Emeutes à Berriane Ghardaïa mai 2008

Chlef, Berriane et le bakchich

19 Mai, 2008

Les révélations sur la corruption coïncident avec les émeutes de Chlef puis de Berriane. Hasard ? Oh, non ! Plutôt un résultat de cause effet : la corruption est signe d’incurie et de mauvaise gestion ; l’incurie engendre la pauvreté et le désespoir.

Qui peut le nier ? Que le vent de l’émeute souffle à nouveau sur les quatre coins de l’Algérie est symptomatique non seulement d’un profond malaise social mais d’un point de non retour. L’émeute et autres manifestations de rue sont comme le signe d’un grand et définitif accablement. Aussi grand que la colère. Immense. Immense et imprévisible.

A la mesure du mépris du pouvoir.

Où allons-nous ?

Ainsi, note un confrère, on croyait pourtant avoir tout vu avec ces jeunes harraga qui se jettent dans l’écume des vagues incertaines dans l’espoir d’échouer quelque part au Nord dans une incroyable mésaventure humaine. Mais le « génie » de nos dirigeants qui ont complaisamment tourné le dos aux souffrances du peuple nous a offert cette image insoutenable d’un jeune Algérien en détresse s’automutilant devant le portail d’une administration. C’était l’autre jour à Tizi Ouzou. Et c’est une première dans la liste noire de la « non-assistance à jeunesse en danger », qu’un Algérien en vienne à se larder le corps à coups de couteau pour attirer l’attention. Un geste de désespoir qui constitue à lui seul un baromètre de l’Etat de la jeunesse dans un pays qui exhibe avec arrogance ses milliards de dollars apparemment inutiles.

Ce n’est certainement pas verser dans l’alarmisme que de noter un désarroi social sans précédent en Algérie.

Le divorce pouvoir-société a pris une tournure dramatique.

Le retour de la protestation sous cette forme violente dénote qu’un pas a été franchi en direction d’une dissidence générale et virulente en face de laquelle le pouvoir n’a pas de réponse. Depuis des mois que les fonctionnaires protestent, personne n’a osé les recevoir. Qu’auraient-ils à leur répondre, car la question est celle-ci : qu’avez-vous fait de l’argent du pétrole ?

Alors, la seule réponse qu’oppose le régime est la force. Les syndicalistes autonomes qui donnent une belle leçon de solidarité et de démocratie sont « accueillis » par la matraque et le gourdin. C’est le tarif syndical pour qui ose défier l’ordre établi. Qu’il soit jeune chômeur, enseignant, médecin ou universitaire, de Chlef, de Berriane, d’Oran, de Timimoun, de Tizi, de Beni Abbès ou d’Alger, le protestataire n’a droit qu’à un traitement : la pression ou la répression. L’Etat qui a vocation à écouter ses citoyens semble avoir perdu sa mission élémentaire. Il n’en n’a plus les ressorts et les moyens.

Le mépris attise la colère.

C’est pour cela que la rue gronde en ce printemps… noir.

photo Reuter

Retour au calme à Berriane après trois jours de violents affrontements


ALGER (AFP) — Le calme est revenu lundi matin à Berriane (à 500 km au sud d’Alger) après trois jours d’affrontements entre deux communautés rivales qui ont fait deux morts, ont indiqué à l’AFP des habitants et les autorités d’Alger.

« D’importantes forces de police et de gendarmerie quadrillent la ville actuellement. Des policiers sont postés devant les édifices publics. Le calme est revenu, mais la situation demeure tendue », a déclaré au téléphone un habitant qui a requis l’anonymat.

Les forces de l’ordre ont établi un cordon de sécurité autour des quartiers touchés par les émeutes pour empêcher les deux communautés rivales, les Chaanba, d’origine arabe, et les Mozabites, d’origine berbère, de s’affronter à nouveau, selon la même source.

Le ministre algérien de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, a confirmé que la situation dans la ville était « totalement calme », ajoutant que « les premières mesures prises étaient de restaurer la sérénité » dans la zone.

« Ces évènements ont commencé entre des groupes de jeunes dans les quartiers de Berriane, dont certains étaient cagoulés », a-t-il précisé.

La ville de Berriane, dans la région de Ghardaïa, compte quelque 40.000 habitants.

Selon les services de sécurité, les affrontements ont fait deux morts: un résident atteint vendredi par un tir de sommation de la police et un homme de 70 ans, atteint samedi par un projectile lancé par des manifestants. Les affrontements ont fait une trentaine de blessés.

Le policier responsable du tir de sommation a été placé en garde à vue.

