Gdyel avril 2008

Retour sur les émeutes de Gdyel : histoire d’une malvie

24 Avril 2008

A l’instar du reste du pays, la wilaya d’Oran n’a pas été épargnée par la multitude de phénomènes qui frappent de plein fouet l’Algérie. Le mal est profond. Il s’est métastasé, hélas!

Les émeutes qu’a connues, dernièrement, la localité de Gdyel sont-elles un avertissement? La sonnette d’alarme est tirée. A l’origine, le malaise social, la dégradation des conditions de vie et l’absence de perspectives. Les observateurs de la scène sociale redoutent la contagion.

Deux décennies de disette et de jachère ont transformé des terres, pourtant fertiles en un immense désert aride. La décennie quatre-vingt s’est distinguée par les détournements et corruption. Tandis que la décennie quatre-vingt-dix a été marquée par la dégradation de la situation sécuritaire. Cette double période a été mise à profit par certains barons pour s’enrichir.

Quant aux cercles défavorisés, ils ont plongé dans les abysses. Entre-temps, la classe moyenne a presque disparu. La terre n’est plus nourricière et la Sonatrach n’embauche plus. Les jeunes de plusieurs communes situées à l’est d’Oran, souffrent, au quotidien, le martyre.

Les terres de Gdyel, tout comme celles de Hassi Bounif, Boufatis etc., étaient pourtant réputées pour leur vocation agricole. En dépit des efforts déployés, le fait est établi que la terre ne nourrit plus son homme. «Se comptent sur les doigts d’une seule main, ceux qui continuent, encore, à cultiver la terre», atteste-t-on à Gdyel.

S’accrocher à la terre est synonyme aujourd’hui d’aventure. Le béton a envahi la quasi-totalité des fermes d’Oran, connues, jadis, pour l’abondance de leurs fruits et légumes.

Conséquemment au démantèlement de plusieurs sociétés du secteur public, la situation a empiré. Des pères de famille se sont retrouvés au chômage et sans revenu. Les plus chanceux ont été embauchés comme agents de sécurité à la Sonatrach. La majorité, faute de diplômes, s’est retrouvée dans la rue.

Ce sont autant de facteurs venus se greffer à la longue liste des déboires des Oranais. El Bahia est devenue Balia (ville Fanée).

A l’instar du reste du pays, la wilaya d’Oran n’a pas été épargnée par la multitude de phénomènes frappant de plein fouet l’Algérie. Le mal est profond. Il s’est métastasé, hélas. Faute d’une correcte prise en charge, les jeunes sont livrés à la drogue, la consommation abusive de l’alcool et autres fléaux.

Ces phénomènes font des ravages parmi la couche juvénile. Des interventions spectaculaires ont été opérées par les forces de sécurité. Les saisies, les arrestations, le démantèlement de plusieurs réseaux de trafic de drogue renseignent sur la gravité de la situation sociale.

En outre, la délinquance a pris des proportions dangereuses. La prostitution, les agressions et les vols, en un mot la criminalité, s’est presque généralisée. Des maux révélateurs d’une société en plein désarroi. Oran tend à devenir l’épicentre de tous les fléaux. Devant les juges, les délinquants prétextent la misère sociale.

On se défend tant bien que mal. Tout détail susceptible de tenir la route est, sur place, mis en exergue par les avocats de la défense. L’on a assisté plusieurs fois à des plaidoiries où des avocats de la défense justifiaient les actes de leurs mandants par le chômage et le désarroi. La drogue n’ayant pas réglé leurs problèmes, les jeunes sont passés à l’acte suivant comme celui de tenter des projets aux résultats incertains, la harga.

Des jeunes, des moins jeunes, des femmes, mariés et célibataires, diplômés ou sans diplôme tentent l’aventure pour d’autres cieux. Plusieurs dizaines ont réussi la traversée alors que d’autres ont été interceptés tandis que quelque 80 harragas ont péri en haute mer. Les plages d’Arzew, Gdyel, Mers El Hadjadj se sont transformées en lieux de débarquement.

Il a fallu attendre près de deux années, c’est-à-dire le temps que la situation pourrisse, pour que les responsables locaux et centraux daignent bouger en faveur des jeunes. Ces multiples phénomènes se sont greffés à la crise déjà très aiguë. Et pour conséquence, la confirmation du malaise et du ras-le-bol d’un marasme constant, ne s’est pas fait attendre.

Le recours à la violence dans la rue, paraît plus qu’évident comme ultime recours, aux yeux des jeunes, blasés, pendant qu’on continue à colmater les brèches à coups de replâtrage.

Aït Ouakli OUAHIB

Algérie entre émeutes et harga : les jeunes de Gdyel racontent la misère et l’arbitraire

