Emeutes à Berriane juillet 2008

Après les manifestations de Berriane, d’Oran, de Bouira… Le syndrome des émeutes inquiète le gouvernement

Liberté

24 juillet 2008-

La précision apportée mardi par le Chef du gouvernement au sujet de la réunion avec les patrons de la gendarmerie et de la police, la semaine dernière, signifie que la question de l’ordre public est prioritaire.

Ahmed Ouyahia a évoqué, mardi, en marge de la Fête annuelle de la police à El-Hamiz, la réunion qu’il avait tenue la semaine dernière avec les deux premiers responsables de la gendarmerie et de la police, Ahmed Bousteïla et Ali Tounsi. Le propos du Chef du gouvernement sonne plutôt comme une précision, indispensable de son point de vue, par rapport aux informations de la presse sur le contenu de cette réunion. “Nous avons évoqué lors de la réunion la question des troubles à l’ordre public”, a-t-il expliqué, démentant de même qu’un autre point, en l’occurrence celui lié à la situation sécuritaire, n’ait été abordé lors de ce conclave à trois.

M. Ouyahia le dit d’ailleurs de façon explicite, “lorsqu’il y aura une réunion sur la situation sécuritaire, vous en serez informés”, a-t-il insisté. Ce qui veut dire que sur le front sécuritaire et en dépit des tartarinades désespérées des irréductibles du GSPC, la situation est bien tenue en main par les forces de sécurité chargées de la lutte antiterroriste. Voilà qui a le mérite de recadrer la perspective par rapport à cette importante réunion qui a porté exclusivement sur la question de l’ordre public. Et ce n’est pas du tout un simple hasard d’agenda, mais sans vraisemblablement sa tenue correspond à une situation d’urgence. Comme vient de nous le rappeler opportunément la nouvelle surchauffe au niveau de la localité de Berriane, qui a connu encore mardi de nouveaux affrontements, heureusement vite circonscrits, entre les deux communautés qui y vivent. Mais le cas Berriane, parce qu’il polarise l’intérêt des médias, n’est que la partie visible d’un phénomène qui a tendance à s’inscrire à la fois dans le temps et dans l’espace. Rien que pour le mois de juillet, des atteintes à l’ordre public sont enregistrées dans différentes régions du pays. À Ben Aknoun, c’est la liste des bénéficiaires des logements qui est contestée par les non bénéficiaires ; à Bouira, ce sont les producteurs de pomme de terre qui ont bloqué l’autoroute Est-Ouest au niveau de la localité de Lakhdaria, en raison de leur colère, les propriétaires des chambres froides qui leur font du chantage. Avant-hier à Sidi-Al-Moussa, dans la wilaya de Tizi Ouzou, les habitants de cette localité se sont donné rendez-vous devant le siège de l’APC pour dire leur ras-le-bol devant l’incurie des élus dont les soucis ne sont pas visiblement ceux du petit citoyen de la commune, en proie quotidiennement aux coupures d’eau, d’électricité et du transport. N’oublions pas aussi, la semaine des émeutes vécues au mois de juin par la ville d’Oran livrée à un déchaînement de violences sans précédent de la part de jeunes qui ont trouvé dans la rétrogradation du club phare de la ville le catalyseur idoine pour mettre à sac la ville. C’est sans doute la multiplication de ces convulsions sociales hiératiques,  se chiffrant souvent en milliards de dinars de dégâts, qui ont dû faire “tilt” chez M. Ouyahia pour l’amener à programmer une réunion frappée du sceau de l’urgence  sur l’ordre public. Si rien n’a filtré sur les résolutions prises au terme de cette réunion entre Ahmed Ouyahia et les deux responsables des forces opérationnelles chargées de la sécurité publique, on devine aisément qu’il s’est agi d’apporter les réglages indispensables pour que l’ordre public, si impératif à tout processus de développement économique, ne fasse plus les frais des tensions sociales latentes. C’est certainement sur le terrain que ces réglages seront visibles dans les prochains jours. Cela étant, la situation est loin d’être catastrophique. “Des progrès concrets ont été réalisés dans le domaine de l’ordre public”, précisant que “le taux de criminalité en Algérie, actes terroristes compris, a diminué grâce à un travail organisé et au sacrifice des personnes qui étaient sur le terrain”, a répété mardi le patron de la police à El-Hamiz. Mais la sécurité n’est jamais de trop. Et c’est d’autant plus nécessaire, qu’après la période estivale, le pays va entrer dans une phase assez délicate, à savoir la concomitance de la rentrée sociale, la rentrée scolaire, avec le mois de Ramadhan. Et il faut compter aussi avec l’agenda politique et la probabilité d’une révision constitutionnelle. Autant de chantiers sur la feuille de route de Ahmed Ouyahia qui a besoin d’une paix sociale pour réussir le challenge pour lequel le président de la République a de nouveau fait appel à son expertise.