Les hostilités entre les deux communautés avaient été déclenchées en mars pour un « délit d’honneur », impliquant une femme membre des Chaanba et un Mozabite. La ville a vécu plusieurs journées d’émeutes.

Plusieurs autres régions d’Algérie ont été secouées ces dernières semaines par des émeutes sporadiques.

De violentes manifestations avaient eu lieu notamment à Chlef (200 km à l’ouest d’Alger), où plusieurs personnes avaient été blessées et une soixantaine de manifestants avaient été arrêtés par les forces de l’ordre.

Les manifestants protestaient contre le retard mis par les autorités à compenser les dommages subis par les sinistrés du séisme d’octobre 1980, qui avait fait près de 5.000 morts.

Algérie : des renforts de police dépêchés à Berriane où des manifestations ont fait 2 morts

AFP le 18/05/2008

D’importants renforts de police ont été dépêchés dimanche à Berriane, dans la wilya de Ghardaïa, pour juguler des manifestations qui ont fait deux morts depuis vendredi, ont indiqué à l’AFP des habitants contactés par téléphone. «Beaucoup de renforts de police venus de villes avoisinantes ont été déployés à travers Berriane et à proximité des principaux accès de la ville», a indiqué un résident qui a requis l’anonymat.

La ville, qui abrite deux communautés traditionnellement rivales, une d’origine arabe, les Chaânba, et l’autre d’origine berbère, les Mozabites, est le théâtre depuis quelques semaines d’affrontements sporadiques qui ont repris vendredi. Selon les services de sécurité, les affrontements ont fait deux morts: un résident atteint vendredi par un tir de sommation de la police et un homme de 70 ans, atteint samedi par un projectile lancé par des manifestants. Les affrontements ont fait en outre une trentaine de blessés. Le policier responsable du tir de sommation a été placé en garde à vue.

Les manifestants ont saccagé plusieurs bâtiments publics et commerces de la ville et dégradé des biens privés, selon les résidents. Neuf personnes ont arrêtées et placées sous mandat de dépôt, selon des sources judiciaires. Le calme est revenu dimanche avec l’arrivée des renforts de police, mais de petits groupes de manifestants continuaient à harceler les forces de l’ordre.

Les hostilités entre les deux communautés avaient été déclenchées en mars pour un « délit d’honneur », impliquant une femme des Chaânba et un Mozabite. La ville a alors vécu plusieurs journées d’émeutes, qui avaient fait un mort et plusieurs blessés, avant le retour au calme

La localité de Berriane à Ghardaïa dans le sud de l’Algérie est toujours le théâtre de violences.

dimanche 18 mai 2008.

Les affrontements entre les jeunes se sont poursuivis, hier, au niveau de plusieurs quartiers, Kaf Hamouda, Bab Saâd, Boumessoud et El-Moudjahidine. Malgré l’intervention des forces de l’ordre, affirment des habitants de la région, la situation ne s’est pas calmée pour autant. Au 2ème jour de ces violences, on enregistre un second décès et plusieurs blessés graves. La victime est un homme âgé de 75 ans. Il a été tué, hier, lors de ces affrontements, selon un habitant de cette localité du sud de l’Algérie. Ce nouveau décès porte le bilan des affrontements à deux morts et des dizaines de blessés depuis vendredi. Des locaux commerciaux pillés et incendiés, des maisons attaquées, des véhicules saccagés, des jets de pierres et une population effrayée, c’est ainsi qu’un autre habitant de Berriane a décrit ce qui est devenu la vie dans cette localité durant ces deux jours. (Connectez-vous sur le forum algerie-dz.com pour exprimer votre avis sur l’article : http://www.algerie-dz.com)

« Nos enfants n’ont pas pu rejoindre l’école de peur d’être agressés. Ceux qui ont pu le faire ont bravé le danger des agressions et le gaz lacrymogène qui se respire dans presque tous les quartiers de la ville. Les violences se sont propagées jusqu’à proximité des établissements scolaires et les brigades anti-émeutes, pour disperser la foule, ont tiré des bombes lacrymogènes. C’est terrible ce qui arrive dans cette région. Il faut venir sur place pour constater les dégâts de visu », a déclaré le même interlocuteur. Selon ce dernier, « les habitants craignent le pire ». Pour sa part, le représentant de la fédération du FFS à Ghardaïa (sud de l’Algérie) affirme que la situation risque de dégénérer encore plus si des mesures strictes ne sont pas prises par le gouvernement. « Si ces événements ne sont pas pris au sérieux, les émeutes risquent de se propager dans d’autres quartiers », a indiqué le représentant du FFS. Le même interlocuteur affirme que « ces violences opposent des M’zab à des Arabes. Depuis le mois de mars dernier, la région vit ces hostilités et il faut mettre un terme à cette situation ».

