Ordre et désordre dans les sociétés européennes

La gauche et les mouvements sociaux dans les années 80

Alain Bertho

intervention au Séminaire Systèmes politiques et mouvements sociaux

Université de Bourgogne – Institut d’histoire contemporaine -CNRS UMR 5605

Journée d’étude du DEA Ordre et désordre dans les sociétés Européennes, 13 mai 1998

La gauche, le pouvoir et les mouvements sociaux sous la V° République

1. Problématique

La question posée mérite un éclaircissement dans ses termes en dehors même de la période qui nous occupe. Car si la Gauche entretien un rapport particulier avec les mouvements sociaux, c’est une évidence de dire que c’est aussi sur la portée de ces mouvements qui porte une bonne part de sa division. La gauche, dans sa diversité et surtout dans son clivage entretient des rapports singuliers avec les mobilisations sociales.

1.1 Qu’est-ce que la Gauche ?

Au de-là du congrès de Tours, la gauche, en France, n’existe et n’a pris corps comme culture et comme capacité de rassemblement que dans deux champs bien précis, bien que fondamentaux. Dans les deux cas, il s’agit d’un rapport au droit et à l’Etat. Je veux parler des choix gouvernementaux d’abord : la gauche existe pour construire une majorité et gouverner. Je veux d’autre part parler de la défense des valeurs de l’Etat démocratique lorsqu’il est menacé dans ses fondements. Ces moments politiques sont essentiels. Ils ne sont pas les seuls. Car il existe par ailleurs dans le pays, enracinées dans des organisations ou non, des cultures politiques fort différentes, voire divergentes sur les questions de la nature des transformations à opérer, de leur rythme, du rapport avec les mobilisations populaires les plus diverses avec ce qu’elles portent d’exigence et de critique radicale de l’ordre existant. Cette divergence ne se résume pas à l’opposition du nécessaire et du possible. Elle porte sur la nature même du possible dans une dynamique de transformation. Elle porte sur le rapport entre l’Etat et les formes populaires de la politique qui se manifestent dans les mobilisations sociales..

Depuis la seconde guerre mondiale, la polarisation des positionnement s’est cristallisée entre un parti socialiste beaucoup plus centré sur l’action gouvernementale et secondarisant la question des luttes et un P.C.F. exclut du pouvoir entre 1947 et 1981, enracinant son identité française dans les luttes ouvrières. Le processus de rapprochement électoral et programmatique des deux parti a amené chacun des deux à bouger vers l’autre. Le P.C.F., en valorisant la question de la conquête démocratique du pouvoir a mis son rapport aux luttes sociales sous la contrainte des nécessités d’une victoire électorale tandis que le nouveau P.S. de Mitterrand après 1971, a cherché à puiser dans les nouveaux terrains de mobilisation des thèmes et des images qui le réenracinait dans le mouvement social[1].Au bout du compte, la logique qui a dominé, avant 1981 et de 1981 à 1984, c’est la logique institutionnelle, avec les contraintes de la V° République.

1.2 Communisme et sujet historique.

Le rapport du P.C.F. aux luttes social est plus qu’un « rapport aux mouvements sociaux » : c’est un rapport à un sujet historique dont il entend assurer la présence politique dans l’histoire, dans la société et dans l’Etat. A partir de là se posent deux questions : le rapport entre le sujet historique et la voie démocratique d’une part, la pertinence même du sujet historique d’autre part.

Sur le premier point, la question est officiellement tranchée en 1976, au XXII° congrès du parti, avec l’abandon de la référence à la dictature du prolétariat. Ce point est très important car il met de fait le sujet historique, la classe, sous la discipline majoritaire de la démocratie. Dans la pratique, , cette rupture est tout à fait difficile à gérer, surtout lorsque semble s’enclencher une spirale où le parti perd simultanément des voix et du poids dans la classe, dans une conjoncture, la deuxième partie des années 70, où le mouvement social s’essouffle et ou la syndicalisation entame une tendance à la baisse. Dans les moments de plus grande difficulté, l’identité revendiquée du parti reste fortement ouvrière. Quand une articulation est tentée entre luttes et votes, comme lorsque des campagnes électorales des Européennes de 1979 (en pleine mobilisation lorraine) ou la présidentielle de 1981, le résultat électoral est pour le moins décevant. Il s’ensuit une valse hésitation stratégique très perceptible à l’époque entre périodes identitaires et périodes unitaires qui recouvrent en fait l’accent mis sur les luttes sociales ou les enjeux de type institutionnel.. Le passage sans transition de la campagne électorale à la participation gouvernementale en 1981 est très significatif à cet égard.

