Incendie du commissariat d’Ousse les Bois (Pau) en septembre 2003

« Opération à grand spectacle »

01.10.2003

Jean-Marcel Bouguereau

C’ETAIT une opération à grand spectacle qui s’est déroulée hier entre 6 heures et 8 heures du matin dans le quartier de l’Ousse-des-Bois. Meilleure preuve : les télévisions avaient été prévenues à l’avance mais, curieusement, pas la presse écrite. Ce qu’on voulait c’était des images fortes, destinées, selon des sources policières, à « montrer aux habitants du quartier que la police était décidée à ne pas se laisser intimider ». Pour cela on avait mobilisé plus d’une centaine de policiers, venus des commissariats de Pau, de Bayonne ainsi que des policiers du SRPJ et des « stups », sans compter la demi-compagnie de CRS qui campe à demeure dans le quartier depuis l’incendie qui, samedi après-midi, a détruit le bureau de police. Le bilan a été maigre : quelques perquisitions de domiciles, de caves d’immeubles et de voitures, la saisie d’une batte de base-ball et l’interpellation d’une personne sans rapport, selon un enquéteur, avec l’incendie du poste de police. Ensuite, le terrain étant en quelque sorte dégagé, Nicolas Sarkozy pouvait arriver dans l’après-midi pour son habituel numéro de charme et d’autorité. Car cet homme a une obsession depuis son arrivée au Ministère de l’Intérieur, c’est de ne pas se « pasquaïser », surtout que, depuis la prise à la hussarde de la Mairie de Neuilly, en 1983, par le petit Sarkozy au nez et à la barbe du puissant « Charles », leurs carrières ne cessent de s’entremêler. Hier à Pau, Sarkozy a fait toutes les promesses qu’on attendait de lui. Le bureau de police sera reconstruit et ses éffectifs seront doublés. Exhortant la police à « ne pas reculer, pas même d’un centimètre » face aux voyoux, il a promis de « reprendre ce quartier, multiplier les controles et les patrouilles », en y mettant tous les moyens nécessaires. Cet homme qui a réussi l’exploit de faire voter l’abandon de la double peine par les députés de droite comme de gauche, s’est rendu indispensable, cloturant le dossier enseignant que Luc Ferry n’avait pas su boucler. Il est partout. Son activisme qui lui vaut le joli surnom de  » speedy  » est plus planifié qu’il n’en a l’air. Comme son souci de l’image : hier, à Pau, il a refusé d’aller dans le quartier de l’Ousse-des-bois. Pas question pour le Ministre de l’intérieur de poser devant un poste de police incendié. Et à fortiori pour le prétendant, un jour prochain, à la Présidence de la République. J.-M. B.

Deux interpellations suite aux incidents de Pau

02.10.2003

Les suspects sont présumés être liés « d’une façon ou d’une autre » à l’incendie d’un poste de police dans le quartier de l’Ousse-des-Bois.

Deux hommes, dont les identités n’ont pas été communiquées, ont été interpellés jeudi matin dans le quartier de l’Ousse-des-Bois à Pau, où un poste de police a été ravagé le 27 septembre par un incendie volontaire, a-t-on appris auprès de la police judiciaire.

Les deux hommes ont été interpellés à 6h à leur domicile et sont présumés être liés « d’une façon ou d’une autre » à l’incendie, a-t-on précisé de même source. Ils ont été placés en garde à vue.

Deux autres individus avaient été interpellés dimanche soir et mis en examen et incarcérés dans la nuit de mardi à mercredi pour « participation à une association de malfaiteurs ».

Selon le procureur, « il n’a pas été possible d’établir de lien avec l’incendie du commissariat de l’Ousse des Bois samedi après-midi, mais compte tenu du contexte et de leurs explications confuses et contradictoires, on considère que l’essence était destinée à commettre de nouvelles dégradations ». Les deux jeunes hommes, un majeur de 18 ans et un mineur de 17 ans, avaient été interpellés dimanche soir alors qu’ils venaient de remplir deux bidons d’essence dans une station-service. L’un évoquait une panne de voiture et l’autre parlait d’un plein de scooter.

