Chronique de Redeyef avril-juin 2008

Décembre 2008

Dix ans de prison pour les syndicalistes de Gafsa

15 décembre 2008

Tunisie . Après la matraque des flics, le président Ben Ali organise la mascarade judiciaire. Les capitales occidentales ne trouvent rien à redire.

Sans doute encouragé par le silence complice des capitales occidentales plus enclines à exiger le départ du président zimbabwéen, Robert Mugabe, que celui du président tunisien Zine Abeddine Ben Ali, les autorités tunisiennes veulent briser toute opposition démocratique. Les leaders du mouvement social du bassin minier de Gafsa, dans l’ouest tunisien, incarcérés depuis plusieurs mois déjà (1), viennent ainsi d’être condamnés à de lourdes peines par une justice qui ressemble plus à un théâtre de marionnettes qu’à autre chose. Un simulacre de procès – les prévenus n’ont même pas été interrogés par le juge, qui s’est terminé jeudi dans la nuit, de manière expéditive.

peines sévères

Les trois principaux leaders, tous instituteurs, – Adnan Hadji, Bachir Labidi et Taieb Ben Othman, ont été condamnés à dix ans et un mois de prison ferme, de même que Adel Jayar, Tarek H’limi, Hassen Ben Abdallah et Maher Fajraoui. Leurs autres compagnons ont écopé de peines s’échelonnant de six ans à un an de prison ferme et deux ans avec sursis et le coordinateur du comité de soutien des habitants de Gafsa en France, Mohieddine Cherbib, à deux ans ferme.

Les prévenus avaient été arrêtés à la suite de l’agitation survenue depuis janvier dernier dans cette région riche en phosphate du sud-ouest tunisien, sur fond de revendications sociales : chômage, cherté de la vie, corruption et népotisme. Mais, comme à son habitude, le pouvoir tunisien refuse de reconnaître le fait politique et fabrique de toute pièce des dossiers d’accusation visant à transformer les leaders syndicaux ou les représentants de mouvements revendicatifs en délinquants de grande envergure. Ils étaient ainsi poursuivis pour « participation à une entente criminelle en vue de commettre des attentats contre les personnes et les biens, rébellion armée commise par plus de dix personnes et troubles à l’ordre public ». Il leur est reproché d’avoir lancé des projectiles et objets incendiaires contre les forces de l’ordre et dressé des barrages sur les routes et les voies ferroviaires « dans le dessein de paralyser, par la violence et la force, toute activité économique dans la région ».

L’audience avait débuté jeudi dans la matinée par un incident entre le président du tribunal et les avocats de la défense qui se sont opposés à la lecture de l’acte d’accusation, en réclamant au préalable des réponses aux demandes préliminaires qu’ils avaient formulées. Celles-ci portaient notamment sur une expertise médicale des détenus victimes de tortures et la présentation d’objets à charge saisis lors de l’arrestation des manifestants. Selon les défenseurs, le juge a fait abstraction de ces requêtes et décidé la levée de l’audience séance tenante. Une décision qui a suscité des protestations dans la salle et l’évacuation des prévenus par les policiers qui ont profité de l’occasion pour les frapper. Des policiers en si grand nombre qu’« on voyait à peine le juge », selon Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et avocat dans ce procès. Ces mêmes policiers s’en sont également pris à ceux qui étaient venus – soutenir les prévenus. Gazala Hamdi, trente ans, à l’origine de la création en janvier 2006 du comité des jeunes chômeurs de Gafsa, que l’Humanité avait rencontrée, a ainsi été molestée.

Pour parer à toute protestation, les autorités tunisiennes ont, le soir même, verrouillé la ville de Redeyef, centre de cette contestation sociale. Lors d’un rassemblement suite à l’annonce du – verdict, les manifestants, qui « scandaient des slogans dénonçant les peines sévères prononcées contre Adnan Haji et ses compagnons, ont été dispersés par l’usage de bombes lacrymogènes », a précisé le Parti démocratique progressiste (PDP). Plusieurs personnes ont été arrêtées, dont deux frères de la famille Hlaimi (deux autres sont déjà incarcérés) qu’avait rencontrée la délégation française qui s’était rendue du 26 au 28 novembre dernier à Redeyef. Les épouses d’Adnan Hadji, Bachir Labidi et Taieb Ben Othman, toujours dignes, savent bien comme elles l’ont dit que ce procès n’est qu’une « mascarade ». Aujourd’hui, plus que jamais, elles comptent sur la solidarité internationale.

(1) Lire notre éditiondu 3 décembre.

Pierre Barbancey

Juin 2008

Le régime intensifie la répression contre le mouvement social du bassin minier

lundi 23 juin 2008 (14h01) :

Arrestation du syndicaliste Adnane Hajji. D’autres animateurs du mouvement sont recherchés par la police

La nuit dernière, la police tunisienne a arrêté le syndicaliste et animateur du mouvement du bassin minier à Redeyef Adnane Hajji. Sa femme, Mme Jomâa Hajji, s’est déplacée ce matin au poste de police de Redeyef pour demander de ses nouvelles. La police a nié son arrestation et refusé de lui remettre ses médicaments. Adnane Hajji souffre d’une insuffisance rénale.

Plusieurs dizaines de syndicalistes et animateurs du mouvement à Redeyef sont activement recherchés par la police.

Durant la nuit du 21 au 22 juin, la police a effectué une descente au domicile du syndicaliste Béchir Labidi. Ce dernier n’étant pas chez lui, elle a arrêté son fils Ghassen pour l’interroger sur le lieu où pouvait se trouver son père. Il a été relâché après un tabassage en règle. Le domicile de Tarek Hlaïmi a subi le même sort, la police a arrêté son frère puis l’a libéré.

Au cours de la même nuit, des opérations similaires ont eu lieu aux domiciles de Adel Jayar, Taeïb Ben Othmane et d’autres syndicalistes et militants du mouvement.

Depuis la répression dans le sang du mouvement à Redeyef le 6 juin dernier, qui s’est soldée par un mort et 27 blessés, des arrestations et des enlèvements ont lieu quotidiennement. Hier, 21 personnes ont comparu devant le juge d’instruction à Gafsa, parmi elles se trouvaient des personnes dont on était sans nouvelles depuis plusieurs jours. C’est le cas du photographe Mahmoud Raddadi disparu depuis le 9 juin. Par cette nouvelle vague d’arrestations, le pouvoir tunisien semble décidé à en finir avec le mouvement social du bassin minier de Gafsa, qui s’est étendu récemment à Fériana, ville du gouvernorat limitrophe de Kasserine.

Malgré la répression le mouvement rencontre de plus en plus de soutien en Tunisie. Une réunion publique a été organisée par le comité national de soutien à Tunis vendredi 13 juin, ainsi que des rassemblements de syndicalistes devant le siège de l’UGTT.

D’autre part, les femmes de Redeyef ont tenté à plusieurs reprises de se rassembler hier, elles ont été dispersées par la police. Aujourd’hui, elles ont réussi à se rassembler pour protester contre la répression sauvage des forces de l’ordre.

Le comité de Paris de soutien aux habitants du bassin minier de Gafsa : dénonce les arrestations et les procès visant à criminaliser les luttes pacifiques de ces populations pour leur droit au travail et à une vie meilleure. exige la libération immédiate de Adnane Hajji et de toutes les personnes emprisonnées pour leur participation au mouvement, et l’arrêt des poursuites contre tous les autres animateurs. appelle les organisations syndicales, politiques et associatives à accroître leur solidarité avec les luttes de la population du bassin minier en participant aux différentes initiatives qui seront organisées les 5 et 10 juillet à Paris.

Paris, le 22 juin 2008

Comité de soutien aux Habitants du bassin minier de Gafsa

Courriel : bassin.minier@hotmail.fr C/o FTCR, 3 rue de Nantes 75019 Paris

Tunisie: arrestation d’un dirigeant du mouvement de contestation à Redeyef

22 juin 2008

TUNIS – Le dirigeant du mouvement de protestation sociale dans le bassin minier de Gafsa (350 km au sud-ouest de Tunis), touché depuis le début de l’année par des manifestations, a été arrêté dimanche dans la ville de Redeyef, apprend-on de sources syndicale et gouvernementale.

Adnane Hajji, parole-parole du mouvement, a été arrêté ainsi qu’un nombre indéterminé de ses camarades dimanche à Redeyef, a indiqué à l’AFP Adel Jayar du comité d’encradement du mouvement.

M. Jayar n’était pas en mesure de préciser les circonstances de ces arrestations survenues après plusieurs jours d’accalmie à Redeyef, la plus ancienne mine de phosphate et principal foyer du mouvement, qui dénonce le chômage, le renchérissement du coût de la vie, la corruption et le clientélisme.