Avec le recul il semble évident que la contradiction que le parti n’arrive pas à gérer durant ces années se double d’un autre problème : celui de la pertinence même du sujet historique auquel il attache son rôle et son activité. En clair, le mouvement ouvrier est-il toujours le même moteur politique et social qu’il fut pendant plus d’un siècle ? IL ne manque pas de voix à l’époque pour en annoncer la fin au profit de nouveaux mouvements sociaux[2] ou de l’avènement d’une société post industrielle. Mais la force des mobilisations défensives dans l’industrie et les mines dans les quelles s’investit le P.C.F. sont pour lui autant d’arguments pour renvoyer ses signaux d’alerte aux gémonies de l’argumentaire social démocrate qui favorise la montée électorale de son partenaire-concurrent.

1.3 La rupture des années 1980 sur la question de la figure ouvrière.

La question essentielle est bien là : du point de vue des luttes sociales, les années 1980 marquent un tournant. Une séquence historique s’achève et avec elle une subjectivté politique de Classe. La figure ouvrière s’efface de façon assez brutale au cours des grèves des années 1982-1984. Dans l’absence d’une relève immédiatement lisible, c’est le diagnostic de « non forces sociales » qui remporte temporairement l’adhésion[3]. L’illisibilité des nouvelles contradictions sociales conduit le Parti socialiste à transformer l’activité de l’Etat : c’est l’origine de la Politique de la Ville. Il faudra plusieurs années, et la grève de novembre décembre 1995, pour que le nouvel acteur soit enfin publiquement reconnu.

2. Chronologie sommaire

1979

Mobilisation de le Lorraine contre les suppressions d’emplois.

13 mars : manifestation à Paris. Radio Lorraine Coeur d’acier

Les radios de lutte C.G.T.

1980

mai : occupation de la mine de Ladrecht

1981

L’été chaud des Minguettes

1983

février mai occupation de l’Usine SKF à Ivry

15 octobre/3 décembre : marche pour l’égalité et contre le racisme

décembre : Grève à Talbot Poissy contre les licenciements

1984

15 février : blocage des routes par les transporteurs routiers

4 avril : grève générale « Lorraine morte »

13 avril manifestation contre la restructuration de la sidérurgie

1985

15 juin 1985 : concert d SOS racisme

1986

automne : mobilisation étudiante contre le projet Devaquet

Apparition des coordinations

18 décembre – 15 janvier : grève des cheminots

Reprise de la forme coordination

1987

29 septembre : début de l' »Automne des infirmières ». Coordinations et coordination nationale

6-11-13-20-22 octobre : manifestation des infirmières

1990

6 octobre : début des émeutes de Vaulx en Velin

12 novembre marche nationale pour l’éducation des lycéens. Une délégation est reçue par François Mitterrand

21 novembre : émeutes d’Argenteuil après l’annonce du départ du super marché

1991

mars : émeutes à Sarttrouville

9 juin : émeutes à Mantes la Jolie (Val Fourré) et aux Mureaux

juin-juillet : émeutes à Epinay

1992

19 mars : mouvement étudiant et lycéen contre la réforme Jospin

Deuxième mouvement des infirmières

Lutte des intermittents du spectacle

8 juillet : barrages routiers contre le permis à point

1994

10-12-17 mars : lutte contre le projet de CIP (bac+2 à 80% du SMIC) du gouvernement d’Édouard Balladur : mouvement jeune dans toute la France sur la question du coût du travail, rejoint par les centrales syndicales.

1995

Novembre décembre : mouvement étudiant, grève des cheminots puis grève du secteur public contre le plan Juppé

1996

Grève de la faim des sans papiers de l’église Saint-Bernard

1997

Mobilisation contre la loi Debré

Mobilisation contre le Front National

1998

Mouvement des chômeurs

Mouvement des élèves, enseignants et parents du département de Seine-Saint-denis

3. D’un mouvement social à l’autre

3.1 Les derniers feux des luttes industrielles

De la fin des années 70 à la fin des années 80, on assiste aux derniers feux des grandes luttes industrielles : massives et territorialement large comme en Lorraine en 1979 ou dans la sidérurgie en 1983-4, mais le plus souvent isolées. Entreprise après entreprise, des fermetures, des plans sociaux , des délocalisation humainement coûteuses sont combattues. La C.G.T. et le Parti communiste y investissent souvent beaucoup de force : occupations longues, plans de restructuration, appuis des élus… De Cazeneuve (1976) ou Jeumont (1988) à Saint-Denis, à SKF (1983) à Ivry, toutes ces mobilisations ont débouché sur un échec. Les collectifs ouvriers y sont débauchés ou dispersés, démoralisés de façon durable. La dérive du vote ouvrier durant la seconde moitié des années 80 n’est sans doute pas étranger à ce sentiment dominant de déclin irréversible.

