APPEL d’anthropologues italiens

APPEL d’anthropologues italiens

Les événements qui se sont succédés les derniers temps sont d’une telle gravité qui nous oblige de rendre publique notre indignation. Nous assistons à une barbarisation croissante de la production législative toujours plus orientée vers une pratique de violence physique, au même temps symbolique, contre les étrangers, les « différents », les socialement faibles, les libertés individuelles.
Le décret de loi 773, s’il sera approuvé de manière définitive, abolira l’interdiction de signaler les étrangers ‘irréguliers’ qui recourent aux soins médicaux ; par conséquent il privera le droit à la santé – un droit universel et inaliénable – de centaines de milliers de citoyens, qui vivent avec nous, qui travaillent avec nous et, souvent, pour nous. Et ce n’est pas tout : le décret introduit aussi le délit de clandestinité, le permis de séjour à points, des normes restrictives sur le regroupement familial et les mariages mixtes, la détention jusqu’à quatre ans pour les personnes qui ne respectent pas l’ordre d’expulsion.
Et encore, le décret nie l’inscription à l’état civil pour ceux qui n’habitent pas dans un appartement « approprié » et institue le fichage auprès du Ministère de l’Intérieur des sans domicile fixe et de tous ceux qui demeurent ailleurs que dans un appartement. Les personnes en situation irrégulière seront privées aussi de droits humains élémentaires, comme reconnaître son enfant ou envoyer de l’argent chez eux à l’étranger. Toutes ces mesures vont renforcer la discrimination et le racisme et rendront encore plus exploitables, dociles, les travailleurs immigrés.

Enfin, la découverte soudaine que les viols représentent une ‘urgence’ – en réalité il s’agit d’un phénomène endémique, transversal aux nationalités et aux environnements sociaux – mise au service d’une campagne aux tonalités brutalement réactionnaires contre les étrangers et les minorités, a servi pour justifier un décret d’urgence qui exploite les corps violés des femmes pour accomplir un pas supplémentaire vers la barbarie institutionnelle et législative, entre autre en légalisant les rondes privées et en prolongeant jusqu’à six mois la détention des étrangers dans les camps dénommés centres pour migrants.

L’involution de la vie politique de notre pays nous impose un tressaillement de civisme, il nous demande un témoignage politique certes, mais formulé aussi à partir de travaux scientifiques e didactiques.

Il est nécessaire que des lieux de la formation anthropologique apparaît une claire prise de position publique contre la croissante occupation armée des corps: dans les corps offensés par le chantage entre soins et liberté, dans les corps fichés car ils ne sont pas enfermé dans la coque sociale dénommée maison, dans les corps féminins violés et ignoblement exploités pour des desseins réactionnaires, jusqu’au corps de nous tous dont l’état va s’approprier, avec une loi sur les traitements de fin de vie qui réduit en fumier le droit individuel concernant soi-même et sa propre mort.
Nous savons quelle logique supporte la politique qui place sur le corps des citoyens les plus faibles, dans les faits ou en puissance, la confrontation dialectique avec les libertés et les droits individuels. Nous reconnaissons en elle les mêmes syllabes avec lesquelles le siècle dernier a produit le discours le plus inhumain que raison humaine ait jamais connu.

La barbarie, comme nous a rappelé Ernesto de Martino, vit près de nous et nous devons la montrer du doigt à la conscience publique quand elle se présente, comme à l’heure actuelle, au stade germinal.
L’anthropologie, engagée dans la promesse d’élargir les horizons de ce que nous devons considérer humain, doit dénoncer le repli autoritaire, raciste, irrationnel et liberticide qui mine les bases de la coexistence civile dans notre pays, et qui risque de vider de l’intérieur les garanties
constitutionnelles érigées il y a soixante ans, contre le retour d’un fascisme tel qu’il s’était révélé avec les lois raciales. Peut-être que à cette époque aussi, beaucoup de monde avait pensé qu’on n’aurait jamais osé autant: aujourd’hui nous avons le devoir de ne pas répéter cette erreur.

Le Président et le Conseil de Direction de l’ANUAC (Association Nationale Universitaire des Anthropologues Culturels). Marco Aime, Roberta Altin, Pietro Angelini,Bruno Barba, Ivan Bargna, Alice Bellagamba, Anna Casella, Pietro Clemente, Dino Cutolo, Gabriella Da Re, Luisa Faldini, Adriano Favole, Clara Gallini, Maria Elena Giusti, Alberto Guaraldo, Eugenio Imbriani, Franco Lai. Chiara Letizia, Alessandro Lupo, Roberto Malighetti, Francesco Marano, Carlo Maxia, Maria Luisa Meoni, Maria Minicuci,Ferdinando Mirizzi, Gabriella Mondardini, Fabio Mugnaini, Cristina Papa,Berardino Palumbo, Carla Pasquinelli, Cecilia Pennacini, Leonardo Piasere, Sandra Puccini, Francesco Remotti, Annamaria Rivera, Alessandro Simonicca, Barbara Sorgoni, Massimo Squillacciotti, Giuliano Tescari, Stefania Tiberini, Filippo Zerilli.

~ par Alain Bertho sur 10 mars 2009.

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