Mondialisation, compétition interurbaine et développement urbain

Le cas des Jeux Olympiques : Barcelone 1992, candidature Paris 2012

Pierre PLOSZAJSKI

Mémoire 2004-2005, Institut d’études européennes

Introduction

Le nouveau cycle économique mondial entamé depuis le début des années 1970 à l’échelle internationale, faisant place à celui de la production de masse standardisée « fordienne » et « tayloriste », bouscule et bouleverse les paradigmes d’organisation, de production et de gestion tant de l’économie que de la ville.

Entendons la ville comme le support spatial formel d’un jeu d’interactions sociales. Une forme en sorte qui n’a pas de réalité ontologique propre et qui témoigne, à travers le temps et dans l’espace, des interprétations majeures qui en ont été faites, dans un rapport de pouvoir et d’influence. Bien qu’elle soit elle-même, par sa dimension historique, un acteur dynamique des évolutions de ce jeu d’interactions sociales, la ville n’est jamais figée. Elle se transforme continuellement pour être de son temps.

Il n’est plus à démontrer que les villes ont accompagné l’éclosion de l’économie, en ce qu’elles constituent le lieu propice aux innovations et créations d’ordre techniques et institutionnels du fait de la fréquence des interactions humaines. Débarrassées des contraintes de production alimentaire d’autosubsistance amenées par les progrès des techniques de production agricole, les villes ont accumulé les populations et ont pu développé une division, une spécialisation du travail source de progrès. L’existence d’un marché de consommation interne, liée à des améliorations des moyens/systèmes de transport, a permis le développement de l’échange. Celui-ci s’est produit et s’est appuyé dans et sur les villes. Le degré de liberté et les statuts particuliers des villes au Moyen-Âge (franchises, chartes, vacance du pouvoir, etc.) ont permis l’apparition d’un système capitaliste de production et la naissance d’une économie de marché. Cette étape urbaine et économique s’est construite sur la vacance de l’autorité de l’Etat propre au système féodal issu de la chute de l’Empire romain. L’échelon local (la ville) était le lieu de toutes les expériences et de toutes les réalités.

Jusqu’à la période industrielle, la production de biens, bien qu’en constante croissance, n’était que le fait de la force humaine. Les nécessités d’organisation, de logistique et d’infrastructures en étaient encore à leur stade artisanal. La pensée scientifique d’optimisation des échanges et des espaces n’était pas nécessaire vu que les déséconomies d’agglomération et de fonctionnement n’étaient pas criantes ou n’apparaissaient pas comme telles. C’est avec l’apparition de la production industrielle, et la hausse corollaire, et des rendements et des échanges qu’elle induisait, qu’apparaissent les premiers efforts et les premières tentatives poussées de régulation, d’organisation des villes à l’instar des entreprises.

Selon François Ascher il existe, à travers l’analyse des cycles économiques et des transformations urbaines, une cohérence entre les processus de production, la gestion et l’organisation des entreprises, les pratiques urbanistiques, et les théories économiques. Un lien, non univoque certes, mais globalement cohérent. Effectivement, l’environnement de pensée contribuant à l’organisation de l’économie n’est pas indépendant de celui de la ville. Ils participent tout deux d’un même univers global. Les phénomènes de réflexion majeurs d’une période se déploient à tous les niveaux de l’organisation sociale (économie, espace, société) où du moins tentent de s’y déployer : « les actions urbanistiques reflètent une cohérence entre les nécessités économiques, les conceptions fonctionnelles, les positions esthétiques et les objectifs socio-politiques du moment »[1].

Il apparaît ainsi qu’un lien étroit associe conceptions « fordienne » et « tayloriste » du processus de production, pensée économique « keynésienne » et mouvement moderne de l’urbanisme (CIAM, Charte d’Athènes) personnifié par Le Corbusier. Ces trois courants participent d’une vision centralisée et verticale de l’action. Le keynésianisme constitue la base théorique du mode opératoire de l’Etat-providence. Un Etat fort, centralisé et régulateur qui, profitant d’une solide croissance économique, conçoit et dirige les affaires de l’Etat par le biais d’une planification rigide et verticale pour assurer le plein-emploi et une certaine redistribution des revenus. L’Etat menait des programmes de grands travaux d’infrastructures, des politiques de redistribution (indexation salaire/inflation, sécurité sociale, congés payés, redistribution territoriale, etc.). La ville et les territoires étaient produits par l’intervention planificatrice et régulationniste de l’Etat, dans une période où les cycles de vie des biens produits étaient encore prévisibles et longs.

De la période industrielle nous ne retiendrons ici que sa période avancée de production de masse standardisée caractérisée par les travaux et réflexions de Henry Ford et Frederick Taylor, noms desquels les villes de cette période furent créditées.

L’apport et l’influence de Henry Ford dans la production industrielle à la chaîne passaient par la stabilisation et l’augmentation de la productivité de la main d’œuvre par l’élévation à la fois des cadences de travail et des salaires. Ford percevait au-delà de la production stricto sensu le lien entre marché et consommation : selon lui, pour que l’entreprise puisse se développer, il fallait que les premiers consommateurs des biens produits puissent être les ouvriers eux-mêmes.

Taylor quant à lui a introduit une réflexion et une action sur la production même. Il a formalisé l’organisation scientifique du travail. Selon lui l’optimisation de la chaîne de production passait par la rationalisation par décomposition en tâches et fonctions élémentaires, la séparation des tâches intellectuelles et des tâches manuelles. Il préconisait le recours au chronométrage et au versement de primes attachées aux gains de productivité. L’ultra-spécialisation et séparation des tâches étaient gage de hausse de rendement. Ceci passait par une organisation strictement verticale de l’entreprise de la conception à la réalisation des produits. Le cadre de production de cette époque était marqué par un nombre restreint et petit de produits avec des cycles de vie d’une durée large et presque définie.

L’urbanisme de cette époque, appelé urbanisme fonctionnaliste ou urbanisme moderne, est personnifié par Le Corbusier, la Charte d’Athènes (1942), et les Congrès Internationaux d’Architecture Moderne (CIAM). Il reprend les réalités économiques et politiques de son temps. L’urbanisme fonctionnaliste, à l’instar de Ford et Taylor, entend concevoir rationnellement l’organisation spatiale afin d’en augmenter la productivité. C’est par le biais de réglementations que cet urbanisme se transcrit en un zonage précis et distinct de l’espace. Les capacités centralisatrices de l’Etat jouissant totalement du pouvoir, et la bonne santé du système économique permirent à ce courant d’avoir une influence et une pratique internationale dans les faits.

En très peu de temps, et ce du à des changements économiques et politiques majeurs, cette organisation fonctionnaliste de l’espace, comme par ailleurs toute organisation verticale, n’est plus valide. Les conceptions politiques et économiques ont changé. La technologique a connu des innovations révolutionnaires aux conséquences phénoménales. En trente ans, la mondialisation et la globalisation sont les nouveaux cadres de référence des acteurs économiques. Les villes subissent des mutations de leurs territoires occasionnées par le déclin de la ville industrielle, et à l’apparition de l’importance des services et des biens immatériels dans la production économique. Les territoires sont en compétition les uns contre les autres. La régulation, la planification par l’Etat s’est dissoute dans une régulation par le marché. Les villes doivent réagir et s’adapter à ces transformations. Un net recul des fonds publics les amène à collaborer avec le secteur privé pour mener à bien ces opérations de transformations. Toute l’architecture institutionnelle de la gestion et de la prise de décision urbaine se renouvelle. Les villes doivent désormais penser stratégiquement face à un environnement concurrentiel afin d’espérer faire partie du nouveau système économique et ainsi se développer.

Nous allons voir dans une première partie en quoi consiste le nouvel ordre économique et politique mondial et quelles conséquences empiriques il induit. Dans une deuxième partie nous évaluerons les adaptations qu’occasionnent ces évolutions économiques et politiques à l’échelle des villes au travers de leurs pratiques urbanistiques. Enfin pour terminer nous illustrerons les nouvelles dynamiques de politiques urbaines issues de ces transformations par le prisme des Jeux Olympiques. Nous verrons comment cet événement synthétise le fonctionnement des pratiques urbanistiques actuelles en ce qu’il permet aux villes de se restructurer conformément aux attentes du marché mondial. Deux villes feront l’objet de cette illustration : Barcelone pour les Jeux Olympiques de 1992 et Paris pour sa candidature aux Jeux Olympiques de 2012.

I. La mondialisation : reconfiguration de l’économie et des territoires

Nous assistons à l’échelle mondiale à des changements structurels profonds issus de facteurs multiples et interdépendants : innovations technologiques (transports, communication et information), suprématie idéologique (théorie économique néo-libérale : libéralisation, déréglementation, désengagement de l’Etat, financiarisation), réforme administrative (décentralisation), révolution d’échelle géographique et organisationnelle (mondialisation, globalisation) et mutations de la base productive de l’économie (économie informationnelle, tertiairisation).

Un mouvement concomitant liant innovations technologiques et établissement de la pensée économique néo-libérale a abouti à une configuration de l’espace mondial sans précédent. D’une part, l’affranchissement des contraintes de distance géographique permis par la baisse des coûts de transport, cumulé aux innovations des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), et d’autre part la dissolution des frontières nationales menée de manière idéologique à l’échelle mondiale, ont établi un espace économique d’un genre nouveau (économie mondiale et globalisation financière) s’étendant sur toute la planète. Ceci a permis aux acteurs de l’économie de nouvelles perspectives d’expansion (internationalisation par le commerce, mondialisation par l’investissement financier direct et indirect, et globalisation par l’organisation et la gestion) qu’ils se sont empressés de saisir, donnant naissance aux firmes transnationales, multinationales et au marché mondial. Ces dynamiques ne sont pas homogènes sur tous les territoires. L’action non régulée des entreprises privilégient des zones spécifiques du monde et des territoires. On assiste à la constitution d’un système à deux vitesses. D’un côté les zones intégrées à l’économie mondiale-globale, et de l’autre celles qui ne le sont pas.

Quels sont les traits et les manifestations de ce changement ? Comment se déroule-t-il ? Quelles conséquences induit-il sur la géographie, l’organisation spatiale ?

1) Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication et l’idéologie néo-libérale comme « media » de la mondialisation

Avec les mutations technologiques radicales induites par l’apparition des industries de hautes technologies, débouchant sur le phénomène des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), et l’amélioration des modes de transport et la réduction de leurs coûts, les principaux changements constatés depuis le début des années soixante-dix à l’échelle économique et institutionnelle mondiale reposent sur une nouvelle conception des rôles respectifs de l’Etat et du marché. La conception politique libérale de l’économie repose sur une action restreinte de l’Etat (Etat-gendarme assurant simplement la protection des conditions d’existence du marché : police, armée, justice, etc.) au sein d’une économie de marché. Les forces du marché doivent pouvoir agir librement sans entraves. La main invisible (A. Smith, 1776) agit pour réguler les passions individuelles. Les acteurs économiques sont rationnels et suivent les forces du marché. C’est une optique libérale renforcée qui prend place dans les plus hautes sphères décisionnelles : nationales, supranationales et internationales, à partir de la décennie 1970 (USA, Grande-Bretagne, CEE puis UE, FMI, Banque Mondiale, GATT puis OMC). La pensée ultralibérale, néo-libérale, monétariste, reprend les bases du libéralisme tel qu’hérité d’Adam Smith, tente de les parachever et introduit une conception du rôle de la monnaie originale dans le fonctionnement de l’économie mondiale. Les moyens de préservation de la valeur du capital et la liberté de circuler sont prioritaires. L’inflation (dépréciation de la valeur du capital) ainsi que l’action régulatrice et législative de l’Etat constituent les obstacles au bon fonctionnement de l’économie capitaliste.

