Emeutes à Montréal août 2008

Blogs, débats, images

Renard

François Roy

Une murale en l’honneur de Freddy Villanueva

Journal de la Rue

Publié le 23 septembre, 2008 par journaldelarue

Suite au décès de Freddy Villanueva et des émeutes survenus dans Montréal-Nord, plusieurs membres fréquentant le Café-Graffiti ont été touché par les événements.

Certains demeurent à Montréal-Nord, d’autres demeuraient à Montréal-Nord avant de venir habiter dans Hochelaga-Maisonneuve, plusieurs comptent parmi leur cercle d’amis des gens de Montréal-Nord. Entre Hochelaga-Maisonneuve et Montréal-Nord, il n’y a aucune muraille de Chine qui empêche les jeunes de circuler. De plus, plusieurs jeunes sont animés par la culture Hip Hop, une culture urbaine et underground qui n’a pas de frontière.

Un artiste du Café-Graffiti, Hérésy est venu me rencontrer. Lui-même immigrant du Chili, a été particulièrement touché par le décès de Freddy Villanueva. Il s’est offert pour réaliser une murale bénévolement. Le Café-Graffiti étant prêt à soutenir financièrement la réalisation de celle-ci.

Avec toute la pression et le deuil que la famille Villanueva traverse, je n’ai pas voulu accabler la famille et les proches de Freddy Villanueva. J’ai profité de l’occasion pour parler avec Christine Black, de l’organisme Escale 13-17 et qui est une des responsables du mouvement communautaire Solidarité Montréal-Nord. Ce regroupement d’organismes communautaires a le mandat de concerter les actions qui seront réalisées à Montréal-Nord.

Solidarité Montréal-Nord a bien apprécié le geste et a endossé la réalisation de cette murale. Cependant, nous ne voulons pas nous limiter à ne faire qu’une murale. Sa réalisation va s’intégrer dans un processus de consultation avec le quartier et la communauté.

Pour cette consultation, un intervenant accompagnera l’artiste pour parler directement avec les citoyens pour trouver le meilleur lieu et la meilleure conception pour que cette murale représente la communauté et ses besoins.

Pour nous mettre à la fine pointe de la technologie, les blogues serviront aussi à la consultation. Les gens concernés par la réalisation de cette murale, c’est-à-dire les citoyens de Montréal-Nord pourront laisser leurs commentaires et leurs réflexions sur le processus qui s’entame. De notre côté, le blogue permettra de donner l’information sur la réflexion en cours et de la rendre publique.

Nous attendons impatiemment vos commentaires sur la réalisation de cette murale pour Montréal-Nord.

Des jeunes expriment leur vision

18/09/2008

Quatre jeunes dans la vingtaine ont décidé de convoquer une conférence de presse aujourd’hui pour s’exprimer sur les événements violents qui se sont déroulés dans Montréal-Nord au début du mois d’août. Selon eux, les médias ont alimenté de façon négative le regard des Québécois envers les jeunes de Montréal-Nord.

«Nous rencontrons les médias pour parler de notre réalité, s’est exprimée Vanessa Després. L’information a été mal rapportée et elle était dévalorisante et discriminatoire envers les jeunes. Nous voulons rectifier le tir.»

«Du jour au lendemain, tous les jeunes de Montréal-Nord sont devenus des criminels, a lancé Jonathan Duguay. Nous ne sommes pas ici pour faire de la politique, mais nous voulons nous tourner vers l’avenir. Nous avons maintenant le droit de nous exprimer et nous voulons nous faire entendre.»

Les policiers vus par les jeunes

Les quatre jeunes en avaient long à dire sur la conduite des policiers dans Montréal-Nord. Même si le Service de police de la Ville de Montréal continue de démontrer qu’un dialogue est entamé entre les policiers et les citoyens, les jeunes n’en sont pas convaincus.

«Il y a des pommes pourries dans le Service de police. Les policiers qui ont grandi dans le secteur ont une façon cordiale de nous aborder. Par contre, ceux qui arrivent de l’extérieur nous regardent de haut et avec des préjugés, explique Jonathan Duguay. Dans Montréal-Nord, dès qu’un groupe de trois ou quatre jeunes se tiennent ensemble, ils sont tout de suite des suspects. Les policiers vont les aborder, les questionner et même les fouiller.»