Résultat nul

Les perquisitions menées mardi matin dans le quartier de l’Ousse des Bois par une centaine de policiers avaient débouché sur un résultat pratiquement nul: après vérifications, il n’y a eu aucune garde à vue, et seule une batte de base-ball a été saisie.

Samedi après-midi, un groupe d’une quinzaine de jeunes cagoulés avaient incendié un véhicule de police et le poste de police avec des bidons d’essence enflammés. La voiture et le commissariat avaient été entièrement détruits. Les trois policiers présents, légèrement intoxiqués par les fumées, avaient réussi à échapper aux flammes.

Deux familles résidant dans deux appartements situés aux étages supérieurs ont dû être évacuées et relogées. Le groupe avait réussi à s’enfuir.

Pour le procureur de la République, les faits pourraient être lié au verdict rendu vendredi soir par la Cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques sur le meurtre d’un jeune de ce quartier, jugé trop clément par les proches de la victime. (avec AP)

Pau : méfions-nous des méthodes exceptionnelles

Lettre du président du comité palois du MRAP

mis en ligne vendredi 3 octobre 2003 par germinal

De l’Ousse-des-Bois
Par Jean-Claude Pomarède, Président du Comité palois du MRAP

Méfions-nous. Méfions-nous de nous habituer à des méthodes exceptionnelles. Des méthodes qu’on n’utilise nulle part ailleurs. Quelques exemples récents. On soupçonne un trafic de drogue. On enquête. C’est normal. Un beau matin, on boucle le quartier Ousse-des-Bois. Est-ce normal ? On trouve moins de deux kilos de cannabis. Quel autre quartier aurait-on bouclé sans mourir de honte d’un tel résultat ? Cela n’empêche pas de continuer de parler d’économie souterraine. Quand la justice passe, de nombreux jeunes appréhendés sont relaxés faute de preuves. Qu’y a-t-il d’anormal ? N’est-ce pas leur arrestation sans charge sérieuse qui était anormale ?

Un braquage a lieu. Les braqueurs s’enfuient en direction du quartier de l’Ousse-des-Bois. Une opération coup de poing avec Préfet et directrice départementale de la police est immédiatement montée. On arrête deux jeunes qu’on relâche. Aurait-on fait la même chose si les dits braqueurs s’étaient enfuis vers le quartier Trespoey ou le centre ville où j’habite ? Méfions-nous de nous habituer aux méthodes exceptionnelles.

Quelques jeunes brûlent l’annexe du commissariat de police de l’Ousse des Bois, c’est évidemment condamnable. Cette condamnation n’exonère pas de chercher des explications. N’y a-t-il pas eu, à l’issue d’un verdict contesté, des violences policières dont a fait état l’avocat de la partie civile contre, notamment, le frère de la victime et cette victime, ce jeune homme qui a bel et bien été tué et dont chacun s’est plu à dire qu’il était exemplaire ?

On enquête, c’est normal. Le quartier est à nouveau bouclé. Est-ce normal ? On trouve trois ou quatre battes de base-ball. Je signale aux fins limiers que j’ai derrière ma porte un très joli bâton très lourd en bois d’eucalyptus, ramené du Maroc où j’étais un jeune coopérant. Une descente de police le trouverait. Mais le ridicule ne tue pas. Et les opérations à grand spectacle, les gesticulations, ça plaît. Sarkozy, expert en la matière, rapplique et rafle la mise.

Méfions-nous de nous habituer aux méthodes exceptionnelles, c’est la voie royale vers l’état d’exception.

L’Ousse-des-Bois est un quartier de Pau. À l’Ousse-des-Bois il y a beaucoup de pauvres, d’immigrés, de fils d’immigrés, de Maghrébins. Cela justifie-t-il l’emploi de méthodes d’exception ?

Écrit le 30 septembre 2003, vers 15 heures, au moment où Monsieur Sarkozy reçoit à la Préfecture avec les diverses autorités, des associations. Le MRAP n’est pas invité. Ce qui prouve bien que le racisme, ça n’existe pas.

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La police investit L’Ousse-des-Bois

http://www.ladepeche.fr

1 10 2003

Pau: perquisitions et visite de Sarkozy

Cent cinquante policiers, appuyés par une demi-compagnie de CRS, ont investi, hier, à 6 heures du matin, la cité de L’Ousse-des-Bois, à Pau, où un groupe de jeunes encagoulés a incendié, samedi après-midi, un poste de police dans lequel se trouvaient trois gardiens de la paix. Une opération qui s’est déroulée quelques heures avant la venue de Nicolas Sarkozy au commissariat et à la préfecture de Pau (voir encadré).