3.2 Violences et non force sociale : d’une pensée du conflit à une pensée du désordre

3.2.1 De la figure ouvrière à l’immigré

Dans la figure du conflit, le début des années 80 est marquée par l’effacement de la figure ouvrière. Les luttes phares de ces années, qui s’effilochent jusque vers 1988, sont presque toutes des luttes défensives, contre des licenciements, des délocalisations ou des fermetures dans lesquelles les forces communistes s’investissent fortement. Elles sont toutes défaites. Une autre figure émerge alors entre la grève de Citroen Aulnay et celle de Talbot : c’est celle de l’immigré. La question ouvrière est morte. S’ouvrent alors les années immigrées. Ce basculement que nous avons analysé par ailleurs est conforté par la gestion gouvernementale de la mobilisation de la jeunesse contre le racisme en 1983-84 qui deviendra alors le « mouvement beur ». On assiste à une véritable ethnicisation du débat social officiel[4], à laquelle le parti socialiste au pouvoir apporte une pierre non négligeable.

3.2.2 De l’exploitation à l’exclusion

Dans le même temps, en liaison étroite avec les nouvelles politiques sociales et la montée en puissance de la question de l’emploi, une notion nouvelle commence à faire fortune : celle d’exclusion. Elle s’impose ouvertement en lieu et place du concept d’exploitation et imprime son empreinte à une nouvelle pensée dominante du social.[5]

Cette nouvelle pensée du social a été exprimée avec concision et clarté par Alain Touraine[6] qui affirme le « passage d’une société verticale, que nous avions pris l’habitude d’appeler une société de classe avec des gens en haut et des gens en bas, à une société horizontale où l’important est de savoir si on est au centre ou à la périphérie ». Une véritable galaxie catégorielle peut alors être déclinée. Elle l’est notamment dans les quartiers d’exil, par François Dubet et Didier Lapeyronnie[7].

La violence latente dont la référence à la banlieue est porteuse renvoie à d’autres énoncés. Le « tissu social qui se défait », le « lien social qui se désagrège » font partie d’une vulgate qui devient dominante. A y regarder de plus près, le lien social se pose en fait comme la manifestation singulière d’une cohésion sociale énoncée à la fois comme une évidence et une nécessité. Les nouvelles politiques sociales nommées politiques de la ville s’inscrive dans un mouvement général de recherche de la cohésion perdue. Tout l’héritage durkheimien de la sociologie française resurgit dans le regard porté sur une catastrophe[8].

Le couple exclusion/insertion est le point fort du dispositif conceptuel. Par delà la problématique classiste dont la fin est annoncée, la réflexion qui s’engage chez Serge Paugam[9], comme chez le Jacques Donzelot de L’invention du Social ou le Robert Castel des Métamorphoses de la question sociale, renoue avec la problématique du paupérisme du début du XIX° siècle. Autrement dit, en refermant la question ouvrière comme une parenthèse, l’intellectualité qui s’investit là s’inscrit dans la lignée de la recherche de la cohésion sociale, voire de la paix sociale, voire de l’ordre tout court.

3.2.3 La crise de l’Etat providence comme crise du conflit : la politique de la ville

Le débat sur l’Etat providence est ouvert dès la fin des années 70. Il faudra plusieurs années pour qu’émerge l’idée qu’il s’agit moins d’une crise budgétaire que d’une crise structurelle. En fait l’Etat français constitué historiquement de la confrontation de la République et de la lutte des classes avait produit une forme singulière d’institutionnalisation du conflit et de réglementation du travail et du salaire socialisé. Sa remise en cause par la crise de l’emploi ne suffit pas à caractériser sa crise : c’est la forme salariale elle même, comme forme étatique qui est remise en jeu, contestée par les stratégies de fléxibilisation, par la déréglementation et affaiblie par l’épuisement d’une certaine forme de lutte sociale « de classe ». Le diagnostic de « non force social » établi en 1994 par Ph. Estèbe et J. Donzelot s’appuie sur le constat de cet épuisement. Dans l’absence ou le non visibilité d’une forme alternative de conflit, l’Etat change de posture. Il devient non seulement « animateur » selon l’expression des mêmes auteurs, mais pourvoyeur d’aide à la précarité : au nom de l’insertion, il accompagne et subventionne la flexibilisation de la force de travail. D’assurantielle, son intervention devient caritative. C’est le fond de la mise en place d’un ensemble de procédures regroupées sous le qualificatif global de « politique de la ville » à la fin des années 80. De ce point de vue, il n’y a pas de position de gauche et de droite, mais au contraire un relatif consensus qui traverse sans trop d’encombre les alternances politiques (1986-1988-1993-1997).

3.3 Les années 80-90 : traces de futurs

3.3.1 Les mouvements de la jeunesse

Les mobilisations jeunes rythment assez régulièrement les années 80 et le début des années 90 : de la marche pour l’égalité à la mobilisation contre le Front National, en passant par des conflits de nature universitaire ou la réaction de masse au CIP. Les terrains sont assez divers et la durée assez longue pour que l’on s’interroge sur la légitimité d’un tel regroupement autour de la catégorie « jeunes ». Il pourrait en effet nous être opposé que « la jeunesse n’est qu’un mot » (Bourdieu) ou que les jeunes de 1983 ne sont plus jeunes en 1995, ou enfin que les émeutes de Vaux en Velin et Mantes la Jolie sont aussi le fait de jeunes et que si unité il y a, il faut en penser la totalité.

