Emeute à Siguirinin en Guinée – février 2010

Guinée: des dizaines d’arrestations après des heurts avec des militaires

AFP

14 02 2010

CONAKRY — L’armée a arrêté des dizaines de personnes dans le nord-est de la Guinée à la suite d’affrontements entre des militaires et la population qui réclamait le versement de la contribution d’une société aurifère au développement local, a-t-on appris dimanche auprès de témoins.

Entre « 45 et 50 personnes » ont été arrêtées à la suite de ces affrontements survenus vendredi et samedi dans la sous-préfecture de Siguiri, dans l’extrême nord-est, selon plusieurs témoins joints dimanche par l’AFP.

« Les personnes arrêtées ont été transportées à Léro (une société aurifère à Siguirini) », a indiqué Fanta Kéita, qui dit être depuis vendredi sans nouvelle de son mari et de son fils de 23 ans.

« Même les femmes en (état de) grossesse ne sont pas épargnées par les violences et la vague d’arrestations. La plupart des jeunes ont fui en brousse », a expliqué Mory Kouyaté, un notable de Siguirini.

« Les militaires bastonnent, blessent, pillent et saccagent les petits commerces, les domiciles des citoyens et ont même incendié une case et brûlé deux motos », a de son côté dit Sidiki Camara, un responsable local de la jeunesse.

« Oui il y a eu des arrestations parce qu’on s’attaque pas impunément à l’autorité », a déclaré à l’AFP une source à la gendarmerie de Siguiri, chef-lieu de la région, sans préciser combien de personnes avaient été arrêtées.

Ces affrontements, dont l’origine restait à préciser, ont également fait des blessés, dont le nombre n’était pas connu.

Selon des témoins, la population accuse le sous-préfet de Siguirini, le commandant Cécé 2 Koivogui de détournement du « centime additionnel », une contribution au développement local versée par les sociétés d’exploitation minière en Guinée pour des investissements sociaux.

Le montant de cette contribution n’a pas été précisé.

« Depuis qu’il (le sous-préfet) a été affecté ici (à une date non précisée), nous n’avons pas vu la couleur de nos fonds. Il a tout détourné et surtout, il n’est jamais à son bureau », a déclaré à l’AFP Sidiki Camara.

« Le sous-préfet est indésirable chez nous. Il est corrompu et d’ailleurs il est venu ici pour chercher de l’argent et non pour travailler », a pour sa part indiqué Mory Kouyaté.

Une cinquantaine de personnes arrêtées par les bérets rouges à Siguirinin.

guineenews.org

13 février 2010

Trois jours après de violents affrontements entre hommes en arme et populations civiles à propos du retour du sous-préfet de Siguirinin le Commandant Cécé 2 Koïvogui devenu ‘’indésirable’’ dans cette sous-préfecture située à 135 km de Siguiri centre, la situation s’enlise et les arrestations arbitraires continuent, selon Sidiki Camara qui a fuit son village (Siguirinin) pour se refuser à Siguiri centre.

Selon Sidiki Camara qui aurait échappé de justement à la bastonnade et à l’arrestation arbitraire qui sévissent à Siguirinin depuis trois jours maintenant, leur village est totalement vide de ses habitants à cause ‘’des violences’’ et ‘’des arrestations’’ commises par les bérets rouges que Pivi et Moussa Moïse Keïta auraient envoyé pour imposer le sous-préfet le Commandant Cécé 2 Koïvogui.

« Notre village Siguirinin est comme un terrain de bataille. Ils sont en train d’arrêter des gens… Il y a au moins 50 personnes arrêtées d’abord. Elles sont amenées à Léro et entassées dans les conteneurs. Même les femmes en grossesse ne sont pas épargnées encore moins les nourrices. Certaines pour se mettre à l’abri, se sont aventurées en brousse…Ils ont incendié la case de Oury Foula Diallo. Et le griot Demba Djéli Kouyaté est entrain de dire dans le village que Pivi et Moussa Moïse Keïta ont donné l’ordre aux bérets rouges de tuer s’il faut pour imposer le sous-préfet. Le village est toujours sous couvre-feu. Les populations rejettent le sous-préfet parce qu’il n’a rien fait pour nous. Il n’est jamais à son bureau. Pour le voir, il faut aller au bureau du directeur général de l’UMS Fadi Wazin. Cet homme les a tous corrompus… », nous explique-t-il au téléphone.

Pour lui, c’est l’un des frères du capitaine Moussa Moïse Keïta du nom de Mamady Keïta qui est en train de dénoncer les gens. « C’est le frère de Moussa Moïse Keïta qui donne les noms des personnes à arrêter. Les bérets rouges viennent arrêter les gens dans leur sommeil…Nous, on ne fait que demander un droit. L’argent que la société doit donner pour le développement des collectivités du village, part dans les poches du sous-préfet. C’est pourquoi, on est contre le retour de Cécé. Ce n’est nullement un problème d’ethnie loin de là. Sinon, on n’aurait pas accepté que le gouverneur de Kankan le Colonel Kankoudonou qui est aussi forestier vienne nous parler et qu’on accepte. Pivi et Moussa Moïse Keïta se servent de ça pour nous mater. Nous n’avons ni maison de jeunes ni un autre endroit de création. Le village ne bénéficie rien de la société UMS », poursuit Sidiki.