Tandis que certains contrôlaient les voitures et leurs occupants, d’autres perquisitionnaient une vingtaine de caves d’immeubles où des bandes sont suspectées de se réunir et de cacher des armes et produits illicites.

Cette fouille n’a débouché que sur la saisie d’une batte de base-ball et l’interpellation d’un jeune homme condamné, l’an dernier, par contumace à quatre mois de prison pour vol avec effraction.

Ce bouclage du quartier a été plus ou moins bien perçu par les habitants. Si certains veulent bien aborder le sujet, d’autres, omerta oblige, s’y refusent totalement

« C’est indispensable de mettre en prison les voyous qui causent tous ces troubles. Ce n’est pas parce que l’on ne vit pas dans des beaux quartiers que l’on n’a pas le droit de vivre en paix », considère une aide-maternelle qui réside depuis quinze ans à L’Ousse-des-Bois.

Une retraitée s’insurge: « Ça suffit maintenant! Il faut toujours attendre un drame pour qu’on fasse enfin quelque chose ». Son mari ajoute: « Pourtant, depuis quelques temps, les braquages de commerces et les incendies de voitures se multiplient ».

« IL FAUT ARRETER LES COUPABLES!»

Une jeune maman, qui a été contrôlée au volant de sa voiture, n’apprécie pas cette descente. « C’est sûr, il faut arrêter les coupables! Mais, là, on a l’impression que tous les gens de la cité sont des délinquants. Pourtant, nous sommes les premières victimes de cette insécurité. On a un peu trop tendance à l’oublier ».

Quant aux travailleurs sociaux, « ils font tout pour calmer les esprits », comme l’explique Amar, un éducateur.

« On ne parle du quartier que lorsqu’il y a des faits divers. On ne parle pas de tout ce qui s’y fait de bien, notamment en matière d’insertion des jeunes. Ces contrôles conduisent certains ados à se révolter et à détester la police alors qu’ils ne posent pas de problème particulier et ont une activité. »

Un autre craint que « tout cela ne débouche sur « un toujours plus » de policiers alors qu’il faudrait surtout offrir un véritable avenir à ces gamins ».

Un policier avance que « c’est la condamnation, vendredi, à six ans de réclusion d’un portier de boîte de nuit accusé de meurtre et la relaxe de son complice qui auraient déclenché cette explosion de violence ». Toujours selon lui, « ce verdict aurait été jugé trop clément par la famille ».

Pour l’heure, l’enquête se poursuit pour tenter de confondre les auteurs de cet incendie qui aurait pu coûter la vie à plusieurs personnes.

Guillaume ATCHOUEL.

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« Je ne peux rien dire »

Télévision, vols, agression, destruction de bureau de police… malgré la médiatisation, le quartier de L’Ousse-des-Bois restait tranquille, hier, alors que Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, annonçait sa visite à Pau. Pas d’état de siège de la part des forces de l’ordre, les commerces étaient ouverts, l’école du quartier restait opérationnelle. Tout au plus, malgré les forcenés du jogging, notait-on une certaine inquiétude. « C’est la loi du silence, déclarait une fonctionnaire du quartier. Nous n’avons pas la possibilité de parler. La dernière fois, lorsqu’ils ont mis le feu au bureau de poste, nous étions plus inquiets. De toute façon, ici, dès qu’il y a un problème, le quartier est encerclé par la police… Quoi de plus sécurisant!.. De plus, à l’école, frères, nièces sont présents à l’entrée comme à la sortie ».

Par contre, on évoque l’éternel problème des caves de la cité. « Malgré de nombreux travaux, des trous restent ouverts et permettent d’aller d’une cave à l’autre. C’est pour cela qu’on ne les attrape jamais ». Car de l’avis de tous, il ne s’agit, tout au plus, que d’une vingtaine d’individus, qui enchaînent divers méfaits ».