Une source officielle a confirmé à l’AFP l’arrestation de M. Hajji.

Il « a été arrêté dans le cadre des poursuites engagées contre les personnes impliquées dans les troubles de l’ordre public et dégradation de biens d’autrui qui ont eu lieu à Redeyef », a précisé cette source.

L’enquête sur ces troubles a révélé l’implication de Adnane Hajji dans les évènements au cours desquels un jeune manifestant a été tué par balle lors d’affrontements avec la police le 6 juin à Redeyef, a ajouté la même source affirmant, que le parquet a été saisi selon les procédures légales.

Syndicaliste dissident, Adnane Hajji était le porte-parole du mouvement de contestation déclenché en janvier par la dénonciation d’une manipulation supposée, au profit de certains notables contestés, d’un concours de recrutement à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal employeur dans la région où le taux de chômage atteint plus de 20%.

Secrétaire général du Syndicat de l’Enseignement de base, M. Hajji avait été destitué par la centrale syndicale tunisienne pour avoir accusé des cadres syndicaux régionaux d’être impliqués dans cette manipulation.

Le 7 avril dernier, il avait été interpellé avec 41 personnes et interrogé par la police après des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants mobilisés contre le chômage des jeunes diplômés essentiellement.

Adnane Hajji s’était réjoui de la nomination d’un nouveau dirigeant à la tête de la CPG le 9 juin, y voyant « un pas positif susceptible d’enrayer la corruption et d’accélérer les négociations ».

La CPG est le cinquième producteur de phosphates dans le monde avec une production moyenne de 8 millions de tonnes par an.

Jeudi, près de Paris, le siège de GPN, filiale de la compagnie pétrolière française Total a été brièvement occupé par des militants venus dénoncer « la répression policière » dans la région de Gafsa, estimant que la société est le premier partenaire français de la CPG, ce que GPN a démenti.

(©AFP / 22 juin 2008 16h31)

Urgence Tunisie – Soutien à la population du bassin minier de Gafsa – Dénonciation de la répression

Déclaration unitaire (Syndicats, Associations, Partis)

16 juin 2008

Depuis plus de cinq mois maintenant, les habitants de la région du bassin minier de Gafsa au sud-ouest de la Tunisie mènent un mouvement de protestation contre la corruption et les conditions injustes d’accès à l’emploi. Parti de la contestation des méthodes de recrutement de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) il s’est transformé en une véritable révolte pour le droit de vivre dignement posant dans sa globalité la question sociale dans une région particulièrement défavorisée : L’emploi, la redistribution des richesses, la cherté de la vie, la corruption…

Les différentes formes de contestation pacifique ont impliqué des chômeurs, des ouvriers et employés, des travailleurs de la sous-traitance privée et du secteur public, des syndicalistes, des veuves de mineurs, des diplômés sans emploi, des jeunes élèves et étudiants…

Face à cela, les pouvoirs publics comme la CPG, principal employeur et principal acteur économique de la région, ont pratiqué une gestion du mécontentement par l’étouffement. Un blocus médiatique a été appliqué aux évènements et des renforts de plusieurs milliers d’agents de l’ordre ont été dépêchés pour encercler le bassin minier. La région a été coupée du reste du pays pendant des mois, subissant des opérations de répression répétées qui ont notamment causé la mort dans le hameau de Tabeddit d’un jeune chômeur (Hicham al-Alaymi) participant à un sit-in. Il a été également procédé à des dizaines d’arrestations, de tabassages, de mises à sac de domiciles…

La semaine dernière, une offensive policière d’une grande violence a été menée contre la ville de Redeyef. Une vaste campagne d’arrestations, des tirs à balles réelles, des menaces et des mises à sac de domiciles privés et de boutiques ont semé l’épouvante et la colère dans la ville durant deux nuits. Cela s’est soldé par un mort par balle (Hafnaoui Bel-Hafnaoui) et au moins 26 blessés dont 17 graves ainsi que par la fuite d’un nombre important d’habitants vers les montagnes environnantes. A partir du vendredi, 6 juin, au soir les véhicules blindés de l’armée ont pris position dans l’ensemble de la ville.

Aujourd’hui, le mouvement n’a toujours pas montré de signes d’essoufflement après cinq mois de blocus. La mobilisation est au contraire plus large et mieux organisée. Surtout, elle commence à déborder la région minière de Gafsa vers d’autres régions du pays (notamment dans la région de Kasserine plus au nord). Elle trouve également un écho dans les révoltes de Sidi Ifni au Maroc, et dans une exaspération populaires contre la pauvreté et la cherté de la vie un peu partout au Maghreb.

Face à cette situation extrêmement inquiétante, les organisations syndicales, associations et partis politiques signataires réunis à Paris, affirment leur détermination à suivre de prés l’évolution des évènements dans cette région. Ils affirment leur soutien aux habitants du bassin minier et à leurs revendications. Elles condamnent la politique répressive des autorités tunisiennes vis à vis des mouvements sociaux et syndicaux. Elles tiennent à rappeler que cette politique hostile à la liberté d’expression et d’organisation et en infraction avec les lois et conventions de défense des droits, bénéficie de la complicité des plus hautes autorités françaises (déclarations de N. Sarkozy lors de sa dernière visite en Tunisie).

Plus largement, les signataires considèrent que les autorités françaises et l’Union Européenne ont une lourde responsabilité dans cet état de fait. Le partenariat euro-méditerranéen, fondé essentiellement sur une zone de libre-échange néo-libérale, a aggravé la situation des pays concernés. Dans ce contexte de crise grave les états européens et l’Union se doivent de réévaluer d’urgence le fond de leur politique afin de montrer aux pays de la rive sud une volonté de véritable coopération d’intérêt mutuel et d’apporter une contribution positive aux attentes sociales et aux exigences du développement dans toutes ses dimensions.

Ils demandent d’urgence :

– L’évacuation immédiate des troupes policières disposées dans la région et dans la ville de Redeyef en particulier.

– La libération de l’ensemble des personnes arrêtées dans le cadre du mouvement et l’arrêt des poursuites à leur encontre.

– La reprise de négociations en vue d’aboutir à des mesures concrètes et rapides d’allègement de la situation de pauvreté et d’injustice que subit la population de la région. Ces négociations ne peuvent se faire qu’avec les négociateurs choisis par la population.

– La levée du blocus imposé à Redeyef, qui est en train de devenir une menace pour l’approvisionnement en aliments et en produits de première nécessité, y compris de lait pour bébé. Cela a été aggravé par les saccages de boutiques d’alimentation dont ce sont rendu coupables des membres des forces de police

– La mise en place des conditions d’une enquête indépendante et transparente afin de faire toute la lumière sur les violences policières ayant coûté la vie à aux moins deux personnes et fait un grand nombre de blessés.

– Les signataires expriment par ailleurs leur entière solidarité à la communauté des migrants originaires de Redeyef à Nantes qui mènent un mouvement en solidarité avec la population du bassin minier et dont 12 personnes ont entamé une grève de la faim ouverte à partir du mardi

10 juin 2008

Premiers signataires : Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM) ; Association des Travailleurs Maghrébins en France (ATMF) ; Association des Tunisiens en France (ATF) ; ATTAC ; Cedetim ; Comité pour le respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) ; Confédération Nationale du Travail (CNT) ; Corelso ; Ettajdid -Tunisie/France ; Fédération Syndicale Unitaire (FSU ; Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) ; Forum Action Citoyen et Solidarité- Maroc ; Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés – Tunisie ; Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) ; Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ; Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) ; Parti Communiste Français ; Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie (PCOT) ; Parti Démocrate Progressiste -Tunisie/France (PDP) ; Parti Socialiste Unifié – Maroc/France ; Rassemblement des Associations Citoyennes des Originaires de Turquie (RACORT) ; Solidarité Algérienne en Europe ; Syndicat de la Magistrature ; Union Syndicale Solidaires ; Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens ; Réseau No-Vox ; Les Verts ; La Voie Démocratique – Maroc ;

Avec le soutien de : La Confédération Générale du Travail (CGT) ;

Pour signer ce texte, veuillez adressez vos signatures à : zonegrise@yahoo.fr / c/o FTCR, 3 rue de Nantes 75019 Paris – Tél : 01 46 07 54 04 – ftcr2@wanadoo.frwww.ftcr.eu

Urgence Tunisie en PDF

Brèves du Bassin minier… Brèves du Bassin minier… Brèves du Bassin minier

14 juin 2008

Redeyef : l’«état de siège» continue

La présence policière dans la ville de Redeyef est toujours aussi massive. Plusieurs quartiers sont soumis à un siège sans précédent : ainsi des quartiers des Trabelsiyya, de celui du Maroc, de la Nezla, de Sidi Abdelkader – El ‘Ameyda -. L’objectif est à l’évidence de passer ces quartiers au peigne fin à la recherche des activistes lors des derniers mouvements. La maison de M. Boubaker Ben Boubaker a été la cible d’un raid aussi brutal qu’inutile puisque l’homme leur a échappé.