Cette nouvelle idéologie, une fois installée au pouvoir, mène des politiques fortes de désengagement de l’Etat (privatisations, décentralisation administrative), et agit pour un marché libre (déréglementation, libéralisation, décloisonnement, libre circulation des capitaux, etc.). L’ordre néo-libéral du monde, associée aux possibilités nouvelles induites par les NTIC, va avoir de conséquents effets sur les territoires.

2) mondialisation, globalisation financière : une nouvelle géographie économique transnationale et horizontale en réseaux

A partir des années soixante-dix, et tout au long des deux décennies suivantes, s’est produite une restructuration du système économique et de l’économie mondiale sans précédent. Sous l’effet cumulé des nouveaux moyens offerts par les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication et des mesures néo-libérales, dont profitent en premier lieu les grandes entreprises, nous assistons, en moins de deux décennies, d’une part, au parachèvement de l’internationalisation de l’économie qui parvient à un nouveau stade avancé, celui de la mondialisation, et d’autre part, à l’autonomisation des marchés financiers et à leur expansion à l’échelle de la planète toute entière : la globalisation financière. L’ordre ancien du monde est totalement transformé. Cette restructuration provoque une recomposition spatiale et géographique majeure. Seuls certaines zones du monde sont concernées par ce développement de l’économie mondialisée. Ce sont plus particulièrement les grandes villes ou métropoles qui profitent du nouvel ordre mondial. Le nouveau système se développe selon une très forte polarisation des activités, des échanges, et de la croissance. La nouvelle économie est caractérisée par l’importance du capital, et repose sur des connaissances technologiques et un niveau de développement qui exclut les régions retardées du monde. Elle fonctionne selon une organisation en réseaux des entreprises et des territoires, intégrés par le biais des nouvelles technologies de l’information et de communication. Celles-ci permettent des « effets tunnel » à échelle mondiale qui vont être exploités par les nouvelles firmes multinationales. Débarrassées des protections réglementaires nationales, ces entreprises vont favoriser les zones rentables du monde sans se soucier de leurs hinterlands historiques. Les systèmes de dépendance verticaux reliant les pays entre eux se transforment en rapports horizontaux entre des pôles spécifiques, développés de chaque pays échangeant à partir de flux financiers et de flux d’informations. Ces pôles ne concernent pas des Etats entiers mais seulement certaines parties de ces Etats. Les métropoles deviennent les lieux clé de la nouvelle économie. Les Etats-nation perdent de leur poids et les principales firmes internationales jouissent d’une puissance considérable.

Jusque dans les années soixante-dix, l’économie mondiale a pour référence l’échelon national, et est fortement cloisonnée, hiérarchisée, spécialisée et standardisée. Les entreprises sont nationales, elles produisent des biens de masse standardisés selon une séparation nette et rationnelle des tâches, et les échangent avec d’autre entreprises nationales. Un contrôle de ces échanges existe sous la forme de règles, de lois. L’Etat a la charge de ce contrôle. L’économie internationale fonctionne selon trois modèles. Le modèle de croissance théorisé par Solow, le modèle de l’économie internationale théorisé par Ricardo et le modèle d’organisation scientifique du travail théorisé par Taylor. Le tout sous le poids d’un Etat interventionniste inspiré des politiques keynésiennes de régulation, d’organisation et de contrôle.

Le modèle de croissance de Solow repose sur l’existence d’une structuration centre-périphérie de l’innovation, de la technologie et de la production, selon un rapport vertical, rectiligne et différé, avec au cœur du système l’économie étasunienne. Le développement technologique est exogène et les économies périphériques sont en phase de rattrapage par rapport au centre. Dans cette théorie, la technologie et la production sont les socles de la croissance. Selon Solow, la technologie et l’innovation se diffusent successivement dans le monde grâce au commerce international et à la délocalisation d’unités produisant des biens standardisés. Toute innovation se diffusera inéluctablement à chaque région selon une temporalité précise. Par le biais de l’adaptation technologique, chaque zone profitera à son tour de la croissance. Par là, chaque zone représente également un marché pour chaque produit selon le modèle du cycle de vie des produits de R.Vernon.

Dans le modèle de l’économie internationale de Ricardo ce sont les économies nationales qui sont les acteurs et échangent entre elles. Celles-ci sont des économies fermées : barrières douanières, immobilité des hommes, immobilité des matières premières, faible mobilité des capitaux, etc., seul les moyens technologiques sont apparemment mobiles. Chaque pays se spécialise dans la production de produits en adéquation avec l’allocation physique naturelle des territoires en matières premières. L’utilisation de cette profusion permet de dégager naturellement des avantages comparatifs (optimisation des coûts de production) à l’échelle du marché mondial. C’est la loi des avantages comparatifs.

Le modèle d’organisation scientifique du travail de Frederick Taylor repose sur l’existence de produits peu nombreux, standardisés et fabriqués en masse. Il reprend les thèses de rendement par le travail à la chaîne de Ford, et y additionne une séparation nette des tâches de planification, innovation (tâches « intellectuelles ») et les tâches de réalisation. Pour un produit de masse standard donné, il vaut mieux concentrer la production rationnellement pour permettre des économies d’échelle. « Le modèle de production de masse reposait sur les gains de productivité réalisés par des économies d’échelle dans un processus mécanisé, à la chaîne, de production d’un produit standardisé, dans les conditions de contrôle d’un vaste marché par une forme organisationnelle spécifique : la grande firme structurée selon les principes de l’intégration verticale et d’une division sociale et technique institutionnalisée du travail[2]».

Dans ce système, l’Etat joue un rôle déterminant, les économies sont nationales et les marchés sont réglementés. Il existe une hiérarchie verticale centre-périphérie entre les différentes régions du monde (des Etats-Unis au Tiers-Monde en passant pas l’Europe et le Japon) et toutes, à leur niveau et à leur rythme, profitent de la croissance. La production industrielle de masse est peu diversifiée et dégage sa compétitivité grâce à une très forte productivité permise par un rendement très soutenu et une forte spécialisation des tâches. L’Etat s’emploie à corriger les écarts géographiques et sociaux de développement par le biais de la redistribution centralisée.

Cet ordre des choses va subir une transformation radicale à partir des années soixante-dix : les crises financières, le retrait progressif de l’Etat, la déréglementation, la libéralisation des marchés, la libre circulation des capitaux, les modifications des besoins de consommation des classes moyennes, les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, une concurrence accrue et la recherche de débouchés nouveaux des entreprises vont donner naissance à un monde foncièrement différent et nouveau.

Dans le monde entier, suite aux crises pétrolières des années soixante-dix, à la crise de la dette de 1982 et à la montée du chômage, les entreprises ont craint pour leur rentabilité et leurs capitaux. Elles ont cherché des moyens pour ne pas perdre leur profitabilité. Pour ce faire elles devaient trouver de nouveaux débouchés à leurs produits. De nouvelles stratégies s’imposaient. Selon Manuel Castells, « il existait quatre solutions pour parvenir à ces fins : réduire les coûts de production, augmenter la productivité, élargir le marché et accélérer la rotation du capital[3]». Chacune de ces solutions fut utilisée mais l’une d’entre elles plus particulièrement. Suite aux politiques structurelles prônées par les institutions internationales et les gouvernements des Etats des pays développés, le cloisonnement du système mondial vola en éclat. Ainsi, l’option d’élargir le marché fut, plus que toute autre solution, la réponse des entreprises à la crise des années soixante-dix. Les mesures libérales aidèrent cette dynamique. Du fait de cette conjoncture, le monde actuel est caractérisé par une « inversion des indices de mobilité[4] » du modèle de Ricardo. Les économies sont désormais ouvertes. A l’exception d’un bémol concernant la mobilité des hommes, tout bouge. C’est désormais la technologie qui est immobile, cantonnée à certains pôles mondiaux, certaines zones développées (plus particulièrement les métropoles) qui lui offrent les moyens de se développer et de se reproduire.

La première réalisation de cette inversion est la création d’un marché financier ouvert et autonome à l’échelle de la planète. Les capitaux ne sont plus cloisonnés et peuvent circuler en temps réel à travers le monde selon les besoins et les intérêts des entreprises. Un système financier international va très rapidement se structurer et devenir le premier secteur économique réellement global. La libre circulation des capitaux permet l’expansion des principales firmes mondiales sur toute la planète. La finance et le capital tiennent désormais une place majeure dans l’économie mondiale et progressivement s’autonomisent de l’économie réelle selon un fonctionnement propre et singulier. Le marché financier est global, synchrone et libre. C’est la globalisation financière.

Cette inversion se manifeste aussi par l’extension continue de l’internationalisation de l’économie. L’Etat n’est plus l’acteur fort du système. Dans un contexte d’économies ouvertes et de capitaux mobiles, les entreprises se développent selon leurs intérêts propres. Premièrement elles échangent plus facilement et par là développent le commerce international. Deuxièmement elles ont la possibilité d’investir leurs capitaux où elles le souhaitent. Le commerce international et les investissements financiers directs étrangers (IDE) sont donc les témoins de cette internationalisation qui aboutit de facto à une transnationalisation des systèmes productifs sous l’égide des firmes multinationales. C’est la mondialisation.

Les échanges commerciaux internationaux et les investissements directs à l’étranger vont connaître une croissance continue et forte tout au long des dernières décennies du vingtième siècle, mais ce sont plus particulièrement les IDE, témoins de la globalisation financière, qui vont être le phénomène majeur de cette période.

Traditionnellement on mesurait l’internationalisation de l’économie à partir de la croissance du commerce international, celle-ci étant en moyenne deux fois plus rapide depuis 1945 que celle du PIB mondial. Aujourd’hui du fait de la libéralisation des marchés et de la libre circulation des capitaux, elle se manifeste à partir de la circulation des capitaux d’investissements à l’échelle mondiale. Les IDE « concernent des flux de capitaux se déplaçant d’un pays vers un autre pays dans un but de gestion et de contrôle total ou partiel d’une activité productive. Il s’agit d’investissements réalisés par des firmes transnationales à l’occasion d’opérations de créations d’entreprises nouvelles à l’étranger, ou d’extension d’entreprises existantes ou encore de fusions-acquisitions, avec une prévalence pour cette dernière modalité[5]». Les mesures néo-libérales de libéralisation des marchés et de déréglementation ont permis une accélération des modes d’internationalisation depuis la deuxième moitié des années quatre-vingts et la création d’un marché financier à l’échelle planétaire.

Les IDE constituent donc la donnée principale pour apprécier les changements majeurs du nouveau système économique mondial : la multinationalisation, la transnationalisation de l’économie mondiale (la mondialisation : phase aboutie de l’internationalisation). Ces IDE connaissent depuis 1985 une croissance phénoménale, pour la décennie 1985-1995, leurs flux ont crû deux fois plus vite que les flux commerciaux. 1985 marque une césure nette. Entre 1985 et 1990, le stock mondial d’IDE a crû à un rythme de 20 % par an[6]. Le dernier Rapport sur les investissements mondiaux publié en septembre 1999 par la CNUCED (conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) les présente comme « les moteurs du système de production mondiale intégré ». « En 1998, les IDE ont atteint 644 milliards de dollars, en hausse de 39 % par rapport à 1997 ; ce qui représente environ onze fois plus que la moyenne annuelle calculée entre 1983 et 1987 [7]».

