l’année 2005 (p. 23), les causes sont en nette diversification, allant des émeutes de la faim (ou contre la vie chère) aux émeutes de banlieue et s’inscrivant parfois dans des registres incataloguables (p. 33). Elles peuvent naître en raison de la mort d’un jeune, à l’issue de rencontres sportives, lors de mobilisations contre l’expropriation des terres, suite à des violences postélectorales, etc.

Si l’émeute est violente et fortement médiatisée, il est très difficile de la saisir sur le vif et encore moins d’apprécier sur le champ ses réelles causalités. Par ailleurs, Bertho relève une « amnésie publique […] massive et consensuelle » (p. 27) quant à la mise sous silence de certaines manifestations, voire une indifférence sur le plan international. La manipulation des informations aidant, même lorsque l’émeute se place sous les feux de la rampe, en l’absence d’une chronique impartiale, c’est la figure de l’émeutier qui est présentée comme le prototype de l’anarchiste.

L’émeute oscille entre ce que Bertho appelle la « discontinuité subjective » (p. 38), c’est-à-dire une rupture dans la séquence des émeutes, et sa potentialité à offrir de nouveaux espaces créatifs, sa potentialité à provoquer des changements.

Alors que les discours habituels visent à montrer la charge négative des émeutes plutôt que d’en chercher les racines profondes, et alors que le battage médiatique présente des clichés superficiels, la dévalorisation du débat sur les idées autour de l’émeute et de sa compréhension se fait évidente. En général, le débat public sur les émeutes ne prend pas en compte le point de vue des émeutiers, frappés d’une image négative et noyés dans le métadiscours. Dans le même temps, l’incapacité des politiques publiques à traiter les germes des émeutes contribue à leur laisser un champ d’expression toujours plus important.

Comme des flashes, les émeutes surviennent avec toute leur brutalité et toute leur violence. Qu’elles soient traitées avec exagération par les médias ou qu’elles soient ignorées, elles restent mal interprétées et ne sont pas questionnées dans leur profondeur. Aujourd’hui, Internet est devenu un nouveau terrain pour les émeutes, en ce sens qu’il permet leur publicisation au niveau mondial et amplifie l’écho des manifestations, les sortant du mutisme stratégique auquel les contraint parfois les pouvoirs publics. Grâce au Net, une émeute étouffée retrouve sa place dans le concert mondial et transcende les barrières répressives locales. Avec les Dailymotion et autres YouTube, le monde entier peut ainsi se retrouver « en flammes ». Parfois et bien souvent, le Net demeure le seul témoin de manifestations bridées et étouffées et leur offre une visibilité internationale qui est nécessaire à leur existence, à leur politisation.

Si la première partie de l’ouvrage s’attache à clarifier l’émeute en tant que modalité pratique de l’action inorganisée et spontanée et montre comment elle s’inscrit dans la vie sociale contemporaine, le deuxième chapitre donne à voir les émeutes dans leur pluralité causale. En effet, les lexiques de la colère sont très fournis et se conjuguent au-delà des banlieues, dans les villes devenues de nouveaux espaces stratégiques au sens de Saskia Sassen (citée par Bertho, 2009, p. 99)1, sous le couvert de stratégies urbaines multiples et de plus en plus raffinées. Les fureurs juvéniles présentent plusieurs visages et s’inscrivent dans la multiplicité causale que l’auteur a illustrée tout au long de son raisonnement, en passant d’un continent à l’autre. Les manifestations violentes auxquelles donnent lieu dans les villes l’altermondialisme (Porto Alegre, Caracas, Athènes, Malmö, etc.), la défense de l’Ungdomshuset à Copenhague, les événements de Hambourg ou de Rostock en 2008, marquent l’urbanisation des émeutes et leur externalisation hors des banlieues pour pénétrer donc au cœur des villes et trouver droit de cité. Elles sont aidées par le contentieux policier (p. 104), d’une banalité universelle, mais qui produit toujours les mêmes résultats : la réaction de la foule contre des policiers.

De plus, la mobilité urbaine devient un déclencheur d’émeutes et une aspérité des modes opératoires des émeutes, lesquelles apparaissent parfois comme une réaction anthropologique à ce qui est jugé comme des situations d’oppression instantanée. Dans les universités du Sud aussi, la violence passe souvent par l’érection de barricades et la mise à feu de pneus (et moins de voitures), le passage à tabac des manifestants et même de simples passants par la police, les arrestations injustifiées, etc.

Dans un autre sens, Bertho insiste sur la forte propension des différends fonciers à conduire à des situations de tension et de violence, car lorsque des citoyens se retrouvent en situation d’expropriation avec, pour seule richesse, le souvenir d’un lieu d’habitation occupé parfois depuis plusieurs décennies, ils n’ont souvent d’autre alternative que de descendre dans la rue et occuper l’espace public. C’est l’arme suprême (p. 124). En Afrique du Nord, la déclaration d’une guerre aux bidonvilles a donné lieu à des destructions massives des symboles institutionnels, en réponse à l’« éradication » des préfabriqués sans relogement de tous les expropriés. Le passage à l’acte apparaît sans doute comme une subjectivation d’une identité collective, inorganisée mais fortement réactive et agissante ; la ville devient alors le théâtre d’une nouvelle politique, celle de la rue en réaction à l’absence des politiques publiques, ou à leur inorganisation. Les villes sont l’antichambre de l’agitation et des émeutes.

Une nouvelle catégorie d’émeutes est apparue suite à la crise économique de la fin des années 2000 : les « émeutes de la faim » en 2008 en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Effectivement, elles sont survenues suite au renchérissement du coût de la vie, notamment au Burkina Faso, au Cameroun, au Sénégal, etc. Le Bénin par exemple était une exception dans le déclenchement de ce type d’émeutes : le choix du gouvernement a été de subventionner massivement les taxes de douane et d’installer des boutiques témoins à travers le pays. Si le résultat in fine a été mitigé, toujours est-il qu’il n’y eut pas d’émeutes de la faim. C’est vrai que l’analyse de Bertho ne prend pas en compte le Bénin, puisque ce pays n’a connu ni émeutes de la faim, ni violences urbaines à proprement parler, mais cette exception semble confirmer la règle de la contagion dans la sous-région ouest-africaine, notamment en ce qui concerne les émeutes de la vie chère. De façon plus profonde, les émeutes de la faim sont intervenues alors que le capitalisme international s’est essoufflé et a induit une crise pluridimensionnelle. L’enlisement de l’économie internationale a affecté aussi le salariat et stimulé la précarisation des populations. C’est dire que les sources de révolte se sont renforcées, augmentant la capacité émeutière des populations.

La place des jeunes dans ces fureurs urbaines est essentielle et c’est certainement ce qui nous interpelle. Les émeutes semblent s’inscrire dans une continuité générationnelle qui assure leur reproduction. On a vu les « Jeunes Patriotes » à l’œuvre en Côte d’Ivoire récemment, avec les implications de la question de l’« ivoirité » dans la crise politico-militaire que connait cet ancien pays stable de l’Ouest africain. Par ailleurs, la violence des actions étudiantes (ou juvéniles par extension) est parfois si inouïe que l’on pense à une action organisée et systématique. En Côte d’Ivoire par exemple, la résurgence du débat sur l’ivoirité a été un prétexte pour la radicalisation de certains mouvements de jeunes engagés dans l’action politique. Le discours de l’ethnie a donné lieu à des affrontements orchestrés par ces jeunes dans plusieurs villes, notamment à Abidjan.

La troisième partie de l’ouvrage est consacrée à une analyse de l’État, première « victime » de la violence émeutière. Si la mondialisation n’a finalement pas effacé d’un trait l’État, en tout cas sous sa forme d’État-nation, l’État et ses symboles apparaissent comme la cible privilégiée des révoltés, surtout dans les milieux populaires et défavorisés. La disjonction de l’État, renommée gouvernance, et sa ré-articulation avec la nation (p. 197) illustrent la substitution des rapports de négociation de l’État aux rapports d’intégration politique populaire caractérisant l’État moderne. En effet, l’auteur formule en première hypothèse que ce que l’émeute exprime ne trouve pas sémantiquement assez sa place dans le débat public, et en seconde hypothèse que la politique de l’État ne laisse pas assez de place à l’émeute. En fait, on dénie tout caractère politique à l’émeute, parce que l’on ne veut pas la reconnaître comme politique. On peut, sans risque de se tromper, penser que la démocratie n’a pas stérilisé la propension cyclique des émeutes à se déclencher pour une causalité composite et diversifiée, et sous des formes multiples allant de l’altermondialisme aux manifestations sanglantes, comme les occupations de villes en insurrection opérées par les forces militaires. La recrudescence des émeutes s’inscrit dans un renouvellement des formes de contestation/construction de l’ordre politique contemporain.

Bertho montre qu’il faut sortir des schémas explicatifs ou prescriptifs traditionnels, devenus vétustes et peu productifs, pour vivre Le temps des émeutes. Ceci passe, comme le pratique l’auteur, par une recontextualisation des analyses de l’État contemporain. Pour cause, les émeutes se donnent à voir aujourd’hui dans leur récurrence, au cœur d’une profonde crise de l’État et du politique. Arrivant à la fin de l’ouvrage, on a un sentiment d’inachevé, comme des murs en construction, auxquels il faut rajouter petit à petit des briques, des pans entiers, pour terminer l’échafaudage de l’ethnographie des émeutes contemporaines, telle que l’auteur en pose les jalons. Rechercher, par exemple, les processus de mobilisation des émeutiers ou les modalités de la construction des révoltes dans les quartiers urbains sont des pistes à explorer dans le cadre de cette ethnographie du temps présent, à laquelle s’exerce Bertho.