Les forces de polices utilisent pour la recherche et l’arrestation des jeunes des voitures banalisées ou de location.

Une semaine après les derniers évènements et l’usage de balles réelles contre les manifestants par les forces de « l’ordre », la ville de Redeyef est toujours soumise à un encerclement policier étouffant. Et la population est toujours en proie au même sentiment d’insécurité.

Calme relatif à Omlarayes et à Metlaoui

La présence policière est moins pesante dans la ville d’Omlarayes mais la police continue à convoquer les jeunes aux postes de police et à les soumettre à des interrogatoires. La même situation prévaut à Metlaoui : calme relatif, convocation aux postes de police et patrouilles permanentes aux quatre coins de la ville.

Le comité national exige encore une fois la levée du siège policier qui pèse sur la ville de Redeyef ainsi que sur les autres villes du Bassin minier ; l’arrêt des descentes et des poursuites de toutes sortes ; la libération des détenus et l’ouverture d’une enquête sérieuse sur les conditions du décès du jeune Hafnaoui Maghzaoui et sur les violences perpétrées par la police blessant gravement des dizaines de personnes dont certaines sont encore hospitalisées.

Procès

Deux groupes de jeunes de la ville de Metlaoui ont été déférés devant le Tribunal de première instance de Gafsa le jeudi 12 et le vendredi13 juin, à la suite des mouvements des 30 et 31 mai. Pas moins de 60 avocat-e-s étaient présent-e-s pour assurer la défense des accusés portant des brassards rouges en signe de protestation contre les conditions de détention et de déroulement des procès de leurs clients.

Alors que le procès n’était pas à huis clos, le portail du tribunal a été fermé pour empêcher les citoyens de la ville d’accéder à la salle d’audience. D’où l’indignation des avocat-e-s.

Le Comité salue l’attitude digne des avocat-e-s (dont un grand nombre s’est spécialement déplacé de Tunis) qui ont plaidé dans tous les procès relatifs aux évènements du Bassin minier et de Feriana.

Le comité exprime toute sa solidarité avec les avocat-e-s qui ont été empêché-e-s de rejoindre la ville de Redeyef et dénonce l’agression scandaleuse dont a été victime le vendredi 13 juin, Me Safraoui dont on a saboté la voiture (moteur ensablé).

Le comité exprime également toute sa solidarité à M. Fahem Boukaddous, correspondant de la chaîne Al Hiwar, victime d’une agression policière devant le Tribunal de première instance ce même vendredi 13 juin 2008.

Le comité estime que l’acharnement contre les correspondants et les journalistes de la chaîne Al Hiwar (rappelons que Ayman Rezgui a été de son côté empêché, le même jour, d’accéder au siège du mouvement Attajdid à Tunis) s’explique par le rôle primordial qu’a joué cette chaîne, tot au long des derniers mois, pour forcer le blocus médiatique que les autorités tentent d’imposer autour du Bassin minier.

Au siège du mouvement Attajdid

Le comité national a organisé en coordination avec le Mouvement Attajdid une Journée de solidarité autour de la situation alarmante dans le Bassin minier. Etait présent un grand nombre de miltan-t-e-s politiques, d’associatifs et de syndicalistes. Se sont succédés à la tribune, outre le Secrétaire général du Mouvement Attajdid et le Coordinateur du Comité national de soutien aux population du Bassin minier, une représentante de l’Association tunisienne des femmes démocrates, le coordinateur du Comité régional des chômeurs de Gafsa, un membre du Bureau politique d’Attajdid originaire d’Omlarayes, le porte-parole du Parti communistes des ouvriers de Tunisie, le porte-parole du Parti du travail patriotique et démocratique, le représentant du Parti socialiste de gauche, ainsi que deux membres du groupe des avocats qui ont assuré la défenses des prévenus poursuivis à la suite des derniers événements : le doyen Abdessattar Ben Moussa et Me Mohamed Jmour.

Le débat a porté sur la dangereuse escalade policière dans la Bassin minier, notamment dans la ville de Redeyef, et sur les moyens d’impulser la solidarité de la société civile avec les populations de la région.

Pour le Comité national de Soutien aux populations du Bassin Minier, Messaoud Romdhani

Brèves du Bassin minier… Brèves du Bassin minier… Brèves du Bassin minier

Comité de Soutien aux Habitants du Bassin Minier de Gafsa – Paris

Procès politiques atteignant les sommets du ridicule

Jeudi 12 juin 2008, se déroulait à Gafsa (chef lieu de la région du bassin minier de Phosphate) le procès politique de quatorze jeunes. Tous ont été arrêtés dans le cadre de la répression violente des manifestations populaires qu’a connu la ville de Métlaoui le 31 mai dernier.

Ce procès s’inscrit dans l’offensive policière et judiciaire contre le mouvement social du bassin minier pour le droit à une vie digne. Vingt six avocats défenseurs des droits humains se sont déplacés de tout le pays pour assurer leur défense. Beaucoup d’entre ces derniers ont été bloqués par la police un peu partout sur le territoire du pays afin de les empêcher d’atteindre la ville de Gafsa. Une fois parvenus sur place, les avocats se sont rendu compte qu’un véritable siège policier entourait le tribunal et la salle d’audience, empêchant les familles et le public d’assister au procès. Les avocats, observateurs et habitants présents sur place ont manifesté de manière déterminée pour défendre le principe de la publicité de l’audience. Malgré les brutalités et les violences policières qu’ils ont subies, ils ont fini par obtenir que les familles et certains observateurs puissent accéder à la salle d’audience.

Il s’en est suivi un simulacre indigne d’un procès de justice. Le juge a d’abord tenté d’interroger les inculpés sans l’assistance de leurs avocats. Devant leur refus unanime de répondre et les protestations des avocats et des familles, il a fini par faire marche arrière pour, ensuite, interrompre et entrecouper les plaidoiries des avocats d’une manière systématique. Il a fini par déclarer subitement que « cela lui suffisait » et de lever l’audience au beau milieu du débat. Il a annoncé que ses décisions concernant le maintien en détention des inculpés et la fixation de la prochaine audience seraient communiquées plus tard et s’est retiré sous les yeux abasourdis de la défense et du public !

Aujourd’hui, vendredi 13 juin au tribunal de Gafsa se déroule une nouvelle audience politique des révoltés du bassin minier. Un procès se tient également au tribunal de Kasserine (Chef lieu du ouvernorat de Kasserine, au nord de la région de Gafsa) où d’autres révoltés de la faim, du chômage et de la cherté de la vie sont poursuivis en raison de leur participation à un mouvement de contestation populaire.

Méthodes policières criminelles à Redeyef

Depuis trois jours, la ville de Redeyef est la cible d’une nouvelle forme de violence qui rappelle les méthodes du crime organisé. Un grand nombre d’agents en civil de la police politique, embarqués dans des véhicules de location, font des incursions au centre ville et aux alentours du marché. Ils procèdent à des enlèvements de dizaines de jeunes qui disparaissent dans divers lieux de détention où ils sont soumis à la torture. Les force de l’ordre veulent par là (ils n’hésitent pas à le crier aux habitants) se venger de la grande détermination et forte solidarité des habitants et espèrent semer la peur parmi eux.

Nous apprenons aujourd’hui qu’une véritable chasse aux jeunes de Redeyef et du bassin minier a été lancée par le pouvoir. L’armée est en effet en train de mener des opérations de ratissages poursuivant les jeunes de Redeyef jusque dans les montagnes environnantes et jusqu’à la « porte du désert » aux environs du hameau martyr de Tabeddit. Par ailleurs la persécution du « peuple des mines » s’étend hors de la région de Gafsa, des arrestations arbitraires ciblent en effet les jeunes originaires du bassin minier dans les villes du gouvernorat de Tozeur. Nous tenons cette folie répressive pour criminelle et irresponsable, elle apparaît comme une véritable guerre menée par le pouvoir contre la population et risque d’ancrer durablement les conditions d’une spirale de la violence. Nous appelons à une mobilisation massive pour s’opposer à la surenchère de la violence répressive.