21 Avril, 2008

Leur colère, on s’en souvient, avait embrasé la petite ville de Gdyel − 37 000 âmes dont 50% sont au chômage −, à une quinzaine de kilomètres d’Oran. Le Bilan des émeutes de ce mardi 15 avril fut aussi lourd que le désespoir qui pèse sur leurs jeunes existences : le tribunal, le centre payeur de la CNAS et le bureau de poste de la ville incendiés, des blessés dans le camps des manifestants et chez les policiers, plus une cinquantaine d’arrestations parmi les jeunes, dont 49 seront jugés demain. En attendant le verdict de la justice, les jeunes ont répondu en masse à l’initiative, inédite en Algérie, du maire de la ville désireux de « rétablir » la communication avec eux, et qui les invitait à venir parler de leurs problèmes.
La réunion, rapporte le journaliste du Quotidien d’Oran, démarre très mal. Excédés par l’orientation du débat une poignée de jeunes décident de quitter la salle. «On n’est pas venus ici pour demander des logements. La priorité, pour nous aujourd’hui, c’est que nos frères et nos enfants qui ont été arrêtés abusivement, et qui croupissent en prison depuis mardi dernier, soient libérés», jette l’un d’eux, sur un ton irrité. La tension retombe et la salle se remplit de nouveau. Une femme, dont le mari est incarcéré, prend la parole sur l’insistance de l’assistance : « l’opinion publique doit savoir que cette situation est le résultat de la hogra dont les jeunes sont victimes ici à Gdyel, comme nulle part ailleurs». Le mot «hogra» est noyé sous un tonnerre d’applaudissements. «Est-ce que vous trouvez normal que des policiers viennent au marché de poisson pour brutaliser des jeunes, dont le seul crime est d’avoir pris leur destin entre les mains pour tenter de gagner leur vie honnêtement ? Est-ce que vous trouvez normal que des policiers aspergent le poisson avec du détergent, et quand le jeune vendeur essaie de défendre son gagne-pain, de se faire insulter, voire tabasser », s’interroge un autre intervenant. Pour lui « il n’y a pas plus grande provocation. On peut toujours parler de manipulation, mais la réalité c’est que la jeunesse en a plus que marre. Non seulement on assiste, depuis maintenant plusieurs années, à toutes sortes d’injustices, distribution de logements et de locaux commerciaux au profit de gens qui ne sont même pas de Gdyel, recrutement dans les services publics sur la base des connaissances et du régionalisme, mais en plus, on doit supporter l’acharnement de la police qui nous pousse vers nos derniers retranchements. » Et voilà un troisième qui ajoute: « moi j’ai fait trois tentatives d’émigration clandestine. Mais Dieu a voulu qu’à chaque fois j’échoue. Je ne m’en plains pas, car c’est ma destinée et je remercie Dieu, car d’autres que moi n’ont pas eu la chance de revenir dans leur pays, indemnes de ces aventures. Cela fait 10 ans que je traîne d’un coin à l’autre. J’ai tout vendu, des cigarettes au poisson pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. J’ai fait des demandes pour avoir un local parmi les 19 de «Souk El-Fellah» mais je n’ai rien eu. D’autres, en revanche, n’ont eu aucun mal pour avoir un de ces locaux en dépit du fait qu’ils ne sont nullement dans le besoin, comme en témoignent les voitures luxueuses qu’ils possèdent, et sont originaires d’autres communes de la wilaya, et malgré tout cela, je n’ai jamais enfreint la loi. Mais cela n’a pas empêché les policiers de faire une descente chez moi, mardi dernier à minuit, pour m’embarquer. J’ai eu beau leur expliquer que je n’ai rien fait, et que même physiquement, j’étais dans l’incapacité de participer aux troubles car j’ai la cheville fracturée depuis deux mois, ils n’ont rien voulu entendre. Mais le juge d’instruction m’a accordé le bénéfice de la citation directe car il s’est rendu compte, qu’effectivement, j’étais handicapé par ma fracture à la cheville », raconte-t-il. Les témoignages sur l’arbitraire et la brutalité policières fusent : « moi, mon cousin, et tout le monde le sait ici à Gdyel, sauf les policiers peut-être, est depuis six mois en Espagne. Mais cela n’a pas empêché les services de sécurité de venir le chercher à la maison « rapporte l’un, « moi je vais vous raconter quelque chose de vraiment inouïe. Il y a un jeune qui s’appelle Mansour, connu dans la commune sous le sobriquet de «Kempes», et qui a été vivement recherché par la police pour sa présumée participation aux heurts. Or, la veille des émeutes, c’est-à-dire lundi, il avait fait une tentative de suicide en se jetant d’un précipice après avoir ingurgité une grande quantité de psychotropes. On le recherchait chez lui alors qu’il est depuis lundi à l’hôpital entre la vie et la mort… Tout ceci prouve que la police agit d’une manière aléatoire et ses arrestations ne répondent à aucun fait objectif », ajoute un autre.

Le maire a promis de transmettre fidèlement leurs préoccupations… à qui de droit.

G. H. ( avec H.Barti du Quotidien d’Oran)

Nouvelles émeutes jeudi à Gdyel

18 avril 2008

H. Barti

Les émeutes, déclenchées mardi dernier dans la commune de Gdyel, à l’est de la wilaya d’Oran, ont repris ce jeudi au moment où 49 émeutiers présumés, arrêtés par les services de sécurité entre mardi et mercredi, étaient présentés devant le procureur de la République.

Sur les 49 personnes présentées, 44, dont 9 mineurs, ont été placées sous mandat de dépôt alors que 5 autres ont bénéficié de citations directes, à l’issue des auditions par le procureur de la République. Les auditions se sont déroulées à l’intérieur de l’enceinte du centre de détention pour mineurs, étant donné que le siège du tribunal était toujours non fonctionnel après l’important incendie qu’il a subi mardi.

Les nouvelles violences de jeudi ont ciblé un parc de stockage de matériels sous tutelle de l’APC auquel les émeutiers ont mis le feu, plus une école primaire, dont la porte à été défoncée, mais qui a été finalement épargnée.

Des échauffourées entre « casseurs » et forces de l’ordre s’en sont suivies jusqu’à une heure tardive de la nuit, à l’issue desquelles 18 autres personnes ont été arrêtées, affirment, par ailleurs, des sources concordantes qui font état, en outre, de deux éléments blessés parmi les forces de l’ordre.

Hier, un calme précaire régnait au niveau de la localité, faisant craindre le pire à la population locale, surtout que l’ouverture du procès des 49 mis en cause est prévue normalement pour aujourd’hui.

La tension était, hier, toujours à son comble, favorisée par un climat de suspicion, animée par des accusations à peines voilées sur de prétendues manœuvres de manipulations dont l’objectif serait de déstabiliser la nouvelle équipe communale. Y a-t-il des personnes derrière ces « évènements » comme l’ont déclaré mercredi dernier, au lendemain des premières émeutes, le maire et le chef de daïra, ou s’agit-il tout simplement d’une expression spontanée d’un malaise social qui a fini par sortir au grand jour ?

« C’est une anarchie organisée ». C’est en ces termes que s’est exprimé, hier, un des notables de la ville pour résumer la situation qui prévaut actuellement au niveau de la commune. Pour lui, il est difficile de comprendre ce mouvement des jeunes tant les facteurs de déclenchement peuvent être divers.

Même sentiment chez le maire et ses proches collaborateurs qui préfèrent, pour le moment, laisser passer la tempête pour avoir « une meilleure visibilité », avant de prévoir une quelconque action de réconciliation et de dialogue auprès des jeunes de la ville.

Interrogé, hier, sur une éventuelle action d’apaisement de sa part en direction des jeunes, en sa qualité d’élu du peuple, le maire nous dira que « le moment venu, le dialogue sera ouvert avec les jeunes de la commune, mais pas dans l’immédiat, car, pour le moment, les choses ne sont pas assez claires pour permettre ce type d’initiative. »

Pour rappel, de violentes émeutes ont éclaté mardi dernier dans la ville de Gdyel où plusieurs édifices publics ont été incendiés, à l’exemple du tribunal, du centre payeur CNAS et du bureau de poste. Des dizaines d’arrestations avaient été opérées parmi les jeunes. Les édifices, ciblés par les émeutiers, se situent sur la même artère reliant le lieu dit « Ras El-Aïn » au centre-ville.