L’image illustrant la couverture interpelle le lecteur : une rue en flammes, un individu habillé de noir, couleur des « black blocks » qui symbolise avant tout l’anarchisme et a l’avantage de rendre les personnes difficilement identifiables et peu visibles de nuit, la fumée, un arrière-plan suggérant à la fois témérité, émotion, puissance et désordre, une foule déchaînée au loin. Bien documenté et enrichi d’une chronologie méticuleuse des émeutes et mouvements de protestation à travers le monde, le livre de Bertho s’inscrit dans l’actualité contemporaine des mobilisations violentes et urbaines et consacre l’avènement d’un nouvel acteur politique imprévu mais qui se pose (et s’impose ?) face à l’État, à sa politique et dans sa politique : la jeunesse. Bertho achève ainsi son ouvrage : « il ne s’agit pas d’empêcher l’émeute […]. Il s’agit de faire que ce qui s’y exprime trouve la voie d’une parole collective incontournable » (p. 232).

En dépit de la pertinence de l’analyse de l’auteur, qui a le mérite de proposer de nouveaux cadres d’analyse des émeutes en se distanciant des approches basées sur la continuité historique plutôt que sur la rupture contemporaine, il faut toutefois faire remarquer que la mondialité des émeutes et leur déferlement sur tous les continents ne peut faire l’objet d’interprétations globales ou totalisantes. En effet, il s’agit de rapporter, dans une posture sociologique et anthropologique, chaque soulèvement à son contexte, chaque révolte à ses causes locales, afin de mieux percer le sens dont il est porteur, ce que ne permet pas forcément la perspective de l’auteur, car on a l’impression que les émeutes sont pour lui un fait total qui s’impose de la même façon à tous et partout. Or il existe des variations de grande nature. Les émeutes de la faim ne peuvent avoir les mêmes causalités et le même impact que les soulèvements d’après matches entre supporters. La violence policière dans certains pays ne peut être expliquée avec les mêmes arguments que les mouvements de foule provoqués par des citoyens affamés. L’auteur a tendance à passer trop vite à la généralisation, alors qu’il faut tenir compte des situations locales, dans le global. Mais il faut reconnaitre que les nouvelles catégories (lexicales, mais aussi pratiques) des émeutes qui sont proposées, comme par exemple celles de la faim, sont des nouveautés dans l’analyse des émeutes et préfigurent sans doute la mutation des formes de revendications populaires, coordonnées ou non. Le projet de l’auteur de construire un cadre interprétatif global a tout sens, mais il faut garder à l’esprit que ce global n’est aucunement unifié et contient en lui-même une variété de figures d’émeutes. Oui, nous sommes face à un « nouveau temps d’émeutes », et les grilles de lectures comme celles de l’historien Hobsbawn doivent être amendées pour faire face aux nouvelles figures de l’émeute. Charles Tilly (2005) doutait, avant les violences des banlieues françaises, que le « répertoire » soit nouveau, mais l’on peut se rendre compte aujourd’hui qu’il est difficile de garder une telle position.

Alternative libertaire

Anthropologie

Lire : Bertho, « Le temps des émeutes »

« Manifestation violente et spontanée résultant d’une émotion collective » voila la définition du dictionnaire pour ce mot « émeute ». Cette définition ne nous en explique pas les mécanismes complexes. Alain Bertho en dissèque les données qu’il a recueillies.

L’émeute n’est pas seulement un événement contemporain. Elle n’est pas non plus une mode passagère. Des émeutes paysannes et autres jacqueries du XVIe au XVIIIe siècle jusqu’aux révoltes ouvrières des deux derniers siècles, l’émeute est une constante de l’histoire. Néanmoins sur les 20 dernières années, le nombre d’émeutes augmente ou du moins celles ci acquièrent une plus grande visibilité grâce à l’émergence des nouvelles technologies des médias (Youtube, Dailymotion, Tuddu le Youtube chinois). L’augmentation du nombre d’émeutes s’accompagne d’un mutisme sur leurs origines et revendications. En quelque sorte, une violence aveugle aurait remplacé l’émeute à caractère politique du mouvement ouvrier.

Dans son livre, Alain Bertho recense un grand nombre d’émeutes pour divers motifs, de la mort d’un jeune dans un quartier, jusqu’aux émeutes à caractère racial comme à Anderlecht ou à Alchorchon (banlieue de Madrid). Deux de ces événements sortent du lot par le niveau élevé de violence et leur durée : les émeutes dites « des banlieues » en 2005 suite à la mort de deux jeunes, Zyed et Bouna, à Clichy-sous-Bois et qui se sont propagées à de nombreuses cités en France ; et en Grèce en 2008 où le pays prend feu suite à l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos par la police. La différence des réactions dans les deux pays tend à démontrer que, pour la Grèce, rien n’entrave la solidarité entre étudiants et jeunes de banlieue, au contraire de la France et d’autres pays européens ou les deux catégories de jeunesse sont divisées.

De même, à travers le monde, les émeutes se multiplient comme celles de la faim le long de l’année 2008, qui sont des émeutes contre les diverses spéculations financières sur le cours des matières premières. En Chine, des émeutes rassemblent parfois des villes entières contre la corruption et que l’état chinois n’arrive pas à taire. Et que penser des émeutes insurrectionnelles de Redeyef, Sidi Ifni, Oaxaca, Tacna ? Le silence pèse sur tous ces événements que l’on classe facilement comme des violences aveugles ou qui ne sont même pas commentées. On les fait devenir invisibles, muettes et apolitiques.

Il est difficile au premier abord de trouver un dénominateur commun à toutes ces émeutes à travers le monde. Pourtant il en existe un et il est révélateur d’un message politique fort. L’ennemi commun de toutes ces émeutes est l’Etat, et plus spécifiquement la fonction de l’Etat au sein de la politique moderne. La plupart du temps les émeutiers sont jeunes, ils sont nés dans une génération qui n’a pour ainsi dire aucun avenir, ce qui est aggravé encore plus par la crise actuelle. Et les émeutiers n’hésitent pas à mettre leurs vies en danger dans une lutte perdue d’avance.

« La politique moderne est morte . » En finissant sur ce constat , A. Bertho énonce un fait. Comme le dit si bien un jeune de banlieue en 2006 sur les politiques « ils sont les bergers d’eux même ». La rupture entre la jeunesse et l’espace politique et social de l’état est profonde et irrémédiable. L’émeute n’est pas une politique, c’est juste une absence criante de politique, elle est un désir de politique. Mais une politique en dehors de l’espace étatique.

Bastien Déjacque (AL Marseille)

Publié le 15 janvier 2010 par Commission Journal (mensuel

L’OURS n°395 février 2010

L’OFFICE UNIVERSITAIRE DE RECHERCHE SOCIALISTE

Révolution française 2.0, par PASCAL GIRARD (a/s de Alain Bertho, Le temps des émeutes, Montrouge, Bayard, 2009, 272 p, 19 €)

Vers une nouvelle révolution ? Marketing magazine janvier 2010

L’articleen PDF

Pascal NICOLAS-LE STRAT — 31 janvier 2010 —

Dans son ouvrage, Le temps des émeutes, Bayard, 2009, Alain Bertho rassemble, sous le terme « émeute », une multiplicité d’événements politiques qui ont impliqué la plupart des géopolitiques à l’échelle mondiale, même si l’auteur prend garde de souligner que l’hétérogénéité irréductible du phénomène peut parfois faire douter du bien fondé d’un mode de catégorisation unique. L’émeute défie les codes et les lexiques politiques qui nous sont familiers, en particulier ceux hérités du mouvement ouvrier. Elle ne possède pas une continuité temporelle similaire à celle, par exemple, du cycle de violence politique des années 70, pas plus qu’elle ne détermine des communautés de revendications à la manière de ce que les mouvements sociaux établissent habituellement. L’auteur n’utilise cependant pas ce terme par défaut, faute de pouvoir user d’une terminologie plus classique (révolte, mobilisation de masse, situation révolutionnaire ou pré-révolutionnaire, insurrection, violence politique…).

Au long de son ouvrage, en faisant retour sur plusieurs situations d’émeute, il en montre la nouveauté et la contemporanéité et en dégage plusieurs caractéristiques. À l’encontre des discours disqualifiants qui laissent entendre que les émeutiers recourent à ce registre d’action en l’absence de toute capacité de prise de parole politique, il démontre que ces jeunes, ces pauvres ou ces subalternes désertent explicitement cette forme de prise de parole et, de cette façon, en révèlent l’épuisement. L’émeute ne manifeste pas une impossibilité d’accès au politique mais le refus d’investir ce type d’espace institué ainsi que les formes d’action qui s’y déploient. La portée politique de l’émeute réside justement dans ce refus de la parole politique classique. De ce premier constat, découle conséquemment une deuxième caractéristique de la subjectivité émeutière : elle traduit une volonté de confrontation immédiate et directe avec l’État, et plus généralement, avec les institutions. « Ces jeunes nous disent que la politique n’est pas aujourd’hui une médiation entre des gens et l’État. Ils nous disent que se faire entendre de l’État [ou de toute autre institution] et revendiquer ne passent pas par l’instance de traduction qu’est la politique mais passent par un face à face qui peut être violent. Ils nous disent au fond qu’il n’y a pas de politique car il n’y a peut-être pas de traductibilité possible entre leur espace d’intellectualité et celui de l’État [ou de n’importe quelle institution] » (p. 196-97). En ce sens, comme le souligne à raison Alain Bertho, l’émeute possède une nature plus post-politique que pré-politique. La subjectivité émeutière est « un moment récurrent de l’état contemporain du monde populaire globalisé. L’émeute est une fenêtre temporaire sur ce monde. Elle peut s’ouvrir n’importe où. Elle a toujours une couleur locale. Elle est l’un des multiples messages inscrits sur le réseau global des subjectivités de notre temps, à l’instar des nouveaux réseaux sociaux du Web » (p. 222).