Le commerce international représente environ 15 % du PIB mondial[8]. Ce pourcentage est une moyenne mondiale et par-là sous-estime la moyenne du commerce international pour les zones les plus développées. Néanmoins, le commerce international est un phénomène qui s’est développé dans l’histoire et dans le temps. Les IDE, en 1995 représentaient déjà eux aussi 15 % du PIB mondial[9], mais leur développement n’a réellement débuté qu’au début des années quatre-vingts. L’ampleur du phénomène est donc significative. C’est un tournant dans l’histoire de l’économie mondiale.

Avec la vague des IDE, il ne s’agit plus d’une multilocalisation des systèmes productifs comme dans les années soixante et soixante-dix où les entreprises délocalisaient pour pénétrer de nouveaux marchés fermés par les protections douanières, et pour profiter d’une main d’œuvre plus rentable. Cette fois-ci il s’agit de transferts de propriété purs. « Pendant toute cette période, la plus grande partie des IDE a été liée à des opérations de croissance externe, c’est-à-dire de transfert de propriété des capitaux et non à des créations d’entreprises nouvelles. Le nombre de fusions-acquisitions a été multiplié par quatre au plan mondial de 1982 à 1988 et elles ont absorbé entre les 2/3 et les ¾ des flux financiers. En 1996, les flux financiers sont quarante fois supérieurs aux échanges commerciaux. La croissance des IDE est liée directement à l’explosion des activités financières et à leur globalisation [...] Le boom de l’investissement transnational financier a surtout pris la forme d’une redistribution des cartes de propriété industrielle à l’échelle mondiale que dans la création de capacités productives nouvelles [10]». Désormais les entreprises s’étendent à l’échelle de la planète et se constituent en firmes multinationales ou transnationales. Elles communiquent entre elles par le biais des réseaux de communication apparus avec la révolution des NTIC. Elles contrôlent des marchés internationaux et leur production s’étalent sur différentes régions du monde. Au cours des dernières décennies on assiste à la mise en place accélérée de systèmes de production transnationaux. Les entreprises peuvent de moins en moins mener une organisation centralisée et rigide du travail comme prôné par Taylor. Les rapports dans les entreprises et les territoires ne sont plus nationaux, ils ne sont plus verticaux et linéaires comme dans le schéma du cycle de vie des produits de R.Vernon. Les hiérarchies de type vertical se dissipent au profit de rapports horizontaux. Le monde n’est plus une addition d’économies nationales fermées échangeant entre elles comme l’entendait le modèle d’économie internationale de Ricardo, l’Etat se désengage de la régulation au profit des entreprises. Leur poids à l’échelle internationale a désormais a pris le pas sur celui des économies nationales.

Quels secteurs profitent le plus de ces IDE ? Le secteur industriel connaît une croissance effective : en 1977, seul 10 % de la production manufacturière des cinq principaux pays industrialisés (USA, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France) étaient contrôlés par des filiales étrangères, contre 14 % en 1990[11]. Mais comme nous le verrons par la suite, la majeure partie des IDE se dirigent vers le secteur tertiaire de l’économie, secteur clé de l’économie mondiale : les services (50 % des IDE français, 70 % des IDE japonais en 1995), principalement les services « supérieurs » ou « avancés » et plus particulièrement dans le secteur très spécifique des NTIC.

Cela dénote d’une transformation de fond des moyens de production ainsi que d’une transformation des modalités de création de richesse.

Bien que l’investissement international se généralise, à des niveaux très variables, à tous les secteurs d’activité, à toutes les régions du monde et à tous les secteurs, la dynamique de localisation des IDE s’effectue selon une forte ségrégation spatiale : l’essentiel de la circulation de capitaux s’effectue entre pays développés et plus précisément entre les zones les plus avancées des pays développés. « L’internationalisation de l’économie […] s’exprime par l’exacerbation des déséquilibres territoriaux préexistants […]. Le phénomène des IDE est toujours créateur d’hétérogénéité spatiale[12]». On assiste, par-delà la diversification des investissements à « un repli global vers les zones les plus développées de la planète. L’aspect essentiel de cette nouvelle géographie est qu’elle est de plus en plus centrée sur le club des pays riches, ou en voie de rejoindre ce club, au détriment des pays pauvres. Les trois quarts des stocks de capital à l’étranger des pays de l’OCDE sont aujourd’hui interne à cette zone[13]».

C’est là la caractéristique nouvelle du nouveau système économique mondial : le capital, contrairement à la théorie classique qui mise sur une allocation naturelle et équilibrée des capacités d’investissement en tous points de la planète, se concentre dans quelques zones du monde où il trouve les moyens de sa reproduction et où les risques d’investissement sont plus faibles. Les NTIC le permettent. « La géo-économie moderne est […] moins hiérarchisée. La multipolarité, l’éclatement du modèle centre-périphérie caractérisent le nouvel état du monde[14]». Désormais, faisant place aux rapport verticaux, centre-périphérie du précédent système, ce sont des rapports horizontaux entre des pôles spécifiques de concentration de la richesse et du pouvoir qui déterminent la réalité des activités économiques. Les entreprises peuvent faire l’économie des frontières aussi bien nationales qu’infranationales.

Parallèlement au transfert de capitaux sous forme d’IDE, on assiste à une multiplication phénoménale des alliances et accords stratégiques entre firmes. Ces alliances ne donnent pas lieu à des transferts de propriété ni à des mouvements de capitaux mais ils s’apparentent à des investissements. Nous verrons les nouvelles dynamiques de compétitivité et d’innovation nécessaires dans une économie mondialisée ultérieurement. Néanmoins, on peut déjà expliquer ces alliances entre firmes comme une solution pour faire face aux coûts importants pris par les départements recherche-développement (R&D) dans le nouveau processus de production, ainsi qu’à la place de plus en plus cruciale des notions de risque et d’incertitude des marchés dans l’organisation interne des entreprises.

Effectivement cette nouvelle dimension géographique impose des contraintes aux nouvelles entreprises multinationales, transnationales. La diversité des marchés, les différentes localisations du processus de production, la concurrence libre et acharnée obligent entreprises à une reconfiguration de leurs stratégies et de leur organisation. Les notions de flux, de réseaux, d’informations, de relations deviennent omniprésentes. Le renouvellement de la production et la gestion de l’espace économique mondialisé sont les défis contemporains de la compétitivité mondiale.

3) globalisation et nouvelles formes de la compétitivité: économie globale, économie informationnelle et tertiairisation

La mondialisation ne veut pas dire qu’il existe un marché mondial homogène répondant aux mêmes besoins et aux mêmes aspirations. La mondialisation signifie que certaines entreprises agissent à l’échelle mondiale suite à la récente redistribution de propriété des moyens productifs entraînée par les IDE et du fait de leur capacité technologique à relier ces différents espaces à des fins de gestion, de contrôle et d’optimisation. Les marchés qu’elles ont à approvisionner conservent leur spécificité propre. Désormais, les firmes multinationales doivent s’adapter à la diversité de leur chaîne de production ainsi qu’à la diversité des besoins et des goûts. Elles doivent coordonner les aspects « externes » et « internes » du système productif. Ce n’est qu’après avoir surmonté ces obstacles que l’on pourra parler à leur égard de globalisation et d’économie globale.

L’ouverture des marchés par sa logique propre, sape les effets de proximité et oblige les entreprises à se démarquer de la concurrence par une différenciation effective des produits, en même temps qu’elle renforce une concurrence sans merci constamment renouvelée. Cette double dynamique renforce la notion d’incertitude dans la production. Les entreprises n’ont d’autre choix que de se réorganiser. « C’est la transformation des modes de compétition qui pousse à la refonte des organisations[15]», ceci afin de pouvoir proposer des productions toujours nouvelles, toujours de meilleure qualité, toujours différentes, du moins en apparence.

La notion de vitesse est omniprésente. Il ne suffit pas toujours de lancer le meilleur produit, le plus innovant, il faut le lancer en premier. La concurrence pour les parts de marché est à ce prix. La technologie circule et se répand à une vitesse inconnue jusque là à l’échelle de l’histoire. Le monde est quasi synchrone entre toutes les parties intégrées du système mondial. Tout s’accélère : le temps de vie des produits est de plus en plus court.

Face à la concurrence généralisée les entreprises doivent constamment faire preuve d’innovation, de différenciation, d’adaptation, de flexibilité. La vitesse, la qualité, l’innovation, la diversité, la réactivité, l’organisation, la gestion sont les nouveaux socles du processus productif. La flexibilité et l’adaptabilité remplacent la standardisation comme base de l’organisation du travail. Il faut optimiser ce système de production mondial en réseau. C’est un monde plus grand, plus rapide, plus multiforme, plus complexe que les entreprises affrontent chaque jour. La différenciation ne dépend pas uniquement des biens ou des services finaux produits. Désormais le processus de production tout entier est source de compétitivité. La capacité à gérer ce processus est devenue aussi importante, voire plus, que la production elle-même. Les entreprises se réorganisent et s’adaptent pour rationaliser leurs actions. Les structures se redéfinissent et se flexibilisent. Externalisation, sous-traitance, délocalisation, filiales, alliances, partenariats, horizontalité relationnelle, polarisation, dispersion-concentration, autant d’adaptation à une échelle géographique nouvelle source de complexification. L’organisation verticale et rigide du processus de production de masse standardisé est obsolète. Le recourt au fonctionnement en réseau, source d’adaptabilité, s’est généralisé : les entreprises multinationales fonctionnent désormais horizontalement. Elles utilisent les NTIC pour gérer à distance cette translocalisation. La tendance majeure de réorganisation est à la réduction de la taille des entreprises et à l’articulation d’éléments internes et externes variables selon des besoins incertains et changeants. Soit elles délocalisent ou créent des filiales, soit elles externalisent et sous-traitent. Dans tous les cas, les entreprises espèrent pouvoir jouir d’une meilleure compétitivité sur le marché par une adaptabilité et une flexibilité accrues. La productivité et la compétitivité ne dépendent plus d’une organisation hiérarchisée contrôlant toutes les phases du processus productif. Désormais, elles découlent de la capacité à articuler l’action d’acteurs pluriels impliqués dans la production articulée en réseau. La productivité est dorénavant le fruit d’un fonctionnement collectif et relationnel : c’est ce que Pierre Veltz nomme la « productivité systémique des relations [16]». On comprend qu’une véritable science de la gestion et de l’organisation prend forme.

Maîtriser, gérer, comprendre, fournir, promouvoir (, etc.) un marché mondial intégré passe par une place accrue du savoir, de l’intellect et de l’information dans la chaîne de production. Cela nécessite des compétences nouvelles qui dépasse les simples capacités de reproduction en série de gestes des employés « fordistes » et « tayloristes ». Le niveau de qualification de l’économie intégrée est « supérieur », « avancé ». Les NTIC prennent ici toute leur résonance. L’information et la communication issues des nouvelles technologies sont primordiales pour relier les différentes localisations, pour faciliter le processus productif. Les NTIC ne font pas que relier les distances, elles créent la substance même de ce qui est à présent échangé. Le savoir, la création de savoir et le traitement du savoir deviennent les socles du système économique mondial. C’est le grand changement paradigmatique de la technologie et implicitement de la société : le savoir, l’information comme moyen et source de production. C’est ce que Manuel Castells définit comme « l’économie informationnelle[17] ».

La nouvelle économie, des zones développées et intégrées des économies en concurrence, qui émerge depuis deux décennies en réponse à la mondialisation est « informationnelle » et globale.

