Emeutes en Birmanie août 2007

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Birmanie : après cinq journées d’émeutes sanglantes, le général Sein Lwin a été contraint de quitter le pouvoir

août 2007

L’annonce, vendredi 12 août, par Radio-Rangoun, de la démission du général Sein Lwin a été accueillie par des explosions de joie dans la capitale birmane. Les gens sont descendus dans la rue en se congratulant, après cinq jours d’affrontements violents qui ont fait entre cinq cents et mille cinq cents morts, selon des témoins étrangers. Officiellement, le nombre des victimes approche la centaine.

C’est par un sec communiqué de deux paragraphes que la chute du dictateur – après seulement dix-huit jours de règne marqués par un soulèvement de la population et une sanglante répression – a été annoncée.

Le comité central du Parti du programme socialiste (parti unique) « a accepté la lettre de démission de Sein Lwin de son poste de président du parti et de membre du comité central », a indiqué la radio, ajoutant que le général avait également abandonné la présidence de l’Etat et son mandat de député. Le comité central et le Parlement se réuniront en session extraordinaire le 19 août pour discuter de sa succession.

Il semble bien que le « boucher de Rangoun » ait été contraint de démissionner par ses pairs, compte tenu de l’aggravation rapide de la situation. Jeudi soir encore, il aurait déclaré : « Nous avons le pouvoir d’écraser les manifestations, et ils [les émeutiers] devront venir ramper à nos pieds. »

Certaines informations laissent à penser que le vieux général Ne Win, dont la démission, le 25 juillet dernier, avait ouvert le chemin au général Sein Lwin, longtemps son collaborateur, n’aurait pas été étranger à cette éviction. L’ancien président pourrait jouer un rôle important dans la désignation du futur président du parti et de la République, sans toutefois, peut-on penser, reprendre autrement que temporairement le pouvoir.

Peu de noms circulent danc ce pays qui a élevé le secret au niveau d’une institution. Cependant, le nom le plus souvent avancé est celui du général Kyaw Htin, un militaire formé aux Etats-Unis et « numéro trois » du régime. A moins que l’ancien général Aung Gyi, emprisonné au début d’août, ne sorte de prison pour tenter de calmer les manifestants.

C’est la détermination de ceux-ci qui a sans doute convaincu l’armée qu’elle devait se débarrasser d’un dirigeant qui menait le pays, mais surtout le régime, à l’abime.

En effet, les manifestants s’en prenaient de plus en plus à des bâtiments officiels (postes de police, bureaux du parti unique, etc.), et leur mouvement avait fini par semer le trouble parmi certains soldats et officiers, au point qu’on avait signalé des cas de refus d’ouvrir le feu, voire de désertion.

LE DANGER D’UNE EXTENSION DE LA GUÉRILLA

Plus grave encore, la poursuite des manifestations ne pouvait qu’affaiblir l’armée dans sa lutte contre les diverses insurrections ethniques et contre le PCB. En effet, pour maintenir l’ordre dans les villes, le régime a été contraint de retirer un nombre important d’unités _ certaines sources parlent de la motié _ des zones de combat. Déjà des informations ont fait état de l’entrée d’unités rebelles karens à Pa-an, la capitale de l’Etat karen.

M. Brand Seng, président du Front national démocratique, qui regroupe plusieurs mouvements d’opposition armée, et qui est le chef de la dissidence kachin, a appelé ses partisans à profiter de l’occasion pour lancer une grande offensive coordonnée contre les forces gouvernementales.

Il a estimé qu’une vingtaine de villes étaient à la portée des guérilleros du Front, et il a lancé un appel aux soldats gouvernementaux pour qu’ils rallient ses rangs et se battent pour « la paix et la démocratie ».

Les opposants sont trop faibles, et trop divisés, pour menacer Rangoun. D’autant qu’ils ne comptent guère dans leurs rangs de membres de l’ethnie birmane, majoritaire.

Cependant, une telle situation ne peut qu’aggraver l’inquiétude des dirigeants militaires, qui s’efforcent de réduire la dissidence, ou du moins de la contenir, dans les régions montagneuses. C’est donc plus pour assurer la survie du régime que par une soudaine conversion à la démocratie que l’armée vient de contraindre le général Sein Lwin à s’effacer.

Cela suffira-t-il à calmer l’agitation d’une population menée par les étudiants et bénéficiant du soutien de nombreux bonzes ? Une fois exprimée la joie d’être débarrassés d’un dictateur encore plus brutal que son prédécesseur, les revendications qui étaient à l’origine du soulèvement de ces derniers jours vont resurgir.

Déjà des Birmans réclament une amélioration de la situation économique _ et en particulier une baisse du prix du riz, qui avait grimpé de 50 % depuis l’arrivée au pouvoir du général Sein Lwin, _ la libération des prisonniers politiques et plus de démocratie. Si le régime ne décide pas, enfin, de prendre en compte les exigences des Birmans exaspérés par un quart de siècle de dictature et de misère, les troubles risquent de reprendre.

~ par Alain Bertho sur 25 septembre 2007.

Une Réponse to “Emeutes en Birmanie août 2007”

  1. Il semblerait qu’il y ait une erreur dans la date de cette entrée ; si je ne me trompe, la présidence du boucher de Rangoon eut lieu en 1988, non en 2007. Sein Lwin est mort en 2004.

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