Une de ces fenêtres émeutières s’est brusquement ouverte en 2005 en France. Dès que ce fut possible, la fenêtre a été refermée, en premier lieu par la violence de la répression, mais pas uniquement. Les leaders politiques – et, parmi eux, de nombreux maires de gauche – se sont efforcés de désamorcer l’événement en le dépolitisant, soit en l’assimilant à une forme d’immaturité, tant il est vrai, que si le peuple se détourne des formes instituées du débat public ce ne peut être que le fait d’une incapacité à prendre la parole et à mettre en programme ses revendications, soit en le criminalisant au titre de la lutte contre les violences urbaines – une notion usée et défraîchie mais toujours efficace lorsqu’il s’agit de stigmatiser une population ou un quartier. Mais, plus fondamentalement encore, la plupart des observateurs (journalistes, politiques et, il faut bien l’admettre, sociologues) lorsqu’ils sont confrontés à un phénomène d’émeute, le décrivent comme dénué de sens, comme violence gratuite, comme irresponsabilité et imprévisibilité du mouvement de foule. Ils dépossèdent les acteurs de la signification même de leur acte.

L’émeute ne fait plus sens et ne doit surtout pas faire sens. Si elle est pur et simple égarement, alors il est légitime de porter son attention ailleurs et de rechercher une explication en amont, en deçà du phénomène, du côté de ce que les politiques publiques ont appris à catégoriser, à neutraliser et à gérer depuis longtemps, à savoir les multiples formes de la difficulté sociale. L’événement est dépouillé de sa signification au profit d’une théâtralisation et d’une dramatisation de ses causes. Cette « causalisation«  (sociologique) de l’événement permet de le déminer (politiquement).

En tant qu’universitaire responsable pédagogique d’un Master qui forme de futurs intervenants sociaux, l’ouvrage d’Alain Bertho m’intéresse tout particulièrement parce qu’il bouscule nombre de présupposés constitutifs des politiques publiques du social. Les territoires où se sont déroulées en 2005 les émeutes sont aussi des territoires sur lesquels sont (sur)intervenues les politiques de la ville et les politiques d’insertion. Ces politiques ont toujours affiché leur volonté d’impliquer les habitants et elles ont multiplié les formes de participation, au point où la parole publique – l’espace même de la parole publique – a été comme absorbée et phagocytée par les dispositifs de gestion du social. En mobilisant cette parole populaire dans une visée systématiquement instrumentale, en fonction des objectifs fixés par la politique publique (insertion, développement, employabilité, sécurité…), elles l’ont en quelque sorte dénaturée et délégitimée, standardisée et fonctionnalisée. En faisant de la prise de parole un outil d’administration du social, et un outil parfaitement banalisé, elles sont parvenues, de la cette façon, à déposséder les milieux populaires de leur pouvoir de parole. On comprend alors pourquoi les jeunes et les précaires tentent de reprendre possession de ce pouvoir en court-circuitant tous les espaces normalisés de participation et en se confrontant directement à l’État, sans médiation, sans traduction. Dès lors que leur parole a été capturée et accaparée par les dispositifs techniques de l’appareil d’État, ils opposent à l’État leurs corps et leurs présences physiques. Ils reconquièrent une place dans la sphère publique en faisant l’expérience de la puissance politique du corps et de l’affrontement direct.

Pour les professionnels du social, cette situation n’est pourtant pas une fatalité. L’ouvrage de Partha Chatterjee, Politique des gouvernés (Réflexions sur la politique populaire dans la majeure partie du monde), éd. Amsterdam, 2009, apporte une clé théorique de dépassement, voire peut-être de résolution, de ce dilemme. Comment éviter que les meilleures intentions professionnelles, à savoir donner la parole à l’usager, ne se retournent contre lui en le privant, justement, du pouvoir de prendre cette parole ? Ce piège ne peut être désamorcé qu’en déplaçant les enjeux sur un autre terrain, sur celui que Partha Chatterjee nomme « société politique », à savoir un espace de confrontation et de négociation qui s’amorce au plus près des situations, à l’initiative des populations elles-mêmes et qui permet à ces populations minoritaires ou subalternes de nouer un rapport politique avec l’appareil administratif de l’État et d’y faire entendre leur parole (politique). L’objectif est bien de dépasser le jeu de dupe dans lequel sont piégés aujourd’hui les « gouvernés ». S’ils décident de s’exprimer sur un plan politique, ils ne peuvent le faire que dans le cadre d’une citoyenneté égale et universelle de nature très abstraite, qui contribue largement à dissimuler les inégalités réelles et substantielles. Leur parole peut acquérir une visée émancipatrice, à l’occasion de la défense d’idéaux d’égalité et de justice, mais sur un mode qui restera assez désincarné. S’ils veulent faire entendre leurs besoins et agir concrètement contre les inégalités qu’ils subissent, ils ne peuvent le faire qu’en se soumettant aux catégories légales de la politique publique, avec le sentiment souvent de se trahir soi-même. Leur parole devient simplement « résolutive » (améliorer son employabilité, formuler des objectifs d’insertion, évaluer son potentiel…) ; elle se technicise et perd toute portée émancipatrice. Ils prennent la parole mais dans les termes, la grammaire et le lexique attendus par les dispositifs de politique publique.

Le « gouverné » vit sa parole sur un mode complètement dissocié. Cette dichotomie n’est plus supportable, ni pour les professionnels du social, ni pour les usagers. L’expression émeutière est certainement une des traductions politiques de cette impasse, ainsi que le montre Alain Bertho. Il y a donc urgence à dégager une autre perspective. Le livre de Partha Chatterjee y contribue en illustrant et théorisant le rôle d’une « société politique ». Elle ne se substitue pas aux normes civiques de la citoyenneté se légitimant à l’intérieur de la société civile. « Nous avons donc défini deux ensembles de liens conceptuels. Le premier relie la société civile à l’État-nation fondé sur la souveraineté populaire et garantissant des droits égaux à ses citoyens. Le second relie les populations aux agences gouvernementales [aux dispositifs de politique publique pour reprendre ma terminologie], qui poursuivent de multiples politiques de sécurité et de bien-être social. Le premier renvoie à un domaine de la politique qui a été abondamment décrit dans la théorie politique démocratique des deux derniers siècles. Le second désigne-t-il un domaine différent de la politique ? Il me semble que oui. Pour le distinguer des formes associatives classiques de la société civile, je l’appellerai société politique » (p. 51). Cette société politique représente un espace éthique réel, contextualisé, dans lequel les « gouvernés » engagent un rapport actif, polémique, délibératif avec les procédures de gouvernementalité (les orientations des dispositifs de politique publique) avec pour objectifs d’inventer les normes de justice et d’équité appropriées à leur situation et à leur condition – des normes contextuelles, transitoires qui ouvrent un champ ininterrompu de transactions politiques entre les autorités publiques et des groupes de populations.

Cette rapide formulation suffit pour prendre la mesure des freins qu’une telle perspective peut aujourd’hui rencontrer en France, tant du côté des professionnels du social qui considèrent, complaisamment, qu’ils ne disposent pas de la légitimité pour se déplacer sur un terrain proprement politique, tant du côté des élus (de gauche) qui s’arc-boutent sur l’énonciation universelle de la règle, au nom d’une sacralisation mortifère de l’unité de la République, et réfutent toute possibilité de transactions politiques, situées et contextualisées.

Les thèses de Partha Chatterjee nous invitent à (re)politiser les politiques de gouvernementalités (les politiques d’administration du social) et d’y (ré)introduire les préoccupations intempestives, conflictuelles et créatives – en un mot, politiques – des populations et des publics, à condition bien sûr d’entendre le mot politique au sens plein et entier du terme, à savoir un lieu où s’expriment les rapports de force, se négocient des normes et des régulations, se distribuent les rights et les entitlements. J’aurais envie de dire qu’il convient d’instaurer autant de (micro)-sociétés politiques, au sens de Partha Chatterjee, qu’il y a de politiques publiques, de territoires objets de cette politique et de populations concernées. Au début des années quatre-vingt, au moment où la gauche au pouvoir agissait encore sous l’influence des idéaux des années 70, les premières expériences de politique de la ville ont esquissé des tentatives en ce sens, approchant ce que Partha Chatterjee nomme une société politique. Ces tentatives ont été rapidement laminées et ces politiques se sont progressivement technocratisées.

Néanmoins, ces tentatives reviennent de manière récurrente et insistante. Dans notre travail de sociologue, nous rencontrons régulièrement des acteurs du social (intervenants sociaux, sociologues-intervenants, activistes urbains…) qui, silencieusement mais puissamment, tentent de ré-instaurer du politique là où la politique publique ne voudrait voir que du « technique » et raviver du conflit et de la délibération sur des terrains parfaitement aseptisés par l’administration sociale et urbaine. J’ai pu approcher, personnellement, ces nouvelles dimensions du politique à l’occasion de mon travail avec Doina Petrescu et Constantin Petcou dans le cadre de leur projet d’éco-urbanité, Ecobox (quartier La Chapelle, Paris). J’ai en tête, aussi, l’expérience que me signalait mon collègue et ami Olivier Noël et dans laquelle il est engagé : un atelier coopératif avec des jeunes dans une ville de Seine-Saint-Denis. J’espère en apprendre plus sur cet atelier à l’occasion d’un de nos prochains séminaires de recherche.

« Nous entrons dans une nouvelle phase de contestation »

vendredi 18 décembre 2009, par Joël Depommier

Emeutes des banlieues françaises en 2005, hiver de contestation radicale en Grèce en 2008, mobilisation en Guadeloupe en février 2009. Mais pas seulement : chasse aux Ouïghours en Chine ou destruction d’usine au Bangladesh. La violence des mobilisations s’accroît au niveau global. Professeur d’anthropologie et directeur de l’école doctorale des sciences sociales de l’Université Paris VIII Saint-Denis, Alain Bertho suit de près ces nouvelles formes de mobilisation et vient de sortir un livre qui leur est consacré, Le temps des émeutes.