A l’occasion d’une rencontre tenue mercredi après midi au siège de la daïra de Gdyel, en présence des représentants de l’administration, des élus et des notables de la ville, les différents intervenants ont été unanimes à condamner les actes de destruction et de vandalisme ayant ciblé leur ville la veille. La thèse de la manipulation, quelle que soit sa nature, semblait pour eux tout à fait invraisemblable.

Selon un des intervenants, « c’est la police, à travers le harcèlement qu’elle fait subir aux vendeurs à l’étalage de fruits et légumes du marché local, principalement des jeunes, qui est à l’origine de cette réaction violente de la part des jeunes ».

Cette analyse rejoint la version qui nous a été rapportée par plusieurs jeunes de la commune qu’on a rencontrés au lendemain de ces dramatiques évènements, et selon laquelle les émeutes de ce mardi sont survenues deux jours seulement après une descente de la police au niveau du marché des fruits et légumes.

© Le Quotidien d’Oran

Émeutes de Gdyel (Oran) : 67 manifestants arrêtés

Liberté-Algérie

19 avril 2008

Depuis mardi dernier, les services de sécurité de la localité de Gdyel auraient procédé à l’arrestation de 67 jeunes émeutiers, dont 49 ont été présentés, avant-hier, devant le parquet de Gdyel qui a élu domicile dans l’enceinte de la prison pour mineurs, apprend-on de sources concordantes.

Le tribunal de Gdyel, qui a été endommagé lors des émeutes, ne permettait pas le déroulement normal du procès des jeunes prévenus. Auparavant, les émeutiers appréhendés ont été transférés au siège de la Maison de la culture qui s’est avéré exigu.
18 autres jeunes émeutiers, arrêtés jeudi par les services de sécurité, seront vraisemblablement présentés, aujourd’hui, devant le procureur de la République, qui devra statuer sur leur cas. Les chefs d’inculpation de trouble à l’ordre public et destruction de biens publics ont été retenus à l’encontre des 67 prévenus.

K. Reguieg-Yssaad

Emeutes à Gdyel (Oran) : une cinquantaine de jeunes arrêtés

Certes, la colère des jeunes de la commune de Gdyel a éclaté en fin d’après-midi de ce mardi 15 avril, mais elle est contenue depuis des années. «Que faire lorsque les hauts responsables de l’Etat, et à leur tête le président de la République, vous qualifient de jeunes irresponsables qui préfèrent quitter leur beau et riche pays pour aller se jeter dans la mer ? Soi-disant, des locaux sont expressément construits pour nous les chômeurs, ce que l’opinion doit savoir, car ceux là haut ne nous écoutent pas, c’est qu’en fin de compte, nous n’y avons pas tous droit. Tout ceci est de la hogra ! Que faire ? Alors oui, nous mettons en cendres les édifices d’un Etat qui ne nous écoute pas.» Tel est le discours des jeunes habitants de la commune de Gdyel au lendemain des émeutes.

Amel B. Gdyel (Le Soir) – Distante d’Oran d’environ une quinzaine de kilomètres, la commune de Gdyel abrite 37 000 âmes dont, nous dira l’un des élus, 50% sont au chômage. Les dégâts sont toujours visibles au lendemain des échauffourées qui ont éclaté aux environs de 18 h et qui se sont prolongés jusque tard dans la soirée. Ils sont considérables et leur estimation n’a pas encore été faite. Les émeutiers, dont le nombre serait, selon certains témoins, plus d’une centaine, se sont acharnés principalement sur les édifices de l’Etat ; le siège du tribunal est sérieusement endommagé ainsi que les deux bureaux de poste, la Cnas, les quelques locaux commerciaux attribués dans le cadre de l’emploi de jeunes et d’autres locaux biens communal. Sur les lieux, policiers et gendarmes quadrillent tous les quartiers et la commune n’a jamais été aussi fortement sécurisée. Les camions anti-émeutes en faction devant les édifices de l’Etat : daïra, banque, poste… Des jeunes rencontrés loin des services de sécurité ont accepté de nous parler de ce qui s’est passé la veille. «Depuis hier soir et jusqu’à ce matin, les services de sécurité se rendent chez les habitants pour arrêter des jeunes. Pourquoi tant de répression ? Oui nous avons saccagé, oui nous avons brûlé, oui nous avons insulté mais pas parce que nous sommes des jeunes qui avons tout et pour se distraire, on fait du chahut. Ras-le -bol. Ses (en parlant du président Bouteflika) locaux, nous n’avons pas bénéficiés car nous ne sommes ni riches, ni épaulés. Ils ont été remis à des gens qui ont graissé la patte aux responsables qui ont été élus par je ne sais qui puisque ni ni mes copains ni n’avons voté.» Un autre jeune très irrité nous interpelle : «J’ai une licence, étant au chômage, j’ai loué un petit local pour ouvrir un taxiphone. Vous savez combien je gagne ? 6000 DA ! J’aurai pu gagner décemment ma vie mais j’ai été victime d’une hogra. J’ai passé un concours pour travailler à Sonelgaz à Aïn M’lila, et j’ai été reçu avec sept autres. La veille de mon départ, on m’annonce que mon nom ne figure plus sur la liste des admis, je fus remplacé par le fils de je ne sais qui. C’est injuste.» Voulant connaître le nombre exacte des jeunes arrêtés suite à ces émeutes, nul autorité n’a accepté de nous fournir des détails, toutefois, selon certaines sources, il serait d’une cinquantaine. Un chiffre qui risque d’augmenter puisque d’autres arrestations auraient été effectuées dès le lendemain. Pour sa part, le président de l’APC de Gdyel n’a pas hésité à nous parler en ces termes : «Le maire n’a pas de prérogatives. Même si je devais recevoir les citoyens toute la semaine et écouter leurs doléances, je ne peux rien décider. Je n’ai aucun moyen d’agir.» Concernant la contestation des jeunes concernant la distribution des locaux commerciaux qui leur étaient initialement destinés et qui seraient allés à d’autres personnes n’ayant pas droit, il dira «Le 19 mars dernier, nous avons distribué 40 sur les 100 prévus et tous étaient destinés aux jeunes de Gdyel.» Le P/APC ne nous a toutefois pas précisé si ces jeunes répondent aux conditions d’attribution, c’est-à-dire de jeunes chômeurs de la région. Au sujet des autres locaux, biens de la commune et qui furent également saccagés, il dira : «Ils sont au nombre de 19 et leur attribution ne dépend pas uniquement de moi et en plus, c’est un bien de la commune et c’est à elle de décider à qui les attribuer.» Voulant en savoir plus sur la procédure de distribution des locaux commerciaux que tous désignent par l’appellation suivante «les locaux du président Bouteflika», le P/APC nous fait dira : «Certes, nous en avons distribué 40 mais nous à l’APC, nous n’avons fait qu’appliquer ce que contenait la liste établie par l’Ansej.» Autre facteur ayant contribué à cette colère des jeunes, l’attribution de locaux commerciaux (21) de l’ex-Souk El fellah de la commune à des montants allant au-delà de leur possibilité. Sur ce sujet précis, un jeune nous interpelle : «Il nous a été exigé 12 000 DA par mois pour la location de ces locaux, ne pouvant plus assurer une telle charge, les locaux ont été désertés et donc délaissés mais ils profiteront probablement au plus offrant que nous jeunes démunis. Ce sont de véritables hagara, nous au moins nous sommes des haraga dignes.» Lors d’une réunion tenue dans l’après- midi de mercredi par les responsables locaux en présence des imams et des sages de la région afin de débattre des raisons ayant mené aux émeutes, outre celle avancée par l’un des présents quant aux intimidations par les services de sécurité au début de la manifestation dont auraient été victimes les jeunes, la discussion s’est orientée vers le quartier dit El Oued où l’on désigne «des voyous squattant ce quartier et s’adonnant à la beuverie et aux agressions». D’autres parmi les participants à cette réunion estiment qu’il s’agit là de pures manipulations de la part de «certains personnes qui n’ont pas pu être réélues». Cependant, les jeunes que nous avons discuté ne parlent qu’en leur nom et loin de tout autre intérêt. «Nous voulons que cesse notre marginalisation, qu’on nous donne ce qui nous revient de droit et qu’on cesse de nous faire la morale concernant la harga et qu’on nous offre la chance de prouver nos capacités. Ils ont détourné des locaux et nous ont privé de postes de travail et ils ne feront pas taire notre colère par ces arrestations. Nous sommes en colère et désespérés. Qui nous écoutera et nous aidera ? Ce ne sera sûrement pas la répression qui réglera le problème.»
A. B.