Selon les jeunes, l’arrivée de l’équipe Éclipse lancée par le Service de police de la Ville de Montréal a aidé le quartier au début mai. La situation s’est par contre détériorée durant l’été et les jeunes se sentent souvent menacés plus que protégés.

«Nous voulons collaborer avec les policiers, mais la situation n’est pas facile. Après les événements d’août dans Montréal-Nord, certains policiers nous narguaient en nous envoyant la main. Si je me mets à parler avec les policiers dans le quartier, tous mes voisins vont penser que je suis un criminel», dit M. Duguay.

Les demandes

Les jeunes ont demandé aux groupes communautaires de les écouter. Ils sont prêts à collaborer avec eux pourvu que les organismes leur demandent leur avis et se manifestent auprès des jeunes. Selon les quatre jeunes, il y a un manque de communication entre les organismes et la population.

«Nous voulons des solutions concrètes pour l’avenir. Nous voulons que les employeurs nous donnent de meilleures perspectives d’emplois. Quand un jeune décroche de l’école et qu’il ne trouve pas d’emploi, il ne lui reste pas beaucoup de solutions», explique Vanessa Després.

Les jeunes demandent aussi un accès à des salles de danse, de musique et à des gymnases. Ils veulent des espaces accessibles et permanents pour les jeunes de 18 ans et plus avec des activités adaptées à leurs besoins. Ils demandent aussi d’aménager des dispositifs permettant aux jeunes d’accéder à de la formation professionnelle.

Montréal-Nord s’embrase

cyberpress.ca

Philippe Orfali, Hugo Meunier, Patrick Lagacé et Martin Croteau

11 août 2008 La Presse

Montréal-Nord s’est embrasé hier soir après avoir passé 24 heures sous tension. Samedi soir, Fredy Villanueva, 18 ans, a été tué par la police, et deux autres jeunes ont été blessés. Hier soir, le ressentiment d’une partie de la population a éclaté sous forme de brasiers, de voitures saccagées et de commerces pillés.

Au plus fort des affrontements, peu avant minuit, des émeutiers ont échangé des coups de feu avec des policiers retranchés derrière leurs voitures de patrouille, sur le boulevard Maurice-Duplessis. Tous les abribus du secteur ont été fracassés. Des commerces ont été pillés et la marchandise volée a servi à allumer une quinzaine d’incendies un peu partout dans le secteur.

À mesure que la soirée avançait, les émeutiers se sont déplacés vers l’est. Au coin du boulevard Langelier, ils ont mis le feu à des bonbonnes de propane, provoquant de violentes explosions. Des casseurs ont utilisé des scooters pour transporter du carburant et alimenter les dizaines de feux qui flambaient dans le secteur.

Pendant ce temps, des curieux approchaient par centaines, prenaient des photos, filmaient la scène avec leurs téléphones cellulaires.

«C’est bien fait, la police le méritait», a déclaré une spectatrice, croisée près du théâtre des affrontements.

Boulevard Rolland, là où tout a commencé, des éclats de verre couvraient la chaussée, restes des bouteilles lancées vers les agents. Les policiers de l’escouade antiémeute, équipés de casques, de boucliers et de matraques, sillonnaient le quartier par groupes pour contenir les débordements. Et des dizaines de feux illuminaient les rues autour du parc Henri-Bourassa, au coin du boulevard Rolland et de la rue Pascal.

Peu avant 22h, des voitures ont pris feu devant la caserne de pompiers située à cette intersection. C’est derrière ce bâtiment que, la veille, un policier du SPVM a abattu le jeune Fredy Villanueva. Les pompiers qui ont voulu éteindre le brasier se sont fait lancer des bouteilles, des pierres et des projectiles en tous genres.

Lorsqu’ils ont battu en retraite, les feux allumés un peu partout dans le secteur ont brûlé librement. Et des pillards ont saccagé la caserne.

Les voitures, poubelles, tables de pique-nique et bonbonnes de propane incendiées se sont multipliées dans les minutes suivantes.