après les émeutes de mardi dernier Berriane retrouve son calme

24 Juillet 2008 –

Apparemment, le calme est revenu dans la ville de Berriane, dans la wilaya de Ghardaïa, après les violentes échauffourées constatées durant lajournée de mardi dernier. Selon certains habitants de cette localité, contactés hier par L’Expression, une accalmie a été constatée hier dans l’ensemble de Berriane.

Toutefois, d’aucuns n’hésitent pas à se montrer pessimistes: est-ce le calme qui précède la tempête? C’est du moins l’appréhension de Kamel Eddine Fakhar, président de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (Laddh), section de Ghardaïa. «Il est vrai que la journée d’hier a connu un calme remarquable, mais la crainte plane encore, d’autantque les mois précédents nous ont prouvé que les violences peuvent resurgir à n’importe quel instant tant que le problème n’a pas été traité à la racine», estime M.Fakhar, joint hier par téléphone. Pour notre interlocuteur, «les choses ne peuvent reprendre leur cours habituel que si les autorités déploient leurs efforts afin de régler, d’une façon définitive, les problèmes que vivent au quotidien les habitants de Berriane».

Par ailleurs, selon des habitants de cette localité, les forces de l’ordre ont quadrillé la ville de Berriane pour parer à d’éventuelles émeutes. Nos sources estiment que «c’est l’intervention, quelque peu tardive, des forces de l’ordre qui ont fait que la ville soit le théâtre de violentes émeutes. Sans cela, on aurait pu épargner les blessures à une dizaine de citoyens et éviter, par-là même, les dégâts matériels». Il faut dire que, depuis l’apparition des émeutes dans la ville de Berriane, soit depuis le 21 mars dernier, l’on a enregistré le décès de trois personnes, plus de 80 personnes blessées et 68 autres personnes arrêtées, accusées de pillage et d’attroupement. Un tiers de ces personnes attendent leur comparution devant le tribunal, dont le chef d’inculpation est l’incitation à l’attroupement et l’incendie prémédité. Dans une déclaration faite au quotidien El Khabar, le wali de Ghardaïa a estimé que l’enveloppe budgétaire allouée à la prise en charge des sinistrés des événements de Berriane, a été bel et bien perçue. Reste maintenant la manière dont elle sera utilisée. La question vaut bien la peine d’être posée notamment lorsqu’on apprend que plus de 200 familles sinistrées sont logées dans des écoles et chez des proches, après que leurs maisons eussent été incendiées suite aux multiples émeutes qu’a connues la ville de Berriane. Ce n’est pas tout, puisqu’une dizaine de locaux commerciaux pillés et brûlés restent toujours fermés et leurs propriétaires attendent toujours qu’ils soient indemnisés.C’est pourquoi, l’intervention rapide des autorités locales, avec l’aide des sages de la région pour éteindre les feux de la discorde, sont des conditions sine qua non pour le retour de la paix et de la sérénité à Berriane. Sans quoi, la tranquillité qu’a connue hier cette ville ne serait que le calme qui précède la tempête.

Hakim KATEB

Dix personnes blessées lors de nouvelles émeutes

Qui cherche à brûler Berriane?

23 Juillet 2008

Après un calme qui aura duré moins de deux mois, la ville de Berriane, à 40 km du chef-lieu de la wilaya de Ghardaïa, renoue avec le cycle de la violence