Algérie: émeutes à Gharadaia

16/05/2008

De violents affrontements ont opposé vendredi matin des jeunes de Berriane, ville située au nord de Ghardaïa. Bilan : un mort, des blessés et des dégâts matériels importants, a appris toutsurlalgerie.com auprès de sources locales.

Un policier a usé de son arme pour se défendre contre des individus qui ont fait irruption dans son domicile. Il a tiré et a blessé mortellement l’un des intrus, ont précisé nos sources. « L’agent de police en question, se sentant en danger, a fait usage de son arme, après des tirs de sommation, blessant un citoyen qui a succombé à ses blessures à l’hôpital », a précisé un communiqué du ministère de l’intérieur.

On ignore pour l’heure les raisons exactes de ces violences qui ont l’attaque par des jeunes de véhicules sur la RN 1. Ces violences interviennent après les affrontements sanglants qui ont eu lieu fin mars dans cette région. Les communautés mozabites (berbères) et les Châambas (arabes) se sont affrontées durant plusieurs jours à cause d’un…pétard. Bilan : 1 mort et 17 blessés. Les violences communautaires dans cette région remontent aux années 80.

2 MORTS ET DES BLESSÉS LORS DE VIOLENTES ÉMEUTES

Le volcan de Berriane reprend son éruption

17 Mai 2008

Certains usagers de la route Nationale n°1 ont fait l’objet d’agression à l’arme blanche.

Après une accalmie qui n’a duré que quelques semaines voilà la violence revenue, hier, à Berriane, a-t-on appris de sources autorisées. Les affrontements qui ont éclaté entre des jeunes des deux tribus rivales ont causé la mort d’un citoyen et plusieurs destructions.

Plusieurs individus cagoulés, ont provoqué, tôt dans la matinée d’hier, une terreur au sein de la population. Cette bande a causé la destruction de biens privés tels que les habitations, les commerces et les véhicules.

Les émeutiers ont même saccagé, pillé et brûlé, les locaux de commerce de la commune de Berriane. Des agressions ont été commises par des individus, eux aussi cagoulés, contre les usagers de la route Nationale n°1. Certains usagers ont fait l’objet d’agression à l’arme blanche, ajoute-t-on. Devant cet affolement, cette psychose, un agent de police, se sentant en danger, a fait usage de son arme. Après des tirs de sommation, l’agent a blessé un citoyen. Ce dernier n’a pas résisté, il a succombé à ses blessures à l’hôpital. Le policier, l’auteur du tir, a été mis aux arrêts et une enquête diligente est en cours, a rajouté la même source. Le wali et les autorité locales, appellent la population de Berriane à faire preuve de sagesse et de sérénité comme elle en a fait montre dans d’autres circonstances.

Depuis quelques décennies, il y a eu une cohabitation entre les autochtones mozabites et les arrivistes de certaines tribus arabophones que le colonialisme y avait implantées, cela dans les années 40 du siècle précédent, dans l’objectif, d’une meilleure maîtrise et d’une bonne surveillance de leurs mouvements.

Après l’Indépendance, c’est une autre guerre qui a commencé entre deux tribus. Entre les Chaâmba et les Beni Mzab. Les affrontements de ce genre, faut-il le rappeler, ne datent pas d’aujourd’hui. Plusieurs villes du M’zab dont Guerrara et Beni Yesguène ont connu des événements aussi tragiques que ceux de Bérriane.

Ces conflits prennent un caractère économique (commerce et terre), religieux et ethnique. Le passé de cette région célèbre à l’échelle mondiale pour son potentiel touristique, est jalonné d’antécédents aussi graves les uns que les autres. Indiquons enfin que les réunions des notables de la région du M’zab apportent toujours des accalmies.

Les personnalités marquantes essaient toujours de trouver une issue à ce conflit qui ne dit pas son nom. Des personnalités remarquables que l’on estimait autrefois sont en perte de vitesse à Berriane. A quand la solution réelle du conflit de Bérriane?


~ par Alain Bertho sur 18 mai 2008.