Algérie-Emeutes : Le pouvoir fait la sourde oreille

17 Avril 2008

« Alors oui, nous mettons en cendres les édifices d’un Etat qui ne nous écoute pas. Notre colère est contenue depuis des années. Que faire lorsque les hauts responsables de l’Etat, et à leur tête le président de la République, vous qualifient de jeunes irresponsables qui préfèrent quitter leur beau et riche pays pour aller se jeter dans la mer ? Soi-disant, des locaux sont expressément construits pour nous les chômeurs, ce que l’opinion doit savoir, car ceux là haut ne nous écoutent pas, c’est qu’en fin de compte, nous n’y avons pas tous droit. Tout ceci est de la hogra ! Que faire ? Alors oui, nous mettons en cendres les édifices d’un Etat qui ne nous écoute pas.» Tel est le discours des jeunes habitants de la commune de Gdyel au lendemain des émeutes.

L’émeute et autres manifestations de rue sont (re)devenues le défouloir et l’exutoire duquel sont évacuées les frustrations sociales des pans entiers de la population. Y a-t-il une oreille officielle pour écouter ces complaintes des petites gens ? Les pouvoirs publics peuvent-ils répondre autrement à ces cris de détresse qui fusent d’en bas que par la matraque ou le silence laxiste ? « Veulent-ils nous pousser à la délinquance ? », s’écriait, à juste titre, mardi un jeune hors de lui devant des journalistes à Tizi Ouzou. Cette formule sonne comme une condamnation sans appel d’un pouvoir autiste pris en flagrant délit d’irresponsabilité. Le constat vaut également pour les événements dangereux aux relents tribaux que vient de connaître la localité de Berriane à Ghardaïa. Il s’en est fallu d’un cheveu pour que l’affrontement entre les jeunes de la municipalité ne prenne l’allure d’un duel fratricide dans une région connue pour sa sensibilité sociologique. Coupables de n’avoir pas suffisamment pris au sérieux les étincelles, les autorités sont intervenues brusquement pour éteindre le feu. A Gdyel, l’intervention était déjà trop tardive. Les édifices publics ont été saccagés par une jeunesse désœuvrée ruminant une crise existentielle à quelques kilomètres de la deuxième métropole du pays, Oran.

Les jeunes de Gdyel le crient pourtant : «Nous voulons que cesse notre marginalisation, qu’on nous donne ce qui nous revient de droit et qu’on cesse de nous faire la morale concernant la harga et qu’on nous offre la chance de prouver nos capacités. Ils ont détourné des locaux et nous ont privé de postes de travail et ils ne feront pas taire notre colère par ces arrestations. Nous sommes en colère et désespérés. Qui nous écoutera et nous aidera ? Ce ne sera sûrement pas la répression qui réglera le problème.»

Rabah

Algérie : Jusqu’où ira la colère de la rue ?

le 17 Avril 2008

Qui peut le nier ? Que le vent de l’émeute souffle à nouveau sur les quatre coins de l’Algérie est symptomatique d’un profond malaise social. L’émeute et autres manifestations de rue sont le signe d’un grand désespoir. Et un désespoir est aussi grand que la colère. Immense. Immense et imprévisible. A la mesure du mépris du pouvoir. Ainsi, note un confrère, on croyait pourtant avoir tout vu avec ces jeunes harraga qui se jettent dans l’écume des vagues incertaines dans l’espoir d’échouer quelque part au Nord dans une incroyable mésaventure humaine. Mais le « génie » de nos dirigeants qui ont complaisamment tourné le dos aux souffrances du peuple nous a offert cette image insoutenable d’un jeune Algérien en détresse s’automutilant devant le portail d’une administration. C’était mardi à Tizi Ouzou. Et c’est une première dans la liste noire de la « non-assistance à jeunesse en danger », qu’un Algérien en vienne à se larder le corps à coups de couteau pour attirer l’attention. Un geste de désespoir qui constitue à lui seul un baromètre de l’Etat de la jeunesse dans un pays qui exhibe avec arrogance ses milliards de dollars apparemment inutiles.