L’économie est « informationnelle parce que la productivité et la compétitivité des unités ou des agents de cette économie dépend essentiellement de leur capacité à générer, traiter et appliquer une information efficace fondée sur la connaissance[18]». L’économie informationnelle est une économie où l’information, son utilisation, son traitement, sa circulation, est la base de l’économie. « L’économie informationnelle […] intègre savoir et information à tous les processus de production et de distribution matérielle […]. L’information devient elle-même le produit du processus de production[19]». C’est une révolution paradigmatique majeure : «ce qui change, ce ne sont pas les activités dans lesquelles l’humanité est engagée, mais sa capacité technologique à utiliser comme force productive directe ce qui fait la singularité biologique de notre espèce : son aptitude supérieure à manier les symboles [20]». L’information n’est pas une donnée empirique neutre, a-historique. L’information procède d’une construction mentale que seul permet un environnement social donné construit dans le temps. Pierre Veltz synthétise ce phénomène ainsi : « Les facteurs de compétitivité essentiels ne sont plus donnés par la nature, mais construits par la société [21] ».

L’économie est « globale parce que les activités clé de la production, consommation et distribution, ainsi que leurs composants (capital, travail, matières premières, gestion, information, technologie, marchés) sont organisés à l’échelle planétaire, soit directement, soit en réseau ». « Une économie globale c’est une économie capable de fonctionner comme unité en temps réel à l’échelle planétaire […] (cette) globalité ne concerne que les processus et les éléments centraux du système économique[22]». Les NTIC offrent des conditions matérielles historiquement nouvelles pour voir émerger ce réseau global d’interaction. Les firmes multinationales ne forment pas à elles seules l’interdépendance de l’économie mondiale toute entière, mais elles en constituent un maillon central. Ce qui est sûr, c’est qu’elles ont servi de déclic au recourt croissant aux services supérieurs aux entreprises et qu’elles ont tiré, par leur souci de différenciation, le secteur tertiaire vers la place qu’il occupe aujourd’hui. Le fait qu’elles collaborent avec des PME et sous-traitent auprès d’elles une grande partie de leurs activités a élargi le cercle d’influence de l’économie globale à pratiquement tous les secteurs d’activités. De près ou de loin, l’économie globale exerce une influence concrète sur toutes les activités économiques.

De nouveaux secteurs d’activités apparaissent pour remplir les nouvelles fonctions requises par l’économie mondiale – globale. Une large gamme de services spécialisés aux entreprises mondiales s’est constituée pour répondre au défi de la mondialisation. La caractéristique de l’économie informationnelle est une tertiairisation majeure et croissante dans le processus de production. Désormais les services avancés et la distribution prennent le pas sur la production stricto sensu. « La caractéristique essentielle des innovations modernes (techniques, commerciales, financières, etc.) est qu’elles exigent un tissu de connaissances et d’expertises beaucoup plus variées que par le passé[23]». La tertiairisation de l’économie est une conséquence directe du nouvel ordre économique et des nouvelles formes de la compétitivité. Dans les pays de l’OCDE, le secteur des services représentent désormais les deux tiers de l’activité économique en valeur de production et davantage en emploi. La mondialisation requiert aussi bien des services spécialisés (services liés à la distribution, à la publicité, au marketing, à la réorganisation de la production, des services de conseil et d’audit, des services financiers, etc.) que des services peu qualifiés, sous-qualifiés et sous-payés. La tertiairisation ne veut pas dire que l’économie n’est plus industrielle. Il existe une industrie « informationnelle » aussi bien qu’une agriculture « informationnelle ». Les services se répandent du fait de l’ « informationalisation » de la société dans son ensemble. La spécificité des services avancés de la mondialisation est qu’il nécessite un niveau de connaissances plus élevé que par le passé. Cette spécificité sous-entend qu’existent des « noyaux de compétences[24] », des milieux appropriés pour que ces connaissances se développent. Ce fait explique la polarisation et la concentration en certains lieux des activités supérieurs et de la croissance issues de la mondialisation, des lieux susceptibles d’offrir toutes les capacités, ou presque, de reproduction des conditions sociales de l’innovation, de la gestion et de l’exploitation du système. Ces lieux sont les grandes villes, les métropoles, les régions métropolitaines. « Dans le contexte actuel de compétition par différenciation, les interactions à base territoriale redeviennent un facteur de performance essentiel [25]».

4) le territoire comme agent économique, le rôle de la ville dans l’économie globale

L’économie mondiale, globale, repose donc sur différents points. Premièrement, sur une transformation et une dispersion du processus de production, deuxièmement sur un fonctionnement en réseau reliant ces différents points, troisièmement sur la transformation qualitative de la base productive marquée par la tertiairisation, et quatrièmement sur une ségrégation, une polarisation forte des zones de croissance.

La mondialisation de l’économie, nous l’avons vu, a entraîné un éclatement du processus de production en divers points du monde. Les firmes multinationales sont libres de choisir leurs localisations et peuvent investir où elles le veulent. Est-ce pour autant que le développement économique touche à présent toutes les parties du monde à parts égales ? Une économie basée sur des flux d’informations, par définition aterritorialisés, et sur une industrie des hautes technologies garante des possibilités de contrôle, ne devrait elle pas s’étendre en différents lieux de la planète ? L’étude des mouvements des IDE nous a démontré qu’il n’en était rien : l’économie reste fortement territorialisée, les capitaux sont sélectifs et se déplacent au sein de la zone développée de l’économie mondiale. L’économie ne s’est pas dissoute dans une abstraction spatiale virtuelle indifférenciée. La base productive de l’économie a été transformée. Les conditions de création de l’innovation et du savoir dépendent d’un environnement adéquat reposant sur des spécificités (infrastructurelles et sociales), multiples et combinées, que seuls quelques lieux peuvent offrir. Ces lieux sont les villes, plus précisément les grandes villes des pays développés. Quelles en sont les raisons ? Quelles implications induit cet état de fait ? C’est ce que nous allons voir à présent.

Deux raisons expliquent le rôle de la ville, ou plutôt des métropoles, dans l’économie globale. La première : le territoire comme agent économique, légitimant de facto la deuxième : le rôle de la ville dans l’économie globale.

Le territoire comme agent économique

Premièrement, comme nous l’avons déjà vu, la compétitivité, la productivité, la performance économique de l’économie globale, sont de plus en plus dépendantes de la qualité de l’organisation et de la coopération entre les différents acteurs, internes ou externes, du processus productif. L’économie est de plus en plus « relationnelle » et repose sur la « productivité systémique des relations » déjà mentionnée: « la performance globale résulte principalement d’effets de systèmes, internes et externes aux firmes. Elle se construit dans les relations entre les acteurs multiples des chaînes productives[26]». Dans ce contexte, la ville, et par extension le territoire, deviennent des agents de l’économie à part entière. Une économie préoccupée par la vitesse, la flexibilité, l’adaptation, la qualité, la mobilité, requiert une localisation stratégique qui lui offre les moyens de ses objectifs. Les entreprises doivent pouvoir compter sur des minima prérequis (technologiques, infrastructurels, structurels et humains) pour optimiser leur compétitivité à l’échelle mondiale. La dotation d’un territoire en ces prérequis devient à présent un facteur, une variable de la compétitivité des firmes. « Le territoire entre désormais dans le jeu économique comme matrice d’organisation et d’interactions sociales, et non plus […] comme stock ou assemblage de ressources techniques […][27]». Les caractéristiques intrinsèques des territoires (le « tissu conjonctif[28] ») sont cruciales dans l’économie globale. Il est possible de parler de compétitivité économique des territoires. Cette compétitivité peut être soit donnée historiquement, soit entretenue, soit construite stratégiquement, soit les trois à la fois. Une fois ce rôle entendu, il est possible de créer de manière volontaire les conditions adéquates, mais la tâche est compliquée et les grandes villes possèdent historiquement une longueur d’avance.

Le rôle de la ville dans l’économie globale

Deuxièmement, la globalisation de l’activité économique, en ce qu’elle provoque une dispersion de la production, une réorganisation des entreprises et une place croissante faite à la production immatérielle, a entraîné en retour la nécessité d’une concentration des pôles de commandement et coordination du système, ainsi que des fonctions tertiaires avancées dans certains pôles urbains à très forte compétitivité territoriale afin de jouir des effets de proximité nécessaires à l’économie relationnelle. Les villes retrouvent une fonction de productivité qui leur avait échappé à l’ère manufacturière.

Les entreprises globales ont besoin de points centraux à partir desquels coordonner, commander et diriger ces activités globales. Les activités majeures de l’économie globale doivent être présentes dans les sites les mieux insérés en terme de connexions aux réseaux et en terme de compétences humaines. Leurs activités reposant en majeure partie sur une circulation de flux et des échanges personnels directs, les grandes villes sont par définition les lieux les mieux lotis à cet égard. La manifestation la plus radicale de ce phénomène nous est définie par Saskia Sassen par la notion de « ville globale[29] ». Elle définit ainsi ces très rares villes où siègent les plus importantes multinationales du monde, où se concentrent les majeures firmes de la finance internationale ainsi que tous les services avancés nécessaires à ces entreprises multinationales (assurance, immobilier, conseil, assistance juridique, publicité, design industriel, marketing, relations publiques, conseil, sécurité, recherche d’informations, gestion des systèmes d’information, recherche, développement, innovation scientifique, etc.) permettant un fonctionnement en temps réel et continu de l’ensemble de l’activité globale.

Dans le secteur de la finance internationale, selon elle, seules New York, Londres et Tokyo méritent cette appellation. Mais le phénomène de ville globale ne se limite pas uniquement à quelques foyers au sommet de la hiérarchie urbaine mondiale. Plus qu’un lieu, c’est un processus qui articule les composants des territoires dans un réseau global. La ville globale en tant que concentration des entreprises internationales, des services avancés, dans un territoire compétitif inséré dans un réseau global peut être reproduit, ou créer à une échelle moins importante. La « ville globale » est une dynamique qui se reproduit dans des centres régionaux et locaux : « la cité globale n’est pas un lieu mais un processus par lequel les centres de production et de consommation des services avancés, ainsi que les sociétés locales qui en dépendent, sont relié au sein d’un réseau global[30]». Il « suffit » de créer ces conditions compétitives et s’insérer dans les réseaux globaux pour en obtenir le profil. A cet effet, les territoires s’organisent pour parvenir à cette insertion. « Nullement assurée, ni stable, la hiérarchie dans le réseau est soumise à une compétition féroce entre les cités[31]». Effectivement le nouveau réseau global repose sur des mouvements de flux de capitaux et d’informations qui sont variables selon l’existence ou non d’un marché et selon la compétitivité du réseau local mis en place.

Les grandes métropoles remplissent un rôle stratégique de premier ordre dans la nouvelle économie globale. Citée par Manuel Castells, voici comment Saskia Sassen qualifie l’importance des grandes métropoles dans la nouvelle économie globale :

« La combinaison de la dispersion spatiale et de l’intégration globale confère un rôle stratégique nouveau aux grandes métropoles. Outre leur long passé de centre de la banque et du commerce internationaux, ces villes fonctionnent désormais de quatre manières nouvelles : premièrement, comme point de commandement fortement concentrés de l’organisation de l’économie mondiale ; deuxièmement, comme foyers de firmes financières et de services spécialisés […] ; troisièmement, comme lieux de production, y compris la production d’innovation pour les industries dominantes ; et quatrièmement, comme marchés pour les biens et les innovations produits (Saskia Sassen (1991), The global city, pp. 3-4)[32] » .

Les métropoles procurent toute une série d’atouts aux unités de production qui s’y installent.