6 Réponses to “Emeutes à Berriane Ghardaïa mai 2008”

  1. SECTION DU RCD BERRIANE
    COMMUNIQUE DE PRESSE

    Berriane continue de vivre dramatiquement au rythme des émeutes. Les citoyens de Berriane viennent une fois de plus de vivre depuis la nuit du 15 au 16 mai 2008 à cet instant d’infernales heures. Le cycle infernal des émeutes et des agressions s’est soldé par plus d’une centaine de blessés parmi les citoyens berganiens dont une trentaine est hospitalisés, et plus d’une dizaine de véhicules sont incendiés. Pendant les dernières 36 heures trois décès sont enregistrés dont un vieil homme, l’incendie et le saccage de plus de 70 biens immobiliers privés ont eu lieu ces dernières heures. Les dégâts se chiffrent à des milliards de centimes. La barbarie a atteint son paroxysme. Devant le débordement total de l’Etat, la ville de Berriane est écrasée par une inimaginable tourmente d’actions-réactions. Après l’échec total de reprendre la situation sécuritaire en main par les forces de l’ordre, et après que les arabophones ont persévéré dans l’incendie des biens, les amazighophones, de leur part, ont riposté en saccageant d’autres biens.
    La tension qui ne cesse de persévérer et la recrudescence de la violence dans un climat d’incertitude et d’insécurité quasi-totales interpellent plus que jamais les hautes instances du pays à trouver et à favoriser des mécanismes efficaces et adéquats pour une sortie de cette tourmente apocalyptique.
    Faute d’idées, de communication, de vrai dialogue et de profondes concertations, il n’est pas trouvé mieux que d’engager une procédure d’improvisation, de dépassements flagrants et de faire opérer avec des méthodes stériles et anachroniques. Les solutions palliatives, improvisées et préfabriquées se sont avérées non seulement vaines et sans issue, mais aussi rétrogrades. On oublie que les mêmes causes produisent les mêmes conséquences ; et dans ce cas, d’autres embrasements pourront en pire avoir lieu. A quoi importe cette situation et à qui en profite ?
    La violence continue chaque jour et ce, depuis presque deux mois. Même les chemins qui mènent aux écoles sont totalement insécurisés. Les enfants très traumatisés, sont couramment tabassés au vu et au su des autorités et ce, par des hordes d’individus encagoulés. Des scènes de jets de pierres sont quotidiennes, notamment aux quartiers Madagh et Kef Hammouda. Les filles et les garçons scolarisés risquent de rater leurs examens de fin d’année. D’autres écoliers ont carrément abandonné les bancs des écoles. Cependant l’examen de baccalauréat s’annonce incertain. L’ensemble des familles de notre ville est sous l’empire de la trouille. Cette situation se répercute de façon délétère et générale sur BERRIANE, et, d’un autre coté, contribue au maintien de la tension et de l’instabilité citoyenne. L’impunité, l’irresponsabilité et l’amalgame ne peuvent qu’aggraver davantage la situation locale aussi bien que globale.
    Ni les appels de détresse lancés, ni les lettres expédiées, ni les communiqués, ni les dénonciations ne semblent émouvoir les pouvoirs publics, plus enclins à faire dans les rapports de synthèse, généralement truffés de contrevérités et de satisfecit et ce, dans la crainte de voir s’abattre sur eux les foudres des décideurs et dans le souci de ne pas mettre leur « carrière » en péril.
    Bien que la sonnette d’alarme est tirée, les responsables demeurent sourds, et ne semblent pas en mesurer ni la gravité, ni les répercussions, ni les retombées et ce, en dépit que les autorités disposent d’un grand pouvoir. Ces autorités en panne d’idées, de pragmatisme et de bonne gestion ne trouvent qu’à faire dans la provocation. Faute de vrai dialogue et de profonde concertation, l’on n’a pas trouvé mieux que d’engager une procédure d’improvisation et de replâtrage et ce, dans une vision manichéenne, stéréotyée et révolue.
    Les autorités ont totalement et fatalement failli à leur mission. Le citoyen est resté perplexe, hébété et s’interroge aujourd’hui sur le maintien de ces responsables en place, en dépit de l’incapacité, de la subjectivité et de toutes les maladresses commises. S’agirait-il d’un complot ? L’absence de l’Etat de droit et de devoir est quasi-totale ? Et l’article n° 14 de la Constitution Nationale selon lequel l’Etat est fondé sur les principes d’organisation démocratique et de justice sociale, est nié et renié. C’est le comble fatal.
    Les arrestations arbitraires et d’arrangement, les agressions morales et physiques, les tortures, le traitement sélectif des détenus, les dépassements flagrants enregistrés dans les rangs des forces de l’ordre… Des coups et menaces dans les locaux de la gendarmerie sont tant de violations des Droits de l’Homme à signaler et à déplorer. Au lieu d’apaiser et d’atténuer la tension, les responsables les voilà entrain d’alimenter la haine et de tirer profit de la différence pour attiser le feu.
    Devant cette situation d’aggravation et de pourrissement, nous renouvelons, une nouvelle fois et conformément aux articles n° 161 et 162 de la Constitution de la République, notre appel à l’engagement en urgence d’une commission d’enquête et à la vérification des conditions d’utilisation et de gestion des moyens matériels et des fonds publics alloués de façon partiale, insuffisante et inéquitable par les autorités pour illustrer tous les non dits et la manière selon laquelle se gère cette tourmente qui vient de troubler et d’endiguer la paix dans notre paisible ville.
    Il incombe à l’Etat d’asseoir primordialement et en toute urgence la sécurité de tous les citoyens sans aucune exception, ni ségrégationnisme. La sécurisation des chemins, des quartiers notamment chauds est de la responsabilité du wali. Il incombe en outre au wali de mobiliser tous les moyens y attenants, ce n’est qu’un devoir élémentaire et le droit citoyen le plus basique.
    La situation des sinistrés est aussi dramatique et déplorable. Elle ne cesse de s’alourdir depuis le 19 mars écoulé. Les pensées sont mélangées et douloureuses. Plus de 200 familles sinistrées sont jusqu’aujourd’hui livrées à elles-mêmes. Ces dernières, qui demeurent entassées dans des dizaines de logements appartenant à des proches, survivent sans ressources dans des conditions plus que précaires. Même les promesses données publiquement par les hautes instances du pays ne sont point respectées. A présent, la situation d’insécurité, de négligence et d’abandon agonit la grande partie de la société civile de délabrement total et fatal. Il est constaté avec amertume que les humbles maisons construites par le passé dans le respect des règles et des lois de la République, et au prix de toute une vie de labours, de privations et de sacrifices, sont parties en « fumée ». Y a-t-il lieu de rappeler ici qu’il s’agit d’une question de vie de centaines de vies humaines ?
    Des opérations de délogement des citoyens de leurs maisons par force, par menaces, continuent d’être vécues devant l’impotence connivente des autorités. Devant cette situation désastreuse et chaotique, nous exigeons encore une fois de l’Etat de garantir à l’ensemble des citoyens les droits constitutionnels, notamment les article n° 22, 23 et 24 qui stipulent que l’abus d’autorité est réprimé par la loi, l’impartialité de l’administration est garantie par la loi et L’Etat est responsable de la sécurité des personnes et des biens.