Peu après 23h, une fourgonnette garée devant un immeuble commercial au coin des rues Arthur-Chevrier et Rolland a pris feu à son tour. Les flammes ont effleuré l’immeuble, qui abrite un club vidéo, un restaurant, un magasin à 1$ et une douzaine d’appartements.

Comme les pompiers étaient hors-jeu, les policiers se sont adressés aux citoyens. Ils ont demandé à quiconque possédait des boyaux d’arrosage de participer aux efforts pour combattre les flammes. Pendant quelques minutes, un policier de l’escouade antiémeute a été seul à tenter d’éteindre le feu.

Ce n’est qu’à 23h45 qu’un camion de pompiers, escorté par des policiers, a pu se frayer un chemin jusqu’à l’immeuble.

Au moment de mettre sous presse, vers 1h30, les policiers tentaient toujours de disperser les casseurs retranchés à l’intersection des boulevards Maurice-Duplessis et Langelier, le dernier foyer de résistance.

Policiers blessés

Deux policiers ont été blessés pendant les émeutes, a indiqué le porte-parole du SPVM, Raphaël Bergeron. Une agente a dû être évacuée de toute urgence après avoir reçu une balle dans la cuisse, mais sa vie ne serait pas en danger. Un autre agent a reçu un objet dans le pied.

Un ambulancier qui travaillait sur les lieux a aussi été blessé lorsqu’il a reçu un projectile sur la tête.

Les membres des médias n’ont pas été épargnés. Un caméraman de TVA a été pris à partie par des émeutiers. Et un photographe de La Presse, Robert Skinner, a été attaqué par des pillards. Trois jeunes hommes lui ont fracassé une bouteille sur la tête pour ensuite lui voler ses appareils photo.

Une casse annoncée

Samedi soir, un policier et une policière ont abordé un groupe de jeunes qui jouaient aux dés dans le stationnement du parc Henri-Bourassa. Ils ont interpellé Dany Villanueva, 22 ans, qui a refusé de coopérer. Selon des témoins, un membre de sa bande a sauté au cou d’un des agents. Dans la mêlée, celui-ci a dégainé son arme et a tiré quatre coups de feu.

Le frère de Dany, Fredy Villanueva, est mort. Deux de ses amis ont été blessés.

La nouvelle du drame s’est répandue comme une traînée de poudre à Montréal-Nord, un quartier notoirement fréquenté par les gangs de rue. Dans la journée d’hier, plusieurs habitants du secteur ont clamé leur ras-le-bol face à la «brutalité policière» dans leur quartier. D’autres promettaient déjà de venger la jeune victime.

«J’ai entendu un jeune parler à des flics, raconte Mathieu, 28 ans, rencontré au plus fort des émeutes. Il leur disait que si ça avait été quatre Blancs, ils n’auraient jamais fait ça.»

À la fin de l’après-midi, des dizaines de personnes sont spontanément descendues dans la rue, certaines brandissant des photos du jeune homme de 18 ans.

«C’est une manifestation pacifique qui a mal tourné», a résumé une dame qui a refusé de dévoiler son identité.

Les casseurs n’étaient pas les seuls à en vouloir au SPVM. Des centaines de voisins, femmes, vieillards, enfants, ont voulu manifester leur colère.

«Ce n’est pas un conflit entre Blancs et Noirs, a affirmé un manifestant. C’est un conflit entre les jeunes de Montréal-Nord et la police.»

Vers 22h30, des policiers ont remonté la rue Rolland vers le nord en frappant leur bouclier de leur matraque. Ils ont pris position au coin des rues Arthur-Chevrier et Rolland, à quelques mètres d’un groupe de spectateurs qui ne participaient pas à la casse. Lorsque cinq policiers ont foncé vers la foule, une femme haute comme trois pommes n’a pu fuir. Elle a été matraquée et violemment projetée au sol.

Un homme s’est alors avancé vers le cordon policier. «On est nés ici, on ne vient pas d’ailleurs! leur a-t-il scandé. Cette journée-ci, on va s’en rappeler. Nous sommes les otages de notre quartier.»