Ce n’est certainement pas verser dans l’alarmisme que de noter un désarroi social ambiant en Algérie. Le retour de la protestation sous une forme parfois violente dénote une galère citoyenne que les caméras de la télévision refusent de fixer. Depuis des mois que les fonctionnaires protestent, personne n’a osé les recevoir ne serait-ce que par respect à leur fonction sociale. Les syndicalistes autonomes qui donnent une belle leçon de solidarité et de démocratie sont « accueillis » par la matraque et le gourdin. C’est le tarif syndical pour qui ose défier l’ordre établi. Qu’il soit jeune chômeur, enseignant, médecin ou universitaire, d’Oran, de Timimoun, de Tizi, de Beni Abbès ou d’Alger, le protestataire n’a droit qu’à un traitement : la pression ou la répression. L’Etat qui a vocation à écouter ses citoyens semble avoir perdu sa mission élémentaire. C’est pour cela que la rue gronde en ce printemps… noir.

L.M.

Retour sur les émeutes de mardi 51 interpellations à Gdyel

Un calme très précaire semblait s’être instauré hier à Gdyel, mais les dégâts très visibles de la veille confirmaient que le malaise était bien réel, un malaise auquel s’ajoute le spectre des harraga dont cette localité n’est pas épargnée…

17 Avril 2008, La voix de l’Oranie

L’odeur de pneus brûlés et des édifices incendiés couvrait encore, hier matin, la localité de Gdyel, distante d’une vingtaine de kilomètres d’Oran. Et l’onde de choc vécue la veille n’est pas près de disparaître de sitôt tant la violence des actes de vandalisme nés suite à l’inattendue émeute qui a mis en émoi même les localités limitrophes.

Une soixantaine d’arrestations et des édifices publics complètement ravagés par le feu: tel est le désolant constat d’un premier bilan donné au lendemain du mouvement de protestation qui a démarré mardi aux environs de 18 heures à Gdyel dont le bureau de poste, incendié par une foule de jeunes incontrôlés qui se sont pris au distributeur automatique de billets, a été complètement détruit.

Au même moment, un autre groupe de jeunes s’en prenait au tribunal, à son tour totalement incendié. Le siège de la CNAS de Gdyel, haut de quatre étages, devait subir le même sort. Des quatre étages se dégageait une fumée noirâtre qui en disait long sur l’acharnement des révoltés. Tous les documents officiels qui se trouvaient dans ces édifices ont été pillés et détruits. Les dégâts auraient pu être encore plus importants n’était l’arrivée en renfort des forces anti-émeutes, mais aussi l’intervention de certains citoyens.

En effet, au moment où un groupe de jeunes se dirigeait vers le siège de la mairie pour y mettre le feu, un autre groupe s’y est opposé. Cela a déclenché une altercation causant une importante blessure au bras à une des personnes qui s’est opposée aux émeutiers. Toujours est-il, et selon des sources concordantes, les services de sécurité ont procédé à l’interpellation de 51 personnes (15 mardi soir et 36 hier) identifiées parmi les émeutiers, au moment où un dispositif sécuritaire draconien a été observé hier en début de journée.

Des responsables, rencontrés sur les lieux, diront que rien ne prédisait ni n’expliquait un tel gâchis et que tout semblait calme jusqu’au déclenchement subit de l’émeute.

Un autre responsable affirmera que «cela semble avoir été préparé, vu la rapidité avec laquelle les événements se sont produits». De leur côté, des citoyens, notamment des jeunes, disent tout à fait le contraire.

«Tout cela était prévisible, dira un jeune, mais de là à dire que c’était préparé, c’est qu’on ignore de quoi pourraient être capables des jeunes dont les doléances ne sont pas prises en considération.» Des explications avancées ça et là relient l’émeute à la fermeture du marché hebdomadaire, aux saisies répétées par le service d’ordre des marchandises, principalement des légumes proposées à la vente par des jeunes revendeurs.

«On interdit aux jeunes d’exercer le commerce illicite et on procède à la saisie de leur marchandise, en revanche l’on est incapable de leur offrir une alternative», dira un jeune. D’autres citoyens feront le lien avec la distribution des locaux commerciaux, une quinzaine sur les 45 existants, ce qui a accentué la colère des habitants.

A ce propos, les jeunes lancent justement un appel d’urgence aux pouvoirs locaux pour accélérer la réalisation des 100 locaux et leur attribution aux jeunes dans les plus brefs délais. Enfin, pour d’autres, le taux de chômage élevé est l’unique cause qui a poussé à l’émeute. En somme, pour la majorité des habitants de la commune, ce sont les pressions sociales subies par les jeunes de la commune qui ont alimenté l’explosion de la situation et le chômage en est le principal vecteur.

A noter que les services de la wilaya d’Oran ont procédé, hier, à la mise en place d’une cellule de crise, à laquelle sera confiée la mission de suivre de près l’évolution de la situation dans la commune de Gdyel et préconiser les mesures susceptibles de contenir la colère populaire.

Selon des sources informées, les membres de cette cellule devraient prendre contact avec les habitants de la commune, notamment les jeunes, afin de prendre connaissance de leurs doléances et préoccupations majeures. A noter que les questionnaires qui seront utilisés dans le recensement lancé hier, comprendront pour la première fois des questions sur des sujets d’ordre social dont «les harraga» et les mères célibataires.

Zitouni M.

Algérie : des émeutes éclatent près d’Oran

17 avril 2008

Des édifices publics saccagés et des arrestations à Gdyel

Des émeutes ont éclaté, hier vers 17 heures, dans la ville de Gdyel, distante d’une vingtaine de kilomètres à l’est d’Oran. Sans crier gare, des centaines de jeunes, la plupart âgés de 16 à 25 ans, sont descendus dans la rue et se sont attaqués à plusieurs édifices publics

Les émeutiers ont ouvert les hostilités par des jets de pierres, puis ont commencé à saccager et à mettre le feu à plusieurs institutions, notamment le tribunal de Gdyel, l’agence CNAS et le bureau d’Algérie Poste. Le siège du tribunal a subi de gros dégâts ainsi que le siège de la CNAS, tous deux incendiés. Quant au bureau de poste, les dégâts y sont encore plus importants, puisque les émeutiers se sont introduits à l’intérieur, ont saccagé les locaux, jeté le matériel à l’extérieur et y ont mis le feu.

