Emeutes à Sucre en Bolivie novembre 2007

Bolivie: tension persistante à Sucre après des émeutes ayant fait 4 morts

26 nov. 2007
SUCRE (AFP) – La tension persistait lundi dans la ville bolivienne de Sucre (sud-est) qui enterrait ses morts au lendemain de violents affrontements entre la police et des milliers d’habitants en colère, ayant fait quatre morts et des centaines de blessés.
Les violences avaient éclaté lors de manifestations de jeunes étudiants et d’habitants de Sucre contre la tenue d’une session de l’assemblée constituante en l’absence des députés d’opposition, dans une école militaire proche de la ville placée sous la protection de l’armée. Les affrontements ont fait quatre morts — trois manifestants et un policier — et des centaines de blessés.
Dix-mille personnes ont assisté lundi soir à la cathédrale de Sucre à l’enterrement de deux des trois civils, Gonzalo Duran et Carlos Cerrudo. Aux cris, de « Evo assassin ! le peuple ne se tait pas », « oui à la démocratie, non à la dictature », les deux cercueils recouverts des drapeaux bolivien et de celui de la ville, ont été portés en terre.
« Nous sommes tristes Evo a tué nos frères, qu’il s’en aille avec la Lazarte (présidente de la Constituante) » a déclaré à l’AFP, Martha Gonzales, une indienne quechua de 5O ans, en éclatant en sanglots.
Lundi soir, les murs de Sucre étaient couverts de graffitis contre le président Morales: « Chavez ordonne, Evo obéit » en faisant réference à l’alliance entre le président vénézuélien Hugo Chavez et son homologue Evo Morales.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon s’est montré préoccupé par ces tensions en Bolivie et a exhorté « tous les acteurs politiques et sociaux à rester calme, à s’abstenir de recourir à la violence et à rechercher un consensus sur les problèmes urgents ».
Le président Evo Morales, qui avait lancé un appel au calme dimanche en évoquant un possible référendum sur la nouvelle constitution, a participé lundi près de La Paz à une marche de paysans et d’ouvriers pour défendre les réformes du texte fondamental proposées par son gouvernement.
La population de Sucre, poussée par ses dirigeants régionalistes, rejette en bloc ces propositions et exige que toute nouvelle Constitution redonne à Sucre (350.000 habitants) son rang de capitale perdu au profit de La Paz à la suite d’une guerre civile au 19ème siècle.
Des ouvriers, malgré une forte odeur de gaz lacrymogène et de pneus brûlés, ont commencé lundi à dégager les barricades dressées la veille et à nettoyer les postes de police et les casernes de pompiers saccagées par les émeutiers.
C’est la mort par balle samedi d’un manifestant, un jeune avocat, qui a mis le feu aux poudres dans cette ville aux belles demeures de style colonial, où fut proclamée l’indépendance de la Bolivie à l’égard de l’Espagne en 1809.
Des milliers d’habitants de Sucre sont descendus dans les rues pour protester. Ils se sont heurtés à la police et aux pompiers. Au point culminant des violences, le commandant de la police bolivienne, William Vasquez, a ordonné le repli de ses forces sur la ville voisine de Potosi. Le général Vasquez a affirmé que le policier tué, avait été « fait prisonnier puis exécuté par la population ».
Les députés du MAS (Mouvement vers le socialisme) formation du président Evo Morales, réunis pour une session plénière de l’assemblée constituante boycottée par l’opposition, avaient auparavant adopté à main levée le « texte global » de la nouvelle Constitution. Pour être ratifiée, la nouvelle loi fondamentale doit toutefois être votée, article par article.
Les députés de l’opposition libérale et conservatrice ont refusé de siéger et ont qualifié ce vote d’illégal. Le MAS ne dispose que de la majorité simple à l’assemblée constituante alors qu’il faut une majorité des deux tiers pour adopter tout amendement à la constitution.
La constituante formée depuis 16 mois n’était pas encore parvenue à adopter un seul article de la nouvelle loi fondamentale.
L’opposition libérale rejette complètement ces réformes. L’ex-président conservateur, Jorge Quiroga, a estimé que ce texte était « écrit avec les fusils et les baïonnettes et entâché du sang des habitants de Sucre ».

Deadly riots shake Bolivia

Associated Press
Monday, November 26, 2007, (Sucre)
Riots convulsed Bolivia’s colonial capital on Sunday after allies of President Evo Morales approved the framework for a new constitution that would permit his indefinite re-election and could radically alter Bolivian politics.
At least two people, including a police officer, were killed.
A full article-by-article version of the constitution, which would establish a multiethnic state with 36 self-governing regions for indigenous groups, has yet to be approved.
But Morales on Sunday declared that the new charter’s essence has now been determined. Voters will determine its fate, he said, without giving a date.
« The constitution will be approved in a referendum by the people, which is the most democratic » way, said Morales, 48. An Aymara Indian and coca growers’ union leader, Morales’ political playbook has followed closely that of his ally, Venezuelan President Hugo Chavez.
The unrest prompted national police commander Gen. Miguel Vasquez to order all units out of Sucre, where the draft constitution was approved Saturday, « to avoid more confrontations. » He said the slain police officer had been « lynched » but offered no details.
Hospital officials said the other victim was a carpenter who died of injuries after being hit by a tear gas canister as protesters attacked police headquarters and set fire to a jail, allowing 100 inmates to escape.
A third person, a lawyer previously identified as a student, was shot and killed on Saturday. It was unclear who killed the lawyer.
Forty others were injured as protesters hurled rocks, Molotov cocktails and dynamite at police.
Morales said the protests in Sucre « were manipulated by oligarchic and neoliberal (pro-capitalist) groups that don’t want change. »
« The heart of the matter is that some groups don’t accept that an indigenous person is president, » he said.
Rioting began on Friday, after delegates to the constitutional assembly, loyal to Morales and primarily from his governing Movement Toward Socialism party, known as MAS, reconvened in a military garrison outside Sucre.
They approved the framework for the constitution by a simple majority on Saturday, breaking a monthslong deadlock. All but three opposition delegates boycotted the assembly sessions.
The document would allow the president unlimited re-election and would give central authorities greater control over public revenue disbursements at the expense of state governments.
Opponents say the new constitution unfairly reduces the power of Bolivia’s nine states.
Branko Marinkovic, a top opposition leader in Santa Cruz, said the charter’s approval was « made illegitimate with blood. »
The assembly must complete the new constitution by December 14, then submit it to a referendum. Under a complicated formula, only those articles not backed by two-thirds of the assembly must be approved by Bolivian voters.
« The country is more divided than ever, » said Ximena Costa, an independent political analyst. « We are talking now not about a polarization, but rather of fractures within Bolivian society. »
Morales’ opponents are based in the country’s more prosperous, entrepreneurial east centered around the lowland city of Santa Cruz while his core backers are the poor indigenous majority that elected him in December 2005, hoping to reverse centuries of discrimination.
When the assembly last deadlocked in August, opposition activists spearheaded a campaign to move the nation’s capital from La Paz to Sucre, further dividing the country.
Sucre is the site of Bolivia’s 1825 founding, its colonial capital and home to its highest courts, while La Paz is home to the nation’s legislature and executive branch.
Morales on Sunday called that campaign a « pretext » for the weekend’s violence, which spread Sunday to Santa Cruz, where protesters attacked a government tax office.
Flights to Sucre’s airport have been canceled since Saturday, and the terminal remained under the control of protesters.

~ par Alain Bertho sur 12 décembre 2007.