Du côté des enseignants, on reste très prudent: « On préfère en parler, remettre les choses en place car ils n’ont pas une idée claire du déroulement des faits… S’ ils ont été sensibles à la médiatisation de l’événement, on ne sait pas ce qu’ils ressentent vraiment et ce que leurs parents disent. Une chose est certaine… On parle plus volontiers de « keufs » et de « poulets » que d’agents de police.

Une autre fonctionnaire de l’Education nationale est on ne peut plus pragmatique. « Tous ces problèmes jouent contre l’image du quartier. Les écoles sont en train de se vider. On ne pourra pas lutter, les familles veulent aller ailleurs ».

A quelques encablées de là, du côté du bureau de police où l’odeur nauséabonde se fait encore sentir, les réactions sont plus vives: « Dites-lui à Sarkozy qu’on donne les moyens à la police!».

Philippe DELVALLEE.

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Nicolas Sarkozy: « La police ne partira pas de ce quartier!»

Nicolas Sarkozy s’est rendu, hier, au commissariat et à la préfecture de Pau pour « apporter son soutien aux policiers ». Il considère que « ces exactions sont l’oeuvre de voyous au casier judiciaire chargé, de délinquants qui contestent des décisions de justice, mettent en danger la vie des policiers et des gens et agressent des journalistes… L’oeuvre de mafias de la drogue et d’économie souterraine qui ne supportent pas d’avoir été en partie démantelées ». Le ministre de l’Intérieur garantit qu’ « il n’y aura pas 1 cm2 du pays où la loi de la force remplacera celle de la loi de la République ». Il promet que « la police ne partira pas de ce quartier, multipliera les patrouilles et arrêtera les coupables ».

Avant de s’entretenir en privé avec le préfet, il a remis la médaille « des actes de courage et de dévouement » aux trois policiers qui se trouvaient dans le poste incendié. Trois hommes décorés pour « avoir fait honneur à la police nationale en évacuant, malgré le danger des flammes, les habitants des premier et deuxième étages de cet immeuble ».

Le ministre de l’Intérieur ne s’est, en tous cas, pas rendu dans le quartier de L’Ousse-des-Bois.

Pau : un poste de police attaqué puis incendié
(Le 27 septembre 2003)

Pau : un commissariat incendié, deux jeunes hommes interpellés

L’annexe du commissariat central de Pau, située à la périphérie du quartier sensible de L’Ousse-les-Bois, a été victime, samedi [27 septembre 2003] dernier, d’une attaque en règle de la part d’une quinzaine d’individus. « Vers 15 h 20, un groupe de jeunes a lancé des cocktails Molotov a travers les vitres du commissariat, ce qui a mis le feu instantanément au bureau de police et aux deux logements », explique Alain Zbulon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées Atlantiques » comme le rapporte Elisa Navarro dans LA DEPECHE DU MIDI (29/09).

Trois policiers occupaient les locaux lors de l’assaut et les habitants de l’immeuble ont pu être évacués rapidement. La consternation est grande à Pau, car « c’est en effet la première fois que des personnes en l’espèce des membres de la police de proximité sont clairement et directement ciblées  » précise Thomas Longué dans SUD-OUEST (29/09). Il semble que cette attaque ait été motivée par le mécontentement suscité la veille par la décision de la cour d’Assises de Pau, qui venait de condamner un portier de boîte de nuit à 6 ans de réclusion après le meurtre d’un jeune homme de L’Ousse-les-Bois. Jugeant la décision trop clémente, les amis de la victime s’étaient déjà confrontés aux forces de l’ordre après le procès.

Deux jeunes hommes ont été interpellés et ont du justifier les deux bidons d’essence qu’ils avaient transporté peu avant l’incendie du commissariat. Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy s’est rendu à Pau, où il a récompensé les policiers visés et réaffirmé l’état de droit. « Cette visite ne sert à rien. Sarkozy nous laisse avec nos problèmes sur le dos » conteste André Labarrère, le maire de la ville cité par LIBERATION (01/10). « Il y a 140 animateurs, enseignants et assistantes sociales dans ce quartier (…) Nous dépensons des millions pour sa réhabilitation. Et il n’y a pas de résultats  » conclue le maire.

Revue de presse n°81 de Ouest-France – Du 29 septembre au 5 octobre 2003

~ par Alain Bertho sur 10 septembre 2009.

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