Lorsqu’un journaliste de Libération parle de « génération morale », il ne s’agit pas à coup sûr des émeutiers de la banlieue ordinaire ni des « jeunes des bas des tours », de ces « galériens » décrits pas François Dubet. Pourtant tous se retrouvent régulièrement dans la rue : combien de fois a-t-on, durant les années 80, stigmatisés les « casseurs de vitrines » sévissant sur les marges des manifestations scolaires et universitaires. Mobilisation sur les grands principes d’un côté, violence aveugle et délinquance de l’autre : y aurait-il une bonne et une mauvaise jeunesse ?

IL y a, à coup sûr, des éléments communs d’expérience dans la confrontation à l’ordre établi qui peuvent éclairer cette ambivalence de la violence ou de l’attachement aux grands principes de vie commune. Cette expérience s’enracine dans les transformation de la figure du travail et de l’emploi. Ce sont les générations montantes qui font massivement l’expérience de la précarisation et de la dévalorisation de la force de travail. On sait aujourd’hui que cette situation ne signale pas une spécificité de la jeunesse mais une crise plus large de la forme salariale. Or tout est fait depuis quinze ans pour en stigmatiser les victimes, leur manque d’expérience professionnelle, leur manque de formation, le prix trop élevé de leur force de travail. De mesures jeunes en procédures d’insertion, le discours caritatif de l’Etat vis à vis de la situation faite à la jeunesse lui renvoie une image de semi « inutile au monde ». Le rapport au travail se construit ainsi moins dans la confrontation à un employeur particulier qu’à un marché global largement modelé par les interventions publiques et les diverses mesures d’insertion. Là ou on leur propose de se conformer à un modèle d’emploi fordiste disciplinaire dont ils connaissent l’obsolescence, les jeunes répondent soit sur la contestation des symboles de l’Etat, soit sur la nécessité de changer les modèles au nom des grands principes, notamment celui d’égalité. Le fil rouge de leur réactivité collective est celui de la contestation des normes existantes vécues comme discriminantes, qu’ils soient, ou non, en capacité d’en porter de nouvelles.

3.3.2 les mouvements dans les services publics et l’émergence des coordinations

Que dans un mouvement de reflux général de la syndicalisation et des luttes sociales traditionnelles du salariat, les salariés du secteur public, plus protégés de la précarisation montante, puissent entretenir des foyers de mobilisation n’étonnera pas. Ce sont, durant cette période, les cheminots et les infirmières qui, incontestablement tiennent le haut du pavé. S’agit-il pour autant du maintient des luttes sociales traditionnelles dans un secteur préservé ? Les choses sont plus complexes pour deux raisons. La première est que la notion de service public, le sentiment de défendre les intérêts de tous en défendant ses propres intérêts n’est pas absent de la mobilisation. La seconde est que dans les formes de la mobilisation, une nouveauté s’enracine qui a pris naissance dans le mouvement étudiant et lycéen : c’est celui de la coordination qui sera d’ailleurs reprise par les mouvements de routiers. Son succès signale deux choses : la contestation, par la mobilisation elle-même du cadre syndical hérité des décennies précédentes, la volonté de gérer autrement le rapport de l’individu au collectif dans la lutte. Cette forme apparaît comme transitoire : quand, en décembre 1995, les syndicats auront trouvé un autre positionnement et une autre démarche de gestion de la mobilisation, la forme coordination apparaîtra obsolète dans sa première figure. Lorsqu’elle réapparaît plus tard, notamment dans la luttes des sans papiers ou en Seine-St Denis en 1998, elle ne se pose plus en concurrente des organisations mais en espace de fédération démocratique de forces diverses. Dans l’immédiat, la forme coordination est une médiation essentielle. Tout se passe comme si l’organisation interne à la lutte et son dégagement du point de vue syndical strict permettait d’assurer la légitimité de cette lutte aux yeux d’un public plus large, au moins autant que le contenu des revendications avancées.

3.3.3 le mouvement des intermittents du spectacle

Un troisième espace de mobilisation marque non plus les années 80 mais e début des années 1990 : il s’agit de la lutte des intermittents du spectacle[10]. Ce mouvement, perçu comme en marge des luttes sociales habituelles, marqué par des formes d’actions portant l’empreinte du milieu concerné (occupation de l’Odéon , intervention lors des remises de récompenses professionnelles…) a pourtant une portée beaucoup pus large. Il s’enracine dans la tension maximale entre une des figures du travail les plus modernes par leur créativité et la précarisation quasiment institutionnalisé du marché de l’emploi. La lutte a fonctionné comme un apprentissage collectif d’un cycle de production éclaté tandis que les revendications contribuaient à faire émerger une nouvelle définition du travail et de la force de travail : c’est tout l’espace du salariat (forme salaire et journée de travail) qui se trouve en demeure de redéfinition, ce qui explique sans doute la prudence des organisations syndicales même quand, à l’instar de la C.G.T., elles se sont trouvées au coeur du mouvement.

