Nouvelle dynamique de la rente

Séminaire Devenir banlieue, 27 novembre 2006, Habitat, tissu productif et nouvelle dynamique de la rente


Réflexions introductives

Alain Bertho

 

La première séance de notre séminaire nous a permis de poser deux points de départ de travail, l’un de fond et l’autre de posture et de méthode.

La métropole

Le premier point concerne ce que nous avons choisi d’explorer comme hypothèse : la métropole constitue aujourd’hui le collectif pertinent de travail et de production de richesses.

Pousser les implications de cette hypothèse redispose complètement les figures traditionnelles de l’antagonisme social et politique, leur lieu, leur langage, leur subjectivité. C’est sans doute en identifiant les formes et les subjectivités contemporaines de cette conflictualité métropolitaine que nous identifierons avec le plus de clarté ce que nous entendons par métropole aujourd’hui.

Une des façon de nous faire comprendre a été de poser que la ville n’était plus une « externalité positive » d’une production centrée sur l’entreprise. Ce constat se décline dans tous les domaines : celui de la politique comme celui de l’habitat. Politique, gestion publique, mode d’habiter sont des éléments constitutifs de cette métropole productive et conflictuelle.

Autrement dit l’articulation métropole multitude a toutes les chances de ne pas se disposer comme l’articulation objective d’un territoire et du capitalisme cognitif mais bien comme la mise en conflictualité subjective de la production du commun car la production immatérielle bio politique ébranle toutes les formes séparées (travail/vie, public/privé…) jusqu’à la distinction objectif/subjectif. La subjectivité politique est interne à ce processus productif. La construction du commun est sa réalisation en conscience. Elle passe par la construction d’un langage commun

La construction d’un langage commun, d’énoncés en partage est donc un des enjeux centraux de la politique contemporaine. C’est sur cette exigence que buttent les deux formes séparées héritées de la politique moderne : la mobilisation partisane et la gestion étatique

Il en découle que l’enquête et le travail de connaissance ne peuvent s’exonérer de leur responsabilité politique puisque aussi bien, ils interviennent directement dans cette production d’énoncés…

Un dispositif de travail

Ces réflexions liminaires conduisent à un dispositif de recherche qui ne peut-être qu’un dispositif de co-production entre les des acteurs politiques, porteurs de leurs propres subjectivités sur les situations et des acteurs de la recherche porteurs notamment de la mise en crise des catégories savantes. C’est dans cet esprit que nous avons d’abord commencé à travailler en commun avec des partenaires agissant sur les situations métropolitaines : la ville de Nanterre et la communauté d‘agglomération Plaine Commune. Ce travail exigeant de confrontation a été commencé lors de la première séance. IL doit être complété par des dispositifs d’enquête localisés et partenariaux. Le séminaire est possibilité de la mise en travail de trois types de production d’énoncé : celui des acteurs de la recherche, celui des acteur de la métropole, celui des acteurs de l’institution.

Cette exigence de posture signifie que nous ne pouvons appréhender la multitude métropolitaine en dehors de son émergence bio-politique mais que nous ne pouvons empiriquement le faire que sur des terrains marqués par l’hybridation, c’est-à-dire marqués et mis en crise par le maintien de formes séparées, notamment ans le domaine des activités productives reconnues (emploi), militantes (organisations) ou gestionnaires (institutions)… L’enquête intervient de façon active dans cette hybridation. Elle ne peut finaliser son activité en simple constat de l’existant mais ne peut faire autrement que d’intervenir sur le terrain de la production des énoncés dont on devine les enjeux. C’est pourquoi j’ai proposé la notion de « situations » pour désigner l’objet et le terrain du travail d’enquête et de séminaire.

Bio politique et rente

Nous avons proposé à partir de ces constats et de ces choix, de travailler sur quatre entrées quitte à les remettre en cause en route.

Je les rappelle

1. Expropriation urbaine. Les espaces communs : L’habitat, le squat et les luttes bio-politiques. La problématique de la rente et l’expropriation du commun. Quelles mobilisations ? Quelle action publique ?

2. Exploitation urbaine. La ville comme nouvel espace productif. Les réseaux du travail précaire. Le visible, l’invisible. Le bassin de travail cognitif ou l’espace métropolitain comme territoires du précariat. La problématique du profit et de l’exploitation du commun. Quelles ressources créatives dans la ville ? Quelle intervention publique en appui de ces ressources

3. Formation urbaine. Les réseaux cognitifs. La production du point de vue de la force de travail immatériel et des réseaux coopératifs. Problématique de la valorisation de la subjectivité dans la production cognitive métropolitaine.