Votre dernier livre montre une généralisation de ce type d’actions à l’échelle globale. L’émeute est définie comme une action collective violente et spontanée. De quoi les émeutes sont-elles le signe ? Seraient-elles en train de prendre le pas sur la manifestation traditionnelle ?
Alain Bertho Je ne suis pas pressé de donner une définition à ce type de mobilisations collectives où certaines personnes – souvent très jeunes – mettent en danger leur vie ou leur corps en s’affrontant aux pouvoirs. Nous sommes devant des phénomènes qui échappent à la définition de la mobilisation. Ces émeutes présentent pourtant un certain nombre de caractéristiques communes (recours aux blocages plutôt qu’aux barricades comme dans les révolutions), des codes vestimentaires (capuches), des images comme l’incendie de voitures qui sont ensuite mis sur des sites comme YouTube. Ce que je constate aussi, c’est que ces séquences de politique violentes s’étendent géographiquement et augmentent. J’ai dénombré 130 émeutes en 2008. En 2009, elles dépassent les 500. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de contestation, de celle qui apparaisse généralement tous les 50 ans. En 1848, il y a eu le printemps des peuples. A la fin de la Première Guerre mondiale, on a vu des mouvements insurrectionnels à la suite de la révolution soviétique. Ces mobilisations ne prennent pas pour autant le pas sur les manifestations traditionnelles. Mais ces dernières, quand elles ne trouvent pas un espace d’interlocution publique, peuvent tourner à l’émeute ou tout au moins en utiliser les signes apparents.

Une des caractéristiques de l’émeute n’est-elle pas de s’en prendre à l’Etat et à ses agents les plus visibles comme la police ?
Oui. Même quand ces actions prennent à partie ses voisins, comme lors des émeutes anti-immigrés en Afrique du Sud en 2008, elles nous parlent de l’Etat. Elles surgissent du fait de l’absence d’interlocuteur et d’un espace de débat public. Avec la globalisation, les Etats ont dû assumer des contraintes auxquelles ils ont répondu par une nouvelle forme de gouvernance, caractérisée par un accroissement de la bureaucratie, de l’autoritarisme et une mise à distance de leurs peuples. Ce manque de légitimité, qui ne répond plus l’intérêt général du fait de la complexification croissante des tâches de l’Etat, conduit à la colère et à l’exaspération des populations. Pour y répondre, l’Etat peut ouvrir la voie d’une xénophobie populaire en désignant des personnes étrangères à exclure, comme on peut le voir en France, en Italie, en Suisse, en Chine, mais aussi en Côte d’Ivoire.

Peut-on recourir à une analyse de classe pour identifier les protagonistes de ces émeutes ? Si tel n’est pas le cas, quelles sont les caractéristiques structurantes pour en définir les acteurs ?
Les affrontements classiques de classe continuent à exister, comme on a pu le voir dans les révoltes ouvrières des ouvriers métallurgistes à Vigo en juin 2009. Ils peuvent aussi inclure des petits commerçants comme en Mongolie en juillet 2008 suite aux résultats électoraux. Cependant, ce qui me frappe, c’est avant tout la participation des jeunes à ce mouvement. La jeunesse mondiale a un problème ou plutôt le monde a un problème avec sa jeunesse. Même s’il y a des différences entre les émeutes de banlieue, celle de Grèce ou des étudiants vénézuéliens ou que le prétexte est quelquefois un peu confus, on se rend compte qu’elles parlent de grands enjeux comme la question urbaine, la place des jeunes dans la société, le droit devant la loi ou les questions de partage du profit et de la rente.

Les émeutes semblent liées à ce que l’on peut appeler la spectacularisation de la société, du fait que les acteurs mettent souvent des vidéos de leurs actions sur les réseaux de partage d’Internet ? Qu’en déduisez-vous ?
La nouveauté, c’est que l’image est devenue un élément central de l’émeute. Si les militants traditionnels ont tendance à mettre en avant la répression, les protagonistes des émeutes mettent plus volontiers en scène leurs propres actes avec leur téléphone portable. Cette propension exhibitionniste tient moins à la généralisation de la société du spectacle qu’aux possibilités offertes par les nouvelles technologies. On peut aussi y voir une critique des médias traditionnels. Il faut souligner le caractère libérateur, voir ludique comme on peut le constater dans certaines flash-mobs (mobilisation éclair, NDLR).

Les émeutes ne remettent-elles pas en cause une certaine forme de démocratie représentative qui devient de plus en plus soumise à un bipartisme formel ?
Je pense que nous traversons une crise politique comme on ne connaît pas depuis longtemps. Le modèle de politique démocratique, articulé sur des enjeux de pouvoir et d’Etat est remplacé par une nouvelle gouvernance à distance qui ne laisse plus de place au débat. L’émeute devient le miroir de l’Etat contemporain. A l’opposé, on trouve un nouveau modèle de démocratie mis en place par les forums sociaux mondiaux, qui privilégie la mise en commun ou la construction démocratique d’une inter-subjectivité, en s’interdisant de penser en termes de pouvoir. Le double mandat du président Lula montre qu’il est possible de dépasser cette séparation, en gérant l’Etat avec les gens, tout en laissant se développer les luttes, sans les intégrer ou les instrumentaliser.

Aux émeutes répond souvent une réponse policière de l’Etat. Une intensification de ce type d’opposition va-t-il conduire à un engrenage sécuritaire de l’Etat ?
La démocratie où des forces traditionnelles et comme apparentées au système cherchent à revenir de l’intérieur dans le jeu, tend de plus en plus à disparaître. Face aux nouvelles dissidences, l’Etat pourrait être plongé dans un engrenage sécuritaire et répressif, qui fait même consensus à gauche. Ce qui conduira à des émeutes encore plus violentes. Cela ne peut déboucher que sur du malheur populaire.

Sciences humaines.com janvier 2010

Le temps des émeutes

Alain Bertho, Bayard, 2009, 272 p., 19 €
Clément Lefranc

La mondialisation ne touche pas seulement les échanges économiques. L’émeute, phénomène social que l’on tend souvent, à tort, à réduire à un fait ponctuel et isolé, connaît un développement planétaire. Au regard de ces quarante dernières années, selon Alain Bertho, aucun pays n’est épargné par ces flambées de violence. Le relevé des événements révèle une grande diversité de causes et de profils : soulèvements politiques (Tibet et Algérie en 2008), débordements suite à la mort d’un jeune (Australie et France au début des années 2000), affrontements communautaires (Royaume-Uni, Inde et Etats-Unis à la fin des années 1980 et dans la décennie suivante), crise des banlieues (comme en France en 2005), émeutes suite à une hausse de prix (Venezuela, Brésil…), etc. Autant, affirme l’auteur, ces événements sont fugaces et violents, autant ils sont vite relégués dans l’ombre de l’histoire contemporaine. Il convient donc à la fois d’en rappeler la nouveauté, d’en mesurer l’ampleur et surtout d’en comprendre le sens. Un premier trait commun à de nombreuses émeutes d’aujourd’hui est leur localisation urbaine. La ville est le lieu de tous les enjeux fonciers. Or, parce qu’elles peuvent produire de la stigmatisation et de la mobilité forcée, les politiques de rénovation fragilisent le tissu social et aiguisent les tensions. A l’heure où le capitalisme digère tant bien que mal ses folies financières, la lutte pour des conditions de vie décentes constitue un autre trait répandu (protestation contre la vie chère en Guyane, réaction aux coupures d’électricité en Guinée…). Le caractère juvénile des populations protestataires est également remarquable. Fortement médiatisées, grâce à Internet notamment, les émeutes doivent être finalement comprises comme l’expression d’un malaise social. Elles signent la fin de la politique moderne en une période où, aux quatre coins de la planète, les Etats recomposent leur action et où la gouvernance mondiale traduit ses effets dans le quotidien de chacun d’entre nous. Mais l’émeute n’est pas qu’un symptôme de crise, elle est aussi porteuse d’une exigence forte, à savoir la possibilité d’une communication qui passe par d’autres voies que celles des institutions traditionnelles. Reste à trouver les formes de ce dialogue pour que, enfin, la violence ne soit plus le canal privilégié pour dire sa colère et protester contre le monde tel qu’il va.

 

Åren då vi lärde oss leva med katastrofer

Måndag 14 dec 2009

Politiken har handlat om sortering av människor, kulturen om hanteringen av ofattbara katastrofer. Stefan Jonsson sammanfattar i en essä den globala idéutvecklingen under millenniets första decennium.

”Låt oss nu granska det liv som tillkommer Homo sacer, eller banditen, den fredlöse … Han har uteslutits från den religiösa gemenskapen och från allt politiskt liv; han kan inte delta i sitt folks ceremonier och inte heller utföra någon juridiskt giltig handling. Till detta kommer att hela hans existens reducerats till ett naket liv berövat alla rättigheter på grund av att vem som helst ostraffat kan döda honom; han kan rädda sig själv bara i evig flykt eller i främmande land.” (Ur ”Homo Sacer” av Giorgio Agamben, sannolikt 00-talets mest citerade kulturfilosofiska verk.)

Vilken dag och plats ska man välja för att greppa 00-talet? DN:s tsunami­reporter Marianne Björklund träffade tidens öga när hon strax före nyåret 2004 inspekterade läget i Khao Lak. I det thailändska samhället låg tusentals människolik. Björklund talade med en av läkarna, Manoch Chockjomsai:

”Vi kan kanske identifiera 30 procent av de döda människorna. Men vi tar dna-prov på alla, av håret eller av musklerna för att undersöka deras identitet närmare. Ser de västerländs­ka ut tas de till templet där ytterligare utredning görs. De mörka kropparna nöjer man sig med att identifiera med olika kroppskännetecken, det kan vara en tatuering eller ett smycke.”