3.4 L’événement fondateur de décembre 1995

3.4.1 novembre décembre 95

Novembre décembre 1995, dans ces conditions apparaît moins comme une rupture que comme la concrétisation d’évolutions déjà perceptibles dans les années qui ont précédé. Mais l’événement est là : un nouvel acteur collectif a rompu brusquement le consensus social et institutionnel. Ce mouvement gréviste social et politique à la fois est un événement politique majeur, et, premier jalon populaire clair de recomposition des pratiques et de la culture. C’est la parole de la grève et de la rue qui a bousculé le champ symbolique. Cette parole s’est incarnée dans des actes, une pratique de la grève et de la mobilisation. Avec les manifestations, les assemblées générales ont été au coeur de la mobilisation collective. Là où elles ne sont pas tenues de façon souveraines, là où les syndicats ont localement reproduit des pratiques anciennes, le mouvement gréviste ne s’est pas développé avec la même ampleur. La figure du meeting, significativement absente du mouvement, ou marginalisée, s’est inversée.. Le meeting c’est l’A.g. La parole politique, c’est la base, avec une volonté farouche de ne pas se laisser dessaisir. L’élaboration aussi.

Grève corporatiste ? Ceux qui défendent encore cette thèse n’ont pas voulu voir et pas voulu entendre[11]. Certes les revendications pouvaient être ancrées dans les réalités de l’entreprise (le contrat de plan SNCF, les questions de statut chez les cheminots de Marseille, voire des revendications locales plus spécifiques encore et souvent négociées localement dans les derniers jours). Mais ce qui frappe dans l’expression de ces revendications, c’est un rapport original de la mobilisation particulière à la mobilisation générale. Le général n’apparaît pas comme l’addition ou la synthèse de revendications particulières, mais que, à l’inverse, chaque revendication particulière est renvoyée à l’intérêt général..

3.4.2 Les luttes des années 1990.

Les mobilisations qui se sont succédées sur des thèmes et dans des secteurs divers après déc. 1995, ont retrouvé pour une part, les caractéristiques de ce moment originel : la démocratie interne au mouvement, sa politisation autonome qui bouscule les données du débat public, la sympathie massive de l’opinion publique à ces mobilisations mêmes celles qui pourraient être présentées comme les plus sectorielles, les difficultés des forces de gauche à trouver leur marques aux côté, dans ou derrière ce mouvement. On est incontestablement entré dans un nouvel âge des mobilisations dont l’incertitude lexicale (mouvement social, mouvement populaire, intervention citoyenne) signale la difficulté que les forces établies ont à le penser. Cette difficulté est redoublée du fait que ce renouveau militant qui s’exprime sur la durée à travers la vie associative notamment (elle même profondément renouvelée), n’est suivi ni d’un regain de syndicalisation, ni d’un regain civique pour les urnes et les comportements électoraux stables.

4. Premières analyses

4.1 Le conflit de l’entreprise à la ville ?

La fin des classes est une antienne peu nouvelle. Elle a repris de la vigueur avec la défaite spectaculaire des dernières grandes mobilisations ouvrières des années 75-85, le recul de la syndicalisation et de la conflictualité sociale jusqu’au début des années 80. L’effacement d’une forme historique de conscience et de mobilisation sociale est patent. Doit-il être confondu avec la fin des conflits et des mobilisations ? Le mois de décembre 1995 a apporter à cette question une forte nuance. Pour autant le retour de la lutte ne signifie pas le retour de la classe comme sujet historique. D’est à cette nouveauté radicale à laquelle se trouve confrontée la gauche et notamment le P.C.F..

La thèse la plus récente serait que le passage du conflit social « de classes » au malaise de la « banlieue » signalerait le déplacement des contradictions sociales de l’entreprise à la ville, plus précisément du travail à l’urbain. Or nous soutiendrons que le travail, l’activité, son utilité sociale reste le noeud central du rapport de l’individu à l’espèce, de l’activité à l’ordre existant, bref la matrice principielle de la politique[12].

4.2 Les transformations du travail

Les conditions de la confrontation sociale et le la valorisation du travail par le capital se sont révolutionnées en quelques décennies, déplaçant à la fois le lieu de la confrontation et le collectif. Si le conflit de classe a porté publiquement, sur plusieurs générations, sur la valeur d’échange de la force de travail et la garanties publiques de sa valorisation, la mobilisation a aussi plongé ses racines subjectives dans l’écart entre le travail prescrit et le travail réel, que gît la force de l’autonomie ouvrière, de sa conscience mobilisée, de ses formes collectives.