Nous adressons un grand salut d’admiration et de solidarité à toutes les habitantes et tous les habitants des régions résistantes

Nous dénonçons les méthodes délinquantes des forces de l’ordre ainsi que la répression féroce appliquée à la contestation populaire

Face à la gestion policière et judiciaire du mécontentement social, une importante mobilisation des défenseurs des droits sociaux et des droits humains a commencé à s’organiser en Tunisie. Nous appelons à élargir et à renforcer la solidarité internationale autour de ce combat pour la liberté et contre les politiques de la faim afin qu’il ne puisse être écrasé dans l’œuf.

Comité de Soutien aux Habitants du Bassin Minier de Gafsa – Paris. c/o FTCR, 3 rue de Nantes 75019 Paris – Tél : 0146075404 – Mail : bassin.minier@hotmail.fr

Tunisie: limogeage du patron de la compagnie des phosphates

TUNIS — Quelques jours après les affrontements sanglants qui ont opposé manifestants et forces de l’ordre à Redeyef dans le bassin minier de Gafsa en Tunisie, le PDG du groupe chimique tunisien (GCT) et de la compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), Abdelhafidh Nsiri, a été démis de ses fonctions, a-t-on appris mardi de source officielle.

Le président Zine El Abidine Ben Ali a désigné à sa place Mohamed Ridha Ben Mosbah qui était auparavant secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur.

Le mouvement de protestation qui couvait depuis des mois dans cette région sur fond de chômage s’est accentué après la publication de résultats contestés d’un concours de recrutement par la CPG, gros employeur dans ce bassin minier situé dans le centre-ouest de la Tunisie. Selon des dirigeants de ce mouvement, des faveurs auraient été accordées à des notables de la région.

Depuis, les manifestations se sont multipliées, atteignant leur apogée vendredi dernier quand les forces de l’ordre ont chargé à balles réelles des manifestants qui, selon les autorités, fabriquaient des cocktails molotov en prévision d' »actes de vandalisme menaçant l’ordre public ».

Les affrontements ont fait un mort et huit blessés, dont trois policiers, selon les autorités, un mort et 22 blessés, selon des sources syndicales.

Un « calme relatif » est revenu après le déploiement de l’armée dans le centre de Redeyef, selon le président du comité de soutien du bassin minier de Gafsa, Messaoud Romdhani.

Ce dernier voit un « signe positif » dans le changement introduit à la tête de la CPG, pour peu qu’il conduise à des solutions aux problèmes de chômage, de pauvreté et de pollution dans la région. Pour le moment, « les négociations sont gelées », observe-t-il, notant que sept manifestants, « voire plus », vont être traduits en justice et que d’autres sont recherchés.

Parallèlement, le président tunisien a pressé son Premier ministre Mohamed Ghannouchi de « dynamiser le rythme de développement dans les délégations prioritaires », dont font partie celles de la région de Gafsa.

Tunisie : La police tire sur une manifestation pacifique à Redeyef

CONSEIL NATIONAL POUR LES LIBERTES EN TUNISIE

Tunis le 07 juin 2008

Le CNLT est choqué par la nouvelle de l’assassinat du jeune tunisien, Hafnaoui Maghdhaoui, âgé de 25 ans, qui a été tué par balles par la police à Redeyef ce vendredi 6 juin.

Ce tragique événement est survenu lors d’une marche pacifique organisée contre la cherté de la vie et pour le droit au travail par des citoyens de la région. La police a délibérément ouvert le feu sur les manifestants, sans sommation et blessé 21 autres personnes dont un gravement atteint à la colonne vertébrale, après avoir annoncé par hauts parleurs l’établissement d’un couvre-feu.

Il s’agit du deuxième jeune assassiné à Redeyef en l’espace d’un mois, dans une région qui était déjà en ébullition depuis de début de l’année et qui s’est dressée contre la paupérisation croissante qui frappe la classe moyenne au moment où les ressources publiques sont mobilisées pour enrichir davantage un clan de privilégiés proches du pouvoir aux dépens de la population ;

L’Etat a encore une fois privilégié l’option sécuritaire, comme unique réponse aux revendications légitimes de la population.

Les services de sécurité sont allés jusqu’à provoquer des scènes de pillage et d’incendie d’établissements commerciaux, en vue d’éclabousser la crédibilité de ce mouvement revendicatif et justifier ainsi des arrestations arbitraires au motif d’assurer l’ordre et réprimer des délits de droit commun, alors que depuis cinq mois que ce mouvement s’est déclenché, aucune scène de ce genre n’a été relevée.

Le CNLT qui s’inquiète de cette escalade, considère que les explications apportées par une source officielle, sont indécentes et constituent une forme de justification de l’assassinat de citoyens qui ont organisé une marche pacifique pour exiger leur droit au travail et exercé ainsi un droit fondamental garanti par la constitution et les instruments internationaux.

Il présente à la famille endeuillée ses sincères condoléances et exige que les coupables de ces exactions et notamment ceux qui ont donné l’ordre de tirer sur les manifestants soient jugés et sanctionnés.

Il appelle la société civile à former une commission d’enquête indépendante pour faire toute la lumière sur les événements de Redeyef.

Pour le CNLT

La porte parole

Sihem Bensedrine

Tunisie: l’armée déployée à Redeyef

07/06/2008 | |

L’armée tunisienne s’est déployée cette après-midi à Redeyef (350 km au sud-ouest de Tunis) où le calme est revenu au lendemain d’affrontements qui ont fait un mort et 26 blessés, a indiqué un porte-parole du mouvement de protestation sociale, Adnane Hajji.

« Les renforts militaires –une quarantaine de camions et des blindés– ont commencé à se déployer dans la nuit de vendredi et devraient permettre le retrait des brigades de l’ordre public », a ajouté un dirigeant syndical.

Les autorités ont en outre promis des compensations aux habitants et commerçants de Redeyef, dont des biens auraient été volés ou saccagés par des agents de l’ordre, a-t-il poursuivi parlant de pertes en denrées alimentaires, vêtements, téléphones portables.

Source: AFP

La police tunisienne tire à balles réelles sur des manifestants

vendredi 6 juin 2008 Reuters

La police tunisienne a tiré à balles réelles sur des centaines de jeunes manifestants qui protestaient, dans le sud-ouest du pays, contre la hausse du chômage et du coût de la vie, faisant un mort et plusieurs blessés, rapportent des syndicalistes et un responsable.

« Les forces de sécurité étaient la cible d’objets en flammes et ont dû intervenir pour maîtriser les manifestants qui lançaient ces projectiles », a déclaré un responsable à Tunis, qui a requis l’anonymat.

Un leader syndical, Adnen Hajji, a affirmé qu’un jeune homme de 22 ans, Hafnaoui al Maghazoui, était mort d’une balle dans un poumon, et que 22 autres manifestants avaient été blessés.

De son côté, une source proche du gouvernement a rapporté que trois policiers et cinq manifestants avaient été blessés au cours des affrontements.

L’agitation sociale couve depuis deux mois dans la ville de Redeyef et plus largement dans la région minière, riche en phosphates, de Gafsa. De telles violences sont rares en Tunisie.

Au mois d’avril, le pays a enregistré son plus fort niveau d’inflation des trois dernières années.

Tarek Amara, version française Olivier Guillemain

Tunisie: un mort et plusieurs blessés lors d’accrochages à Redeyef

TUNIS — Des accrochages sanglants ont opposé vendredi manifestants et forces de l’ordre à Redeyef, ville du bassin minier de Gafsa dans le centre-ouest de la Tunisie, faisant un mort et plusieurs blessés, a-t-on appris de sources syndicale et officielle.

Des manifestations de protestations secouent cette région depuis plusieurs mois à cause du chômage et de la dégradation des conditions de vie.

Selon le président du comité de soutien du bassin minier de Gafsa, Messaoud Romdhani, les troubles qui ont débuté jeudi ont pris une tournure grave vendredi lorsque la police a ouvert le feu sur les manifestants. Il a fait état d’un mort, un manifestant de 25 ans et dix blessés.

La victime venait d’être recrutée dans un chantier sur l’environnement dépendant de la compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal employeur dans la région, a-t-il précisé par téléphone à l’Associated Press. Selon ce syndicaliste, les troubles auraient été causés par « la lenteur » des négociations engagées entre les autorités et les syndicats.

De leur côté, les autorités font état d’un mort et cinq blessés parmi les manifestants et de trois blessés parmi les agents de l’ordre. Selon un communiqué du gouvernement, l’intervention des forces de l’ordre a été motivée par des informations faisant état de « la fabrication par certains éléments de bouteille incendiaires qui devaient utilisées dans des actes de vandalisme ».