Björklund visste att hon såg världens ordning i miniatyr. De vita kropparna bärs till templet. De mörka kropparna nöjer man sig med att identifiera med olika kroppskännetecken …

Hon satte också fingret på årtiondets grundfrågor. Under 00-talet kom politiken att handla om sorteringen av kroppar – och kulturen om hanteringen av onämnbara katastrofer.

Från och med september 2001 fick även de privilegierade vänja sig vid att bli visiterade, granskade och sorterade. Av med skorna och skärpet, töm fickorna, öppna väskorna, raska på! Några meter bort i flygplatsens avgångshall stod inte sällan beväpnade soldater och övervakade sorteringsprocessen. Avvikande fördes till särskilda förhörsrum.

Nu kom även täta rapporter om vilka öden som drabbar den bortsorterade delen mänskligheten, när denna trotsar världens gränser. Sinnebilden är den lilla gummibåten med 78 afrikanska passagerare som i augusti 2009 styr mot Italiens kust, när bränslet tar slut. Ingen kommer till undsättning, därför att Italien infört förbud mot att hjälpa flyktingar in i landet. I båten är snart vattnet slut. Man dricker saltvatten. Man dricker sin urin. De flesta dör av törst innan båten bogseras in och fem överlevande stapplar i land.

Årtiondets litteratur, film, konst och fotografi fattade posto i vändkorset mellan stater och territorier för att följa sorteringen. Ett huvudverk på Dokumentautställningen 2002 var Chantal Akermans fantastiska video­installation ”From the other side” om gränsen mellan USA och Mexiko. I filmen började det med Lukas Moodysons ”Lilja 4-Ever” (2002), där den ryska flickan blir allt mindre människa och alltmer varukropp för varje gräns hon passerar. Det fortsatte med Alejandro Iñárritus ”Babel” (2006), där vita och bruna kroppar snuddar varand­ra över taggtråden, och slutade med Neill Blomkamps ”District 9” (2009) som förespeglar en världsordning där minoriteterna sätts i läger.

Även John Ajvide Lindqvist träffade tidens formel i romanen ”Hanteringen av odöda” (2005). Välmenande svenska myndigheter låter en ny människokategori – de odöda, eller ”omlevande” – flytta in i ett särskilt stadsreservat dit tillfarterna snart spärras av.

I dag är det inte längre staden, utan lägret som utgör Västerlandets paradigm, skrev den italienske filosofen Giorgio Agamben i den bok som säkerligen präglade 00-talets intellektuella debatt starkast: ”Homo sacer. Il potero sovrano e la nuda vita”, (Homo sacer. Den suveräna makten och det nakna livet).

Agamben talar om ”det biopolitiska paradigmet”: den absoluta makten möter den absoluta maktlösheten i en zon där lagen alltid anpassas till maktens behov. Och maktens behov kommer ytterst till uttryck i sorteringen av kroppar, som i Guantánamobukten eller som i det Sverige Gellert Tamas skildrade i ”De apatiska” (2009).

Sant, 00-talets politiska makt var inte unik i sitt behov av att identifiera, sortera och lagra människokroppar. Varje makt tar sig den rätten. Men den var unik i att den gjorde sorteringen till högsta prioritet.

För att förstå varför det blev så får vi övergå till årtiondets andra grundämne, hanteringen av katastrofer. Där skulle vi kunna börja med Andreas Malms bok om klimatförändringen, ”Det är vår bestämda uppfattning att om ingenting görs nu kommer det att vara för sent” (2007), eller också med Cormac McCarthys postapokalyptiska roman ”Vägen” (2006), korad till decenniets bästa av brittiska och amerikanska kritiker. Eller varför inte med några rader ur ”Restaktivitet” från 2007 av Johan Jönsson, den svenska poet som låg närmast 00-talets samtidskänsla:

Hos John Ajvide Lindqvist utlöses de odödas invasion av en onaturlig värme­våg. 00-talets estetiska fantasi och kulturella tolkningsförsök handlade ofta om att definiera händelser som inträffade liksom för första gången och därför inte lät sig sorteras in i något av det historiska arkivets färdiga fack.

Begrunda följande serie. 1. En liten grupp sammansvurna kapar fyra flygplan och flyger in i Pentagon och World Trade Center. 2. En flodvåg av mytiska dimensioner dränker hundratusentals i Thailand, Indien och Indonesien. 3. En viss mängd koldioxid börjar göra stora delar av planeten obrukbar och obeboelig. 4. Ett lands bolånemarknad visar sig vara så konstruerad att den orsakar den värsta ekonomiska krisen sedan 1929.

Inget av detta är obegripligt. Tvärtom kunde forskarsamhället pedagogiskt förklara samtliga fenomen. Många hade dessutom varnat för att det skulle ske.

Men även om vi kände orsakerna och kunde förutse händelserna hade ingen anat följderna. Ibland är det helt enkelt så att historien inte kan förklara samtiden, skrev fransmannen Tocqueville. Han syftade på franska revolutionen. Hela förloppet från stormningen av Bastiljen till Napoleons statskupp kunde förklaras, men förklaringarna sa ingenting om förloppets väldighet.

I 00-talets filosofiska debatt förekom ofta begreppet ”det singulära”, en beteckning på något som går bortom lag och förklaring. Beror det på att 00-talet var de singulära händelsernas tid? Ett årtionde av händelser som förvisso kunde härledas bakåt, som rent av kunde förutses och undvikas, men som när de väl inträffade överträffade allt förstånd och alla teorier?

Man kan säga det enklare: 00-talet gav en påminnelse om samhällets skörhet. Ett av offren var nyliberalismen som sådan. Vem tror i dag att alla får det bättre om staten drar sig undan och samhället görs om till marknad? 00-talets sista år gick ekonomipriset till Nobels minne till en forskare som visat att kollektivt nyttjande kan vara mer rationellt än privat ägande.

Efter tsunamin begärde de drabbade statlig undsättning. Men svenska UD misslyckades, liksom den amerikans­ka staten misskötte sig grovt i New Orleans efter ”Katrina”. Efter tre decenniers avregleringar och privatiseringar var staten oduglig. Och medborgaren som politiskt subjekt hade förvandlats till medborgaren som kund, fråntagen all sin makt förutom den hon utövade när hon köpte kravmärkt. Katastroferna som bröt in visade folk att deras samhälle låg som tunn is under deras fötter. Det behövdes bara en liten stöt innan de skulle falla igenom.

Samhället är skört. ”Och nu tar man också ifrån oss sjukförsäkringen och apoteken.” Vi faller igenom isen. Undra på att tiden sjöd av längtan efter en räddande auktoritet. I inget decennium sedan 1930-talet har journalister och massmedier varit så fixerade vid stora män och kvinnor – som om människors väl och ve hängde på överheten. Kanske har det gått så långt att det faktiskt är auktoriteterna, och endast de, som håller i samhällets trådar, medan den motsatta tanken, att samhället hålls ihop av demokratin, folkmakten, ter sig verklighetsfrämmande.

Så blev högerns samhällsidé under 00-talet auktoritär, fixerad vid ledare och ledande värden, samtidigt som vänsterns samhällsidé, i den mån den inte försvann, blev militant. Båda lägren försökte orientera sig i ruinerna efter nyliberalismens chockdoktrin, om vilken Naomi Klein skrev en av decenniets bästa samhällsböcker. Båda lägren ställde samma fråga – Vart tog samhället vägen? – men gav olika svar. Samhället har lösts upp i multikulturalismens virrvarr, svarade högern. Det utplånades när allmänningarna såldes ut, svarade vänstern.

Båda lägren efterlyste också en förstärkning av samhällsgrunden. 00-talets stora debatter kom ofta att handla om högerns förslag: behovet av kanon, starkare värden, säkrare gränser och färre muslimer. Vänstern å sin sida återvände gärna till histo­rien och valde att spegla sig i en annan tid, då samma fråga om samhällets fortbestånd och förändring var akut.

Så kom det sig att sextonhundra­talet – av Peter Englund kallat ofredens år – blev ett av decenniets sexigaste ämnen. Skaror av filosofer, idéhistoriker och historiker återvände till den härjade period då nationalstaten i modern form uppstod efter trettioåriga kriget och tänkarna grubblade över hur man bygger ett stabilt samhälle.

I Sverige skrev Gunnar Wetterberg om statsgrundaren Axel Oxenstierna, Peter Englund om drottning Kristina och Karl X Gustav, Fredrika Spindler om filosofen Spinoza, Maria Johansen om Thomas Hobbes och Cecilia Rosengren om den bortglömda Anne Conway. Utomlands sysslade var och varannan tongivande filosof, inte minst nämnde Giorgio Agamben, med tänkare som Spinoza och Hobbes, som intresserade sig för instiftandet av politisk makt och övergången från oordning till samhälle. Och på teatern var Bertolt Brechts pjäs om Mor Courages irrande mellan trettioåriga krigets frontlinjer en av decenniets mest spelade.

Ska man kora 00-talets stora kultur­ikon ska man därför inte fästa sig vid sådana som Michael Jackson eller Paris Hilton, utan vid Thomas Hobbes starke man Leviathan, som synligt eller osynligt eggade på 00-talets fruktan för katastrofer men också dess längtan efter frälsning. Leviathan var den suveräna hjälten som gick i krig mot terrorn och syntes i folkens längtan efter en stark furste. Men han var också periodens antihjälte, symbol för den oåtkomliga diktatur som högt över folks huvuden men ändå i demokratins namn invaderade länder, lade ner företag, orsakade kriser, kastade ut folk på landsvägen – och sedan återvände till sin borg med en rejäl bonus. Denna makt fordrade tidvis absolut lydnad även när det gäller våra känslor, något som Mikael Löfgren beskrev i årtiondets mest minnesvärda kulturartikel, ”Den globala sorgens diktatur” (2001).

