Emeutes à Timimoun février 2008

Quand Timimoun se réveillera….

le 19 Février, 2008

Timimoun, ses palmiers, ses ksours et ses émeutes…Qui l’eût cru ? Timimoun, c’est loin, c’est fait pour être oublié, c’est fait pour les cartes postales, les fêtes de nouvel an, les ballades en 4X4 ou en chameau…Timimoun en colère, qui l’eût cru ? La question surprend tout le monde, à commencer les commentateurs de la presse nationale. Et inspire même des chroniques ironiques come celle de Hakim Laâlam dans le Soir d’Algérie : « Je ne peux pas croire un seul instant que des émeutes aient pu éclater à Timimoun. Je connais le Sud algérien. J’ai des cartes postales du désert accrochées dans mon bureau. J’ai des almanachs avec quantité de posters représentant des dunes majestueuses. J’ai toute une collection de «chèches pur Sud» dans mon dressing. Je porte une croix du Sud en argent autour du cou. J’ai une petite fiole remplie de sable du Grand Erg oriental posée au-dessus de l’écran de mon ordinateur. Je lis tous les jours des annonces d’agences de voyages proposant à «prix cassants» des week-ends de rêve dans le Sud ! C’est donc forcément une forfaiture à laquelle nous assistons aujourd’hui à travers ces pseudo-émeutes de Timimoun. Tout va bien à Timimoun ! »

Alors, pourquoi et comment Timimoun ? Plus sérieusement, l’éditorialiste du Quotidien d’Oran répond : « Les émeutes qui ont éclaté à Timimoun pour cause d’emploi ont beau avoir l’aspect d’une éruption brusque, d’un coup de rage, elles étaient prévisibles. Il en est désormais de l’émeute du chômage comme il en est des séismes: là où ils ont lieu une fois, ils ont tendance à se répéter encore. Il suffit de reprendre les chroniques des journaux pour savoir qu’elles ont eu lieu presque partout et que le Sud, excessivement célébré pour sa «sagesse» et sa «patience», a bien rejoint la norme nationale. Le chômage est devenu insupportable pour des jeunes qui ont conscience qu’il y a de l’argent chez la «dawla». Celle-ci d’ailleurs a tendance à baigner dans l’autosatisfaction en indiquant à des jeunes citoyens tentés entre la «harga» et le pire, que l’argent est sagement placé. Mais cela n’explique rien aux chômeurs qui ne retiennent de ces explications qu’une conclusion quasi définitive: ce n’est pas pour vous ! »

Mais comment le pouvoir n’a rien vu venir de tout cela, de ce mécontentement ? Croyait-il à sa propre propagande ? Oui, répond l’analyste du Quotidien d’Oran

« Pourquoi l’émeute de Timimoun, soeur de toutes les autres émeutes, n’a pas été évitée ? Parce que la politique a été réduite à de la courtisanerie et les appareils politiques à des propagandistes sans talent et sans effet. Pourquoi se mettraient-ils à écouter ceux d’en bas alors que seuls ceux d’en haut comptent ? Ce qui compte, c’est de montrer qu’on est dans le sens du vent et non d’aller vers les gens qui ont des problèmes et qui peuvent devenir des problèmes.Le pire est qu’à force de fonctionner sur ce mode, le système en entier en arrive à se convaincre que tout va bien globalement et qu’il est sur la bonne voie. Tous les indices qui indiquent le contraire sont élagués et ceux qui les mettent en avant passent pour des spécialistes du dénigrement. La fabrique de l’unanimisme ne se contente pas de refuser le droit à la parole à ceux qui pensent différent, elle les étripe et les affuble de noires intentions.

D’où l’étonnement de Hakim Laâlam : « Quoi ? Des émeutes à Timimoun ? Et c’est dans la presse ? Impossible ! D’ailleurs, il faut toujours vous méfier de la presse et plus particulièrement des chroniqueurs. Et je n’ai que quelques pas à faire pour consulter, à la documentation, des journaux datant de la dernière visite de notre bien-aimé président (que Dieu lui accorde longue vie) à Tamanrasset et à In Salah. La vérité est là ! En titres bien noirs et bien gras. En articles bien longs et remplis d’adjectifs gentils. «La population du Sud fait un triomphe à Bouteflika.» «Les Sudistes disent oui au raïs.» «Le Sud honore son président.» «Au Sud, Bouteflika est chez lui.» Et toute une série d’autres titres qui démontrent clairement que les populations du Sud ont le sens de l’hospitalité, aiment leur président, souhaitent le voir rempiler pour 5 ans et plus et n’ont aucune raison de se plaindre de leur sort. Rien n’a bougé à Timimoun. Aucun pneu n’a brûlé à Timimoun ! Timimoun va bien. Tout comme va très bien toute l’Algérie. Alhamdoulillah

L.M.


Après les émeutes de Timimoun de samedi dernier : une vingtaine de jeunes arrêtés


Les jeunes de Timimoun posent le problème des sociétés étrangères qui exploitent dans la région, mais ne recrutent pas les enfants de la localité.