Tout d’abord la meilleure connexion aux réseaux internationaux de transport, de communication et d’information. Ensuite les firmes financières et les grandes entreprises y bénéficient d’un marché de fournisseurs et de main d’œuvre spécialisé, hautement qualifié. Ce marché forme un réseau de production et de gestion flexible qui permet aux grandes entreprises d’y avoir recourt lorsque la nécessité s’en fait sentir, tout en n’ayant pas à les intégrer dans leur structure même. Les tissus métropolitains offrent des possibilités particulières pour gérer un marché du travail flexibilisé, pour recomposer de manière souple des chaînes d’activités à géométrie variable. La grande ville remplit le rôle d’un « gigantesque commutateur[33] » pour reprendre l’expression de Pierre Veltz. De même, dans un contexte d’incertitude complexe, les métropoles et leurs marchés flexibles de production et de consommation constituent une sorte d’« assurance-risque[34] » : les salariés comme les firmes ont de plus fortes chances d’y trouver des débouchés. Enfin, la concentration, la proximité, créent les conditions de concurrence et d’émulation saines pour l’innovation et la créativité.

Les grandes métropoles correspondent le plus souvent, du moins en Europe, aux villes historiques de leurs pays. Elles jouissent d’un important héritage ainsi que d’une forte tradition culturelle et intellectuelle (patrimoine, écoles, universités, musées, etc.). Les entreprises requièrent ce type d’environnement, de cadre de vie. Il constitue un avantage de taille pour l’épanouissement de leurs cadres, le plus souvent cosmopolites et cultivés.

On assiste ainsi à une véritable métropolisation de l’économie mondiale. Les grandes villes attirent à elles une part énorme de la croissance, de la richesse et du pouvoir. L’économie globale est autant internationale qu’inter-métropolitaine. « Les dynamiques métropolitaines ne sont pas uniquement le cadre physique du nouveau capitalisme mondial, elles en sont en grande partie le moteur et la substance[35]».


II. Compétition interurbaine et développement urbain

Les villes dans l’économie globale concentrent les activités productives, les richesses et le pouvoir selon une hiérarchie tirée de la compétitivité de leur territoire. La restructuration très récente et rapide des bases productives de l’économie et de son fonctionnement y a provoqué des mutations profondes. Tout comme l’économie, la ville a subi de plein fouet les changements des années soixante-dix. Avec la décentralisation administrative qui s’est répandue et généralisée à travers toute l’Europe dès la fin des années soixante-dix et tout au long des années quatre-vingts, les villes se sont retrouvées seules en charge de leur développement économique et de leur urbanisme. Le désengagement de l’Etat, accompagnant l’entrée dans une économie mondiale désormais ouverte, les a placées dans une situation de concurrence et de compétition territoriale pour s’insérer dans le nouvel espace économique et attirer les nouvelles activités internationales productives. Le marché succède à l’Etat dans le développement urbain particulièrement avec l’avènement du partenariat public-privé et des démarches entrepreneuriales des villes. Un profil et une planification stratégiques de ville internationale conforme aux besoins et attentes des acteurs de l’économie mondiale se sont dégagés. Pour correspondre à ce profil et s’engager dans cette compétition, les villes ont du adapté leurs pratiques urbanistiques. Les outils élaborés durant la période de croissance économique de l’après-guerre basés sur une planification centralisée verticale prônant une approche fonctionnaliste des territoires ne répondent plus aux défis de la flexibilité, de l’innovation et des relations systémiques en réseau. Une nouvelle culture urbanistique apparaît autour du concept de projet urbain puis du projet de ville. Les villes, en tant qu’agents économiques facteurs de compétitivité, adoptent des pratiques entrepreneuriales et réorganisent leur méthodes et outils urbanistiques.

1) la compétition interurbaine comme conséquence de la mondialisation

a) compétition interurbaine

Dans un contexte d’économies ouvertes, de libéralisation des marchés, de décentralisation de l’Etat, de libre circulation des capitaux débouchant sur un marché financier global, les villes sont désormais en compétition directes pour attirer les entreprises multinationales, leurs capitaux et leurs forces productives, sur leur territoire. « L’éclatement des cadres nationaux et la dématérialisation croissante de l’économie augmentent les compétitions que les villes se livrent pour attirer les investisseurs[36] ». Les entreprises ont la possibilité de s’implanter dans tout territoire compétitif, dans le cas présent une métropole ou une zone métropolitaine. Une certaine hiérarchie donnée existe entre les différentes villes européennes et mondiales en terme de nodalité et de compétitivité des territoires. Néanmoins, une stratégie adéquate de développement urbain peut permettre d’infléchir cette hiérarchie. Ainsi les principales villes européennes et mondiales se lancent dans des stratégies d’internationalisation de leur territoire ou de renforcement de leurs avantages compétitifs s’ils le sont déjà, et tentent de se doter du profil stratégique et structurel requis pour attirer et séduire les investisseurs étrangers, les entreprises internationales et les institutions internationales. Les villes se restructurent sous l’impulsion de leurs gouvernements et des élites du secteur privé pour devenir compétitives dans l’économie globale. On assiste à la mise en place d’une collaboration de plus en plus étroite entre les institutions locales et les entreprises installées sur les territoires respectifs au travers du partenariat public-privé. Le but étant de s’insérer dans les réseaux globaux et de parvenir à établir une organisation du territoire flexible et capable d’anticiper et de s’adapter aux mutations économiques rapides. Comme le rappelle Manuel Castells, « dans la perspective de la logique spatiale du nouveau système, ce qui importe, c’est la faculté d’adaptation des réseaux : la cité globale n’est pas un lieu mais un processus […][37] », il poursuit ainsi : « les hiérarchies territoriales peuvent s’estomper, voire s’inverser à mesure […] que la concurrence développe des agglomérations entières[38] ». Ce qui compte dans la nouvelle division spatiale du travail, conclut-il, c’est « la capacité à constituer des regroupements productifs localisés comme pôles d’innovation dans le réseau global[39] ». Cette capacité repose désormais sur une fine coopération entre les gouvernements locaux en charge du développement et les entreprises du privé situées sur ce territoire. Bien que les entreprises soient en quelque sorte devenues les acteurs majeurs du système global, les secteurs publics, nationaux et locaux, ont donc encore un rôle fondamental à jouer dans cette nouvelle compétition. Par leurs politiques de formation, de promotion des programmes de recherche-développement, de rénovation urbaine, d’amélioration des transports publics urbains, etc. « Les Etats (et les villes) doivent entrer dans l’arène de la concurrence internationale et conduire leurs politiques de manière à améliorer la compétitivité (de leurs entreprises) et la qualité des facteurs productifs de leurs territoires[40] ».

L’urbanisme et le développement urbain sont au cœur de ces problématiques. Une nouvelle culture et une nouvelle pratique vont émerger pour optimiser les potentiels des territoires et créer les conditions spécifiques nécessaires à la compétition des territoires dans l’économie globale.

Avant de présenter l’évolution des pratiques urbanistiques depuis le fonctionnalisme jusqu’au projet de ville, voyons en quoi consiste le profil stratégique prérequis des villes insérées ou en voie d’insertion dans l’économie globale.

b) profil stratégique et tissu conjonctif urbain

L’économie internationale et globale nécessite un certain nombre de structures et d’infrastructures physiques et matérielles pour permettre et faciliter son développement. Plus une ville se rapproche de ce profil, plus grandes sont ses chances de figurer dans la hiérarchie des villes internationales ou mondiales, ou capitales régionales. Le terme de ville globale, comme nous l’avons vu, par les spécificités qu’il requiert, est limité à trois villes seulement: New York, Londres et Tokyo.

Le terme tissu conjonctif [41] utilisé par Panayotis Soldatos reprend une formule utilisée par la « Cité Internationale de Lyon » pour définir les caractéristiques intégrées de l’environnement d’une ville favorable à son développement international.

Les différentes caractéristiques requises pour une ville internationale sont transversales et complémentaires.

Stratégiquement, une ville de l’économie globale doit être bien insérée dans les réseaux télématiques majeurs, être un nœud aérien international, bénéficier d’un axe de transport fort et d’une capacité de transport plurimodal. Sa structure économique doit comprendre des sièges de firmes multinationales ou des sièges de divisions internationales ou régionales de firmes, fournir les services stratégiques nécessaires aux entreprises (finances, assurance, comptabilité, droit, gestion, conseil, ingénierie, communications/informations, relations publiques, publicité, marketing, publication, architecture, organisation, accueil, recherche, santé et loisirs), présenter des ressources humaines de travail qualifiées et nombreuses, une classe moyenne consommatrice importante, disposer d’un important secteur du tertiaire marchand de haut niveau qualitatif, avoir un secteur R&D et innovation fort, connaître une tradition entrepreneuriale locale forte, disposer d’équipements d’accueil pour les manifestations internationales, fournir l’accès à un nombre important de logements de qualité. Son environnement éducationnel doit être de qualité et reposer sur un ou des centres universitaires de renom au rayonnement scientifique international. Au niveau culturel, une ville internationale doit être en mesure d’offrir une programmation de niveau international adéquate pour une population de cadres et d’élite professionnelle, des projets architecturaux contemporains de premier ordre. Son cadre de vie doit être prestigieux tant par le patrimoine historique que par l’environnement naturel et paysager. Des efforts conséquents de conservation du patrimoine et de rénovation urbaine doivent être menés. Le climat social doit être calme, et des mesures environnementales contre la pollution et les déséconomies entreprises. Enfin en terme de politique urbaine, elle doit disposer d’un cadre administratif adéquat pour une gestion globale et autonome, d’une bonne synergie entre les secteurs privés et publics et bénéficier d’un marketing urbain sophistiqué.

La réalisation de ce profil stratégique dépend premièrement d’un héritage historique pour les villes les plus importantes, et deuxièmement des capacités des forces locales à mettre en œuvre les partenariats et les politiques adéquats. L’urbanisme, entendu dans un sens beaucoup plus large après une importante évolution, s’attache à ce défi de développement.

2) le développement urbain : de la planification urbaine fonctionnaliste au projet urbain

a) la planification urbaine fonctionnaliste

Depuis les pionniers du XIXe siècle (Ildefonso Cerda, Barcelone et le baron Haussmann, Paris) jusqu’aux années soixante-dix, l’urbanisme a revêtu les apparences d’une science quasi exacte. Une connaissance méthodique et empirique de la ville permettait de décider de son évolution. Il accompagnait la démarche planificatrice et centralisatrice de l’Etat-providence. Celui-ci détenait un rôle primordial dans la phase planificatrice de la ville. A partir de 1945, il doit gérer simultanément deux phénomènes : la reconstruction d’après-guerre et la forte croissance urbaine (baby-boom, guerres coloniales, immigration, etc.). C’est un Etat fort qui a la charge du développement urbain. Dans un contexte de croissance économique continue et de légitimité du pouvoir, il a les moyens financiers pour assumer ce développement et met en place des outils de planification centralisés en adéquation avec les prescriptions fonctionnalistes de l’urbanisme moderne (en France : les Plans d’urbanisme, les Schémas Directeurs d’Aménagement Urbain (SDAU), les Plan d’Occupation des Sols (POS) et les Zones d’Aménagement Concerté (ZAC) institués par la loi d’orientation foncière de 1967 ; en Espagne : le Plan Général d’Aménagement en 1956). La ville, tout comme le territoire entier, apparaissent à cette époque contrôlable rationnellement dans leur intégralité. Il est possible de projeter leur développement sur une longue période, des prévisions sur quarante ans ne sont pas rares. Le temps économique était encore long et prévisible. Les transformations étaient progressives.