Att Michael Hardts och Antonio Negris ”Empire” (2000) blev 00-talets filosofiska bästsäljare berodde på att den lyckades ringa in denna nya maktform. De kallade den kort och gott ”Imperiet”. I sin nästa bok satte Hardt och Negri namn på motmakten, som de kallade ”Multituden” (2004). Därmed avsåg författarna myllret av sociala och politiska rörelser som i bästa fall skulle kunna instifta en ny sorts global demokrati. Hur ett sådant samhälle kan fungera beskrev de så i en tredje bok som utkom 00-talets sista höst, ”Commonwealth”.

Så står Imperiet (eller Leviathan) mot Multituden (eller folkrörelserna) som möjliga motpoler i en ny världsordning. Filtrerar man detta scenario genom sin geopolitiska fantasi är det lätt att se hur den ena polen kan svara mot ett Kina där man i kommunismens namn förverkligat en totalitär kapitalism, medan den andra polen kan svara mot ett Latinamerika som under 00-talet myllrat av experiment i demokrati.

I Paris på decenniets sista utlandsresa köper jag Alain Berthos bok ”Le temps des émeutes” (Upploppens tid). Den visar att antalet våldsamma upplopp ökat i världen de senaste åren. Bertho drar slutsatsen att vi trätt in i en ny politisk cykel. Ingen vet vad revolterna kan leda till, men faktum är att folk i allt högre grad protesterar, gärna våldsamt – mot polis, stat, religioner, överhet, invandrare, rasism, priser, inflation, arbetslöshet eller vad som helst. Bertho ger empiriskt belägg för Hardts och Negris föreställning om den mångformiga multituden. Överallt sätts människor i rörelse, därför att isen brustit.

Nu är årtiondet snart över och det nya börjar med kungligt bröllop. I medie­flödet dras min uppmärksamhet till ett par nyheter som klargör tidens bägge grundfrågor med grotesk skärpa.

Hanteringen av katastrofer: New York-tidningen Village Voice förutspår att en del av 10-talets mode- och sextrender kan sammanfattas med formeln: ”Fuck the Apocalypse!”

Sorteringen av kroppar: I Coccaglio i norra Italien beslutade stadsfullmäktige nyligen att man i år ska fira en ”White Christmas”. Före jul ska ortens alla 400 invandrarfamiljer få hembesök av polis som ska kontrollera deras uppehållstillstånd. Stadens majoritet talar stolt om ”Operazione Bianco Natale”.

Stefan Jonsson

stefan.jonsson@dn.se

Källorna

”Le temps des émeutes” Alain Bertho. Bayard 2009
”Chockdoktrinen. Katastrofkapitalismens genombrott”
Naomi Klein, övers. Henrik Gundenäs, Stefan Lindgren, Ordfront, 2007
”Leviathan” Thomas Hobbes, övers Eva Backelin, Daidalos, 2004.
”Imperiet” Michael Hardt, Antonio Negri, övers. Henrik Gundenäs. Glänta, 2003.
”Multituden. Krig och demokrati i imperiets tidsålder” Michael Hardt, Antonio Negri, övers. Oskar Söderlind. Tankekraft, 2007.
”Commonwealth” Michael Hardt, Antonio Negri, Harvard University Press 2009.
”Homo Sacer. Sovereign Power and Bare Life” Giorgio Agamben, Stanford University Press, 1998

Jeudi 10 décembre 2009 sur France Culture

A plus d’un titre avec Jacques Munier

–>écouter<–


Samedi 5 décembre sur Europe 1

Frédéric TADDEI – Regarde le monde changer

samedi 5 décembre de 18h15 à 18h30

« le temps des émeutes »

avec Alain Bertho

Euromag 5  décembre 2009

http://www.radio-canada.ca/emissions/euromag

Euromag 5 décembre 2009

// <![CDATA[// Christian Lacroix a tout perdu, même son nom.
Son site >>>

Les Suisses traumatisés par eux-mêmes: analyse du vote contre la construction de nouveaux minarets.

Les émeutes se multiplient à la surface du globe. Pourquoi?
Livre : Alain Bertho, Le temps des émeutes, Bayard.

24H sans nous: les immigrés décidés à faire comprendre aux Français qu’ils leur sont indispensables.
Site du collectif >>>

Copenhague: les sables bitumineux au Canada vus de l’Europe.

Les bureaux culturels, une superbe idée pour encourager la production culturelle.
Site du bureau culturel de Genève >>>

Le stress et les Européens.

Artiste : Alister
Chanson : Qu’est-ce qu’on va faire de toi?
Disque : Aucun mal ne vous sera fait
Site internet >>>

Conférence de Lyon 26 novembre 2009

cliquer sur la photo

Vous avez dit « Le temps des émeutes » (Livre d’Alain Bertho, éd. Bayard)?

jusqu-alacensure.over-blog.com

A lire « Le temps des émeutes » d’Alain Bertho, aux éditions Bayards, quarante ans d’émeutes de part le monde, leurs causes supposées qu’on les dise « de la faim », « violences urbaines », dûes aux « casseurs », imputées à l' »ultra -gauche mouvance anarchiste », l’anthropologue enseignant à l’Institut d’Etudes Européennes et directeur de l’école doctorale de Sciences sociales fait une lecture de ce qu’elles sont et ont été.

Des émeutes françaises à celles d’Algérie, des émeutes chinoises aux marocaines ou indiennes en passant par les USA, le Canada, l’Afrique noire, l’auteur montre que même lorsqu’elles n’ont pas les mêmes causes, elles répondent aux même (non)-organisations. Elles ne sont pas des « événements » mais des paroxysmes dans la misère de ceux qui en sont acteurs.

On verra aussi comme la police est souvent responsable de leur déclenchement mais aussi comme la haine de l’autre (émeutes dites « identitaires ») peut en être le moteur.

A l’heure où le drapeau anarchiste flotte sur l’Université d’Athène, où les universités autrichiennes sont occupées, où certaines universités suisses le sont aussi et où, partout, la tension monte entre l’Etat et la population, cette lecture qui  n’est en aucun cas une apologie de l’émeute n’est pas inintéressante.

Extrait (page 84) : « L’émeute, le geste irrationnel de mise en danger de sa propre vie est ici une manifestation de la vie, d’une ultime résistance. (…) Tel le corps de Lisbeth Salander, l’héroïne martyre du triptyque Millenium du Suédois Stieg Larson, le corps stigmatisé, dévalorisé, mis en exception, effacé de l’espace public peut se révéler un adversaire redoutable et virtuose pour des pouvoirs qui se pensaient hors d’atteinte. C’est pourquoi cet Etat contemporain se dispose tendenciellement comme un Etat de guerre. »

Extrait (page 202) : « 2009 s’ouvre un double épisode d’une grande violence : les incidents autour du G20 de Londres le 1er avril et, dans les jours qui suivent, les batailles de rue à Strasbourg qui accueille le sommet de l’OTAN.


Dans son cycle émeutier, le mouvement altermondialiste a donc changé de cible. D’année en année, on est ainsi passé de l’OMC au G8 (et G20), puis du G8/20 à l’OTAN. Alors qu’avec 20 années d’existence la mondialisation dénoncée par les manifestants anti-OMC de 1999 débouche sur une crise économique et financière sans précédent, c’est contre l’alliance militaire, désormais en état d’hégémonie totale, que se tourne la colère.
La gouvernance mondiale a changé de visage. »

Fissures in the Globalized World: An Interview with Alain Bertho

Sunday, November 22, 2009

A recent interview with anthropologist Alain Bertho lays out some key points from his new book, Le tempes des émeutes [The Riots Period], which brings together his ongoing documentation of insurrection, of « popular anger, » or riots. Despite the lack of a clear political or social objective, the riotous eruptions around the world seem to Bertho to indicate we have entered an era of mobilization akin to momentous ones of the past. He likens the innumerable riots happening worldwide to « fissures of the globalized world. » « Every fissure has its own history, » he says, « but it’s the whole house that’s wobbling. »

Here is the excerpt from the interview:

Is the riot a symptom of youth’s relationship with politics, the « striking sign of its absence? »

It’s primarily a symptom of the contemporary world’s relationship to its youth. The failure of the twentieth century’s revolutions and the ecological threat have abolished the modern idea of historical progress, whether political or social. Youth is no longer considered the world’s future, but as a threat to its present. Vis-à-vis youth, there is no longer any political discourse except for a disciplinary one. Youth reacts in consequence. In the whole world, college and high school student mobilizations, such as festive or sport-related demonstrations, are turning into ever more violent confrontations with the authorities. The same gestures and the same rage are present on every continent.

Although we have seen protests of different calibers in the U.S., I wonder whether the U.S. makes it into Bertho’s ethnography on riots. Without sounding too pessimistic, it seems as if people here have too many other outlets for their rage — outlets which most certainly don’t threaten the state.

Read the original interview by Jean-Marie Durand on lesinrocks.com. Read the translated interview (by Leslie Thatcher) on truthout.com. Check out Bertho’s website here.

For Youth: A Disciplinary Discourse Only

THURSDAY 19 NOVEMBER 2009

by: Jean-Marie Durand  |  lesinrocks.com

In Athens, Tehran or the French suburbs, popular anger continues to erupt. Anthropologist Alain Bertho follows the tracks of these episodes on the Net, establishing a global map of a symptom of the times.

Jean-Marie Durand for lesinrocks.com: « The present is a period of riots, » you write in your new book. In what respects does this interpretive lens centered on riots tell us something about our world, our time?

Alain Bertho: In the course of the last two centuries, there have been three sequences of violent political mobilizations in Europe or the world: The 1848 Springtime of the Peoples, the insurrectional movements that followed October 1917, the 1960’s and ’70s which have remained « the ’68 years. » We incontrovertibly entered a period of that kind a few years ago. The singularity of what we are living through is double: geographically more spread out, this sequence also seems longer-lasting than the preceding ones and is in a certain sense « invisible, » since there’s no common and clear political meaning to these innumerable outbursts of popular anger. There is obviously no global revolution, whether political, social, or cultural, brewing there.