Pour plusieurs habitants de Montréal-Nord, les événements d’hier sont le point culminant d’une série d’affrontements entre policiers et jeunes. Et plusieurs s’inquiètent de l’escalade qui échauffe leur quartier.

«Ce n’est que le début», a prévenu une femme d’une quarantaine d’années qui observait la scène.

Le secteur des émeutes

Les rues situées dans ce secteur de Montréal-Nord ont été au coeur des émeutes d’hier soir. Ces événements sont survenus après la mort d’un jeune homme tué par la police samedi.

Plusieurs incendies ont été allumés dans les rues et une caserne de pompiers a notamment été saccagée hier soir

Site de photos

«Mon frère a juste essayé de m’aider»

cyberpress.ca

Dany Villanueva ne comprend pas pourquoi les policiers se sont sentis menacés lors de l’intervention qui a mené à la mort de son frère. Photo Rémi Lemée, La Presse

Catherine Handfield et Martin Croteau

La Presse 11 août 2008

Le mystère persiste quant aux motifs de l’intervention policière qui a causé la mort de Fredy Villanueva, samedi soir. Tandis que la Sûreté du Québec mène son enquête, le frère de la victime reproche aux policiers d’être intervenus sans raison valable.

«Je n’ai aucune idée du pourquoi de l’intervention policière; les policiers ne m’ont rien dit», a raconté hier Dany Villanueva, 22 ans, le frère de la victime de 18 ans.

Samedi soir, Dany Villanueva jouait aux dés avec son frère et un groupe d’amis dans le stationnement du parc Henri-Bourassa quand deux policiers du poste 39, à Montréal-Nord, sont intervenus. Aucun membre du groupe n’était armé, selon divers témoins.

«Le policier est venu me voir et il m’a dit: «Toi, viens ici»», poursuit Dany Villanueva, qui est connu des services policiers. Le groupe aurait alors refusé de collaborer, selon des témoins interrogés au cours du week-end.

«Ensuite, un policier m’a pris la main et m’a plié le bras, raconte Dany Villanueva. Il m’a lancé sur le capot de l’auto. Quand j’ai réussi à me dégager, le policier m’a pris par la gorge. Il m’a jeté par terre et l’autre policier a mis ses genoux sur mon dos.»

«Mon frère s’est approché, il a dit: «qu’est-ce que vous faites?»» raconte Dany Villanueva. C’est à ce moment que le policier a ouvert le feu à quatre reprises, tuant Fredy Villanueva et blessant deux autres personnes. Selon des témoins, un membre de sa bande aurait entre-temps sauté au cou de l’autre policière.

Peu après l’incident, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a indiqué que ses agents s’étaient sentis menacés. «Menacés? Pourquoi? réagit Dany Villanueva. Mon frère a juste essayé de m’aider. Il a dit: «lâchez mon frère«, c’est tout.»

Le SPVM n’a pas voulu commenter les événements, hier, et renvoyait les questions à la Sûreté du Québec (SQ). En vertu d’une politique ministérielle, la SQ est chargée de faire enquête sur la mort du jeune homme.

«Pour l’instant, on sait que les policiers ont voulu procéder à l’arrestation d’un individu dans le groupe», indique Mélanie Paul, porte-parole de la SQ. Elle ne peut dire si le policier avait l’intention d’arrêter l’homme avant ou après l’intervention fatale.

Les enquêteurs étudient les images captées par les caméras placées sur le toit d’un centre communautaire, en face du parc Henri-Bourassa, où la fusillade a eu lieu.

Connu des policiers

Dany Villanueva était connu des policiers. Il a purgé 11 mois de prison en 2006 pour vol qualifié. Plus tôt cet été, il a été accusé de vol qualifié, de possession et d’usage d’armes à feu et de bris de probation pour un incident survenu le 18 juin. Il reviendra en cour le mois prochain.

Toutefois, l’avocat de Dany Villanueva, Me Gunar Dubé, affirme que rien n’empêchait son client de se trouver dans le parc Henri-Bourassa ce soir-là. «Il n’était accompagné d’aucune personne coaccusée dans la cause pendante. Et personne sur les lieux n’était une victime des incidents du mois de juin.»