Selon le communiqué, plusieurs de ces objets ont été lancés en direction des agents de l’ordre, en « dépit des sommations » adressées aux manifestants. Une enquête a été ouverte pour « éclaircir les circonstances de ces incidents et en déterminer les responsabilités ».

Redeyef : La police tire sur des manifestants: un mort

6 juin 2008

© France 2

Un manifestant a été tué par balle et plusieurs blessés vendredi en Tunisie au cours d’affrontements avec la police

Un manifestant a été atteint par une balle au poumon droit et a succombé sur le coup, lorsque la police a ouvert le feu sur les manifestants à Redeyef (région de Gafsa), a indiqué Adnane Hajji, dirigeant syndical.

Dix-huit personnes ont été blessés également par balles, selon la même source.

Une source gouvernementale a confirmé le décès d’un manifestant et fait état de 8 blessés, dont cinq manifestants et trois agents de l’ordre.

« Les forces de l’ordre ont essuyé des jets d’engins incendiaires (cocktails Molotov) et ont dû intervenir pour neutraliser certains éléments, qui les fabriquaient », a-t-on indiqué de source gouvernementale officielle à Tunis.

Les forces de l’ordre tirent sur les manifestants à Redeyef

C.R.L.D.H. Tunisie

Communiqué

La police tunisienne a tiré à balles réelles sur la population de Rédaeif (ville du bassin minier au sud de la Tunisie) faisant un mort et six blessés dont un gravement.

La ville de Rédaïef, situé dans le bassin minier de Gafsa dans le sud tunisien, est à nouveau, depuis le jeudi 5 juin 2008, le théâtre d’affrontements opposant la population aux forces de l’ordre. Ces dernières, venues en nombre, ont poursuivi leur campagne de répression violente tirant à balles réelles, faisant un mort , un jeune de 18 ans du nom de Hafnaoui Ben Ridha Bel Hafnaoui et blessant six autre personnes. Parmi eux : Ismaïl Rahali, Bouali Khlaifi, Helmi Amaïdi et Khaled Rahali.

La ville vit depuis plusieurs jours un état de siège non déclaré : descentes et perquisitions musclées dans les quartiers et dans les domiciles semant la terreur dans les familles. Des commerces ont subi le même sort occasionnant vol de biens et destruction de matériel …Dans le même temps, des centaines de policiers en civil bloquent toute la ville et ses issues, empêchant toute activité.

Hier, dans la soirée, le jeune Hichem BEN JEDDOU EL ALEIMI, du village de Tebeddit (proche de Redaief), âgé de 26 ans, est mort électrocuté à l’intérieur d’un local abritant un générateur électrique qui dessert les ateliers de la compagnie des phosphates du bassin minier de Gafsa. Le local a été occupé par des jeunes diplômés au chômage qui, en signe de protestation, ont mis le générateur à l’arrêt. L’ordre de la remise en marche du générateur semble avoir été donné aux gendarmes par le sous-gouverneur provocant ainsi la mort du jeune Hichem ce, en dépit des avertissements de la population présente sur le lieu du drame. Le 2 juin 2008, à Metlaoui, Nabil CHAGRA, est mort après avoir été heurté par une voiture lors d’une manifestation de rue organisée par les jeunes diplômés chômeurs. Ces deux drames ont mis le feu aux poudres dans toute la région provoquant des affrontements violents avec les forces de police.

En donnant l’ordre de tirer sur des personnes sans défense, le régime de Ben Ali fait preuve, une fois encore, de son caractère policier et répressif. Ceci illustre son incapacité à gérer la moindre crise autrement que par la violence meurtrière, les arrestations arbitraires, les procès iniques, la tor_ture …

Le CRLDHT dénonce de toutes ses forces ces crimes, commis en toute impunité et dans un silence assourdissant de la presse et des médias tunisiens.

Le CRLDHT présente toutes ses condoléances aux familles avec qui il partage leur chagrin et leur colère. Il réitère son entière solidarité avec les populations du Bassin minier dans leur lutte légitime pour la vie et la dignité, et exprime son indignation contre cette nouvelle escalade de violence. Il demande instamment l’arrêt de la violence policière et l’instauration d’une commission d’enquête pour que la lumière soi faite sur les événements afin que les responsables répondent de leurs actes devant la justice.

Le CRLDHT appelle tous les tunisiens, tous les amis de la Tunisie, à participer activement au rassemblement organisé par Comité de Soutien aux Habitants du Bassin Minier de Gafsa, le samedi 7 juin 2008 à la Fontaine des innocents, à 14h.

Paris, le 6 juin 2008.

Tunisie :un véhicule de la garde nationale a mortellement heurté le jeune Nabil Chagra

3 juin

Comité de Soutien aux Habitants du Bassin Minier de Gafsa

La lutte de la population du bassin minier de Gafsa continue… et s’élargit à d’autres régions !

La politique du pire vient encore de tuer : un véhicule de la garde nationale pourchassant de jeunes manifestants a mortellement heurté le jeune Nabil Chagra.

Haytham Smadah a été plongé dans un coma profond pendant deux jours à la suite des coups de matraque répétés qu’il a reçus sur la tête et au visage.

Le mouvement social qui secoue le bassin minier de Gafsa depuis le début du mois de janvier 2008 continue à faire tâche d’huile. La mobilisation s’étend aux villes limitrophes du gouvernorat de Kasserine qui connaît à son tour des manifestations contre la détérioration des conditions de vie et un chômage endémique. Les populations de cette région ne cessent d’exprimer leur ras-le-bol des politiques antisociales qui hypothèquent l’avenir de la jeunesse, avec ou sans diplômes.

La révolte sociale qui a commencé dans le bassin minier depuis le début de l’année ne cesse de prendre de l’ampleur : après Redeyef et Oum Larayes, le mouvement a gagné Metlaoui qui a vécu tout au long de la semaine dernière au rythme des manifestations de rue et des sit-in organisés par les chômeurs de la ville. Les autorités ont répondu comme à leur habitude par la répression. L’aveuglement et l’absence de volonté de négociation de la part des autorités locale et nationale avec les représentants des mouvements sociaux pour sortir de la crise sont patents. En attendant, ces régions oubliées du « miracle tunisien» s’enfoncent depuis des décennies dans la désolation et le chômage qui atteint des taux encore plus élevés par rapport au reste du pays. La révolte populaire est venue crier cette vérité et mettre au grand jour la grande illusion des « politiques d’investissement » affichées par le régime.

Mai 2008

Tunisie : la région de Gafsa en ébullition . Les actions spectaculaires se multiplient à Redeyef et Oum Lârayes

vendredi 9 mai 2008

Hanan Ben Rhouma

Redeyef, ville du sud-ouest tunisien, est le centre de toutes les attentions. En guise de protestation suite à la mort d’un jeune manifestant, électrocuté mardi, les habitants de cette ville de 30 000 habitants ont décidé mercredi de vider les lieux pour un temps indéfini. Ils sont finalement rentrés chez eux le soir même par ordre des syndicalistes. Une action spectaculaire qui s’ajoute à d’autres pour faire réagir les autorités, sourdes à leurs revendications

Depuis janvier, la situation dans le sud-ouest de la Tunisie ne cesse de se dégrader.. Les manifestions se font de plus en plus fréquentes dans certaines villes du gouvernorat de Gafsa. Située à près de 60 km de la capitale régionale, Redeyef est devenu le symbole d’une Tunisie en colère. Après concertations, ses habitants ont décidé de vider les lieux mercredi en fin d’après-midi après le drame de la veille à Oum Lârayes, localité voisine de Redeyef. Plusieurs jeunes diplômés chômeurs ont été électrocutés. L’un d’entre eux Ali Ben Jeddou El Aleimi est mort ; un autre, Taoufik Ben Salah, est toujours dans le coma.

Une bavure policière de plus ?

C’est pour protester, une fois de plus, contre les résultats du concours d’entrée à la Compagnie qu’un groupe de jeunes chômeurs ont décidé mardi d’occuper le générateur électrique alimentant les ateliers de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG). Selon plusieurs sources locales, une brigade d’intervention de la police, munie de gaz lacrymogènes, s’est rendue sur place pour dégager les jeunes. L’un des jeunes se serait alors emparé de câbles électriques afin d’empêcher l’évacuation du lieu. Le générateur était hors tension. La remise en route du courant électrique a provoqué son électrocution et celle d’un certain nombre de jeunes qui se trouvaient avec lui. Les secours ne seraient intervenus que plusieurs heures après l’accident.