D’autre part, les manifestants se sont dirigés vers des locaux commerciaux construits dans le cadre des 100 locaux par commune et récemment attribués, qu’ils ont également saccagés. Pour sa part, la prison de Gdyel n’a pas échappé à la colère des émeutiers, qui ont pris pour cible la façade. En outre, un véhicule, une Renault 4, en stationnement devant le portail de la prison, a été incendié par les manifestants.

Après plus d’un heure de violence, les brigades anti-émeutes de la police, dépêchées en force sur les lieux, ont réussi à disperser les émeutiers fort nombreux et réduire l’étendue des troubles. Des brigades de la Protection civile ont été également dépêchées sur les lieux. D’ailleurs, ils ont eu à s’occuper de plusieurs blessés chez les policiers et les émeutiers. L’intervention des forces de l’ordre a conduit à l’arrestation de plusieurs émeutiers. On ignore, pour l’instant, le nombre des personnes arrêtées.

Le chômage mis en cause

Quant aux raisons qui ont été à l’origine de ces émeutes, plusieurs versions sont avancées. Certains émeutiers protestaient contre l’attribution récente de locaux commerciaux. Selon eux, « ces locaux ont été attribués sans équité et sans transparence aucune. Des jeunes se trouvant dans le chômage depuis longtemps, et réunissant tous les critères, n’ont pas bénéficié de ces locaux ».

D’autres émeutiers, parlant également de chômage, montrent du doigt une entreprise nationale basée à Gdyel, mais qui ne recruterait pas parmi les habitants de la localité en question. D’autres encore réclament l’installation d’une agence de recrutement dans la ville, une antenne de l’ANEM, à l’instar de la daïra voisine d’Arzew.

Vers 20 heures, des renforts ont commencé à affluer vers la ville de Gdyel, cette fois-ci des brigades anti-émeutes de la Gendarmerie nationale, qui se sont déplacés en force sur les lieux des émeutes. En début de soirée, la situation était toujours tendue à Gdyel et les forces de l’ordre sur le qui-vive.

H. Saaïdia pour Le Quotidien d’Oran

Algérie-Emeutes : Après Tiaret et Berriane, voilà Gdyel

17 Avril, 2008

Les émeutes populaires se multiplient en Algérie pendant que le pouvoir fait le sourd. Après Berriane, dans le pays du Mzab, après Tiaret, c’est au tour de la commune de Gdyel où la colère des jeunes a éclaté en fin d’après-midi de ce mardi 15 avril.
Distante d’Oran d’environ une quinzaine de kilomètres, la commune de Gdyel abrite 37 000 âmes dont, nous dira l’un des élus, 50% sont au chômage. Les dégâts sont toujours visibles au lendemain des échauffourées qui ont éclaté aux environs de 18 h et qui se sont prolongés jusque tard dans la soirée. Ils sont considérables et leur estimation n’a pas encore été faite. Les émeutiers, dont le nombre serait, selon certains témoins, plus d’une centaine, se sont acharnés principalement sur les édifices de l’Etat ; le siège du tribunal est sérieusement endommagé ainsi que les deux bureaux de poste, la Cnas, les quelques locaux commerciaux attribués dans le cadre de l’emploi de jeunes et d’autres locaux biens communal. Sur les lieux, policiers et gendarmes quadrillent tous les quartiers et la commune n’a jamais été aussi fortement sécurisée. Les camions anti-émeutes en faction devant les édifices de l’Etat : daïra, banque, poste… Des jeunes rencontrés loin des services de sécurité ont accepté de nous parler de ce qui s’est passé la veille. «Depuis hier soir et jusqu’à ce matin, les services de sécurité se rendent chez les habitants pour arrêter des jeunes. Pourquoi tant de répression ? Oui nous avons saccagé, oui nous avons brûlé, oui nous avons insulté mais pas parce que nous sommes des jeunes qui avons Ras-le -bol. Ses (en parlant du président Bouteflika) locaux, nous n’avons pas bénéficiés car nous ne sommes ni riches, ni épaulés. Ils ont été remis à des gens qui ont graissé la patte aux responsables qui ont été élus par je ne sais qui puisque ni ni mes copains ni n’avons voté.» Un autre jeune très irrité nous interpelle : «J’ai une licence, étant au chômage, j’ai loué un petit local pour ouvrir un taxiphone. Vous savez combien je gagne ? 6000 DA ! J’aurai pu gagner décemment ma vie mais j’ai été victime d’une hogra. J’ai passé un concours pour travailler à Sonelgaz à Aïn M’lila, et j’ai été reçu avec sept autres. La veille de mon départ, on m’annonce que mon nom ne figure plus sur la liste des admis, je fus remplacé par le fils de je ne sais qui. C’est injuste.» Voulant connaître le nombre exacte des jeunes arrêtés suite à ces émeutes, nul autorité n’a accepté de nous fournir des détails, toutefois, selon certaines sources, il serait d’une cinquantaine. Un chiffre qui risque d’augmenter puisque d’autres arrestations auraient été effectuées dès le lendemain.

Rabah L. (Avec Le Soir)

Emeutes de Gdyel : des accusations et des interrogations

par H. Barti

Personne n’était en mesure, hier, ni parmi les responsables locaux, ni parmi les représentants de la société civile, d’avancer avec certitude une explication unanime aux événements ayant ébranlé la veille la commune de Gdyel à l’est de la wilaya d’Oran, où plusieurs édifices publics ont été incendiés, à l’instar du tribunal, de l’agence CNAS et du bureau de poste de la ville. Les stigmates de la violence des émeutes de la veille étaient encore visibles, hier, dans cette petite localité où vivent quelque 35.000 âmes. Un impressionnant dispositif de sécurité a été mis en place dès les premières heures de la matinée autour des édifices publics.