    Dans l’état actuel de l’évolution chaotique de ces émeutes, nous demandons la satisfaction urgente et totale de ce qui suit :

    1. La suspension de tous les responsables chargés de la sécurisation des citoyens et des biens de Berriane.
    2. La suspension immédiate de leurs fonctions du chef de la Daira de Berriane et du wali de Ghardaïa.
    3. La sécurisation de tous les citoyens et des biens à l’échelle de la Daira de Berriane.
    4. L’installation pour une durée illimitée d’unités d’intervention rapide à l’échelle de tous les quartiers chauds.
    5. L’association du P/APC de Berriane au conseil de sécurité installé.
    6. Le désarmement total de tous les possesseurs d’armes légales et/ou illégales.
    7. L’arrestation de toute personne non résidante à Berriane qui n’a pas été déclarée par ses hôtes.
    8. Le contrôle sévère de tous les mouvements des voyageurs arrivant à Berriane.

    Dans un processus d’éducation sociale et d’interactions constructives, interculturelles et civilisatrices, il incombe à l’Etat la satisfaction de :

    1. La généralisation obligatoire, systématique et aux différents cycles de l’enseignement de la langue amazighe dans toute la région du Mzab et ce, dans une approche interculturelle. Cela s’impose aussi pour une meilleure communication des deux communautés (amazighophone et arabophone) et une bonne reconnaissance mutuelle. C’est une condition sine qua non du respect réciproque et de la reconnaissance d’autrui.
    2. La création d’un département de langue et culture amazighes à l’université de Ghardaïa.
    3. La reconnaissance officielle et immédiate du rite ibadhite au même titre que les autres, son introduction dans le système éducatif, la dénonciation via les mass médias de la désinformation et la prohibition des fatawi générant la haine contre cette partie du peuple algérien. Cela est un devoir étatique et une réparation historique des forfaitures commises à l’encontre du rite ibadhite.

    Ceci étant donné, la Section du RCD-BERRIANE lance un appel à l’ensemble des citoyens pour plus de vigilance et de sérénité, pour plus de civisme et de sens constructif. Point de mensonges, point d’hypocrisie. La situation est grave. Un travail d’apaisement, de rapprochement et de proximité via la société civile et le mouvement associatif entrepris par l’APC est à encourager et à développer pour contenir la crise. Devant une telle situation, nous sommes convaincus qu’il est très possible de concilier même des intérêts contradictoires par des moyens pacifiques.