Après avoir mené son enquête, la Sûreté du Québec devra faire rapport au substitut du procureur général, qui décidera s’il doit porter des accusations criminelles contre les policiers.

De son côté, le commissaire à la déontologie policière pourrait lui aussi mener son enquête si la famille de la victime ou toute autre personne décide de porter plainte.

«Si l’on porte plainte et que le comité à la déontologie policière conclut qu’il y a eu manquement, l’agent s’exposerait à diverses sanctions allant de la suspension à la destitution à vie», explique Réjean Gauthier, commissaire adjoint à la déontologie policière.

«On veut de la justice»

cyberpress.ca

Martin Croteau

La Presse11 août 2008

Sa famille le décrit comme un garçon plutôt peureux qui n’aurait jamais osé s’en prendre à un policier. Voilà pourquoi Lilian Villanueva ne décolère pas. Elle veut savoir pourquoi le plus jeune de ses cinq enfants est tombé sous les balles d’un agent du SPVM pendant une bête partie de dés.

Assise parmi ses proches, la mère de Fredy Villanueva parle peu. Les larmes aux yeux, elle écoute sa nièce raconter les événements de samedi soir. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle pense de l’intervention des policiers, elle est catégorique : «C’est criminel, ce qu’ils ont fait, crache-t-elle. Criminel!»

Fredy Villanueva a eu 18 ans en avril. Il n’avait aucun passé criminel. Et il n’était pas armé au moment où, au plus fort d’une mêlée, un policier a dégainé et lui a tiré dessus.

«On veut de la justice, tonne sa sœur, Wendy. On sait qu’il y a du racisme. Aujourd’hui, on veut de la justice.»

Samedi soir, Fredy Villanueva avait accompagné son frère Dany au parc Henri-Bourassa pour y rencontrer des amis. Le petit groupe jouait aux dés dans le stationnement situé entre le terrain de soccer et l’aréna lorsqu’un policier et une policière se sont approchés.

«Fred s’est fâché»

Selon des témoins, l’un des agents a demandé à Dany, 22 ans, de s’approcher. Il a refusé. Quelques secondes plus tard, après un échange d’insultes, l’agent s’est rué sur le jeune homme. Selon Martha Villanueva, une cousine qui accompagnait la bande, Fredy a voulu porter secours à son frère.

«Fred s’est fâché, raconte-t-elle. Il voulait aider son frère à se relever, et la police a sûrement pensé qu’il avait une arme sur lui parce qu’il avait les mains dans les poches.»

Les passants qui ont vu la scène affirment que l’un des jeunes a sauté au cou d’un policier. L’un des deux agents, qui immobilisait toujours Dany par terre, a dégainé son arme et tiré quatre coups de feu, selon Martha Villanueva.

«Sur le coup, on ne savait pas ce qui s’était passé, confie-t-elle. À un moment donné, je me suis retournée et j’ai vu Fredy qui se tenait une jambe, il se tenait le torse. Il était par terre, mais je ne voyais pas qu’il saignait.»

Deux autres personnes ont été atteintes par les balles, mais leurs vies ne sont pas en danger. Selon ce qu’a appris La Presse, l’un d’entre eux serait Denis Meas, 18 ans. Selon TVA, l’autre serait Jeffrey Sagor Metelus.

Comme le veut une directive ministérielle, c’est la Sûreté du Québec qui enquête lorsqu’un agent du SPVM est impliqué dans une fusillade. La SQ a indiqué hier qu’elle tentait toujours de reconstituer le film des événements qui ont mené à la mort de Fredy Villanueva.

Dans une entrevue accordée à La Presse, Jorge Orlando Villanueva, l’oncle des deux frères, a indiqué que Dany aurait pu faire l’objet d’une interdiction de fréquenter le parc. Le jeune homme avait déjà plaidé coupable à des accusations de vol qualifié, et il attend maintenant son procès pour un délit semblable.

Selon nos sources, l’agent impliqué dans la fusillade fait partie du SPVM depuis trois ans et demi. Sa collègue s’est jointe à la police il y a un an et demi.

