Plus de voitures incendiées au Royaume-Uni qu’en France

Outre-Manche, deux fois plus de voitures brûlées qu’en France

www.rue89.com

Par Hugues Serraf | Chroniqueur | 07/01/2010

Avec un peu plus de 40 000 voitures incendiées l’an dernier, la France passe à nouveau pour la championne du monde de cette discipline. Etre champion du monde, c’est toujours agréable et j’imagine que même Brice Hortefeux -en son for intérieur autant qu’en son fort de la place Beauvau- doit se féliciter d’être le ministre de l’Intérieur le plus titré chez les assureurs automobiles.

Et pourtant, et pourtant… cette satisfaction pourrait n’être qu’un feu de paille si, comme je l’espère, quelqu’un qui n’aurait vraiment pas grand-chose à faire de son temps, un commentateur frénétique de site d’info ou de blog, par exemple, s’avisait de partir à la pêche aux statistiques mondiales.

Disposant moi-même de certains moments de liberté, j’ai pu mettre la main sur un rapport (un brûlot ? ) britannique certifiant que nos voisins du dessus nous surclassaient carrément. Et même s’ils ne tiennent malheureusement pas leurs comptes à jour (les chiffres les plus récents datent de 2002), le record est plutôt à 90 000 unités.

Oui, 90 000 voitures cramées, soit deux fois plus que les 45 588 incendies volontaires de bagnoles répertoriés en France en 2005, pourtant notre meilleur millésime à ce jour (merci les émeutes…).

Mieux : le chiffre britannique ne renseigne que sur le vandalisme motorisé en Angleterre et au Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord compilant leurs statistiques dans leur coin. Ok, ils mélangent allègrement les feux de voitures préalablement volées, flambées en stationnement ou réputées abandonnées dans quelque coin sombre, mais tout de même : la France a manifestement pas mal de progrès à faire pour enflammer le cœur d’un hypothétique jury international de pompiers.

La France coiffée au poteau

Ce qui est amusant, d’ailleurs, c’est la manière dont nous réussissons à convaincre le reste du monde de notre supériorité combustible. Les lendemains de réveillons de jour de l’an, même la presse de Londres s’émeut en apprenant que le célèbre quartier du Neuhof, à Strasbourg, s’est laissé manger la laine sur le dos par on ne sait quelle cité du 9-3 !

Grand étudiant de l’exception française devant l’éternel, je sais pourtant reconnaître une fausse idiosyncrasie gauloise lorsqu’elle traverse la rue devant moi : brûler des bagnoles parce que c’est con et rigolo, je veux bien parier qu’il s’agit d’un sport à peu près aussi universel que taguer des wagons de métros ou des murs de lycées.

Bien sûr, ce n’est pas parce que je ne suis plus motorisé moi-même que je n’ai pas de sympathie pour le pauvre type retrouvant sa Clio carbonisée le matin de la Saint-Odilon, lorsqu’il reprend le turbin après les agapes de la Saint-Sylvestre, mais la banalité de la scène brise un peu l’émotion.

Clairement, mettre le feu à une voiture, c’est le vandalisme des pays où il y a des voitures, tout comme piquer des téléphones portables est essentiellement réservé aux nations où l’on trouve des boutiques Phone House à tous les coins de rue. Mais je vous concède que ça n’est pas vraiment une consolation. Ben quoi, je suis comme Brice Hortefeux : moi aussi, ça me plaît d’être champion du monde.

Le rapport officiel britannique en PDF

Plus de voitures incendiées au Royaume-Uni qu’en France

www.lefigaro.fr

15/01/2008

Selon des documents officiels britanniques, 73 000 véhicules partent en fumée au Royaume-Uni contre 50 000 de ce côté-ci du Channel. Mais Paris pourrait connaître une aggravation du phénomène.

La France et ses quelque 45 000 à 50 000 voitures brûlées chaque année était, disait-on, un «cas unique en Europe». Le Figaro s’est pourtant procuré un rapport officiel du bureau du vice-premier ministre à Londres (document en anglais), chargé de coordonner l’action du gouvernement, qui témoigne que les feux de voiture sont une préoccupation commune au moins pour les bobbies et leurs collègues des banlieues françaises.

Le document est titré : «Feu de véhicules. Expliquer les raisons des incendies volontaires».

Selon ses auteurs, Steve Merrall et Sylvia Chenery, tous deux criminologues, les feux de voitures sont passés en Angleterre et dans le Pays de Galles (sans compter l’Écosse) de 43 900 faits en 1998 à 73 200 en 2002. Une autre étude à laquelle notre rédaction a pu accéder révèle, quant à elle, que ce phénomène représente 63 % du total des incendies de l’autre côté du Channel, soit une moyenne annuelle de «71 500 véhicules partis en flamme chaque année».

Le rapport Merrall-Chenery apporte les explications. Il établit que «le lien entre le vol de voiture et l’incendie volontaire est beaucoup plus étroit qu’on ne l’imaginait», puisque «la moitié de tous les incendies de véhicules se sont produits sur des engins préalablement volés». Ce qui correspond donc en Grande-Bretagne à plus de 37 000 voitures brûlées ! Conclusion : «La première motivation pour l’incendie des véhicules volés est la destruction des preuves scientifiques, à commencer par l’ADN», estiment les deux criminologues.

Des stratégies payantes

Une thèse d’autant plus intéressante que le Grande-Bretagne, championne de la police technique et scientifique, est un modèle pour la France. «Faut-il craindre que le développement de ces techniques modernes en France ait, comme effet pervers, les hausses des incendies pour destruction de traces ?», interroge un policier à Paris.

Les Britanniques donnent, malgré tout, quelque raison d’espérer dans la lutte contre ce phénomène. «Les progrès des techniques pour révéler l’ADN permettent de plus en plus de contourner l’obstacle du feu», lit-on dans un document d’experts. En outre, diverses stratégies commenceraient à payer. Le rapport du bureau du vice-premier ministre à Londres insiste sur l’importance d’enlever tout véhicule abandonné dans la nature ou sur la voie publique dans les 24 heures. Car son saccage et sa mise et feu par des vandales sont quasiment systématiques. Autre piste à privilégier : favoriser la coopération entre la police, les services d’incendie et de secours et les élus, pour mieux «tenir» le terrain et réagir plus vite.

En France, selon les rares études disponibles, un tiers des véhicules seraient incendiés pour frauder l’assurance et 10 à 15 % pour détruire des preuves. Le reste relèverait des violences urbaines ou de la vengeance privée.

~ par Alain Bertho sur 9 janvier 2010.

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