La ville est sujette à des études empiriques et rationnelles dans le but d’optimiser son fonctionnement. Selon les préceptes de la Charte d’Athènes (1942), manifeste de l’urbanisme fonctionnaliste écrit par Le Corbusier, la ville dans son ensemble peut être organisée scientifiquement. On procède à une distinction, une séparation des fonctions de la ville : l’habitat, le travail, le transport et les loisirs sont autonomes. L’urbanisme fonctionne par le biais du zonage. Comme chez Taylor chaque fonction doit être séparée des autres afin de permettre un meilleur fonctionnement, une plus grande rationalité de l’ensemble. Les constructions collectives reprennent la conception fordienne de la série et de la production industrielle. Le caractère spécifique disparaît au profit du standard (cf. tours de banlieue, etc.). La valeur du patrimoine n’est pas une donnée essentielle. S’il le faut, si les structures du passé ne sont plus adaptées il faut les raser et construire à nouveau (« rénovation-bulldozer » ou urbanisme opérationnel). L’urbanisme est comme un code avec des lois empiriques et rationnelles. La démarche est centralisatrice et rigide.

L’urbanisme fonctionnaliste gérait le développement urbain. Il l’accompagnait par des mesures codifiées que la croissance continue et le rythme économique stable permettaient.

Il apparaît aujourd’hui manifeste que le modèle fonctionnaliste prônant un zonage trop rationnel et empirique de l’espace ne satisfait pas le nouvel ordre économique en place. L’action sur la totalité de la ville paraît de moins en moins possible. Les changements surviennent de plus en plus rapidement. Une attitude prospective et codifiée sur le long terme est beaucoup trop incertaine pour être efficace. Les financements publics s’amenuisent et ne permettent plus une prise de décision centrale. De plus, la hiérarchie verticale de décision est beaucoup trop rigide et antiproductive dans une économie misant sur les effets relationnels et sur la productivité des systèmes d’organisation.

Désormais l’action urbaine, le développement urbain, requiert une intervention dynamique pour créer des conditions flexibles au nouveau système économique. Le nouveau développement urbain doit pouvoir anticiper les changements, ou alors s’y adapter très rapidement sans rigidité, et être opérationnel le plus rapidement possible. La démarche fonctionnaliste, au vu de la nouvelle organisation économique, apparaît antiproductive et obsolète.

b) le projet urbain

Pour pallier l’inadéquation des pratiques urbanistiques fonctionnalistes avec l’évolution de la société, apparaît la notion de « projet urbain ». Le terme de projet urbain a été utilisé de manière plurielle et plurivoque tant par les urbanistes, les architectes, les paysagistes, les ingénieurs que les universitaires, créant une véritable confusion sur ce qu’il définissait exactement. Cette confusion continue encore grandement aujourd’hui. Un élément d’explication à ceci provient de ce que le projet urbain, depuis son apparition et ses premières manifestations (fin des années soixante-dix), a connu successivement, et de manière antinomique, deux réalités distinctes. Dans un premier temps il s’apparentait à une action locale confinée et répondant à des besoins culturels et sociaux, puis très vite il ne fut plus caractérisable que par sa simple qualité de nouvelle méthodologie de l’action urbanistique par tranche, de nouveau éloignée des préoccupations locales, participant du retour inavoué d’une planification stratégique à des fins de compétitivité sous forme de projet de ville. Le projet urbain, dans sa forme actuelle, correspond avant toute chose à une « nouvelle culture de l’action par le projet[42] » au service d’un projet de ville. Néanmoins ces deux temps successifs du projet urbain consacrent de facto une nouvelle approche de l’urbanisme. Avec lui, c’est « un nouveau courant de pensée, de nouvelles approches, une nouvelle culture du territoire[43] » qui se forment pour appréhender différemment le développement urbain.

Dans ses premières expériences à la fin des années soixante-dix, le projet urbain correspond à une réponse locale aux dysfonctionnements sociaux et culturels apparents de la planification urbaine, à ses lacunes. Effectivement celle-ci ne prenait pas en compte l’espace vécu de la ville, l’espace des quartiers avec toute leur diversité et leur histoire. Imprégnée d’une pensée globalisante, préoccupée par la mono-fonctionnalité et la rationalité, restreignant la rue à son simple usage de déplacement et non à sa dimension sociale et culturelle, la planification a engendré un déficit social au niveau de l’espace de vie quotidienne des citadins.

Inspirés par les expériences urbanistiques menées à l’échelle des quartiers à Bologne dans les années soixante (mouvement urbano-populaire) et se référant à l’analyse de la crise urbaine introduite par l’Ecole de Sociologie Urbaine de Paris, les responsables de l’action urbaine consacrent l’importance de l’espace des quartiers, du patrimoine, des friches, de l’histoire dans leurs réflexions et leurs réalisations.

La ville est alors envisagée comme un ensemble historique construit. Il apparaît important de préserver l’héritage que l’espace véhicule. La politique de la table rase de l’urbanisme opérationnel fonctionnaliste, créant ex-nihilo des ensembles, est trop radicale. Il faut pouvoir reconstruire la ville à partir d’elle-même. Le projet urbain ne peut pas être le résultat de réflexions pseudo scientifiques mais au contraire l’expression d’une volonté politique. Cette approche trouve dans le contexte politique de cette époque un écho favorable tant en France qu’en Espagne. L’élection présidentielle de 1981 en France amène pour la première fois un socialiste à la fonction de Président de la République, par définition plus soucieux de l’environnement social et culturel. L’Espagne de son côté connaît une véritable révolution avec le retour à la démocratie après quarante ans de dictature franquiste (1976), la promulgation d’une nouvelle constitution (1978) et la tenue des premières élections municipales libres en 1979, clôturant trois années de transition politique. Barcelone élit un maire socialiste à cette occasion et mène par le biais de son directeur de l’urbanisme, Oriol Bohigas, une réhabilitation de la ville « à partir de ses creux » renforçant les relations avec les associations de quartiers.

Cette dynamique ne dura pas longtemps. Toujours soucieux de rompre avec les pratiques fonctionnalistes, le projet urbain devra très rapidement s’adapter à la triple dynamique de la crise économique profonde du début des années quatre-vingts, de la décentralisation administrative : synonyme de baisse des capacité d’investissements publics et de recourt au financement privé, et de la montée de la compétition interurbaine amenée par la mondialisation. Les politiques urbaines sont alors confrontées à un pragmatisme empirique. Le processus d’internationalisation est entamé. Les villes doivent adapter leur fonctionnement et leurs structures aux défis de la mondialisation, et de la tertiairisation. Leur développement économique en dépend. La diversification des acteurs urbains (partenariat public-privé), l’influence du secteur privé dans la production urbaine, les nouveaux intérêts en jeu (internationalisation, rentabilité) vont favoriser une démarche entrepreneuriale libérale (marketing, communication, image) des villes marquée par un retour d’une planification stratégique nouvelle. Le projet urbain, loin des démarches locales, est adopté comme méthodologie d’élaboration au service du projet de ville. La nouvelle planification stratégique entend insérer la ville dans les réseaux globaux.

Tandis que le projet urbain « de type Bologne » visait à rééquilibrer les dysfonctionnements culturels et sociaux locaux occasionnés par le fonctionnalisme, le projet urbain au service du projet de ville vise à remplacer l’organisation compétitive du territoire dépassée du fonctionnalisme.

3) le projet urbain face à la mondialisation : le retour à la planification

Le nouveau rôle de la ville dans l’économie globale, lieu de concentration des activités de commandement, de contrôle et de coordination du système économique, associé au processus de décentralisation administrative enclenché de la fin des années soixante-dix au début des années quatre-vingts (Espagne, 1978, France, 1982) va donner, dans un contexte de compétition interurbaine pour attirer les capitaux, une nouvelle manière de produire la ville. La ville se fait stratégique et entrepreneuriale au travers du partenariat public-privé.

Le développement urbain est frappé de plein fouet par les mutations économiques et politiques amorcées à partir des années soixante-dix. D’une part, la vague de décentralisation administrative entraîne la baisse des moyens financiers publics pour le développement urbain, en même temps qu’elle confie la charge de celui-ci aux collectivités territoriales. D’autre part, la transformation du fonctionnement économique, de ses bases productives et de son échelle, oblige à une restructuration urbaine majeure dans un environnement compétitif généralisé. Avec la transition d’une économie industrielle à une économie globale, informationnelle, les besoins de modernisation et de transformation urbaines sont considérables. Des friches naissent, les territoires sont inadaptés. Ce sont de nouveaux centres d’affaires, de nouveaux bureaux, de nouveaux centres commerciaux, des projets complexes de développement urbain, de nouveaux équipements de loisir, de nouveaux logements de qualité, des travaux d’infrastructures en terme de transport, des modernisations du tissu conjonctif passés qui sont nécessaires. Les investissements financiers et humains corollaires sont considérables. Les autorités publiques suite à la décentralisation et au désengagement financier de l’Etat n’ont ni les moyens ni les compétences pour assumer seules toutes les charges qui sont désormais les leurs. Pour faire face à cette nouvelle situation, elles ont du s’adapter et trouver des modes de financement et de compétences alternatifs afin de préserver leur compétitivité dans la compétition interurbaine. Les collectivités territoriales sont contraintes de s’ouvrir à des pratiques nouvelles afin de maîtriser des tâches nouvelles. Le recourt au financement et à l’expertise privés dans le développement urbain, marquant l’essor du partenariat public-privé, consacre cette mutation. La ville s’est retrouvée en partie entre les mains des secteurs les plus internationalisées de l’économie mondiale. Ces dernières ont infléchi l’organisation urbaine en faveur de la nouvelle économie globale-informationnelle, avec ce qu’elle recélait d’intéressé et d’inégal. Avec l’entrée de la sphère privée dans l’élaboration des politiques urbaines, ce sont l’esprit, les outils et les intérêts des entreprises qui s’installent dans la production urbaine. Ce faisant, les villes recherchent à améliorer leur attractivité économique tandis que les entreprises cherchent la rentabilité et à la valorisation des capitaux investis. Les villes soucieuses de s’insérer dans le système économique global laissent les entreprises fixer les priorités de développement : la primauté va à l’insertion économique. Les partenariats public-privé se mettent en place prioritairement dans les zones de croissance économique et d’attractivité. Ils n’ont qu’exceptionnellement, c’est-à-dire très rarement, des objectifs sociaux. Avec l’essor du partenariat public-privé, la ville entame une dynamique entrepreneuriale de la production urbaine. Les notions de marketing, de gestion, de positionnement, de communication et d’organisation ne sont plus réservées aux entreprises. Cela marque le passage d’un urbanisme volontariste de développement équilibré, à un urbanisme pragmatique de rentabilité et de stratégie. Il devient nécessaire de promouvoir un urbanisme plus adaptatif permettant aux villes de prendre place dans la compétition interurbaine et d’attirer des flux croissants d’investissements internationaux. Après le rejet de la planification fonctionnaliste marqué par l’émergence du projet urbain de type Bologne, celle-ci redevient nécessaire pour assurer le positionnement des villes face aux transformations en cours. Le projet de ville scelle le retour à la planification. Le projet urbain comme méthode d’élaboration flexible, basée sur le dialogue est conservé. Cette fois à des fins économiques et non plus sociale et culturelle.