Tôt dans la matinée d’hier, les habitants de cette localité ont été réveillés par de violentes émeutes. Dans un communiqué transmis hier à notre rédaction, et signé par le wali de Ghardaïa, il est mentionné que ces violences se sont soldées par «dix blessés évacués sur-le-champ par les éléments de la protection civile, à l’hôpital de la ville». Ce communiqué, qui fait état de l’incendie d’un camion, au cours de ces évènements, précise que «le calme est revenu après l’intervention des forces de l’ordre». Le wali de Ghardaïa s’est déplacé sur les lieux où il a rencontré des notables qui ont appelé les habitants à garder leur calme. Néanmoins, des témoins présents sur les lieux, contactés par L’Expression affirment que les émeutes se sont poursuivies durant toute la journée d’hier. Selon nos souces, tout a commencé dans la matinée d’hier, aux environs de 6h, dans le quartier dit Gare Ettine, lorsqu’un groupe d’inconnus a incendié un camion. La nouvelle de cet incident s’est vite «répandue» comme une traînée de poudre pour atteindre un autre quartier, celui de Kasse Hamouda. C’est la goutte qui fait déborder le vase. D’autant que, depuis les derniers événements, les habitants de cette ville ont les nerfs à fleur de peau. La rechute était donc plausible. Attendue même par beaucoup. Les observateurs qui suivent l’évolution de la situation dans cette ville ont, depuis quelques temps, exprimé leur crainte de voir le brasier se transformer en un volcan. Cela, notamment, lorsqu’il est indiqué que les promesses données par les pouvoirs publics, quant à la prise en charge des sinistrés des derniers événements, n’ont pas été tenues. Il faut relever, dans cette optique, que plusieurs habitations ont été incendiées lors de la vague de violence qu’a vécue Berriane, le 21 mars dernier. «Des dizaines, voire des centaines de familles, dont les maisons ont été brûlées avec tout ce qu’il y avait à l’intérieur, ne trouvent plus rien à manger», lit-on dans un communiqué transmis, lundi dernier, à la presse, par la Ligue algérienne des droits de l’Homme (Laddh), section de Ghardaïa. «Certaines familles ont pu se rendre chez des proches qui les ont hébergées. Mais jusqu’à quand?» lit-on encore dans ce document. Les signataires de ce communiqué ajoutent «les sinistrés vivent des aides des âmes charitables qui sont loin d’être suffisantes, comme s’ils ne sont pas des Algériens qui ouvrent droit à une prise en charge par l’Etat». Contacté hier par L’Expression, le président de la Laddh, section de Ghardaïa, Kamel Eddine Fakhar a confirmé que «depuis le temps qu’ils attendent la concrétisation des promesses des pouvoirs publics, les sinistrés de Berriane n’ont rien vu venir». «Ce n’était que des promesses faites pour calmer les esprits, mais il s’est avéré que ce calme n’a été que précaire» dénonce encore notre interlocuteur, qui ajoute: «Le retour des violences était prévisible, car on ne s’est pas attaqué à la racine du problème. Les autorités ont laissé les choses pourrir». M.Fakhar a indiqué, par ailleurs, qu’en l’espace d’un mois et demi, trois maisons ont été incendiées au niveau de cette localité. Le calme dont les autorités ont fait état, n’est donc que de la poudre aux yeux. La mission parlementaire d’information en rapport avec les évènements de Berriane, l’avait clairement signifié, lors du compte rendu verbal présenté, au début du mois de juin dernier, au président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Abdelaziz Ziari. Ladite mission d’information a été catégorique: «Aucune marge d’erreur n’est tolérée dans la gestion de cette crise. Le bricolage politique et les solutions conjoncturelles ne feront qu’alimenter le malaise dans la région». Il faut rappeler que lors de son passage à Ghardaïa, le ministre de l’Intérieur a noté que cette wilaya a bénéficié de 182 milliards de DA, entre 1999 et 2008, au titre du programme d’équipement de l’Etat. Selon Noureddine Yazid Zerhouni, cet important programme a permis la prise en charge des préoccupations liées aux besoins fondamentaux des citoyens et d’assurer la réalisation et la réhabilitation des infrastructures de base nécessaires, à son développement. Il a, également, indiqué que, durant la même période, plusieurs projets ont été achevés dont, notamment, la réhabilitation de l’aéroport pour une enveloppe de 2,15 milliards de DA répondant aux normes internationales avec une piste principale de 2,8 km. Concernant le domaine de l’habitat, plus de 35.000 logements ont été réalisés, soit plus de 19.000 ruraux, 8400 sociaux locatifs et plus de 890 participatifs. Mais cela suffit -il pour assurer la paix sociale?

Hakim KATEB

nouvelles violences à Berriane : Une attaque contre des ouvriers a fait une dizaine de blessés

Les jeunes encagoulés ont attaqué des ouvriers mardi matin à Berriane, faisant une dizaine de blessés parmi eux.

Cet événement fait craindre à certaines associations un retour des violences dans la région.

mercredi 23 juillet 2008, par Racelma KaciLa région de Berriane, dans la wilaya de Ghardaïa, au Sud de l’Algérie, renoue avec le cycle des violences après une accalmie relative qui aura duré presque deux mois. Une vingtaine d’ouvriers de la compagnie nationale OPGI (Office de promotion et de gestion immobilière) en route vers leur lieu de travail ont été attaqués dans la matinée de mardi par des jeunes encagoulés. Suite à l’agression, lors de laquelle le camion a été incendié, une dizaine de travailleurs ont été blessés.