Dans le stationnement du parc Henri-Bourassa, hier, les enquêteurs s’affairaient toujours à reconstituer la scène. Derrière le ruban orange, on pouvait voir une voiture de patrouille dont la lunette arrière, selon des témoins, a été fracassée d’un coup de pied par Dany Villanueva après la fusillade. Des gants mauves et des sachets blancs, laissés derrière par les secouristes, traînaient parmi les éclats de verre.

Quelques heures plus tard, une fois les lieux rouverts au public, Diana Serrano s’est dirigée tout droit vers la marque brunâtre, de la taille d’un frisbee, laissée sur l’asphalte par le sang de la victime. Arrivée là, elle a fondu en larmes.

«C’est injuste, a clamé la jeune femme, camarade de classe de la victime. Il n’était pas armé, il ne faisait rien. Il jouait aux dés. Ce n’est pas une raison pour lui enlever la vie.»

La famille de la victime, elle, veut des réponses.

«On ne veut pas que, parce que ce sont des policiers, ils puissent continuer à faire leur job comme si rien ne s’était passé, affirme Wendy Villanueva. Je ne veux pas que la dame et le monsieur qui ont fait ça puissent continuer à patrouiller comme si de rien n’était.»

Un samedi soir ensoleillé

cyberpresse.ca

La Presse11 août 2008

Quand un policier dégaine et fait feu, c’est qu’il croit que sa vie, ou celle d’autrui, est en danger. La vie n’étant pas un film de Bruce Willis, un policier ne tire pas de coup de semonce dans les airs.

Samedi, un policier a fait feu dans un parc de Montréal-Nord. Trois jeunes hommes ont été atteints. L’un d’eux, Fred Villanueva, 18 ans, est mort.

La défense du policier, assurément: sa partenaire était en danger.

Selon ce qu’on sait grâce à des témoins, c’est que Dany Villanueva, 22 ans, frère de Fred, a été interpellé par les deux policiers. Villanueva a déjà fait face à la justice pour vol dans le passé. Il doit encore y faire face, pour la même chose.

On ignore pourquoi il est interpellé, en ce samedi soir ensoleillé, au parc Henri-Bourassa. Infraction à un règlement municipal? Entorse à ses conditions de mise en liberté? Recherché en vertu d’un mandat?

Ce que l’on sait, c’est que Villanueva et le policier ont échangé des mots aigres-doux. Le ton a monté. Villanueva a été arrêté de façon musclée, refusant de collaborer.

Jusqu’ici, c’est un classique. Pas de quoi écrire à sa mère, je veux dire. Rien qui risque de finir à la une du journal. Ou à la morgue.

Sauf que Dany Villanueva est accompagné de quelques amis. Quelques-uns de ceux-ci, outrés de le voir en état d’arrestation, protestent. Les esprits s’échauffent.

Toujours selon des témoins, qui ont parlé à mes collègues Orfali et Croteau, c’est alors que la policière est prise à partie par quelques-uns des membres du groupe. Et la policière n’a pas le dessus dans l’échauffourée. Un des hommes l’empoigne à la gorge.

Et c’est ici que bang, bang, bang, bang, le policier tire quatre fois. Trois jeunes hommes sont atteints. L’un d’eux mourra dans la nuit à l’hôpital du Sacré-Coeur.

Hier, Montréal-Nord criait à la brutalité policière. Hier, Montréal-Nord criait à l’insensibilité culturelle, dénonçant les flics blancs qui emmerdent les citoyens portant des noms autres que Tremblay et Landry

Je ne sais pas si le policier a mal agi. Je ne sais pas s’il a joué au cow-boy. Au terme de l’enquête, la Couronne va décider si l’agent a eu raison de tirer pour sauver sa coéquipière. Si la réponse est oui, il n’y aura pas d’accusation. Si la réponse est non, l’agent fera face à la justice. On verra.

Ce que je sais, c’est que c’est toujours -TOUJOURS- une mauvaise idée de se ruer sur un flic. On s’engage alors dans une pente très, très glissante.

Et samedi soir, dans ce parc de Montréal-Nord, une policière s’est fait tabasser par quelques gars qui voulaient défendre Dany Villanueva.