Les villes au contact du secteur privé, ont intégré les pratiques de ce secteur. C’est dans une optique de positionnement stratégique, de marketing amont, qu’elles entreprennent désormais la production urbaine. Elles communiquent leurs réalisations, séduisent par des créations architecturales réalisées par les grands architectes mondiaux. Elles doivent se démarquer de leurs concurrentes et le faire savoir. Les villes deviennent des produits qu’il faut vendre. Aux premières heures de la décentralisation, les villes se sont retrouvées livrées à elles-mêmes face aux opérateurs immobiliers sans stratégies permettant de dégager une cohérence d’ensemble. Une vague très libérale et opportuniste a totalement abandonné les documents de planification élaborés dans les années soixante-dix. Ces documents de planification étaient devenus vite obsolètes dans les années quatre-vingts, en raison des mutations économique, de la diversité nouvelle des acteurs sur la scène urbaine dont la majeure partie n’avait pas participé à leur réalisation et de ce fait ne les acceptait pas, mais aussi des approches nouvelles des élus locaux qui venaient d’hériter des compétences urbanistiques et qui voyaient dans ces documents des rigidités trop lourdes pour attirer les investisseurs. Les réalisations urbaines du premier partenariat public-privé ne permettaient donc pas toujours à la ville de dégager une cohérence d’ensemble. Ce premier temps leur a tout de même permis de comprendre et d’intégrer le fonctionnement du secteur privé et plus particulièrement le rôle de la communication et de l’image dans le développement économique. Dans un souci retrouvé de contrôle public, on reprend la planification pour un développement stratégique mieux maîtrisé. Les villes adoptent des stratégies de développement par le biais de projets médiatiques. Des projets aussi bien infrastructurels qu’esthétiques. Elles assument désormais dans une dynamique de management entrepreneurial la gestion des projets urbains en collaboration avec le secteur privé, sans forcément les réaliser elles-mêmes. C’est un nouveau mode d’action qui émerge avec la mondialisation. Les villes, par le biais de stratégie de développement et avec l’aide du partenariat public-privé, sont désormais des structures qui gèrent leurs territoires dans un souci de compétitivité. Le cadre de vie des élite et le renforcement du tissu conjonctif urbain sont privilégiés pour satisfaire la compétition interurbaine. Cette dynamique est internationale dans toutes les villes insérées ou en voie d’insertion à l’économie globale. L’urbanisme agit par mimétisme généralisé. En privilégiant les projets globaux au détriment de projets locaux, les « villes entreprises » espèrent limiter les incertitudes d’investissements inhérentes au marché.

L’urbanisme de communication, dans un contexte de compétition, trouve son accomplissement dans l’organisation des grands événements, au sein desquels les Jeux Olympiques jouent le premier rôle. Ils constituent une assurance-risque en terme d’investissement qui permet aux villes de mener des transformations majeures dans un temps très court et ainsi augmenter leurs avantages comparatifs en terme de compétitivité à l’échelle mondiale. Les Jeux Olympique en tant qu’événement médiatique majeur correspond aux stratégies de communication menées par les villes actuelles.

III. Les Jeux Olympiques : un élément accélérateur pour le développement urbain

Les Jeux Olympiques en tant qu’événement médiatique rassemblent des milliers de spectateurs et touchant des millions de téléspectateurs, deviennent un prétexte pour accélérer les mutations urbaines et valoriser l’image de la ville inscrite dans une compétition internationale. Ils offrent l’occasion rare à une ville de rassembler des investissements colossaux lui permettant de, soit moderniser son tissu conjonctif, soit de procéder à un rattrapage de premier ordre sur la scène internationale. Ils constituent de ce fait un formidable accélérateur de développement urbain pour qui les organise. Les villes peuvent mettre en pratique tous les projets majeurs planifiés dans leur projet de ville et les réaliser dans une période extrêmement courte à l’échelle du développement urbain, de six ou sept ans, au lieu des quarante qu’une transformation urbaine complète requiert en général. Les Jeux Olympiques par leur portée, leur rythme, leur dynamique, éclairent le rapport entre les nouvelles pratiques entrepreneuriales des villes dans leur développement urbain et le positionnement face à la compétition interurbaine amenée par la mondialisation de l’économie.

1) les Jeux Olympiques de Barcelone 1992 et développement urbain

(Toutes les données économique et statistiques sur les Jeux Olympiques de Barcelone utilisées dans cette partie proviennent de l’article de 1995 de Ferran Brunet [44]consacré à l’impact de ceux-ci sur Barcelone.)

La candidature de Barcelone à l’organisation des Jeux Olympiques de 1992 est présentée au début des années quatre-vingts en pleine effervescence néo-libérale, symbolisée par la montée de la compétition interurbaine, l’essor d’une volonté entrepreneuriale des villes conduite par une politique d’image. La candidature de Barcelone a pour objectif officiel la modernisation de la ville, son rattrapage face à la dynamique de l’économie mondiale à laquelle quarante ans de franquisme et de politiques industrielles ne l’ont pas du tout préparé. L’existence d’un ambitieux projet de restructuration urbaine associée à l’existence d’équipements sportifs préalables lui permet d’obtenir en 1986 les faveurs des membres du Comité Olympique International (CIO). Débute alors la fantastique et extraordinaire modernisation d’une ville qui a décidé de figurer parmi les villes internationales majeures du continent européen. Entre 1986 et 1993, Barcelone a mené la transformation urbaine la plus importante d’Europe.

Les Jeux Olympiques furent l’occasion de réaliser tous les projets élaborés par les services de l’urbanisme de la municipalité, particulièrement le programme Nuevas Areas de Centralidad de Joan Busquets ayant pour but de recréer dix nouvelles aires de centralité dans la ville. Dans la candidature officielle, toute les constructions à l’occasion de ces Jeux était conçues à long terme et incluait l’utilisation a posteriori de tous les équipements. A l’arrivée, seuls 9,1 % du budget total de construction des Jeux servirent à la création d’équipements sportifs !! Si ce chiffre est si faible, ce n’est pas que rien ou peu n’a été fait dans ce secteur, mais parce que le budget total de construction de ces olympiades était pharaonique : il représente en 1993, au terme de toutes les réalisations, un budget d’investissement publics-privé total de US $8,000,000,000 (956 Milliards de pesetas) et ce entre 1986 et 1993. On comprend alors que la ville a joui d’une capacité de transformation sans précédent. Le budget total des Jeux, budget de construction compris, étaient de US $9,376,000,000 (1 119 Milliards de pesetas). Les Jeux ont coûté US $1,376,000,000 et la ville US $8,000,000,000 !

Le budget de construction des Jeux Olympiques a été mené par un partenariat public-public-privé (Etat espagnol, Communauté Autonome de Catalogne, ville de Barcelone et investisseurs privés). Le secteur privé a contribué à hauteur de 32,7 % (dont 33 % d’investissements étrangers) aux projets de constructions urbains (US $2,621,802,500). La participation des différents niveaux publics (67,3 % total pour US $5,390,845,100) a été le suivant : Etat espagnol 20,23 % du budget total (30,07% du public) avec US $1,621,341,800 ; ville de Barcelone 10,48 % total (15,57% du public) avec US $839,576,200 ; communauté autonome de Catalogne 14,9 % total (22,17% du public) avec US $1,195,462,500.

Dans l’ordre d’importance dans les dépenses de construction menées à l’occasion des Jeux, on retrouve en première place les infrastructures de transport et la voirie (35,9 %), en deuxième place les logements et les bureaux (14,61 %), en troisième place le secteur des services et des télécommunications (12,89 %), en quatrième le secteur hôtelier (12,53 %), en cinquième les équipements sportifs (9,1 %) et enfin en sixième les infrastructures paysagères et environnementales (6,32 %).

L’investissement privé est allé en priorité dans la construction de logement, puis dans le secteur hôtelier, ensuite dans les centres d’affaires et enfin dans les autoroutes privées.

40 % des dépenses totales de constructions ont été effectuées à Barcelone même, 29 % dans l’aire métropolitaine, 16% en Catalogne et 20 % n’étaient pas attribué à des lieux spécifiques (investissements dans les télécommunications par exemple).

Comme on peut le voir, l’effort majeur de Barcelone à l’occasion des Jeux a été de restructurer complètement ses infrastructures de transport. La question du déplacement et de la mobilité apparaissaient cruciale (42,28 % du budget construction). La ville a mis en place un dense système de voies rapides périphériques (Ronda de Dalt et Ronda Littoral) entourant la ville et la desservant dans son ensemble. En tout ce sont 78km de routes qui ont été construits pendant cette période. Comparé à 1989, le système de voirie a connu une hausse de 15 %. Au-delà de la mobilité, c’est au thème de la connexité que s’est attachée la candidature. L’aéroport a été modernisé, les connexions métropolitaines et régionales restructurées (aéroport de Girona), le système de télécommunications modernes créés.

Le village olympique a été un autre des projets majeurs de la candidature de Barcelone 1992. Il a été décidé de l’installer sur le site de Poble Nou, coeur industriel de la ville désormais en crise, ancien poumon économique de la ville, aussi appelé le Manchester catalan. Il était coupé du reste de la ville par un vaste réseau de chemins de fer et bloquait lui-même l’accès à la mer à la ville entière. Par le choix de ce site, la mairie de Barcelone décida d’ouvrir la ville sur la Mer Méditerranée, tout en réalisant une gigantesque opération urbanistique par la création d’un nouveau quartier résidentiel de standing : 2000 logements et deux tours de 44 étages furent installés sur le site, l’une destinée à un hôtel de luxe et l’autre à des bureaux. Ces deux bâtiments sont devenus les bâtiments phare du quartier. Le Palais des Congrès, le nouveau port de plaisance et un parc de 50 hectares complètent l’ensemble. Les deux Ronda et le village olympique à eux seuls ont coûté US $2,000,000,000.

Les sites olympiques étaient au nombre de quatre : Montjuïc (site de l’exposition universelle de 1929) était le principal, Val d’Hébron, Víla Olímpica, et un site au carrefour de trois villes : Barcelone, l’Hospitalet et l’Espluges. La ville s’est rééquilibrée à l’Ouest et à l’Est.

A l’issue des Jeux c’est une nouvelle Barcelone qui est née. Une Barcelone modernisée, restructurée, prête à remplir le rôle de ville internationale. Elle s’est dotée d’un tissu conjonctif approprié pour s’insérer dans la compétition internationale aux investissements étrangers, à la localisation des firmes internationales et des entreprises de services avancés aux entreprises. Son cadre de vie s’est métamorphosé : 78 % de zones vertes et de plages en plus, 268 % de fontaines et bassins supplémentaires, ses espaces publics ont tous été remodelés (les travaux publics jouissaient d’un budget supérieur aux constructions : 61,5 % contre 38,5 %). Son offre en bureaux a augmenté de 21 % entre 1988 et 1991. Son système de transport et de connexions (routes, aéroport, télécommunications) est neuf. L’héritage des Jeux est miraculeux : une transformation urbaine réussie, un secteur tertiaire en expansion, une attractivité nouvelle, une compétitivité importante, des investissements étrangers. Au terme des Jeux Olympiques, Barcelone est devenue une réelle ville internationale insérée dans le système économique mondial.

Basé sur un urbanisme complet et grâce à l’événement exceptionnel que représentent les Jeux Olympiques et termes de médiatisation, de promotion et de partenariat (dont un fort partenariat public), Barcelone s’est offert en sept ans ce qu’elle aurait effectué en cinquante s’il elle n’avait pas obtenu l’organisation des Olympiades.