La prescription opératoire traditionnelle tend de plus en plus à céder la place à une prescription subjective. L’écart entre prescrit et réel, l’autonomie industrieuse des hommes devient un facteur central de rentabilité !. Difficulté annoncée pour un patronat qui conserve, par ailleurs, des critères anciens de productivité tant la mobilisation réelle de cette partie obscure du travail est lourde d’incertitude pour la cohésion de l’entreprise et ses normes[13]. A un conflit portant prioritairement sur la valeur d’échange de la force de travail a succédé une tension sociale globale sur sa valeur d’usage. Le doute patronal sur la prescription de travail est renvoyé sur le soupçon d’inemployabilité porté sur des millions de chômeurs et de précaires. C’est l’utilité sociale de l’activité humaine, compétence et professionnalité, qui est directement en cause.

C’est donc toujours bien le travail qui reste la matrice principale de la contradiction, mais à une échelle telle que l’entreprise elle même devient un cadre bien étriqué de son développement, sinon de son dépassement. La matière d’une vraie territorialisation urbaines des luttes sociales est là. La nouvelle figure de la valorisation et de la force de travail, des compétences et des coopérations nécessaires, telles qu’elles ont été notamment dévoilées dans les travaux sur le travail immatériel, dessine une nouvelle ville en gestation. Cette nouvelle figure a une dimension fortement territoriale. Elle implique une force de travail flexible, mobile et fortement coopérative[14]. La polyfonctionnalité, la séparation du public et du privé, de l’économique et de l’urbain, l’intervention publique : tout y est en retravail. Cette nouvelle ville se construit sous nos yeux : lieu du face à face du peuple et de l’Etat, espace principal de la politique populaire.

4.3 Un nouveau rapport à l’Etat

Des forces sociales étaient donc là en novembre décembre 1995[15].Le mouvement gréviste porte une émergence populaire de la politique qui déborde l’espace public institutionnel et contribue à le redéfinir. Il est marqué par l’émergence d’un acteur social collectif qui abolit les taxinomies sociales statutaires en cours depuis plusieurs années (inclus/exclus, français/immigrés) Un consensus, est rompu. Autour des notions de solidarité publique et d’intérêt général, le mouvement à recentré la polémique sociale sur une opposition entres des logiques de classe (l’homme contre l’argent, la valeur d’usage contre la valeur d’échange), sans pour autant ressusciter l’incarnation de ces logiques dans des groupes sociaux spécifiés. Pas étonnant, dans ces conditions, que nous ne parvenions pas à nommer cette modernité politique . C’est la politique des gens, celle qu’ils vivent, et celle qui les mobilise.

5. La gauche face aux nouveaux mouvements sociaux

La question du rapport de la gauche avec les mouvements sociaux se déploie donc sur plusieurs dimensions:

1. Le rapport activité gouvernementale/luttes sociales, donc le rapport à l’Etat des partis de gauche dans leur diversité

2. le rapport aux figures anciennes et nouvelles de la mobilisation sociales et l’identification politique de la modernité

3. les formes de politisation des nouvelles mobilisations autrement dit leur rapport à l’Etat, aux organisations politiques et plus fondamentalement aux figures sociales du travail

5.1 le rapport à l’Etat de la gauche

5.1.1 Le P.S. absorbé par le présidentialisme

Depuis 1981, le P.S. aurait acquis une culture de gouvernement. Quel est le contenu et la portée de cette affirmation ? L’accès au pouvoir en 1981 accélère et cristallise une évolution entamée depuis la prise en main du parti par François Mitterrand : le parti social démocrate qui gardait encore un lien avec le mouvement social achève son insertion dans l’espace de l’Etat avec toutes les conséquences sur le fonctionnement interne du parti, la sélection des cadres et la réflexion stratégique. Le lien avec une parti du syndicalisme, notamment la C.F.D.T., avec un mouvement associatif d’un type particulier, bref la nébuleuse de la deuxième gauche est absorbé par des enjeux institutionnels, et par des responsabilités. Vu d’un ministère, ou d’une stratégie de conquête d’un ministère, le lien avec les luttes sociales ne peut être au mieux qu’instrumental. Ceci est vrai que l’on soit au gouvernement ou dans l’opposition. Après une mobilisation de cette gauche là, notamment dans sa composante intellectuelle en faveur du plan Juppé, le mouvement de 1995 est regardé avec prudence sinon avec hostilité. Le mouvement des sans-papiers et la mobilisation contre la loi Debré provoque la même prudence dans l’opposition, puis une hostilité quasi ouverte une fois au pouvoir. Le mouvement des chômeurs est dans un premier temps accusé de manipulation, comme le mouvement scolaire en Seine-Saint-denis.

5.1.2 La cohabitation

Cette continuité de l’attitude gouvernementale dans la culture gestionnaire et la méfiance voire l’hostilité aux mobilisations sociales et politiques a sans doute été accentué par les épisodes successifs de cohabitation. En 1986, en 1993 puis en 1997, la dualité politique s’installe à la tête de l’exécutif. Dans les trois cas, de fait, ni la gauche ni la droite ne gouvernent avec l’appuis d’une majorité absolue des électeurs. Cette situation ouvre l’espace d’un certain consensus sur la question sociale au moins sur la façon de la nommer sinon sur la façon d’y répondre : exclusion, immigration, ghetto, fracture sociale, mixité sociale etc.. L’existence de ce consensus restreint le champ de la politique partisane au champ gestionnaire et laisse à découvert un vaste champ de la conflictualité et d’une politisation populaire qui tend à se développer en dehors.