Pour le moment, la version officielle de l’histoire reste floue. « C’est une question sensible mais pour rester objectif, la police n’a pu commettre un tel acte », affirme la CPG par la voix de son service de presse. Mais pour la population qui réclame l’ouverture d’une enquête indépendante, le coupable est tout désigné. C’est la police qui aurait délibérément réactivé le générateur, sans tenir compte du danger. Le drame a mis la région en émoi et la journée du mardi a été rythmée par des affrontements entre jeunes et forces de police. Abderahman Hedili, responsable du Comité de soutien des mineurs de Gafsa en Tunisie, confirme les faits : « En ce moment, tout est fermé : les écoles, le lycée, les commerces… Redeyef reste en état de siège ».

Une initiative spectaculaire vite avortée

« La présence policière est toujours énorme », affirme M. Hedili. C’est pour « laisser Redeyef aux policiers », selon le communiqué du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), que les habitants se sont concertés mercredi sur cette action coup de poing. Plusieurs centaines l’ont effectivement fait, emportant avec eux les objets de première nécessité. Mais l’action est décédée prématurément. Après quelques négociations entre autorités et syndicalistes, les habitants sont revenus le soir même. La présence policière devait en effet se réduire. « Finalement, rien n’a changé depuis hier », déclare M. Hedili.

Le chômage, cause de tous les maux

Selon un accord formel, la CPG s’engageait à recruter dès janvier un certain nombre de chômeurs en son sein. Chose qui ne s’est pas faite et qui expliquent l’occupation de mardi. Contacté par Afrik.com, un employé de la compagnie a cependant déclaré que le recrutement de cas sociaux a débuté depuis une dizaine de jours. « On recrute pour le moment ceux dont les parents travaillaient dans la compagnie mais qui ont eu des accidents de travail. Mais les habitants veulent des solutions radicales pour résoudre le problème du chômage, qui est structurel dans le bassin minier de Gafsa », explique l’homme. La CPG ne s’attendait pas à ce que les choses prennent cette « tournure dramatique », ajoute t-il.

Rien à signaler pour Nicolas Sarkozy

« L’espace des libertés progresse », déclarait Nicolas Sarkozy lors de sa visite d’Etat le 28 avril dernier. Ces propos ont provoqué un tollé général de la part des organisations de lutte pour les droits de l’homme. Aucune mention n’a été faite des « évènements de Gafsa ». Alors que la situation empire, les autorités ne voient pour ce conflit social d’autres solutions que la répression et la pression policière selon plusieurs organisations locales. Jusque là, le bassin minier reste officieusement fermé aux journalistes. Aucun média officiel n’a repris l’information. « Après d’âpres discussions, les défenseurs des droits de l’homme ont finalement été autorisés à entrer dans la ville », affirme M. Hedili « La suite que l’on donnera à cette action sera décidé rapidement », conclut t-il.

Face à l’encerclement policier, la population de Redeyef décide de quitter sa Ville

mai 2008

A Redeyef, une ville de plus de 30 000 habitants à la pointe du mouvement de protestation qui dure depuis le début de janvier 2008 dans le bassin minier de Gafsa, et encerclée depuis des semaines par les forces de l’ordre, un vaste mouvement parmi la population a conduit cet après-midi à une décision collective d’évacuer la ville. « Nous quittons notre ville pour la laisser aux policiers », telle est la manifestation du raz-le-bol exprimé par les habitants de Redeyef qui ne veulent plus subir le harcèlement continu des forces de police. Emmenant le strict nécessaire, au moins des centaines d’habitants, d’après des témoignages téléphoniques recueillis aujourd’hui depuis la ville, auraient ainsi entrepris de sortir de la ville en fin d’après-midi avant d’être convaincus par les animateurs du comité de grève de renoncer à leur action. Ceux-ci ont enjoint les habitants en partance de rester dans la ville et de poursuivre la lutte sur place.

Cette action fait suite à la mort d’un jeune chômeur électrocuté la veille à l’intérieur d’un local de générateur électrique suite à une intervention brutale des forces de l’ordre. Celles-ci continuent d’encercler la ville.

Cette réaction spectaculaire est la seule réponse trouvée par la population au déni de justice.Le comité réaffirme la nécessité de lever le blocus policier des villes minières par le rétablissement de la libre circulation des personnes.

Le comité appelle toutes les forces démocratiques et progressistes à soutenir la mobilisation des populations du bassin minier dans leurs revendications.

Nous tenons le régime pour responsable de toutes les conséquences qui affecteront la population de Redeyef. Les habitants du bassin minier et en particulier ceux de Redeyef, ont plus que jamais besoin de notre solidarité.

Le comité réitère sa demande de constituer rapidement une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur ce drame tragique et de poursuivre les responsables.

Paris le 7 mai 20078

Comité de soutien aux luttes du bassin minier de Gafsa à ParisC /o FTCR 3 rue de Nantes 75019 Paris

contact

Site

Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR), 3 rue de Nantes Paris 75019

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freetunisie

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Un jeune diplômé chômeur mort électrocuté et un autre en coma à Gafsa

Come4news

Mardi 6 mai, le jeune ALI BEN JEDDOU EL ALEIMI, 26 ans, est décédé électrocuté à l’intérieur d’un générateur électrique desservant les ateliers de la compagnie des phosphates de Gafsa (Bassin minier situé à 400 kms de Tunis). Le jeune TAOUFIK BEN SALAH, 21ans, se trouve dans le coma. Ces deux jeunes faisaient parti d’un groupe de jeunes chômeurs qui, la veille avaient occupé le générateur électrique en stoppant par leur action l’alimentation d’une partie des installations de la Compagnie.

Ils protestaient par cette action spectaculaire contre le non respect par les autorités préfectorales d’un engagement stipulant le recrutement au sein de la Compagnie d’un certain nombre de chômeurs. Le sous-préfet accompagné d’une brigade d’intervention de la police s’est rendu sur place pour dégager les jeunes chômeurs en utilisant des gaz lacrymogènes.

Le jeune Al Aleïmi, se serait emparé de câbles électriques afin d’empêcher que l’évacuation ai lieu. Le générateur était à ce moment hors tension. La remise en route du courant électrique a provoqué son électrocution et celle d’un certain nombre de jeunes chômeurs qui se trouvaient avec lui. Selon des témoins présents au moment des faits, le corps du jeune El Aleïmi aurait été projeté sous le choc en dehors de l’installation électrique. Les secours ne sont intervenus que plusieurs heures après l’accident. Ce drame a mis toute la région en émoi et les affrontements avec les forces de police ont dégénéré.

Encore une fois, la seule réponse du régime de Ben Ali au désarroi des jeunes chômeurs du bassin minier, c’est un pas de plus dans la répression.

Cette répression a fait pour la première fois des victimes. Deux jeunes qui, n’ayant plus rien à perdre ont pris tous les risques pour que l’on tienne compte de leur situation. L’un est mort électrocuté et l’autre est dans le coma. Les autorités préfectorales régionales portent la responsabilité de cet incident. Leur entêtement à passer en force à causer la mort. Le comité de soutien aux luttes du bassin minier de Gafsa réclame d’urgence :L

  1. L’ouverture d’une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur cette bavure qui a entrainé la mort du jeune El Aleïmi
  2. l’arrêt de toute provocation policière à l’encontre des protestations légitimes des jeunes chômeurs
  3. la satisfaction de leurs revendications concernant le travail et une vie digne
  4. la solidarité des organisations syndicales, associatives, politiques au combat que mènent depuis bientôt 5 mois toute la population du bassin minier de Gafsa pour leur revendications légitimes
  5. l’envoi de délégations internationales formées de défenseurs des droits sociaux de l’homme afin de desserrer l’étau policier qui enferme la région minière.

Comité se Soutien aux Luttes du Bassin Minier de GAFSA – Communiqué du mercredi le 07 mai 2008

Tunisie-Bassin Minier de Gafsa: Les habitants de Redeyef quittent la ville

Cet après-midi, du mercredi 7 mai, les quelque 30 000 habitants de Redeyef, principale ville du bassin minier de Gafsa à 400 km au Sud de Tunis, lourdement assiégés par la police, se sont concertés pour décider de tous quitter la ville, afin, disent-ils, de « laisser Redeyef aux policiers ». D’après plusieurs sources directes, ce sont plusieurs centaines d’habitants qui ont commencé depuis 18 H environ à quitter effectivement les lieux, emmenant des objets de première nécessité, partant dans plusieurs directions à la fois.