Il faut noter ici le rôle du secteur public. Même si le tiers des investissements de l’Etat espagnol provenait d’entreprises semi-publiques, il n’en reste pas moins que le public a financé plus de 61 % des constructions. Evidemment, les Jeux de Barcelone ne profitaient pas uniquement à Barcelone, mais à son aire métropolitaine et à la région tout entière ce qui explique une telle participation publique, néanmoins, on voit bien l’importance des gouvernements publics dans l’accompagnement du développement. Une bonne politique de développement participe d’une synergie entre les forces privées et les forces publiques. Le secteur public, malgré une orientation libérale ne cesse pas d’influer sur le cours du développement. Et son rôle reste très important.

2) candidature Paris 2012 et développement urbain

La candidature de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques de 2012 participait d’une démarche entrepreneuriale pour bénéficier de source d’investissements majeurs pour poursuivre optimalement son développement urbain, assurer et augmenter ses avantages comparatifs. Au contraire de Barcelone qui souffrait de lourds dysfonctionnement et retards dus à quarante ans de dictature, et à son rôle de capitale industrielle de l’Espagne, et visait principalement par sa candidature à effectuer un rattrapage complet avec l’économie mondiale, Paris cherchait avant tout à se différencier de ses concurrents sur la scène internationale en basant sa candidature, entre autres, sur l’aspect environnemental et écologique de la production urbaine. Les Jeux de Paris devaient être les premiers Jeux 100 % développement durable et écologique. Le Village Olympique devait être le premier quartier de Paris totalement écologique L’utilisation de capteurs solaires photovoltaïques sur les sites de compétition étaient instaurée. Utilisation à 100 % des transports en commun ou de modes de déplacement alternatifs (vélos, voies d’eau, navettes non polluantes, etc.) En plus de cet élément écologique à fort écho marketing, source de différenciation et d’innovation qui aurait très certainement eu un effet positif sur l’image véhiculée et de facto sur les conditions de vie des citadins, deux propositions ou positionnements forts existaient dans la candidature parisienne :

-l’exploitation de la ceinture verte au niveau du périphérique, seuls espaces encore libres d’une métropole au territoire très dense, par la réhabilitation de deux grands espaces urbains tous deux en friche dans cette zone, l’un intra muros : le quartier des Batignolles, site choisi pour le Village Olympique (45 ha, 93 % de constructions pérennes) ; l’autre s’étendant de parts et d’autres du périphérique dans un périmètre allant du Stade de France et de la Plaine Saint-Denis (ancien cœur industriel de l’aire métropolitaine désormais en friche) à la Porte de la Chapelle : site principal des événements sportifs.

-l’ouverture de l’espace parisien, timide certes, vers la banlieue Nord en direction de Saint-Denis, sur un axe allant du Stade de France à la Porte de la Chapelle, en passant par Saint-Denis et Aubervilliers, témoignant de la volonté d’amorcer un début de dialogue et de coopération avec le reste de l’aire métropolitaine. Les dynamiques urbaines et économiques s’étendant avec les progrès des transports et des télécommunications, la métropole avait pour but de commencer à pallier les méfaits de la coupure instaurée par la construction du boulevard périphérique dans les années soixante-dix.

La capitale française s’appuyait au-delà de ces deux pôles nouveaux sur des sites existants qui auraient été rénovés, sur son réseau de transport en commun réputé le plus dense du monde. A celui-ci se serait ajouté l’extension du réseau de tramway en direction de la Porte de la Chapelle au Nord, et la création ex-nihilo d’une ligne ferroviaire directe reliant l’aéroport international Charles de Gaulle à la Gare du Nord (le CDG Express), améliorant ainsi les capacités plurimodales de transport de la ville et encore un peu plus sa nodalité de réseau infrastructurel. Sans compter sur les nombreux investissements en faveur des espaces publics, du patrimoine, etc.

Le développement urbain contenu dans la candidature de Paris participait tout comme pour Barcelone d’une vision globale, d’un projet de ville stratégique avec son positionnement local et international, élaboré par les services de l’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme, agence d’urbanisme de la ville de Paris).

Le budget de construction prévisionnel était de US $6,200,000,000 dont le tiers pour les infrastructures de transport et 38 % pour le Village Olympique.

La candidature parisienne misait sur un développement urbain de différenciation et d’innovation (écologie), sur la réhabilitation de zones en friches aux abords du périphérique et sur l’ouverture du territoire parisien sur sa banlieue. L’organisation des Jeux Olympiques auraient été un formidable accélérateur de développement et lui aurait permis de rivaliser un peu plus avec les villes globales mondiales, en particulier Londres, sa principale concurrente à l’échelle européenne. Malheureusement la candidature n’a pas abouti, et c’est Londres qui bénéficiera du phénomène Jeux Olympiques pour son développement urbain distançant un peu plus Paris en terme de compétitivité.

Conclusion

A partir de l’analyse détaillée du processus de mondialisation en cours (globalisation, tertiairisation, informationalisation, polarisation métropolitaine), nous avons essayé de vérifier le lien entre les processus économiques majeurs d’un système et les pratiques et considérations urbanistiques qui l’accompagnent. Il apparaît après examen que la pensée et l’action sur la ville accompagnent les mutations induites par la mondialisation. La compétition économique qui touche les entreprises trouve son corollaire avec la compétition interurbaine. Le territoire, avec la mondialisation, devient lui-même un agent économique vecteur de compétitivité. L’effort de restructuration et de réorganisation globale des entreprises à des fins de productivité systémique horizontale, reposant sur une flexibilité et une adaptabilité des acteurs, se retrouve à l’échelle urbaine dans la démarche de projet urbain. La ville dans son ensemble est gagnée par l’esprit du secteur privé en ce que celui-ci participe désormais de facto à la production urbaine dans le cadre du partenariat public-privé. Elle utilise ses outils et ses concepts dans une action stratégique de positionnement face au marché et se fait entrepreneuriale. Elle dispose d’un capital social, humain, technologique et organisationnel qu’il faut optimiser et savoir communiquer.

Face à un marché désormais mondial, les pratiques urbanistiques, à l’instar des pratiques économiques, tendent à se ressembler. Un certain mimétisme apparaît dans les démarches de positionnement des villes intégrées au système économique mondial,comme tend à le prouver l’organisation des Jeux Olympiques. Les villes tentent d’affirmer et d’assurer leurs avantages comparatifs en menant de grandes politiques de développement à l’occasion d’un événement médiatique synonyme d’accélérateur de dynamique de partenariat et de transformation du fait de sa médiatisation inhérente.

Dans la course contemporaine aux investissements étrangers, les villes privilégient les zones rentables ou alors mènent des politiques de réhabilitation de standing au détriment des classes populaires. Au cours du développement la polarisation spatiale des activités a été mise en lumière. Cette dynamique entraîne un approfondissement des inégalités socio-économiques à toutes les échelles. Seuls les territoires rentables profitent des investissements du partenariat public-privé. Le défi social du développement des territoires constitue un volet d’actions urgentes à mener. Le seuil critique d’attraction économique des territoires repose également sur un environnement social équilibré.

La nouvelle configuration géo-économique du monde laisse apparaître une organisation horizontale en réseaux interreliés autour des grands pôles urbains, où les territoires sont en compétition entre eux. La transformation de la base productive de l’économie, permise par l’importance nouvelle de l’information et du savoir dans le processus de production ainsi que par les capacités nouvelles permises par les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, amène une distanciation entre les villes et leur hinterland. Cette coupure se double d’une polycentralité urbaine induite par les mouvements de capitaux libres. Dans la nouvelle compétition interurbaine, l’échelon administratif historique de la ville n’est plus en mesure à lui seul de valider l’optimum de référence des territoires. Tout comme l’échelon national est dépassé par la transnationalisation des systèmes productifs, l échelon de la ville ne constitue qu’une partie d’un territoire économique désormais ouvert à tous les niveaux. La question de l’optimum administratif territorial, et par là de la gouvernance urbaine, est ainsi posée. Les capitaux et la production ne connaissent pas les limites administratives. Alors que tous les territoires sont en compétition les uns contre les autres, l’échelle de la ville devra pour des questions de compétitivité considérer sa périphérie proche dans l’élaboration de sa stratégie et ainsi étendre le spectre de la gouvernance urbaine à une taille géographique supérieure. L’intercommunalité est un échelon pertinent d’action dans un contexte d’économie mondiale – globale. Sa légitimité démocratique et sa structuration organisationnelle sont les défis majeurs de la compétitivité actualisée d’un territoire local. Une évolution à situer entre la fusion-acquisition et le partenariat stratégique que connaissent les entreprises.

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[1] Ascher, François (1995), Métapolis ou l’avenir des villes, Paris : Odile Jacob, p 84

[2] Castells, Manuel (1998), La société en réseaux, Paris : Fayard, p.188

[3] Castells (1998), op.cit., p.109

[4] Veltz, Pierre (1996), Mondialisation, villes et territoire (l’économie d’archipel), Paris : PUF, collection Economie en liberté, p.98

[5] Carrière, Jean-Paul (2000), « Mondialisation, mobilité internationale des capitaux et recomposition territoriale », in sous dir. T. Paquot, La ville et l’urbain (l’état des savoirs), Paris : L’Harmattan, pp.146-155, p.147

[6] Veltz (1996), op.cit, p.90

[7] Carrière (2000), op.cit., p.147-148

[8] Veltz (1996), op.cit., p.91

[9] Carrière (2000), op.cit., p.147

[10] Veltz (1996), op.cit, p. 91

[11] Veltz (1996), op.cit., p 91

[12] Carrière (2000), op.cit., p.148

[13] Veltz (1996), op.cit., p.91

[14] Veltz (1996), op.cit., p.103

[15] Veltz (1996), op.cit., p.114

[16] Veltz (1996), op.cit., p.148

[17] Castells (1998), op.cit., p.93

[18] Ibid., p. 93

[19] Castells (1998), op.cit., p.94

[20] Ibid., p.121

[21] Veltz (1996), op.cit., p.249

[22] Ibid., p. 123

[23] Veltz (1996), p.101

[24] Ibid., p.101

[25] Veltz (1996), op.cit., p.112

[26] Veltz, Pierre (1997), « L’économie mondiale, une économie d’archipel », in Les dossiers de l’état du monde, Mondialisation au-delà des mythes, Paris : La Découverte, pp.59-67, p.64

[27] Veltz (1996), op.cit., p.10

[28] Soldatos, Panayotis (1991), Les nouvelles villes internationales : profil et planification stratégique, Aix en Provence : Serdeco, p.52

[29] Sassen, Saskia (1991), The global city : New York, London, Tokyo, Princeton, NJ : Princeton University Press

[30] Castells (1998), op.cit., p.435

[31] Castells (1998), op.cit., p.431

[32] Ibid., p.432

[33] Veltz (1997), op.cit., p.64

[34] Ibid., p.64

[35] Ibid., p.60

[36] Sous dir. Wackermann, Gabriel (2000), Les métropoles dans le monde, Paris : Ellipses, p.84

[37] Castells (1998), op.cit., p.435

[38] Ibid., p.442

[39] Ibid., p.443

[40] Ibid., p.118

[41] Soldatos (1991), op.cit., p.52

[42] Avitabile, Alain (2005), La mise en scène du projet urbain (pour une structuration des démarches), Paris : L’Harmattan, collection Villes et Entreprises, p.25

[43] Ibid., p.17

[44] Brunet, Ferran (1995), An economic analysis of the Barcelona’92 Olympic Games : resources, financing and impact [article en ligne]. Barcelona : Centre d’Estudis Olímpics UAB. [consulté le17/09/05]

http://olympicstudies.uab.es/pdf/wp030_eng.pdf

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~ par Alain Bertho le 16 mai 2007.

 
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