Le tribunal, un des édifices qui semble avoir le plus souffert de ces incidents, a été presque complètement détruit par les flammes. Une délégation de la cour d’Oran, menée par le procureur général, était sur les lieux hier pour constater de visu l’ampleur des dégâts. A combien évalue-t-on les dégâts ? Et est-ce que les dossiers des justiciables ont été dévorés par les flammes ? Pas du tout, répond le PG sans donner d’estimation chiffrée des dégâts matériels. Quant aux affaires courantes du tribunal, elles ont été transférées provisoirement au niveau de la maison de la culture, située juste en face de la sûreté de daïra. Des agents de la commune, aidés par des détenus, travaillaient d’arrache-pied pour dégager les débris de l’édifice du tribunal. Les édifices ciblés par les émeutiers se situent sur la même artère reliant le lieu-dit «Ras El-Aïn», une zone boisée sur les hauteurs de la commune, au centre-ville. Une odeur prononcée de brûlé était encore dans l’air. C’est de cette partie de la ville, précisément du quartier d’El-Hammar, que les premiers groupes ont commencé à déferler vers le centre-ville. Des dizaines de curieux, effarés par l’ampleur des dégâts, observaient de loin les édifices saccagés. Un sentiment d’incompréhension se lisait sur les visages. Tant de gâchis qui ne trouve toujours pas d’explication.

Au lendemain des émeutes, plusieurs arrestations ont été opérées par les services de sécurité. Le nombre des personnes arrêtées avoisinerait les 21, selon des sources concordantes. Quant à d’éventuels blessés parmi les forces de l’ordre, aucune information n’a été communiquée dans ce sens, la sûreté de daïra de Gdyel s’étant abstenue de faire la moindre déclaration.

Les officiels crient à la manipulation

Le nouveau maire de la ville d’obédience RND, à la tête de la commune depuis quatre mois à peine, privilégie la thèse de «la manipulation». Selon lui, «ceux qui sont derrière ces incidents veulent déstabiliser la nouvelle équipe communale. Mais les gens ne sont pas dupes. Ils nous ont accordé leur confiance et ils savent que depuis qu’on a été installé, beaucoup de choses sont en train de changer. Un fait marquant confirme mes dires», a-t-il ajouté: «Si le siège de la commune a pu être sauvé de la destruction, c’est bien grâce aux citoyens qui se sont mis sur le chemin de ceux qui voulaient s’y en prendre. Un riverain de l’hôtel de ville a même été blessé grièvement à la main en défendant cet édifice public», a-t-il affirmé.

Cette thèse de «la manipulation visant à nuire à la nouvelle équipe communale» a également été avancée par le chef de daïra, lors d’une réunion tenue hier après-midi avec les notables de la ville, les élus locaux et les représentants de la société civile. Dans son intervention, le commis de l’Etat a été catégorique: «Les émeutes d’hier sont le résultat d’un complot machiavélique, planifié à l’avance par un certain nombre de personnes», qui, a-t-il dit, «ont manipulé les jeunes pour des desseins inavoués», sans pour autant citer nommément ces gens.

Le chef daïra a rappelé l’ensemble des projets dont a bénéficié la commune depuis 2003 à ce jour. Une manière pour ce responsable de battre en brèche la thèse selon laquelle ces événements seraient l’expression d’un marasme social ou une certaine précarité de la jeunesse locale. «Certes, nous avons un problème de chômage dans notre commune, mais pas plus qu’ailleurs. Le nombre important d’opérations de développement inscrites, notamment en matière d’AEP, d’assainissement, d’alimentation en gaz naturel, démontre les efforts colossaux déployés par les pouvoirs publics pour améliorer le quotidien du citoyen au niveau de la commune». Il citera par ailleurs le projet de port de pêche de Kristel dont le coût dépasse les 175 milliards de centimes.

Dans leurs intervenions, lors de cette rencontre, les représentants de la société civile, les sages de la ville comme ils ont été appelés, ont été unanimes à condamner les actes de destruction et de vandalisme ayant ciblé leur ville. Pour eux, les auteurs de ces troubles ne portaient aucune revendication ni de projet social ou politique. Pas la moindre banderole de contestation n’a été observée. Le seul but apparent, comme ils l’ont souligné, c’était de casser leurs propres biens, car finalement, soutiennent-ils, en cassant et en brûlant un bureau de poste ou une caisse nationale de sécurité sociale, ce sont les biens du peuple qui sont détruits.

Toutefois, la thèse de la manipulation, quelle que soit sa nature, semblait pour eux tout à fait invraisemblable, comme l’a exprimé un des intervenants, un ancien moudjahid de la ville. Pour ce dernier, «c’est la police, à travers le harcèlement qu’elle fait subir aux vendeurs à l’étalage de fruits et légumes du marché local, principalement des jeunes, qui est à l’origine de cette réaction violente de la part des jeunes». Pour lui, «un jeune qui se fait maltraiter juste parce qu’il cherche à gagner sa vie honnêtement, peut, en effet, réagir assez violemment». Selon ce même intervenant, il demeure indispensable pour nous tous de comprendre les véritables raisons ayant amené à cette émeute, afin de trouver des solutions efficaces et éviter ainsi à ce que le scénario de ce mardi ne se répète à l’avenir.

Une analyse qui rejoint la version qui nous a été rapportée par plusieurs jeunes de la commune, qu’on a rencontrés hier, et selon laquelle les émeutes de ce mardi sont survenues deux jours seulement après une descente de la police au niveau du marché des fruits et légumes. Selon cette même version des faits, dès la matinée de mardi, des bruits ont commencé à circuler au niveau des quartiers et des cafés de la commune, faisant état qu’un groupe de jeunes projetait de déclencher le même jour des émeutes à partir de 18 heures. Si cette dernière version s’avère vraie, cela confirme définitivement que les émeutes d’avant-hier n’avaient rien à voir avec un prétendu mécontentement lié à une récente distribution de locaux commerciaux. En effet, soutiennent des sources communales, ces locaux, qui sont à l’origine des locaux professionnels et non commerciaux, au nombre de 40, ont été affectés à leurs bénéficiaires par une commission de wilaya, le 19 mars dernier. Si ces attributions avaient fait des mécontents, comme cela avait été avancé, il est invraisemblable que la réaction intervienne un mois après.

Gdyel (Oran Est). Des jeunes émeutiers ravagent la ville

La ville de Gdyel, 25 km à l’est d’Oran, a d’un coup, vers 17h hier, sombré dans le chaos.