Ce nouvel évènement suit l’électrocution par les autorités et les forces de police de deux jeunes, mardi 6 mai, à l’intérieur d’un générateur électrique desservant les ateliers de la compagnie des phosphates de Gafsa. Ceux-ci l’occupaient avec leur groupe de jeunes chômeurs pour stopper l’alimentation d’une partie des installations de la Compagnie et protester par cette action spectaculaire contre le non respect par les autorités préfectorales d’un engagement stipulant le recrutement d’un certain nombre de chômeurs au sein de la Compagnie. L’un est décédé et l’autre est dans le coma.

Depuis le 5 janvier 2008 l ‘ensemble de la région de Gafsa connaît un fort mouvement social porté largement par la population et réprimé par les autorités. Il est quasi impossible de se rendre actuellement dans le bassin minier.

Source CFTR

Avril 2008

Gafsa la rebelle est en ébullition

28 avril 2008

Les manifestations et grèves se multiplient dans la région minière de Gafsa. Les forces de l’ordre sont débordées et le charmant régime de Ben Ali peine à ramener le calme. Même la matraque ne marche plus !

Oubliée du « mirage » économique tunisien, la région du gouvernorat de Gafsa, dans le sud-ouest du pays, se meurt à petit feu. Déjà délaissée du temps de Bourguiba, ce qui reste aujourd’hui de l’exploitation des phosphates ne suffit pas à nourrir les habitants, touchés par un taux de chômage record. Alors, lorsqu’en janvier dernier la Compagnie des Phosphates de Gafsa, la CPG, l’un des rares gros employeurs de la région, organise un concours pour recruter, c’est l’espoir au sein de la population.

Las, on ne se refait pas et le népotisme est une pratique bien ancrée au pays du jasmin ! Selon un habitant de Gafsa, « plus de 60 postes ont été attribués à des personnes du gouvernorat voisin dont est issu le gouverneur de Gafsa et ses deux cousins, à savoir le président de la CPG et le directeur de l’usine chimique locale ». Résultat : un vaste mouvement de grève et de manifestations qui dure maintenant depuis plus de trois mois et touche principalement les trois villes minières de Redeyef, Oum Elaraïes et Métlaoui. Ouvriers, diplômés chômeurs, lycéens et habitants : tout le monde s’y met, parfois à coups de jets de pierres. Les manifestants ont même installé pendant un mois et demi des tentes de manière à bloquer la circulation des trains entre les carrières et les usines, gelant ainsi les activités de l’industrie du phosphate.

La matraque, y a que ça de vrai !

Dans un premier temps, les autorités tunisiennes, réputées pour avoir la matraque facile, se sont contentées d’adopter une stratégie d’encerclement des manifestants sans intervention massive. Des milliers de policiers ont d’ailleurs été rapatriés des quatre coins du pays pour assurer le service d’ordre. Objectif des autorités : éviter un embrasement de la région, ce qui en dit long sur les tensions qui y règnent. Il faut dire que, comme en témoignent ces deux vidéos, on assiste dans la région à des scènes rarissimes en Tunisie depuis que le général-président-à-vie Ben Ali s’est emparé du pouvoir en 1987 : (jeter un oeil sur cette vidéo et sur celle-ci).

Puis, début avril, la flicaille a repris ses bonnes vieilles habitudes répressives. Le 6 avril, une manifestation organisée dans les rues de Redeyef a violemment été dissoute et une trentaine de personnes auraient été arrêtées. Puis, le lendemain, des responsables locaux de la grande centrale syndicale l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens ainsi que des leaders grévistes ont été embastillés après avoir été passés à tabac par la police, toujours à Redeyef. La rafle a eu lieu alors qu’ils revenaient de Tunis où ils avaient assisté à une réunion. Boujemaa Echrayti, secrétaire général du syndicat de la santé de Redeyef, Taïeb Ben Othman, enseignant syndicaliste, et Adnane Hajji, secrétaire général du syndicat de l’enseignement de base de Redeyef, ont notamment été arrêtés.

Gafsa, l’envers du décor

24 avril 2008

De tout temps, la région de Gafsa (120 000 habitants) a été considérée comme frondeuse. C’est là que sont nés les principaux syndicalistes de l’histoire de la Tunisie. Là aussi qu’ont démarré les grands mouvements sociaux, notamment les émeutes du pain, en 1984. Trois ans plus tôt, les membres d’un commando venu de l’étranger avaient même tenté de mettre fin au régime Bourguiba, avant de finir au bout d’une corde.

Le 7 janvier 2008, des troubles ont brusquement éclaté, à 20, 30 et 70 kilomètres de Gafsa, dans les quatre bassins miniers de phosphates qui ont fait la richesse et la réputation de la région pendant un siècle. Au total, quelque 170 000 personnes vivent sur ces bassins miniers à ciel ouvert. Ce 7 janvier devait être un grand jour. La Compagnie des phosphates de Gafsa, le principal employeur, voire le seul, va afficher les noms des nouveaux recrutés. C’est la première fois depuis des années qu’elle embauche. La mécanisation des mines, engagée il y a trente ans, a fait chuter de façon drastique le nombre des employés : ils ne sont plus que 5 000, contre 14 000 autrefois. Un concours a été organisé pour remplacer des départs à la retraite. Plus de 1 000 candidats se sont présentés pour les 81 postes proposés.

Sitôt la liste affichée, c’est la révolte. « Nous avons eu confirmation des rumeurs qui circulaient. Les embauches étaient affaire de corruption et de népotisme », raconte Hajji Adnane, porte-parole du mouvement de Redeyef, l’un des quatre bassins miniers. Un groupe de « diplômés chômeurs » commence une grève de la faim, tandis que les mineurs se mettent en grève. Le mouvement est pacifique, mais il s’étend et, surtout, il dure. Les familles des grévistes, en particulier les femmes, défilent dans les rues. Dans un premier temps, les autorités laissent pourrir.

Le 7 avril, la situation dégénère. Une trentaine de syndicalistes sont interpellés à leur domicile et envoyés en prison. La police encercle les mines. Au niveau national et régional, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) désavoue les grévistes. A la mi-avril, les autorités lâchent du lest. Les syndicalistes sont libérés. D’autres embauches (en plus de la liste contestée) sont annoncées. Aujourd’hui, l’heure semble à l’apaisement.

Restent tous les problèmes de fond, dont Gafsa, ville déshéritée de l’intérieur, est une bonne illustration : chômage chronique (deux fois supérieur à la moyenne nationale), pollution élevée, maladies… Si « miracle » économique il y a en Tunisie, il bénéficie surtout aux zones côtières. Pas ou peu aux autres régions que les Tunisiens fuient à une vitesse accélérée pour aller s’entasser aux abords des grandes villes du littoral, telles que Sousse, avec tous les problèmes qu’une telle migration engendre.

Florence Beaugé

Tunisie : un vent de révolte souffle sur Gafsa . La colère gronde dans cette région très touchée par le chômage

La tension est montée d’un cran cette semaine dans plusieurs villes du gouvernorat de Gafsa, dans le sud-ouest tunisien, lorsque des manifestations pour l’emploi et de meilleures conditions de vie ont dégénéré. Le calme est revenu depuis vendredi. Mais un rassemblement massif est attendu dimanche 13 avril en Tunisie comme en France.

Les événements se sont précipités cette semaine lorsque les manifestations se sont transformées en opération policière. Aujourd’hui, Redeyef, ville située à près de 60 km de Gafsa et point de départ des premières révoltes, est revenue au calme. Ses habitants sont surtout soulagés, après que les 14 personnes arrêtées mercredi pour « troubles sur la voie publique et de dégradation de biens d’autrui » ont été relâchées. Restait le sort des huit personnes mises en garde à vue. Elles ont finalement été relaxées jeudi soir après avoir été déférées devant le parquet. Parmi elles, figurent l’un des responsables syndicaux, Adnane Hajji. Selon un communiqué du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), le porte parole du mouvement de protestation populaire des familles des miniers a particulièrement été mis à mal, car il souffre d’une insuffisance rénale.

Cette semaine a été mouvementée. Cependant, la révolte sociale gronde depuis quatre mois déjà dans le bassin minier de Gafsa. Tout a commencé le 5 janvier dernier lors de la publication des résultats du concours d’entrée organisé par la Compagnie de phosphate de Gafsa, le principal employeur de la région. Les résultats étaient « entachés de fraudes évidentes, de favoritisme et de népotisme », indiquent plusieurs communiqués de presse des associations de travailleurs et de défense des droits de l’homme.

Depuis, de nombreuses manifestions de protestation et des grèves ont éclaté dans plusieurs secteurs d’activité. Jeunes diplômés, femmes au foyer, syndicalistes, enseignants, sympathisants y ont participé « toutes générations confondues », affirme Abderahman Hedili, responsable du Comité de soutien de Gafsa en Tunisie.