Quelques temps après cet incident, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre et plusieurs jeunes, déjà les nerfs à fleur de peau, ont envahi les lieux. Ils ont ainsi obligé les services de sécurité à se déployer avec promptitude pour éviter le pire dans la ville, qui avait déjà subi des dégâts matériels lors de précédentes émeutes. L’intervention rapide des éléments des services de sécurité a permis de rétablir le calme, alors que les dix blessés étaient évacués vers l’hôpital de la ville.

Le spectre de nouvelles violences

Les différentes organisations de la région prédisent que l’attaque de mardi pourrait réveiller de vieux démons car les sinistrés des violences passées vivent, selon elles, un véritable calvaire. La population de la localité est par ailleurs très critique envers les pouvoirs publics qu’elle accuse de n’avoir pas tenu ses promesses quant à la prise en charge des victimes des derniers événements.

Du coup, selon certains témoignages, la ville pourrait céder à la violence si une vraie solution n’est pas trouvée dans l’immédiat. Une solution qui résiderait dans une meilleure attention portée au malaise social, si l’on en croit la mission parlementaire d’information sur les violences de Berriane.

Un incident dégénère . Encore des violences à Berriane

Liberté Algérie

Par : L. Kachemad

Une vingtaine d’ouvriers, travaillant pour l’OPGI, ont été attaqués par une bande d’individus encagoulés au quartier Gar Ettine.

Un début de violence et de confrontation a failli dégénérer si ce n’était l’intervention diligente des services de sécurité qui se sont déployés en un temps record en investissant tous les points supposés chauds de la ville de Berriane, à 45 km au nord du chef-lieu de wilaya de Ghardaïa.

À l’origine, l’attaque en règle subie, vers 6h30 au quartier Gar Ettine, par une vingtaine d’ouvriers agglutinés sur un camion qui se dirigeait vers un chantier de l’OPGI. En effet, une quarantaine d’individus, tous encagoulés, ont forcé le camion à s’arrêter avant de procéder à une agression caractérisée sur ses occupants, incendiant le moyen de transport et blessant une dizaine de personnes, dont un brûlé au visage et un autre blessé à la tête, nécessitant la pose de treize points de sutures. Les autres, après avoir reçu des soins ambulatoires, ont rejoint leurs foyers. Telle une traînée de poudre, la nouvelle a fait le tour de la ville, ce qui a incité quelques jeunes à essayer, encore une fois, de fermer la RN1. Avec beaucoup de promptitude, les services de sécurité se sont déployés pour assurer la sécurité et rouvrir la route nationale. Sitôt informée, vers 7h, la commission de sécurité présidée par M. Yahia Fehim, wali de Ghardaïa, s’est dirigée vers Berriane, où elle s’est rendue directement sur les lieux des affrontements avant de rencontrer les dignitaires des deux communautés d’abord séparément, ensuite, l’après-midi, conjointement. Tous les sages et notables rencontrés par Liberté, qui a assisté à la réunion, déplorent cette nouvelle manifestation de violence qu’ils rejettent énergiquement.

En matière de dégâts, nous avons constaté de visu, lors de notre tournée sur les lieux de violence, quelques magasins, récemment restaurés, saccagés et vandalisés à nouveau, et ce, à divers degrés. Selon des témoins oculaires, quatre domiciles ont, aussi, subi des débuts d’incendie, vite circonscrits par les éléments de la Protection civile, dont les interventions, efficiente et efficace, ont permis de limiter les dégâts. Par ailleurs, des pierres et autres objets hétéroclites jonchant le sol, témoignent du niveau de violence atteint. Nous avons aussi appris que trois arrestations pour flagrant délit de saccage ont été opérées par les services de sécurité.

Liberté a été destinataire de deux communiqués dont un émanant de l’assemblée des Azzaba, et représentant des Achaïrs de Berriane qui rejettent et dénoncent avec vigueur les actes de violence commis ce jour à Berriane et appellent la population à la retenue et au sens du devoir.

L’autre émanant et signé par le wali de Ghardaïa, appelle la population, notamment les jeunes de Berriane, à ne pas se laisser entraîner par les extrémistes qui essaient, à chaque fois qu’une espèce de sortie de crise se dessine, de replonger la région dans l’horreur. Il réitère encore une fois que force reste à la loi, et que tout contrevenant sera déféré devant la justice.

~ par Alain Bertho sur 27 juillet 2008.

 
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