5.1.3 Le balancier communiste

La place du P.C.F. dans ce dispositif est évidemment assez singulière. S’il oscille entre l’intériorité (1981-1984/ 1997-?) et l’extériorité (1977-1981/1984-1997), il situe toujours sa position part rapport à ce champ, sous la discipline de ses contraintes. Les périodes gouvernementales, surtout la première, le mettent en porte à faux vis à vis des mobilisations. Les périodes d’extériorité tendent à lui faire rejeter les logiques gestionnaires au seul profit d’une démarche purement contestataire. Il faudra bien des efforts en 1997-98, par exemple pour que le seul parti à avoir dès le départ appuyé en tant que tel le mouvement des sanas papiers, prenne une distance nette et active avec la nouvelle législation préparée par J.P. Chevènement et la pratiques très restrictive des procédures de régularisation. De la même façon, son penchant à mettre d’abord en avant l’action du gouvernement le met en porte à faux du mouvement séquano-dionysien dans les premiers jours. La grande différence entre les deux périodes d’intériorité à l’Etat, outre la personnalité du premier secrétaire, tient surtout à ce que l’actif militant qui reste a été impliqué par tranche successive dans les différentes mobilisations depuis décembre 1995 et pousse à chaque fois es direction vers une position moins gouvernementale et gestionnaire. Mais la question est compliquée du fait que dans son effort d’aggiornamento, notamment dans la période récente, la direction du parti voit dans la participation gouvernementale et la légitimité étatique qu’elle en tire, une des pièces maîtresses du renouveau faute de maîtriser la modernité réelle des mouvements sociaux eux-mêmes.

5.2 Le double décalage de la gauche

5.2.1 Le P.S. entre l’instrumentalisation et la distance

Le P.S. qui avait su dans les années 1970, capter à son profit et dans une stratégie de conquête gouvernementale, les aspirations qui se manifestaient dans les nouveaux mouvements sociaux et le mouvement associatif (écologie, féminisme, régionalisme, changements aux quotidien), perd une bonne part de cette capacité dans les années 80. IL peut encore, avec de moins en moins de succès, intervenir de façon instrumentale sur quelques mouvements, avec la médiation de l’état et de l’institutionnalisation du conflit: c’est très nettement le cas dans le mouvement beur de 1983-4. Cette capacité est épuisée dans les années 90. Le mouvement associatif s’est transformé, les enjeux des conflits qui portent de plus en plus contestation sur les logiques économiques et sociales dominantes sont en contradiction avec une stratégie de gestion douce de la sortie de l’Etat providence et de la dérégulation. La sanction électorale est sensible assez tôt et si elle n’entrave pas de façon définitive sa marche au pouvoir, elle installe une fracture politique au sein de la gauche qui amène des intellectuels comme P. Bourdieu en 1998[16], ou d’autres dès la campagne électorale de 1997, à souhaiter que le mouvement social se construise quasiment comme une force politique autonome, laissant les partis (notamment le P.S.) aux délices et aux poisons de la gestion gouvernementale.

5.2.2 Le P.C.F. à la recherche d’une identité ouvrière perdue

La crise de l’identité communiste est sans doute à mettre en relation avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement des régimes de l’Est. Mais, surtout dans le cas français cet élément ne doit pas nous faire oublier que ce malaise identitaire trouve aussi ses racines dans le lien entre communiste et figure ouvrière à une époque où cette figure est en déclin rapide. La période marchaisienne fut marquée par une tentative de maintenir coûte que coûte ce lien. La personnalité et l’image du premier dirigeant cristallise et symbolise en même temps ce soucis.

Georges Marchais était un ouvrier. Peu importe au fond le nombre réel d’années passées à l’usine. Georges Marchais fut des années durant la figure conquérante de l’ouvrier métallo parisien au coeur de la politique française : à la fois capable de tenir tête à un très technocratique ministre des finances sur son propre terrain et de déranger l’ordre convenu de l’espace public par ses outrances et des grossièreté subtilement calculée au point de se caricaturer mieux que se nombreux imitateurs. La gouaille, l’humour, l’aplomb et le bon sens populaire de celui à qui on ne la fait pas dessinait une figure emblématique de la classe imposant sa présence et son projet sur la scène politique française. Vénéré ou détesté, ce qu’il représentait était incontournable, confortait son autorité mais fut aussi, durant les dernières années, un piège redoutable.