4. Circulations et contrôle urbains Les multiples trafics au sein du territoire métropolitain, entre la production d’un commun et le sécuritaire.

C’est le premier de ces points que nous voulons poser une première fois aujourd’hui en nous réservant d’y revenir dans la seconde moitié de l’année sur la base notamment des recherches qui auront été développée d’ici là.

De quoi s’agit-il ?

Poser la métropole comme espace de production et commencer son examen par la question si classique et si « externalisée » que l’habitat ne constitue pas forcément l’approche la plus évidente du problème. Accoler à cette approche le questionnement de la rente dont la figure foncière est classique peut sembler une entrée bien traditionnelle et peu novatrice…

Si on rétorque alors que les mobilisations sur l’habitat comme luttes bio politiques se sont notamment imposées ces dernières années comme des points de tensions extrême des métropoles qu’il s’agisse des incendies qui ont touchés les immeubles du boulevard Vincent Auriol il y a 1 an ou l’évacuation du squat géant de Cachan cet été, on risque fort de ne par convaincre d’emblée.

On est pourtant bien là en face de manifestations dispersées d’une modernité tout à fait intégrée mais qui ne trouve pas encore les voies (voix) subjectives et langagières de leur exposition publique.

De la spéculation des fonds de pension sur l’immobilier et sur les beaux quartiers parisiens à la crise du logement social et aux mobilisations autour des squats, il existe pourtant des liens d’objectivité causale qu’il ne sera pas très compliqué d’identifier.

La rente foncière et la pression sur l’habitat se présentent bien comme une des figures générales des tensions métropolitaines. La valorisation du territoire par la créativité des acteurs métropolitains génère des richesses non directement valorisée sur le marché. La captation de ces richesses passe par la rente qui devient une des figures directe de l’exploitation urbaine. Les premières victimes de cette valorisation risque alors d’être ceux qui en ont été les principaux acteurs. La valorisation du territoire tend à chasser ses catégories populaires. C’est pourquoi nous avons parlé « d’expropriation ».

Mais ce constat ouvre deux questions de taille.

1. Quelle subjectivité ?

La constitution d’une subjectivité partagée en terme de mobilisation politique n’est pas évidente. Nous devons l’identifier sans a priori car comme toute constitution de subjectivité métropolitaine contemporaine elle ne peut être appréhendée comme la simple « prise de conscience » des enjeux.

Il en est d’ailleurs de même de la subjectivité des acteurs institutionnels qu’il n’est pas question d’enfermer dans l’alternative durkheimienne entre la prénotion trompeuse et la prise de conscience des enjeux de gestion dont la science sociale seule détiendrait le secret. ..

Si la ville n’est pas une « externalité positive » de la production, la subjectivité politique n’est pas une « externalité prescriptive » mais un élément lui-même productif de la situation et des tensions productive D’où la nécessité de l’enquête sur des situations concrètes de conflits sur l’habitat.

2. Quelle politique publique ?

La constitution de politiques publiques face à ses enjeux n’est pas la moindre des difficultés. Comment faire face à l’injonction paradoxale du mécanisme de la rente métropolitaine : vouloir valoriser un territoire pour le profit de sa population c’est, dans le même temps, mettre ces mêmes populations en danger face à la logique de la rente…

Trois entées

C’est sur ce dernier point, celui des logiques contradictoires de politiques publiques dans la valorisation du territoire et notamment dans la production de l’habitat que nous avons choisi de concentrer nos interventions de ce soir.

Trois entrées :

  1. La rénovation urbaine

L’Agence de rénovation urbaine créée en mars 2004 marque-t-elle une rupture dans l’histoire de la politique de la ville initiée vingt-cinq ans plus tôt ? Instrument de renouvellement du parc social, elle est d’abord l’initiatrice de sa destruction. Quels en sont les enjeux actuels ? Que deviennent les populations concernées ?

  1. Le projet Seine Arche

Ce projet est un véritable défi de valorisation du territoire pour la ville de Nanterre et pour ses choix sociaux et politique. Nous entendrons, en amont de sa réalisation concrète, la réflexion politique de la collectivité territoriale concernée.

  1. Le schéma de cohérence territoriale de Plaine commune

La communauté d’agglomération Plaine commune qui regroupe huit villes est un pari : celui de la constitution politique d’un territoire productif sur un ancien territoire ouvrier de la banlieue rouge. Comment cet instrument et ses acteurs abordent ils la stratégie à long terme de la valorisation du territoire ?

~ par Alain Bertho sur 10 juin 2007.

 
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