Pour avoir la version officielle, nous avons vainement tenté de joindre l’officier Jean Claude Pivi sur le numéro.

Aux dernières nouvelles, une délégation du CNDD devrait se rendre à Siguirinin depuis 14 heures à bord d’un hélicoptère.

Siguiri : La sous-préfecture de Siguirinin sous couvre-feu…Pivi mis à l’index encore

guineenews.org

12 février 2010

La sous-préfecture de Siguirin dans la préfecture de Siguiri est depuis avant-hier mercredi 10 février 2010, le théâtre de violents affrontements entre les populations locales et les hommes en uniforme, selon un des responsables de la jeunesse de Suiguiri Adama Cissé que nous avons joint ce matin (vendredi 12 février) au téléphone pour nous donner les raisons de ces affrontements. Suivez ses explications.

Selon lui, tout a commencé lorsque le sous-préfet de Siguirinin le commandant Cécé 2 Koïvogui qui avait été révoqué de ses fonctions par le gouverneur de la région de Kankan le colonel Antoine Kankoudouno est revenu de Conakry le mercredi dernier en compagnie d’un contingent militaire pour reprendre sa place par force.

« Cet affrontement entre populations de Siguirin et hommes en uniforme a commencé avant-hier (mercredi 10 février) quand le sous-préfet ‘’destitué’’ est revenu soudainement de Conakry pour reprendre contre le gré des populations, sa place. Alors qu’il a été renvoyé par le gouverneur de Kankan après que, ce dernier ait constaté que les populations de Siguirinin sont persécutées par les autorités militaires dans cette localité de Léro. Ce qui a irrité les populations, c’est le fait qu’il soit venu avec des militaires et dire qu’il a été confirmé par le capitaine Jean Claude Pivi… Les jeunes en premier, se sont vivement opposés à son retour et après le reste de la population. Et, les affrontements ont continué », nous explique-il

Inté.rrogé sur l’origine du conflit, Adama indique que l’hostilité des populations de Siguirinin à leur sous-préfet remonte lorsqu’un certain Moussa Keïta (différent du ministre Secrétaire permanent du CNDD le colonel Moussa Keïta), président de la fédération sportive militaire avait donné l’ordre prendre le terrain destiné à la construction de la maison de jeunes pour donner à ‘’un libanais’’ qui se trouve lui à Conakry.

« Lorsque le commandant Cécé 2 Koïvogui a été muté à Siguirinin à la prise du pouvoir par le CNDD, il avait dissous à sa guise le conseil du district de Siguirinin. Et c’est là que le torchon a commencé à brûler entre les populations locales et leur sous-préfet. Ensuite, il y a le comportement affairiste d’un certain Moussa Keïta qui est président de la fédération sportive militaire qui avait demandé par l’entremise du sous-préfet Cécé 2 Koïvogui de retirer le terrain qui devait abriter la maison de jeunes de Siguirinin des mains de la jeunesse pour donner à un libanais qui lui a construit une maison et lui a acheté une voiture. Ce libanais a des affaires à Siguirinin… Ce Moussa Keïta qui est différent de l’autre Moussa Keïta que tout le monde connaît, est natif de Suiguiri. C’est lui qui a envoyé des militaires qui campent à Siguirinin depuis des mois. A la tête desquels, se trouve un certain Mara… », poursuit le responsable de la jeunesse.

Revenant sur les circonstances des affrontements d’avant-hier qui auraient fait de nombreux blessés dont un cas très grave selon M. Cissé, ce natif de Siguiri affirme que, vu que la situation s’aggravait, le gouverneur de Kankan qui était venu demandé pardon aux populations a dépêché séance tenante le secrétaire général administratif de Siguiri Néné vieux Camara pour aller demander au sous-préfet de prendre ses affaires et s’en aller en lieu et place d’Amadou Camara.

« C’est là que la situation a dégénéré. Quand la délégation locale est arrivée contraindre le sous-préfet à prendre ses affaires et de quitter les lieux pour réinstaller Amadou Guissé qui avait été destitué par le même sous-préfet à sa prise de fonctions, les militaires se sont mis à bastonner les gens jusqu’à blessés beaucoup d’entre elles dont un cas extrêmement grave. Ils ont battu le secrétaire général administratif Néné Vieux Camara jusqu’à le blessé très sérieusement… Il est actuellement entre la vie et la mort au moment où je vous parle. Et la sous-préfecture de Siguirinin est sous couvre-feu depuis 15 h avant-hier. Jusqu’à présent cela continue. C’est Pivi et Moussa Keïta de la fédération sportive militaire qui sont à la base de cette barbarie. Ils avaient menacé le gouverneur de Kankan le colonel de la gendarmerie Antoine Kankoudouno lorsque ce dernier avait demandé le sous-préfet de respecter la volonté des populations. Contrairement à Pivi et Moussa Keïta qui veulent donner une étiquette ethnique à la chose, le gouverneur de Kankan est un homme très bien. Il faut qu’on sache que les populations ne s’opposent pas au sous-préfet Koïvogui parce qu’il est forestier loin de là… C’est faux. Nous sommes tous des Guinéens. Siguiri a toujours accueilli des Guinéens venus d’autres régions de la Guinée », conclut-il.

~ par Alain Bertho sur 15 février 2010.

Laisser un commentaire