Why do the riots in the French suburbs, in Guadeloupe, Athens, Karachi, Lhasa, Tehran … have a common message for us in spite of their localized histories in different political contexts?

There is something serious in this move to action by the individuals involved. They put their bodies – their lives – in danger with the virtual certainty of losing. The repetition of the phenomenon must test us, question us. It clearly tells us about the overall global collapse of political space as space for the representation of popular suffering and hopes. That’s the common thread that makes the angers, the gestures, the images posted on the internet so similar. The riots are the multiple fissures of the globalized world. Every fissure has its own history, but it’s the whole house that’s wobbling.

You’ve been working for years on the subject, recording all the riots that emerge in the news on your first site. In the last few weeks: scuffles in Chanteloup-les-Vignes, student riots in Jakarta, deadly clashes in the Congo, post-game riots at Rostock.… What is your procedure for drawing up this complete picture of what you nonetheless define as a « shifting and elusive » object?

This picture is certainly not complete. But the riots of globalization are visible on the very scene of globalization itself. The Internet is an unprecedented source, sometimes a firsthand source, when the protagonists themselves put images up on YouTube or Dailymotion. The day-before-on-line has become a new terrain for ethnology. And the posting on-line of the results of that day-before opens absolutely fascinating possibilities for « reactive » effects, or backlash. The Internet is a living and responsive source of information, a sort of barometer for the world’s fevers.

Is it possible to establish a typology of the riot? Confrontations with the police, hunger riots, urban revolts, peasant uprisings …? What are the various action repertoires used by rioters?

There are very strong guiding principles around the world. The theme of murdered youth is one that affects Senegal, Portugal, China, Greece and Brazil, as well as France. The common thread of anger against financial rationales is another that takes various shapes: riots against the cost of living, against electricity cut-offs, against land speculation…. The operating mode, the practical repertoire, if you like, is rather general. The barricades of yesteryear are finished. We’re in a period of balaclavas, obstruction, fire, mobile harassment and the posting of images on-line.

Is the riot a symptom of youth’s relationship with politics, the « striking sign of its absence? »

It’s primarily a symptom of the contemporary world’s relationship to its youth. The failure of the twentieth century’s revolutions and the ecological threat have abolished the modern idea of historical progress, whether political or social. Youth is no longer considered the world’s future, but as a threat to its present. Vis-à-vis youth, there is no longer any political discourse except for a disciplinary one. Youth reacts in consequence. In the whole world, college and high school student mobilizations, such as festive or sport-related demonstrations, are turning into ever more violent confrontations with the authorities. The same gestures and the same rage are present on every continent.

Does the riot profoundly threaten the modern state? Or do its techniques of social control and repression protect it from all instability?

The riot is the mirror of the contemporary state. It is its product, sometimes its double: when it targets the neighbor, the other, the foreigner. Above and beyond national regimes and traditions, the new so-called « governance » systems that position themselves within globalization are systems of « long-distance government. » They combine bureaucracy, authoritarianism, contempt for people and various discriminatory procedures. The state loses a great deal of legitimacy through these systems. Confronted with the often-silent dissidence of their populations, governments everywhere are responding more and more with a rationale of security controls. Popular exasperation is level with the arrogance of the financial-state authorities and the autism of political organizations. Today, conditions are coming together such that the sequence of confrontation will be long-term. Confronted with revolt, military rationales win out in São Paolo as in Urumqi, in Athens as in Villiers-le-Bel, in Algiers as in Dakar. When, in a certain way, war becomes the mode of governance, we may fear escalation. On one side as well as the other.

1. berthoalain.wordpress.com Le Temps des émeutes (Bayard), 271 pages, 2009, 19 Euros.

Translation: Truthout French Language Editor Leslie Thatcher.

« ZGUR » : zones générales d’urgence relative

Le temps des émeutes

Il y a quand même des matins où France Inter ne mérite vraiment pas le surnom de la peste Inter que lui a attribué PLPL puis le PlanB. Ce matin samedi 14 novembre, par exemple, on a pu entendre chez Laurence Luret l’anthropologue Alain Bertho nous parler du temps des émeutes.

C’est non seulement le titre de son dernier bouquin paru chez Bayard, mais surtout selon lui le moment historique mondial dans lequel nous sommes retombés comme deux fois par siècle environ (cf le printemps des peuples en 1848, les émeutes autour de la révolution bolchévique, mai 68).

Mais surtout un moment historique mondial qui va durer un peu, selon Alain Bertho.

Et pas pour rien, car les raisons abondent et ne sont pas très glorieuses pour les élites qui nous gouvernent:

« Une des raisons de l’exaspération, c’est que les préocupations populaires ne sont pas mises à l’agenda politique officiel. »

Des émeutes contre la mort de jeunes (par la police) aux émeutes contre les conséquences de la mondialisation et la financiarisation de l’économie (émeutres de la faim …), jusqu’aux émeutes étudiantes et de la jeunesse scolarisée sur tous les continents, répondant au discours simplement disiplinaire et répréssif dui monde des adultes et des « décideurs ».

Tout l’entretien est disponible en podcast sur le site de France Inter

Ou ici :

La liste des émeutes dans le monde (pas dans Le Monde, non!) est sur le blog d’Alain Bertho https://berthoalain.wordpress.com/

Alors ?

No Future ?

Let’s riot ?

Depuis le temps qu’on le dit

L’escalade est déjà là.

 

Dans tous les pays, les polices sont prêtes ou se préparent à l’affrontement.

Et l’exaspération monte

Avec la crise qui s’accroit pour les plus faibles et profite encore aux plus riches.

 

Alors inéluctable, l’affontement ?

 

Zgur

Parenthèse sur France Inter 14 novembre 2009

samedi 14 novembre 2009

Le temps des émeutes

Souvenez-vous, il y eu l’automne 2005 et les banlieues françaises en flammes…

Depuis, il y a eu la crise, la Guadeloupe, les émeutes de la faim, Athènes, l’Iran. Et pourtant, ce sont les mêmes gestes, la même rage qui se retrouvent sur tous les continents: une colère populaire qui gronde et qui éclate.

A mes côtés ce matin, l’anthropologue Alain BERTHO, qui analyse pour nous ce symptôme d’un monde globalisé qui se fissure…

Ecouter l’émission

Newsletter de la librairie de Sciences Po N°27

Le temps des émeutes, de Alain Bertho, éditions Bayard, 272p., 19 €.
« L’émeute nous dit de l’État ce que la politique identifiée comme telle ne nous dit pas, ou ne nous dit plus. Si l’émeute vient là où la politique s’absente, il est légitime de se demander dans quelle mesure elle prend sa place, si elle est en position de la refonder ou de préparer son renouvellement. »
L’auteur, professeur d’anthropologie, propose dans cet ouvrage une grille de lecture des émeutes ayant eu lieu dans le monde depuis plusieurs années. Au-delà de la banalisation de la violence, il tente de déceler le sens profond de cette forme de protestation, en la mettant en relation avec la globalisation et la crise.
A lire également sur ce sujet le livre d’Isabelle Sommier, La violence révolutionnaire (Presses de Sciences Po, 2008, 10 €).

Entretien avec Alain Bertho dans les Inrocks du 11 novembre 2009

Inrockos couv728-sampler-grande

Cliquez sur la couverture pour lire l’article

ou télécharchez le en PDF

Emeutes… un risque d’escalade ?

Emeutes en France, émeutes d’étudiants en Grèce… émeutes en Chine, à Madagascar… ces émeutes sont-elles un phénomène nouveau ? Peut-on craindre une escalade et pourquoi ?

Alain Bertho, professeur d’anthropologie à l’Université de Paris 8 – Saint-Denis et auteur du livre « Le temps des émeutes« , répond aux questions de l’IRIS (Institut de recherches internationales et stratégiques).

- Pourquoi le « temps des émeutes » ? Est-ce un phénomène nouveau ?

- Comment réagissent les gouvernements et les forces politiques dans le monde à ce nouveau phénomène social ?

- La « catastrophe » dont vous parlez à la fin de votre livre est-elle inévitable ?

>suite>

Entretien à l’IRIS

[Dailymotion id=xaw1k7&related=0]

Débat à transit-city le 18 décembre

www.transit-city.com

ET SI NOUS ENTRIONS DANS UNE NOUVELLE ÉPOQUE D’ÉMEUTES URBAINES ?

vendredi 18 décembre 2009


Et si nous nous interrogions sur le sens de la multiplications des émeutes urbaines ?

Et si on sortait d’une vision sécuritaire pour une vision réellement politique ?

Et si ces mouvements devaient modifier en profondeur les espaces de nos cités ?

Bref si on essayait enfin de comprendre ce que cela peut vouloir dire pour les villes de demain ?

C’est pour tenter de répondre à ces questions – et à de nombreuses autres – que nous avons invité :

  • Alain BERTHO, professeur d’anthropologie à l’Institut d’Études Européennes et directeur de l’école doctorale de Sciences sociales de l’Université de Paris 8-Saint-Denis, qui est l’auteur du tout récent livre Le Temps des émeutes qui vient de paraître chez Bayard.

Voici en quelques lignes l’objet de ses réflexions qu’il viendra partager avec nous.

Il y a eu l’automne 2005 et les banlieues françaises en flammes. Il y a aujourd’hui la crise et un vent de révolte qui semble ne pas faiblir. Et entre-temps, la Guadeloupe, les émeutes de la faim, le Tibet, Athènes, l’Iran… Ce livre vient mettre des mots sur des images de plus en plus fréquentes sur nos écrans, peu commentées et rarement mises en relations.

Le retour chronologique sur les quarante dernières années démontre la nouveauté et l’ampleur de ce phénomène qui s’impose chaque mois un peu plus dans le monde entier.

Il est temps de s’interroger sur le sens profond et peut-être commun de ces émeutes qui éclatent aux quatre coins de la planète, au sein de pays et de régimes politiques radicalement différents et selon des modes de protestation semblables.