    RCD-BERRIANE, le 17 mai 2008

    Voir aussi :
    http://www.berriane-event.net

  2. Peut-être une explication :

    http://www.tahiabladi.com/index.php/1118/questions-sur-les-les-evenements-de-berriane/#more-1118

  3. Berriane : Reflet du malaise social algérien
    1. Berriane, miroir du malaise social algérien
    Les évènements tragiques de Berriane nous interpellent à plus d’un niveau. L’examen des faits permet de constater une grande similitude entre les évènements tragiques de 1990 et ceux de mai 2008. En effet, cela survient toujours suite à un vote qui dérange; impliquant les mêmes acteurs, soit l’association maléfique des pouvoirs occultes, des milieux mafieux et des groupes d’intérêt. Ceux-ci profitent du malaise social des jeunes et de leur désarroi, pour provoquer des affrontements violents, sous couvert artificiel de la dualité ethnique et confessionnelle; et pour achever le décor il servent le plat de violence dans un fond de djihad. Ils agissent dans le but essentiel d’installer la violence et la terreur et de provoquer la diversion pour s’épargner contrôle et réprimande et pour laisser libre cours aussi bien à de multiples trafics, ainsi qu’à des actions d’érosion, de détournement et de confiscation de ressources foncières et immobilières en prévision de futures spéculations; stratégie devenue de notre temps monnaie courante, dans un contexte de rente et d’exclusion. Tout cela se déroule étrangement sous le mutisme et le silence de l’État et du gouvernement.
    Les évènements de Berriane de 1990 se sont propagés à travers toute l’Algérie, trois ans plutard soit en 1992, avec une version identique généralisée cette fois-ci; et ceux de 2008 connaissent des répliques un peu partout, Chlef, Oran, profitant de n’importe quel prétexte (diversité ethnique, sport, logement…. etc..) Toutefois le fait nouveau est que la nouvelle génération de jeunes impliquée, souffre non seulement d’exclusion mais a grandi dans un contexte de violence durant plus de quinze ans. Les jeunes actuellement de 20 ans avaient 4 ans au début des évènements de 92. Ils ont donc vécu de 4 à 14 ans avec ces images. Prions Allah de nous épargner le mal de la fitna et de sa propagation.
    À l’examen de ces faits, nous serions emmenés à croire que Berriane constitue bien le miroir du fait social algérien.
    Il ne s’agit aucunement d’un fait propre ou exclusif à Berriane mais bel et bien le résultat du malaise social généralisé et de la tendance au pourrissement à tous les niveaux dont souffre la société algérienne.
    2. Conflit ethnique ou Malaise social ?
    Il est très légitime de se questionner sur les vrais raisons du conflit. S’agit –il de la dualité ethnique ou c’est plus profond que cela? La réponse à cette question nous renvoie à l’examen de l’histoire pour affirmer sans équivoque que les Berbères Mozabites ibadhites et leurs voisins les Arabes malékites qu’ils soient des Chaamba, des Mdabih ou les Beni merzoug ont toujours su vivre en harmonie et en partenaires. L’examen des archives historiques révèle que les Cités du Mzab ont toujours géré des alliances subtiles pour maintenir sécurité et paix. Très souvent les Mozabites ont fait appel aux Tribus des Said-Otba pour assurer défense et sécurité de leurs cités. Très souvent les Chaamba ont été les partenaires des Mozabites pour encadrer leurs caravanes commerciales à travers le Sahara. Les Beni Merzoug ont été d’un apport considérable à l’agriculture locale… Ces mêmes tribus sont bel et bien intégrées à l’intérieur des enceintes des ksars mozabites, oÙ règne solidarité et harmonie. Les cités de Melika (mozabite) et Metlili (arabe) ont bien procédé à l’échange de populations pour garantir paix et s’épargner querelles et conflits. Pour la question confessionnelle, il est hors de tout doute que l’Ibadhisme est une école de fikh sunnite, qui se distingue par son orientation politique de type démocratique (Al imamat); rien ne justifie un quelconque différend avec les autres écoles, madhahibes. Les clivages sont artificiellement mobilisés pour des considérations maléfiques, afin de créer les conditions de la fitna, de la violence et de l’instabilité. On reconnaît d’ailleurs parmi les Arabes, des populations d’origine ibadhites et inversement. Pour dire que la diversité n’a jamais fait de mal et on ne peut pas imaginer prospérité sociale et économique sans les conditions d’adhésion et de paix. Dans les écoles Ibadhites tous les citoyens aussi bien Mozabites qu’Arabes profitaient de la connaissance et des vertus d’un système éducatif exemplaire. Mais ce fut un temps, oÙ la sagesse associée à la crédibilité des institutions et à la rigueur des valeurs garantissait équité, justice et solidarité pour voir s’installer paix et prospérité. Malheureusement Depuis un temps on voit s’installer et se développer des phénomènes hors contrôle; on voit s’installer un climat de violence te de terreur impropre aux vertus et à la culture de la région. La diversité ethnique au sein de la même société ne peut générer de violence. Ce n’est pas la diversité qui génère cela mais ce sont les conditions du milieu et le contexte. Car la diversité peut être source de progrès humain, si celle-ci intervient dans des conditions d’adhésion et de vie en harmonie; comme elle peut générer conflits et troubles si celle-ci intervient dans des conditions d’exclusion. Donc le plus important sont les conditions du milieu. La diversité dans un contexte d’exclusion et de précarité devient un prétexte pour n’importe quelle manipulation; car l’exclusion offre le terrain fertile approprié pour la violence. Dans un petit quartier de Montréal (Côte des Neiges), se concentre quelques 190 origines ethniques et quelques 200 origines confessionnelles; et tout se déroule dans l’harmonie, la solidarité et l’engagement citoyen pour récolter progrès et prospérité. La morale de l’exemple, pour confirmer que le problème ne réside pas dans la diversité; mais bien dans les conditions du milieu et le système de gouvernance.
    Malheureusement il s’agit d’un malaise social généralisé, issu à l’origine de la précarité sociale, économique et culturelle. L’exclusion dont souffrent essentiellement les jeunes, les rend vulnérables et les expose comme proie facile, aux manœuvres maléfiques des souffleurs de braise et semeurs de fitna. Le malaise social, l’exclusion, la pauvreté et l’ignorance constituent en effet la plus grande menace.
    L’absence de projet de société, l’exclusion dont souffrent surtout les jeunes; la soumission des institutions aux pouvoirs de personnes; la faillite morale; la défaillance du système de gouvernance; l’émergence de plus en plus de pouvoirs occultes et de milieux mafieux, la mentalité de rente, le clientélisme politique; l’absence de débats de société et de perspectives; les dynamiques sociales incontrôlées; mobilité de populations et mutations spatiales dépourvues d’encadrement et d’accompagnement; les fossés qui se creusent davantage entre les catégories sociales; amplifiés sous l’effet de la compétition mondiale dans un contexte de globalisation; la pauvreté qui certainement sera accentuée sous l’effet de la crise alimentaire mondiale sont tous des facteurs qui contribuent à ce malaise social qui trouve son expression entre autres dans les phénomènes de violence, de suicide et de désorganisation sociale; à quoi vient s’ajouter le phénomène récent et menaçant des Harragas qui nous interpelle fortement. Il s’agit d’un concept qui trouve sa place légitime dans le dictionnaire sociologique algérien. C’est une véritable menace, qui malheureusement ne provoque aucun débat et n’est pas prise en charge, d’aucune action en profondeur. Il s’agit en quelque sorte d’un comportement suicidaire, selon lequel le jeune négocie 10% de chance de survie dans un pays riche, contre 90% de risque de péril. On ne peut qualifier cela d’autre que le suicide sélectif ou du suicide mitigé d’un brun d’espoir.
    Cependant que faire?
    3. En vue de redresser la situation
    Il est urgent de redresser la situation qui menace toute la société.
    À court terme, il faut :
    · Asseoir la sécurité; car la situation est très fragile et les séquelles sont encore toutes fraîches;
    · Intensifier les efforts d’apaisement et appuyer les actions crédibles qui associent tous les acteurs, aussi bien pouvoirs publics que société civile;
    · Réhabiliter le dialogue et faire valoir auprès de tous que ce qui ne peut être obtenu par le dialogue ne peut être obtenu par la violence;
    · Assurer des procès équitables et justes pour réhabiliter justice, calmer les esprits et apaiser la situation;
    · Procéder au soutien et venir en aide aux victimes de ce drame;
    · Éviter de tomber dans le piège de la dualité ethnique ou confessionnelle au risque de sombrer dans la manœuvre maléfique de la division et de la violence permanente;
    · Mobiliser toutes les valeurs, ressources et efforts afin de réhabiliter les vertus de la cohabitation et de la solidarité sociale et pour déjouer les manœuvres de manipulation, d’autant plus qu’il y a eu même des tentatives, pour embraser la région à l’aide de tracts appelant au nettoyage ethnique; quel drame que d’en arriver là !