Quand la figue ouvrière s’efface brutalement de la scène sociale et politique, quand cette identité collective ne fonctionne plus dans l’imaginaire pays, une époque se clôt. L’homme Marchais devient un homme du passé. Dans un pays où la question des classes et de leur lutte, celle des formes politiques du communisme se pose avec acuité, le secrétaire général du P.C.F. continue d’incarner la fusion d’un groupe social et de la perspective révolutionnaire. Or ce groupe est en train d’être dévalorisé socialement, économiquement, politiquement symboliquement. De là à ce que celui qui l’incarne ne devienne le symbole d’une ligne de défense quasi corporatiste, il n’y a qu’un pas. Ce décalage a fonctionné durant dix longues années et a gravement affecté la culture et l’image du parti tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, bien au de-là des choix politiques de l’intéressé et peut-être même à son corps défendant. La figure ouvrière conquérante s’efface devant l’ouvriérisme. Le grand perturbateur des convenances politiques ne dérange plus, il conforte alors l’image d’un combat du passé, d’une époque à tourner.

Faut-il remplacer la figure de l’absente et si oui par qui ? Celle des ingénieurs cadres et techniciens ou celle des « exclus » ? Celle des immigrés ou celle des jeunes qui les soutiennent ? Faut-il chercher la classe ouvrière perdue sous le masque des nouvelle figures d’acteurs ? Les salariés ou les chômeurs ? Le P.C.F. des années 1990 est en quête d’un nouveau sujet historique. A défaut de pouvoir l’ancrer dans le social, il lui a trouvé le nom de citoyen. Mais l’incertitude reste grande.

5.2.3 Des luttes en dehors du champ de l’Etat

L’identification du nouveau mouvement social est donc bien la grande question de l’heure. Tâche complexe, pour le savant comme pour le politique. Mais aussi pour ses acteurs eux-mêmes, pris entre la singularité profonde de chaque mobilisation et le sentiment diffus de leur unité, entre une volonté d’intervention politique et l’inadéquation des formes traditionnelles de cette intervention. Est-ce la fin de la politique, laissant définitivement des appareils vieillis dans l’orbite mortifère de l’Etat et de ses enjeux ? Il est certain que la politique nouvelle qui y prend forme ne se construit pas, surtout pas dans un rapport à l’Etat en terme de conquêtes du pouvoir ou de pouvoirs. Il se situe clairement en extériorité radicale et en interlocution avec lui. Dans ces conditions, les actes politiques les plus élémentaires changent de sens : on n’élit plus ses représentants mais ses futurs interlocuteurs. Si la gauche s’enferme dans l’Etat, elle se dépolitise. Si la politique organisée est la façon d’installer et de dynamiser l’espace entre l’Etat et la politisation populaire, alors cet espace est quasiment totalement à réinventer aujourd’hui.

 

6. Bibliographie

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[1] Bertho Alain , « Les socialistes : parti, société, institutions », Société Française 1984/13, pages 27-37

[2] Alain Touraine, L’après socialisme, Grasset 1980. Ainsi que tous les travaux de son équipe notamment Le mouvement ouvrier avec Michel Wieviorka et François Dubet, Fayard, 1984

[3] Jacques Donzelot et Philippe Estèbe, l’Etat animateur, Esprit 1994

[4] Bertho (A.), Banlieue, banlieue, banlieue, 1996, la Dispute

[5] Paugam (S.), L’exclusion, l’état des savoirs, La Découverte, 1996

[6]. Ce texte fait référence et « Face à l’exclusion » a été publié deux fois en quelques mois dans des lieux éditoriaux voisins : dans le n° d’Esprit consacré à la France des banlieues, dans le coll dirigé par dans le coll. Citoyenneté et Urbanité, éditions Esprit,1991.

[7]. François Dubet, Didier Lapeyronnie, Les quartiers d’exil, Paris, le Seuil 1992.

[8] . Karsenti (Bruno), « Le piège de l’exclusion », Futur Antérieur 1996/2, n°35-36

[9] op.cit.

[10] Corsani (A.), Negri (T.), Lazzarato (M.), Le bassin de travail immatériel en région parisienne, l’Harmattan, 1996

[11]. Perrineau (P.), Wieviorka (M.), « De la nature du mouvement social », Le Monde, 20 décembre 1995.

[12] Ce point est développé dans Bouffartigue (P.), Eckert (H.), Pendariès (J.R.) dir., Le travail au-delà du salariat, La Dispute, 1996, Bertho (A.) « la politique entre le travail et l’Etat ».

[13]. Yves Clot, Jean Yves Rochex, Yves Schwartz, Les caprices du flux, Vigneux, Matrice, 1990.

[14] Corsani (A.), Negri (T.), Lazzarato (M.), Le bassin de travail immatériel en région parisienne, l’Harmattan, 1996

[15] Bertho (A.), « La grève dans tous ses états », Futur Antérieur 33/34, 1996/1

[16] Pour une gauche vraiment à Gauche, le Monde 9 avril 1998

~ par Alain Bertho sur 6 mai 1998.

 
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