En effet, des émeutes très violentes ont éclaté pour qu’en quelques minutes la ville devienne une ville fantôme. Les panneaux de signalisation, les routes principales, particulièrement les rues Mohamed Khemisti et Hammou Boutlélis, offraient un visage pitoyable. Des troncs d’arbres, des pneus et des amas de pierres bloquaient toute possibilité aux automobilistes d’accéder au centre-ville. Selon des témoignages recueillis sur place, le tribunal et le bureau de poste de la ville ont été complètement calcinés. Les odeurs des gaz lacrymogènes étouffées la ville. Au loin, à l’autre extrémité de la rue Hammou Boutlélis, une épaisse fumée couvrait le ciel. Des centaines de jeunes, des milliers, sans risque de se tromper, se sont livrés à une bataille rangée avec les forces de sécurité et les éléments de la brigade anti-émeute. Mais très vite, les jeunes ont pris le dessus pour lancer un assaut indescriptible et repousser les policiers. En désespoir de cause, complètement débordé, un officier se tourne vers les jeunes venus très nombreux demander de l’aide : « Aidez-nous, c’est votre ville. Pourquoi la laisser saccager par ces voyous. » A cet instant, l’émeute a tourné à la guerre entre « deux bandes rivales ». On enregistre de nombreux blessés légers dans les rangs des forces de sécurité. Ceci dit, personne ne pouvait hier expliquer les causes réelles d’une telle rébellion. Pour certains, c’est la nouvelle des jeunes harraga portés disparus, originaires de la ville, qui a été l’élément déclencheur, pour d’autres par contre, c’est la fermeture du marché à l’est de la ville qui a mis le feu aux poudres. Il faut reconnaître que la ville de Gdyel, St Cloud anciennement, est une ville tampon coincée entre Arzew et Oran. Une ville où il ne fait pas bon vivre tant les possibilités d’évolution pour les jeunes sont réduites, pour ne pas dire quasi-inexistantes. Le chômage bat des records, la drogue et les boissons alcoolisées sont légion. En tout état de cause, vers 19h 30, des renforts arrivent enfin d’Oran, dans un premier temps, puis d’Arzew avec des engins pour dégager et déblayer les routes. Jusque tard dans la nuit, les échauffourées entre les forces de sécurité et les jeunes continuaient à travers les ruelles et les artères de la ville.

S. Boudjemaâ

Des édifices publics saccagés et des arrestations à Gdyel

17 avril 2008

Des émeutes ont éclaté, hier vers 17 heures, dans la ville de Gdyel, distante d’une vingtaine de kilomètres à l’est d’Oran. Sans crier gare, des centaines de jeunes, la plupart âgés de 16 à 25 ans, sont descendus dans la rue et se sont attaqués à plusieurs édifices publics.

Les émeutiers ont ouvert les hostilités par des jets de pierres, puis ont commencé à saccager et à mettre le feu à plusieurs institutions, notamment le tribunal de Gdyel, l’agence CNAS et le bureau d’Algérie Poste. Le siège du tribunal a subi de gros dégâts ainsi que le siège de la CNAS, tous deux incendiés. Quant au bureau de poste, les dégâts y sont encore plus importants, puisque les émeutiers se sont introduits à l’intérieur, ont saccagé les locaux, jeté le matériel à l’extérieur et y ont mis le feu.

D’autre part, les manifestants se sont dirigés vers des locaux commerciaux construits dans le cadre des 100 locaux par commune et récemment attribués, qu’ils ont également saccagés. Pour sa part, la prison de Gdyel n’a pas échappé à la colère des émeutiers, qui ont pris pour cible la façade. En outre, un véhicule, une Renault 4, en stationnement devant le portail de la prison, a été incendié par les manifestants.

Après plus d’un heure de violence, les brigades anti-émeutes de la police, dépêchées en force sur les lieux, ont réussi à disperser les émeutiers fort nombreux et réduire l’étendue des troubles. Des brigades de la Protection civile ont été également dépêchées sur les lieux. D’ailleurs, ils ont eu à s’occuper de plusieurs blessés chez les policiers et les émeutiers. L’intervention des forces de l’ordre a conduit à l’arrestation de plusieurs émeutiers. On ignore, pour l’instant, le nombre des personnes arrêtées.

Le chômage mis en cause

Quant aux raisons qui ont été à l’origine de ces émeutes, plusieurs versions sont avancées. Certains émeutiers protestaient contre l’attribution récente de locaux commerciaux. Selon eux, « ces locaux ont été attribués sans équité et sans transparence aucune. Des jeunes se trouvant dans le chômage depuis longtemps, et réunissant tous les critères, n’ont pas bénéficié de ces locaux ».

D’autres émeutiers, parlant également de chômage, montrent du doigt une entreprise nationale basée à Gdyel, mais qui ne recruterait pas parmi les habitants de la localité en question. D’autres encore réclament l’installation d’une agence de recrutement dans la ville, une antenne de l’ANEM, à l’instar de la daïra voisine d’Arzew.

Vers 20 heures, des renforts ont commencé à affluer vers la ville de Gdyel, cette fois-ci des brigades anti-émeutes de la Gendarmerie nationale, qui se sont déplacés en force sur les lieux des émeutes. En début de soirée, la situation était toujours tendue à Gdyel et les forces de l’ordre sur le qui-vive.

Source :http://www.afrik.com

Logement : soupçons de corruption et de favoritisme dans la vente des locaux des cités AADL

Par Hakim Merabet le 16/04/2008 à 17:37

Le ministère de l’habitat a décidé dernièrement d’arrêter la vente des milliers de locaux des cités AADL, une opération qui a pourtant fait l’objet d’une intense promotion. Une source interne à l’agence confie aujourd’hui à toutsurlalgérie.com que la raison de cette décision est directement liée au fait que les premiers soumissionnaires pour l’acquisition de ces locaux ne sont autres que les épouses et les proches des cadres de l’AADL…

Ce «délit d’initié» caractérisé à dont poussé le ministre Nourredine Moussa à geler momentanément la vente de ces locaux le temps de revoir les clauses de l’opération de sorte à déclarer hors course les fonctionnaires de l’agence et leurs familles.

Le limogeage de l’ex directeur de l’AADL, Kheireddine El Walid, serait également lié à la gestion de la vente de ces locaux. D’ailleurs la chute de ce dernier à précipité celle de trois cadres de l’agence, décrits comme ses bras droits. Notre source précise également que l’arrêt de la procédure est dicté également par le souci de permettre aux institutions et les organismes publics (Sonelgaz, DGSN, Seeal, OPGI…) de choisir eux mêmes les locaux qui leur conviennent pour s’implanter dans les cités. La relance de la vente des locaux commerciaux des cités AADL dont la mise à prix culmine à 30.000DA m2 d’après la même source, devrait avoir lieu en juin prochain.

~ par Alain Bertho sur 17 avril 2008.

 
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