    À moyen et à long terme, il faut :
    · Définir une stratégie de développement local, qui suppose la mobilisation des ressources, afin d’initier des projets en vue de créer de l’emploi et de rendre espoir à une jeunesse suicidaire. Réhabiliter la valeur du développement durable qui se soucie non seulement du présent mais, aussi et surtout du renouvellement des ressources afin de préserver la part des générations futures. Il va falloir développer une mentalité de développement à l’opposé de la culture de rente. Il faut considérer parmi les critères de choix des investissement, le critère du bénéfice social, mesurable en nombre d’emplois, en compétences à développer et en retombées sociales du projet; et ne pas se limiter aux bénéfices purement et exclusivement financiers. Le fardeau du développement retombe en priorité aux habitants de la région et il est du devoir de l’État d’offrir aides et soutien. Il va falloir profiter des opportunités d’affaire, dans le contexte de la mondialisation, à travers la mobilisation de ressources locales propres à chaque région; notamment dans les domaines du tourisme culturel et de l’écotourisme; de l’artisanat, de l’industrie patrimoniale, de la formation et des métiers, etc..
    · Dans une suite logique, lutter contre la pauvreté et l’exclusion aussi bien sociale qu’économique surtout chez les jeunes;
    · Réhabiliter le dialogue et ses réseaux;
    · Réhabiliter le rôle de la société civile, à condition de renouer avec son vrai rôle et de rompre avec le clientélisme politique, l’opportunisme et la recherche d’intérêts individuels;
    · Réhabiliter la participation de tous, par l’association de tous les acteurs sociaux, économiques et politiques, dans les décisions et les débats;
    · Réhabiliter les débats de société et maintenir ouverte la voie de la réflexion et concertation;
    · Réhabiliter les conditions de bonne gouvernance;
    · Faire de la démocratie, une culture fondée sur la conscience de participation citoyenne; et qui ne se limite pas au geste téléguidé de voter;
    · À l’opposé de la dualité (selon le schéma khaldounien de la Assabiya) qui domine nos mentalités; développer la culture de composition au pluriel, fondée sur l’acceptation de l’autre et sur l’acceptation des règles de compétition;
    · Valoriser à travers les programmes d’enseignement et de socialisation, les valeurs de solidarité et de cohabitation;
    · Mobiliser les mosquées pour renforcer les valeurs de rahma, d’entraide, de cohabitation et de vie en harmonie entre les citoyens;
    · Il faut répondre aux attentes de toutes les catégories sociales et surtout des jeunes victimes d’exclusion; Il faut investir dans cette jeunesse pleine d’énergie et de compétences. À quoi sert de construire des ponts et de autoroutes, si l’Humain est précaire et constitue le maillon faible et la menace de la société. Oui c’est vrai qu’un minimum d’infrastructure constitue le soubassement nécessaire au développement; mais l’Algérie n’est pas à ce niveau de besoin; donc orienter les ressources vers le développement social et économique serait le choix stratégique approprié;
    · Il faut offrir à cette jeunesse les conditions d’adhésion, aussi bien sur le plan social, économique que politique; Il faut intensifier la création d’emploi et assurer à tout chacun une sécurité de revenu
    · Inclure dans la constitution le droit des citoyens à l’emploi et à la sécurité alimentaire et concrétiser ces principes par les modalités appropriées de mise en œuvre.