Il faut lire attentivement ce que toutes ces explosions de colère nous disent de notre époque, de notre monde, de la globalisation et de la crise.

Pour aller plus loin, vous pouvez aussi aller sur son blog : anthropologie du présent.

L’atelier aura lieu au Pavillon de l’Arsenal de 8 h 45 à 11 heures

21 Bd. Morland 75004 PARIS.

Métro : Sully Morland.

L’inscription est toujours absolument obligatoire.

Alain Bertho a écrit « Le monde des émeutes »

14 octobre 2009

Alain Bertho fait l’inventaire. Il rassemble des fragments éparpillés ou ignorés pour livrer une base de données inédite. Celle des émeutes qui parcourent le monde depuis 1968. L’anthropologue, prof à Paris 8, établit un état des lieux précis, daté et localisé. Il positionne même sur une carte du monde, comme un avant-propos à sa monographie, les points de violences et leurs natures de janvier 2007 à mai 2009. De la recension pointilleuse qu’il propose découle une évidence : les émeutes ne sont pas des phénomènes sporadiques, isolés, nichés en quelques parties ciblées du monde, comme des ouragans localisés et peu fréquents. Même si l’Amérique du Nord, le Brésil, l’ex URSS et l’Australie passent plutôt à travers les mailles de la tendance lourde, les révoltes avec violence sont nombreuses et mondialisées comme le sont le commerce et l’économie. Elles prennent des formes différentes, n’ont pas le même élément déclencheur, mais elles constituent toutes de quoi nourrir la grille de lecture du monde. L’émeute, partie intégrante de nos sociétés, c’est la thèse de Bertho et, au regard de tous les indices qu’il accumule, elle a du sens. Prudent, il prévient, que « ceux qui font profession de connaître le monde ou de le faire connaître », et donc lui-même, pataugent quelque peu dans la semoule pour analyser ce nouveau cycle politique depuis que les repères des générations nourries aux révolutions des XIXe et XXe siècles ont volé en éclats. Son travail a pourtant la vertu d’une lampe torche dans la nuit : il éclaire une réalité ténébreuse.

Dominique Sanchez

Condamnés à l’échec

milkcoffeesugar.blogspot.com

13 octobre 2009

Un livre d’Alain Bertho qui vient de paraître en librairie sur la question des émeutes dans le monde, cite MILK COFFEE & SUGAR dans sa conclusion. L’ouvrage fait référence à quelques phrases de notre chanson « ALIEN » (cf. images ci-dessous).

Résumé

Ce parcours chronologique et géographique dresse un état des lieux de ce nouveau phénomène politique de la révolte sociale et des émeutes, de 1968 à 2009, avec un retour sur les émeutes dans les banlieues françaises en 2005, la révolte en Guadeloupe en 2009, les émeutes de la faim dans les pays sous-développés ou les débordements à Athènes.

Quatrième de couverture

Il y a eu l’automne 2005 et les banlieues françaises en flammes. Il y a aujourd’hui la crise et un vent de révolte qui semble ne pas faiblir. Et entre-temps, la Guadeloupe, les émeutes de la faim, le Tibet, Athènes, l’Iran…

Ce livre vient mettre des mots sur des images de plus en plus fréquentes sur nos écrans, peu commentées et rarement mises en relations.

Le retour chronologique sur les quarante dernières années démontre la nouveauté et l’ampleur de ce phénomène qui s’impose chaque mois un peu plus dans le monde entier.

Il est temps de s’interroger sur le sens profond et peut-être commun de ces émeutes qui éclatent aux quatre coins de la planète, au sein de pays et de régimes politiques radicalement différents et selon des modes de protestation semblables. Lire attentivement ce que toutes ces explosions de colère nous disent de notre époque, de notre monde, de la globalisation et de la crise.
ALAIN BERTHO est professeur d’anthropologie à l’Institut d’Études Européennes et directeur de l’école doctorale de Sciences sociales de l’Université de Paris 8 – Saint Denis.

http://www.laprocure.com/livres/alain-bertho/le-temps-des-emeutes_9782227478633.html

Société: Le temps des émeutes

Parution du nouveau livre d’Alain Bertho : Le temps des émeutes.

Il y a eu l’automne 2005 et les banlieues françaises en flammes.

Il y a aujourd’hui la crise et un vent de révolte qui semble ne pas faiblir. Et entre-temps, la Guadeloupe, les émeutes de la faim, le Tibet, Athènes, l’Iran… Ce livre vient mettre des mots sur des images de plus en plus fréquentes sur nos écrans, peu commentées et rarement mises en relations. Le retour chronologique sur les quarante dernières années démontre la nouveauté et l’ampleur de ce phénomène qui s’impose chaque mois un peu plus dans le monde entier.

Il est temps de s’interroger sur le sens profond et peut-être commun de ces émeutes qui éclatent aux quatre coins de la planète, au sein de pays et de régimes politiques radicalement différents et selon des modes de protestation semblables. Lire attentivement ce que toutes ces explosions de colère nous disent de notre époque, de notre monde, de la globalisation et de la crise.

7 octobre 2009

« L’été dans vos banlieues, les problèmes et les initiatives. »

jeudi 9 juillet 2009

Les phénomènes de bande sont-ils en augmentation ? Y a-t-il des risques d’émeute comme en 2005 ? La France est-elle plus exposée à l’insécurité ? Comment les maires des communes concernées essaient de prévenir la violence ?

Invités : – Eric Mildenberger, secrétaire national de la province pour le syndicat Alliance,

– Alain Bertho, anthropologue et enseignant à l’Université de Saint-Denis, auteur d’un livre à paraître en septembre « Le temps des émeutes » aux éditions Bayard,

– Mohamed Mechmach, président du collectif AC le feu,

– François Asensi, maire de Tremblay-en-France,

– Karima Daoud, éducatrice en prévention spécialisée à Bobigny,

– Claude Dilain, maire de Clichy-Sous-Bois,

– Marc Petit, maire de Firminy.

 

 

Ils l’ont référencé

Renaud-Bray.com

Roma Indymédia

Politique jeunesse & travail social

Alain Hubler

ethnolyceum.wordpress.com

leguetteur.canalblog.com

Le rouet à coeur ouvert

Sociologias

Carnet de Thierry

THC

Quartier sans cible

www.strategie.gouv.fr

La Gauche Verte

Le blog de la ville

espacestemps.net

 

SOMMAIRE

Partie 1 : En quête du contemporain

Chapitre 1 – La modernité de l’émeute.

Chapitre 2 – Le silence et le bruit

Chapitre 3 – Les archives du désordre

Octobre novembre 2005 Chronique d’un incendie

Partie 2 : Lexiques de la colère

Chapitre 4 – Corps sans qualité

Chronique de la mort inacceptable

Chapitre 5 – Stratégies urbaines

Chronique :Des villes contre l’Etat

Chapitre 6 – La rente ou la vie

Chapitre 7 – Fureurs juvéniles

Grèce : chronique d’une révolte inachevée

Partie 3 : L’Etat sans politique

Chapitre 8 – L’Etat, miroir de la haine

Chronique de la haine

Chapitre 9 – L’émeute contre la politique

Chapitre 10 – Réseaux et résonances

Conclusion

Chronologie indicative 1968-2009
 

Alain Bertho est professeur d’anthropologie à l’Institut d’Études Européennes et directeur de l’école doctorale de Sciences sociales de l’Université de Paris 8-Saint-Denis.

 

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~ par Alain Bertho sur 15 octobre 2009.

5 Réponses to “« Le temps des émeutes » : réactions, débats, comptes-rendus”

  1. que les intellectuels se mettent à réfléchir pour annoncer que la peur pourrait changer de camp, est-ce une info pour les classes dirigeantes ou le savent-elles depuis longtemps que ça gronde du côté des pauvres et elles se préparent déjà à rétablir l’ordre sans avoir à (ré)fléchir ?

  2. Ca m’étonne pas que votre publication ait rencontré du succès, le traitement médiatique des émeutes avait posé une chape de plomb sur le caractère politique de l’émeute, un universitaire devait réinvestir le terrain. Vous nous fournissez en tout cas un outil conceptuel bien fini et une sacrée base de donnée. Si ca vous intéresse, je me suis interessé à la pensée anti-insurrectionnel en doctrine militaire, principalement dominée par Gallula et le géneral Petraeus (qui le préface). C’est vraiment le gros buzz actuel des think tank militaires ces dernières années. Les moyens juridiques de réprimer les émeutes évoluent d’ailleurs très vite. La France s’est dotée en 2003 (me semble t’il) d’une doctrine d’intervention terrestre en sauvegarde terrestre (très parlant) qui autorise l’appui de l’armée pour boucler des zones encas (nottament) de menace insurrectionnelle. Les annexes à Lisbonne autorise d’ailleurs les états à tirer dans la foule, certes, mais quand la logistique militaire se développe, c’est un autre stade de conscience des tensions sociales !!! C’est très lié à la porosité du militaire et du policier qui s’opère actuellement (les formations, les objectifs, le matériel…).
    J’eusse composé une petite vidéo assez mauvaise maisbien referencée sur dailymotion concernant ces sujets et mon interpretation de ce que j’ai vu à Strasbourg. Sica vous intéresse: http://www.dailymotion.com/video/x9k20l_the-war-against-us-all_news

  3. que les intellectuels se mettent à réfléchir pour annoncer que la peur pourrait changer de camp, est-ce une info pour les classes dirigeantes ou le savent-elles depuis longtemps que ça gronde du côté des pauvres et elles se préparent déjà à rétablir l’ordre sans avoir à (ré)fléchir ?
    +1

  4. en algerie il n’éxiste JAMAIS de ‘vérité’, …

  5. Hi there, I just wanted to tell you, you’re wrong. Your post doesn’t make any sense.

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