Ton ami se fait arrêter par la police? Ferme ta gueule. Sors ton portable et filme la scène: s’il y a en effet brutalité policière, YouTube se chargera de faire de l’agent une «star» du web.

Mais la pire – LA PIRE- chose à faire, c’est de jouer à Rambo et d’essayer de planter le flic. Un flic tabassé, c’est un flic qui n’a plus la maîtrise de son arme.

Là, tu pousses les flics à prendre des décisions de vie ou de mort. Et il se peut que la décision ne soit pas tout à fait rationnelle. Que ce soit la mauvaise décision.

Il se peut alors que les choses finissent dans les journaux et devant les tribunaux. Et à la morgue, aussi.

Canada: nuit d’émeute dans un quartier défavorisé de Montréal

MONTRÉAL (AFP) — Des protestations contre une présumée bavure policière ont dégénéré en émeute dans la nuit de dimanche à lundi dans un quartier défavorisé de Montréal, une première qui fait craindre une répétition de violences comme les émeutes de la banlieue parisienne.

Carcasses calcinées de huit voitures, vitrines de commerce saccagées, débris de métal jonchant le sol, certaines rues du quartier « Montréal-Nord », où vit entre autres une importante communauté haïtienne, avaient des allures de champ de bataille lundi.

Trois policiers ont été blessés, dont un par balle à la jambe, ainsi qu’un photographe du journal La Presse lors de cette émeute au lendemain du décès dans le même secteur d’un jeune homme, tué par la police.

Deux policiers de Montréal avaient abordé samedi un groupe de jeunes, un incident a priori banal qui s’est terminé tragiquement. Un policier a tiré des coups de feu, tuant Freddy Villanueva, 18 ans, et blessant deux autres de ses amis.

Une enquête a été lancée par la Sûreté du Québec pour faire la lumière sur la mort de ce jeune homme, la version des policiers montréalais, qui affirment avoir été agressés par un groupe de jeunes gens, divergeant de celle des proches de la victime.

« Je ne tolérerai pas que des policiers, des pompiers et des ambulanciers soient victimes d’atteintes physiques », a déclaré le maire de Montréal, Gérald Tremblay, soulignant en même temps la nécessité d’une enquête « transparente et complète » sur les circonstances de la mort du jeune homme.

Une marche pacifique de protestation avait eu lieu dans la journée de dimanche. Mais quelques heures après la procession, des violences éclataient dans le quartier.

La police de Montréal a procédé à six arrestations, parlant de violence « désorganisée » attribuée notamment à des casseurs dont certains venaient de l’extérieur de Montréal.

Le secteur Montréal-Nord est le théâtre d’affrontements entre gangs de rue et certaines personnes se disent victimes de profilage racial de la part de la police dans ce secteur défavorisé de la métropole québécoise.

« Ils abusent les policiers. Je me suis fait arrêter à tous les coins de rue… Ici on est une famille, on réagit », lance John, casquette vissée sur son bandana, à propos d’un secteur qu’il nomme lui-même « Montréal-Noir ».

« Ça fait longtemps que ça bout dans le quartier », souligne Réjeanne, femme aux cheveux gris qui dit vivre dans ce secteur depuis 26 ans et craint la poursuite des violences au cours des prochains jours.

Des violences avaient éclaté au printemps dans le centre-ville de Montréal après la victoire des Canadiens de Montréal au premier tour des phases finales du championnat nord-américain de hockey sur glace (LNH).

Mais pour le chef de la police de Montréal Yvan Delorme, l’émeute de dimanche soir constitue une première. « Nous n’avons rien vu de semblable à Montréal parce que (la violence) a ciblé une problématique bien particulière, contrairement aux séries éliminatoires (de hockey) », a-t-il dit lundi.

La police craint la répétition de ces violences au cours des prochaines nuits et tente d’éviter « de mettre de l’huile sur le feu », dans un quartier sensible, a-t-il souligné.

« C’était une rébellion pas seulement contre le service de police, mais contre le système », a affirmé de son côté Pierson Vaval, un travailleur communautaire au cours d’une conférence de presse, aux côtés de la police.