L’agitation sociale a atteint son paroxysme cette semaine lorsque des centaines de manifestants se sont retrouvés encerclés par les forces de l’ordre à Redeyef. Selon plusieurs sources, la ville était assiégée depuis lundi. Le calme est revenu depuis hier soir. Les barrages semblent avoir disparu. Mais la présence policière est toujours forte.

Contexte social grave

Les causes de la révolte sont plus profondes dans le gouvernorat de Gafsa, où le phosphate est bien l’une des rares richesses du gouvernorat de Gafsa. Le taux de chômage y est nettement supérieur à la moyenne nationale. Elle atteint jusqu’à 40% dans certaines zones (26,7% à Redeyef ; 38,5% à Oum Lârayes) contre une moyenne nationale qui s’établit à 14,1% en 2007. Les jeunes diplômés sont les plus touchés par ce fléau. « Alors quand on leur a appris que la plupart d’entre eux n’étaient pas recrutés, ils se sont sentis révoltés », explique Fethia Chaari, membre du Comité de soutien en France.

Mais les jeunes ne sont pas les seuls à se plaindre. Aujourd’hui, la région du sud-ouest tunisien est l’une des plus oubliées du pays. Les zones côtières et le nord sont favorisés au détriment des autres territoires. Résorber le chômage reste donc l’une des revendications les plus fortes. Outre la demande d’annulation des résultats du concours, les revendications portent aussi sur un programme d’embauche des diplômés sans emploi à travers une implication accrue de l’Etat tunisien dans la création de grands projets industriels et davantage de fonds alloués au développement de la région. Mais les autorités font la sourde oreille… pour l’instant.

Manifestations massives en vue

Selon Fethia Chaari, « tant que les revendications ne sont pas remplies, les rassemblements continueront ». Une nouvelle manifestation de soutien à la population locale sera organisée dimanche 13 avril en Tunisie mais aussi en France et en Belgique. « Ce mouvement dépasse le seul cadre tunisien. Nous avons reçu le soutien de travailleurs marocains et algériens. »

Mais cela suffira t-il à faire plier les autorités tunisiennes ? Le pays a été salué par le Conseil des droits de l’homme cette semaine pour son rapport. A l’occasion de l’Examen périodique universel (EPU), nouveau mécanisme d’évaluation du respect des obligations des Etats en matière des droits de l’homme, le régime a su convaincre les membres du jury onusien de la respectabilité de la Tunisie. Une déception pour les organisations de défense des droits de l’homme, dont la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH) ou encore le Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT), qui ont manifesté leur soutien à la population locale. Un appui qu’ils comptent bien lui renouveler dimanche.

Tunisie: troubles dans le bassin minier de Gafsa

AP | 10.04.2008 | 23:00

Les forces de sécurité ont procédé à des dizaines d’interpellations à la suite d’accrochages les ayant opposé ces derniers jours à des manifestants, la plupart des jeunes chômeurs, dans le bassin minier de Gafsa, dans le centre-ouest de la Tunisie, a-t-on appris jeudi de sources associatives.

Dans un communiqué, la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme (LTDH) mentionne une première liste de 24 personnes arrêtées, suivie par de nombreuses autres interpellations, dont des syndicalistes.

Les autorités font état quant à elles de « troubles sur la voie publique et de dégradation de biens d’autrui » à Rédéyef, une ville de la même région, ayant conduit à l’interpellation de huit manifestants.

Déférés jeudi devant le juge d’instruction, ces derniers ont été « libérés provisoirement » en attendant la fin de l’enquête.

Selon des témoins oculaires, des forces anti-émeutes ont dû intervenir à la suite de l’attaque d’un poste de police qui a été la cible de jets de projectiles de la part de manifestants.

L’agitation sociale dans cette région a commencé en janvier dernier à la suite de la publication des résultats contestés d’un concours de recrutement à la société de phosphate de Gafsa, principal employeur dans la région.

Depuis, des associations font état de manifestions de protestation, de sit-in et de grèves dans plusieurs secteurs d’activité.

Outre le problème de l’emploi des diplômés chômeurs dans cette région, les revendications sociales portent sur les conditions de vie difficiles des populations de Gafsa, selon les mêmes sources.

Samedi dernier, l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) a organisé une journée de solidarité avec les habitants de ce bassin minier au cours de laquelle les participant(e)s ont exprimé leur soutien à leurs « revendications légitimes ».

La LTDH appelle à « un dialogue sérieux » avec les parties concernées pour rechercher des solutions permettant de répondre aux problèmes sociaux qui ont provoqué cette agitation.

Elle réclame l’ouverture d’une « enquête impartiale » sur les raisons qui ont conduit à la détérioration de la situation. AP

Tunisie: interpellation de manifestants dans la région minière de Gafsa

TUNIS – Des dizaines de manifestants ont été relâchés après leur arrestation dans la région minière de Gafsa (centre-ouest), théâtre d’agitation sociale depuis plusieurs semaines, a-t-on appris jeudi de sources concordantes.

Une source officielle a fait état jeudi de « désordre sur la voie publique » et « dégradation de biens », indiquant que « huit personnes parmi celles qui sont impliquées dans cette agitation ont été déférées devant la justice et laissées en liberté provisoire ».

Quarante-et-une personnes ont été arrêtées les 7 et 8 avril à Redeyef, localité proche de Gafsa, a indiqué à l’AFP, Adel Jayar, coordinateur d’un comité d’encadrement du Mouvement de protestation du bassin minier.

M. Jayar, qui fait partie des personnes élargies mercredi après leur interrogatoire dans les locaux de la police à Gafsa (350 km au sud de Tunis), a confirmé que la remise en liberté jeudi de toutes les personnes interpellées, dont Adnane Hajji, secrétaire général du Syndicat de l’enseignement de base.

Selon lui, des arrestations « musclées » avaient eu lieu pour la plupart lundi à Redeyef à la suite d’affrontements survenus dimanche soir entre forces de sécurité et manifestants mobilisés autour de revendications sociales, l’emploi des jeunes diplômés de la région essentiellement.

Un recrutement contesté à la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG, publique), principal employeur dans cette région traditionnellement frondeuse, a déclenché des « protestations spontanées et pacifiques » dès le 10 janvier, a-t-il ajouté.

Selon lui, le mouvement a dégénéré dimanche soir lorsque « des personnes étrangères au mouvement » ont attaqué un poste de police avec jets de pierres et bouteilles incendiaires, provoquant l’intervention des forces anti-émeutes.

Dans un communiqué publié à Paris, un comité de soutien au bassin minier de Gafsa a aussi fait état des arrestations et d’un mouvement de protestation.

Depuis janvier, un mouvement de protestation agite cette région, riche en phosphates, pour dénoncer « les conditions de vie, la cherté de la vie, le fait que cette région soit oubliée par les programmes d’investissements, et le taux de chômage énorme par rapport à la moyenne nationale », a indiqué à l’AFP à Paris, Fathia Chaari, membre du comité.

« Il y a eu des manifestations spontanées de femmes, de chômeurs diplômés, des sit-in, l’occupation de l’Union locale du travail… principalement dans les villes de Redeyef et Oumlaraeis », a-t-elle ajouté.

Une grève générale était observée jeudi à Redeyef, ville de 30.000 habitants environ, dont sont issues la plupart des personnes interpellées, a-t-on indiqué en outre de source syndicale.

La Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme a demandé aux autorités de « lever le siège » imposé à Redeyef et d' »ouvrir une enquête impartiale sur les raisons de l’agitation », dans un communiqué publié jeudi.

(©AFP / 10 avril 2008 20h54)

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~ par Alain Bertho sur 7 juin 2008.

2 Réponses to “Chronique de Redeyef avril-juin 2008”

  1. Redeyef la village de resistance ; la village de dignité
    ils sont des personnes qui aiment leurs pays et aiment vivrent avec digité
    leurs demandes se resume dans cet phrase
    (chogle horria karama watani= travaille liberté dignité nationale)
    ils ne cherchent rien autre traité avec égalité
    c’est pas normale qu »une village riche comme redeyef ou bien om larayes n »aura rien par rapport a l’autre ville
    c’est pas d’egalité une village qui participe avec une grande pourcentage de la budjet de pays avoir la grand pourcentage de chomage
    on ne demande rien autre d’avoir nos droits
    vive a la Tunisie vive le peuple a bas les espions a bas les voleurs

  2. http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    Je n’aurai jamais pensé que les forces de l’ordre auraient tirés sur les jeunes. Autant de victime alors que négocier aurait été la solution.

    http://tunisie-harakati.mylivepage.com

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