    Le débat doit demeurer ouvert, car l’enjeu est de taille.

    Par Brahim Benyoucef, Ph.D
    Consultant international en urbanisme et en sciences sociales

  4. D’autres témoignages :

    http://oubekkou.spaces.live.com/blog/cns!1024386E1022D859!186.entry

  5. L’ethnocentrisme : une idéologie d’auto-destruction

    Après l’attaque méprisante, injustifiée et injustifiable que le cheikh Balhadj Cherifi a menée, par presse interposée, contre sa propre langue maternelle mozabite, celle qui lui a donné le jour et le lait,

    en déclarant :

    – que la langue arabe ne saurait être concurrencée par d’autres langues (sous-entendu le tamazight)
    – que l’islam ne peut être présenté qu’en langue arabe et certainement pas en mozabite !
    – que l’enseignement de la langue mozabite (et du tamazight en général) n’est d’aucune utilité et représente une perte de temps et d’énergie
    – que le tamazight ne peut être une langue de science et de technologie et qu’elle doit rester sagement au foyer

    dans une interview au journal arabophone « elchourouk elyaoumi »,

    http://www.echoroukonline.com/ara/din_wa_donia/26430.html
    http://www.echoroukonline.com/ara/din_wa_donia/26389.html,

    voici la réplique qu’un citoyen du Mzab a apporté à cet « honorable » personnage qui a, selon toute vraisemblance, quelque chose à reprocher à sa langue maternelle :

    <>

    On aurait aimé voir ces personnages, qui se font passer pour les leaders spirituels de leur société, défendre et promouvoir les valeurs et le patrimoine de cette société au lieu de s’acharner à les détruire et les éradiquer de la surface de la terre. L’Histoire se souviendra.

  6. salut! merci pour l article

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