« Il y a deux, trois ans, on avait parlé des émeutes en France, et on se disait: +est-ce qu’on est à l’abri de ça?+. On voit aujourd’hui que Montréal n’est pas à l’abri », a-t-il dit.

En 2005, la mort de deux adolescents fuyant la police avait mis le feu aux poudres dans la banlieue parisienne, provoquant trois semaines d’émeutes.

Émeute à Montréal-Nord : bilan

corusnouvelles.com

11 août 2008

L’émeute a commencé aux environs de 21h00 dimanche soir dans l’arrondissement de Montréal-Nord. Deux policiers et un ambulancier ont été blessés

L’émeute de dimanche soir à Montréal serait la conséquence d’un guet-apens qui a été tendu aux policiers.

Selon Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM, plusieurs appels auraient été logés au 911 dimanche afin d’attirer les policiers dans un logement de Montréal-Nord en soirée.

Ces appel auraient eu pour but de causer un affrontement entre les représentants du SPVM et des émeutiers.

Flairant un piège, les policiers auraient refusé d’entrer à l’intérieur de l’endroit d’où provenaient les appels et auraient demandé aux occupants de l’endroit d’en sortir.

Par la suite, les manifestants frustrés seraient sortis en grand nombre dans la rue et se seraient mis a frapper sur des véhicules avant d’allumer des feux sur les rues Pascal et Rolland.

Malgré l’intervention de l’escouade tactique du SPVM, les émeutiers ont saccagé de nombreux commerces ainsi qu’une caserne de pompiers. Ils ont aussi mis le feu à au moins cinq véhicules en plus d’avoir recours à des bombonnes de propanes pour alimenter leurs incendies qui ont fait rage dans un périmètre de de plus d’un kilomètre carré.

Réactions

Les réactions sont nombreuses du côté de la ville de Montréal au sujet des émeutes qui ont lieu depuis dimanche soir dans l’arrondissement de Montréal-Nord.

En entrevue au réseau LCN, le Vice-Président du comité exécutif de la ville, Claude Dauphin, a tenu à lancer un appel au calme à la population a qui il a d’ailleurs demandé de ne pas sortir de chez-elle.

M. Dauphin a aussi affirmé que la ville désirait faire un rapprochement avec la communauté noire afin d’éviter que d’autres événements du genre se reproduise.

Pour le maire de Montréal-Nord, Marcel Parent, les émeutes de dimanche soir viennent prouver qu’il est temps que la ville entame un dialogue avec sa population.

D’ailleurs, dès lundi matin, des comités de rue travailleront en ce sens dans l’arrondissement.

Marcel Parent affirme par ailleurs qu’il faudra du temps afin de rétablir un climat de sécurité dans Montréal-Nord.

La Sûreté du Québec fera enquête sur les incidents de cette nuit.

Émeutes à Montréal-Nord

LCN Canoe

10/08/2008

Video 1

Video 2

Video 3

Video 4

Une manifestation improvisée à la suite du décès de Freddy Alberto Villanueva, 18 ans. Le jeune homme est tombé sous les balles d’un policier en voulant s’interposer lors de l’arrestation de son grand frère près d’un parc dans Montréal-Nord, samedi.

Dimanche après-midi, vers 17 heures 30, une cinquantaine de personnes ont brièvement marché sur le boulevard Maurice-Duplessis pour dénoncer l’intervention policière. Toutefois, cette marche a pris des allures d’émeute.

Des manifestants ont allumé de nombreux feux sur la chaussée, dans le secteur des rues Pascal et Rolland, aux alentours de 21 heures. Trois véhicules ont été incendiés dans le stationnement d’une caserne de pompiers qui a été vandalisée. Une camionnette du Service de sécurité incendie de Montréal a été vandalisée.

Des manifestants ont lancé des projectiles sur des pompiers qui tentaient d’éteindre des feux, ce qui les a forcés à rebrousser chemin. Deux policiers ainsi qu’un ambulancier ont été blessés lors des émeutes. Les autorités ne craignent pas pour leurs vies.

Les policiers de l’escouade antiémeute de la police de Montréal sont déployés en grand nombre.

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~ par Alain Bertho sur 11 août 2008.

 
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