Adrar. De notre correspondant, El Watan, 19 février 2008

Il était près de midi ce dimanche à Timimoun, la ville était relativement calme. On pouvait remarquer une activité peu discrète des véhicules de police et de gendarmerie et celle d’un imposant dispositif de sécurité installé sur les principaux axes qui traversent Timimoun, localité largement réputée pour sa beauté ainsi que la sérénité et l’hospitalité de sa population. Les premiers élèves amorçaient leur sortie des écoles. C’est le jour du marché hebdomadaire, les habitants faisaient leurs emplettes le plus normalement du monde. Et pourtant la veille, en début de soirée, Timimoun était sous tension. Les jeunes du quartier sud de la ville où se trouve la cité des 200 Logements avaient extériorisé, près de trois heures durant, leur colère en s’attaquant à des structures étatiques implantées à leur proximité, comme le siège de l’Actel, les locaux des finances et le CTC, même une dizaine de locaux commerciaux, non encore attribués, destinés à cette jeunesse, n’ont pas été épargnés. Pour en savoir plus sur les raisons et les faits de la veille, nous nous sommes rapprochés d’une terrasse de café où deux jeunes garçons étaient attablés, prenant leur thé, pas très loin de l’endroit où se sont déroulées les émeutes. Questionnés sur le sujet, ils affirmeront qu’ils n’ont pas participé à ce mouvement de protestation, mais en savent sur les motifs qui ont emballé cette jeunesse. L’un d’eux, M. A., nous dira : « Cette manifestation était prévisible, car cela fait plusieurs mois que ces jeunes sont sous pression sociale. » Notre première question était de savoir pourquoi ce sont des jeunes, habitants de la cité des 200 Logements, qui ont manifesté. Pourtant, ce quartier n’est pas un ghetto, c’est une cité d’anciens fonctionnaires de l’Etat, et à présent des cadres y habitent encore.

Calme précaire

Il répondra : « Vous croyez que la misère n’est pas aux portes des fonctionnaires et leurs familles. » Il continua : « La semaine dernière, des jeunes se sont déplacés au siège de l’APC pour rencontrer le maire afin de lui exposer leurs préoccupations majeures relatives à l’emploi et au chômage, ils disent seulement avoir été froidement reçus de la part de cet élu et ses membres. » Ce qui a peut-être fait monter leur colère, c’est lorsque le P/APC leur affirma qu’il ne pouvait rien faire pour eux. Dans la discussion, on a soulevé à nos interlocuteurs que la question de l’emploi et du chômage était un problème national et que dernièrement, le président de la République l’avait pris personnellement en charge et qu’il aurait donné de nouvelles orientations sur le dossier de la jeunesse. M. A. nous dira : « C’est vrai qu’il y a du nouveau pour la jeunesse, mais cela tarde à venir, et puis ces jeunes n’écoutent pas les discours politiques. Cependant, ils s’interrogent pourquoi les sociétés étrangères qui exploitent dans la région ne recrutent-elles pas des enfants de la localité ? Pourquoi ramènent-elles des travailleurs d’ailleurs ? Pourquoi ne s’approvisionnent-elles pas de Timimoun ? Que tirons-nous de leur présence sur notre sol ? » Sur un autre plan, il nous affirme encore : « Le secteur de l’agriculture est très important au Gourara, alors où sont les services agricoles, pourquoi ne pas dégager un programme de mise en valeur pour ces jeunes ? D’autre part, les dispositifs de l’Ansej, l’Angem, la Cnac… ces jeunes n’entendent parler qu’à la TV. » Pour conclure, ce jeune homme nous affirmera : « Ce qui a aggravé la situation, c’est l’inexistence de dialogue entre ces jeunes et les responsables locaux à Timimoun. » Cependant, on nous apprend qu’une vingtaine de personnes a fait l’objet d’arrestation et que l’enquête suit toujours son cours. Il y a une accalmie dans cette belle oasis rouge, mais certains observateurs estiment que cette situation se trouve dans l’œil du cyclone.

A. A.

Des édifices saccagés et des arrestations


par Z. Safia, Le Quotidien d’Oran, 18 février 2008

Une soixantaine de jeunes chômeurs, résidant dans le quartier des 200 logements de la ville de Timimoun, ont manifesté leur mécontentement samedi soir. Les protestataires, en colère, réclamaient des postes d’emploi et l’attribution de locaux commerciaux.

Pour exposer leurs doléances, ils avaient été reçus, dans la matinée, par le président de l’Assemblée populaire de Timimoun. Mais, en fin d’après-midi, ils décident de passer à l’action. Ils se sont rassemblés vers 19h et ont bloqué la route à l’aide de pneus et autres objets avant de s’en prendre à des édifices publics qu’ils ont saccagés et brûlés. De même, une voiture appartenant à un organisme public a été incendiée. Les autorités concernées ont dû faire appel à des renforts de la gendarmerie nationale de Béchar. Les forces de l’ordre, dépêchées sur les lieux, ont dû recourir aux gaz lacrymogène pour disperser les protestataires et éviter le pire. Hier matin, le calme était revenu et la situation semblait maîtrisée. Des manifestants ont été interpellés et devaient être présentés devant le parquet.

~ par Alain Bertho sur 23 mars 2008.

 
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